Eterotopia

  • La police de moeurs - malaise dans la morale sexuelle Nouv.

    Ce livre est une traversée analytique et critique, généralement sérieuse, parfois ironique, des mutations en cours en matière de police des moeurs et de morale sexuelle. Ces évolutions sont si rapides, si fiévreuses, qu'elles mettent à rude épreuve nos conduites, nos pratiques discursives et nos sensibilités. Si bien que même les plus ouverts à la nouveauté et aux mises à jour y perdent parfois leur latin et se trouvent en retard d'un changement de décor dans le champ des normes. Une nouvelle police des moeurs se dessine, un nouvel âge de la morale sexuelle - mais de quoi au juste cette nouvelle époque est-elle faite ? De droits nouveaux, bien sûr, des luttes contre les discriminations, la stigmatisation, les violences dont souffrent les femmes et les minorités sexuelles ; de protections nouvelles accordées à ceux et celles que leurs orientations ou ce qu'ils-elles définissent comme leur identité sexuelle distinguent de la majorité.

  • La politique de la provocation : la révolte contre les échecs démocratiques Nouv.

    Comment pouvons-nous étendre notre imagination au-delà des limites de la démocratie libérale ? Alors que nous tenons d'ordinaire pour acquis que le libéralisme est une force de progrès, le présent ouvrage révèle comment ce récit ignore délibérément la complicité des institutions libérales dans les injustices sociales et raciales.

  • « Il nous faudrait absolument ce que j´appelle une ""dromologie"", c´est-à-dire une discipline qui s´intéresse aux ravages de l´accélération et de la course. » disait Paul Virilio en 1977. Les évènements qui ont bouleversé 2020, avec la conjonction du drame écologique, de l´accident viral, des confinements, des couvre-feux, des multiples crises économiques et sociales, confortent les prémonitions de Paul Virilio et plus que jamais, imposent la nécessité d´une pensée de la vitesse. Une pensée ouverte aussi bien à la géopolitique qu´à la ville, aux territoires, mais aussi aux libertés et aux solidarités. Le nom de Dromologie, s´est imposé à un collectif inter¬national d´auteur.e.s souhaitant révéler, partager et approfondir cette nouvelle approche théorique du monde. « Nous allons vers un village global, annonce Paul Virilio en 1991, qui sera en réalité le plus grand confinement et la plus grande incarcération jamais vécus ».

  • Quatre femmes de nationalités différentes, de langues différentes, traversent les années tumultueuses de la révolution bolchevique. Elles s´appellent : Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Alexandra Kollontaï et Asja Lacis. Elles sont des militantes, des artistes, des activistes et chacune d´elles apportera une contribution spécifique et originale à la révolution. Elles sont des femmes et leur regard est plus libre, intéressé à mettre l´accent sur la dimension de la vie, des passions, de la créativité et du féminisme des premiers temps. Rosa Luxemburg, fondatrice de la Ligue de Spartacus questionnera les structures de pouvoir envisagés par les Soviets, elle luttera dans l´Allemagne épuisée de l´après-guerre pour affirmer le regard puissant et compatissant de ceux qui partagent la condition de l´oppression. Clara Zetkin fera de la bataille pour les droits des femmes un élément d´affirmation spécifique de la condition féminine qui ne peut pas être réduite à la seule lutte de classe.

  • En ce début de XXIème siècle, on découvrit dans les archives du philosophe Kostas Papaioannou un livre perdu qui gisait là, depuis plus d´un demi-siècle. Le manuscrit qui s´intitule « La Masse et l´Histoire. Théorie générale de la masse révolutionnaire », date du début des années cinquante, alors que son auteur érudit n´a même pas trente ans. En 2003 il paraît en grec sous le titre « Masse et Histoire ». Dans l´ « Histoire universelle » le jeune Papaioannou reconnaît un acteur, irréductible à tous les sujets (peuple des citoyens, prolétariat, femmes, minorités.) et les partages (le politique, le social, l´esthétique.) que nous connaissons de notre modernité, notamment la masse révolutionnaire, catégorie qualitative et non point quantitative.

  • La cabane de Ted Kaczynski, le criminel américain connu sous le nom de Unabomber, est un objet paradoxal : construite et habitée par son auteur pour rester à l´écart, hors de toute visibilité, elle n´a pas seulement été sans cesse reproduite depuis 1996, mais elle a aussi été déplacée, exposée, reconstruite, copiée et pastichée. L´objet, situé autrefois au milieu des forêts du Montana, près de la petite ville de Lincoln, s´est transformé en un signe polyvalent. Séparée de son auteur, la cabane représente bien plus qu´un reste : c´est un élément qui dérange et qui attire à la fois c´est une drôle de relique, et c´est surtout, sur le plan sémiologique, un signe qui ne cesse de nous interpeller. Par ailleurs, son statut n´est pas simple à définir : que signifie, en effet, la persistante présence médiatique et artistique de cet objet, en soi plutôt banal ? Pourquoi réapparaît-il sans cesse ? Qu´en est-il de la violence que cette cabane symbolise ?

  • Günter Anders était, comme il devait le rappeler lui-même, un penseur chassé de toutes les frontières et c´est à partir de cette condition que nous pouvons comprendre une vie intellectuelle inquiète qui a traversé les événements, souvent dramatiques, d´une grande partie du siècle dernier. De cette situation, Anders réussit à produire une réflexion intellectuelle très riche, fondée sur une base théorique d´une grande importance, à partir aussi d´une formation philosophique qui a vu une comparaison variée avec la phénoménologie, l´anthropologie philosophique (dont il peut être considéré comme l´un des premiers et des plus radicaux représentants), l´existentialisme, l´éthique technologique. Ce recueil de textes, notamment de jeunesse, veut permettre d´approcher la figure d´un penseur qui offre encore aujourd´hui des pistes importantes pour pouvoir réfléchir de manière critique sur la dynamique de la civilisation technologique et sur les enjeux environnementaux de plus en plus urgents.

  • Raniero Panzieri est une des figures les plus significatives du renouveau de la pensée marxiste. Par sa " posture socratique ", comme l'ont dit certains philosophes, il a contribué à un renouveau, tant théorique que pratique. Panzieri a proposé une réorientation radicale de l'analyse marxienne, sans se contenter de calquer les traditions idéologiques du mouvement ouvrier qui ont dominé le XXème siècle, et surtout l'après-guerre.
    Les textes publiés dans les Quaderni Rossi (Cahiers rouges), " Plus-value et planification. Notes de lecture en marges du Capital " et " Sur l'usage capitaliste des machines dans le néo-capitalisme ", s'avèrent, en ce sens, fondamentaux. Rassemblés dans ce recueil à côté d'autres interventions, ils permettent de reconstituer tout un pan original et inventif de la pensée marxiste, à même de rendre compte des conditions matérielles du développement capitaliste et d'en restituer la portée, en le considérant comme un processus de transition.

  • L'Office Mondial du Tourisme fanfaronne : les touristes sont de plus en plus nombreux et le cap des deux milliards sera prochainement franchit ? Que signifie qu'un Terrien sur quatre soit à un moment de l'année un touriste ? Une plus grande tolérance envers autrui ? Une ouverture d'esprit marquée par une curiosité sans limite et une disponibilité accrue envers ce qui nous est étranger ? Le tourisme n'est pas neutre. Il favorise une économie globalisée aux retombées locales minimes et banalise un néo-colonialisme de subordination généralisée... De même, croire que le hit-parade des « hauts lieux » de l'Humanité mis en place par l'Unesco stimulerait une « mémoire collective » aux fonctions éducatives se révèle un incroyable leurre. La multiplication des équipements standardisés (aérogares, hôtels, musées, fronts de mer et de fleuve, « quartiers historiques », etc.) et des coûteux « événements » (Jeux Olympiques, Expositions universelles, etc.) homogénéisent les sites, leurs temporalités et leurs spectacles. Le pic pétrolier et le dérèglement climatique appellent à une plus grande responsabilité envers le pourquoi et le comment des mobilités. Le tourisme est déjà responsable de 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre... Fautil, là aussi, décroître ? Il convient, à coup sûr, de rompre avec le tourisme massifié (et ses sous-produits que sont les tourismes sexuel, médical, équitable, durable...) et de privilégier le voyage et ses acclimatations progressives aux cultures que l'on découvre, plus lent, plus économe, plus attentif. L'être humain est relationnel, il serait aberrant de lui interdire de voyager ! Mais, compte tenu des nouvelles contraintes environnementales, il devient indispensable de repenser le proche et le lointain, ces deux aimants de toute boussole existentielle.

  • La langue maternelle

    Hannah Arendt

    « Seule demeure la langue maternelle » c'est un entretien avec Gu¨nter Gaus paru à la Télévision allemand le 28 octobre 1964. Dans ce texte Hannah Arendt souligne sa pensée politique par rapport aux problèmes du déracinement, de l'appar- tenance surtout à la langue d'origine, qui même dans les situations plus difficile résiste comme une façon particulière de regarder le monde. Dans une situation politique critique, la pensée a le pouvoir de prévenir les fausses valeurs et fausses croyances et, par suite, celui de nous préparer à la faculté du jugement, ce qui est la plus politique des activités mentales. Pour toutes ces raisons, auxquelles il faut ajouter la fonction de régulation éthique, nous voyons que la pensée conserve d'importantes affinités avec l'action, la politi- que et le monde des apparences. Bien qu'elle découvre, en visitant les décombres de la tradition philosophique, les raisons pour lesquelles la pensée s'est toujours opposée à l'action et à la politique, Hannah Arendt se refuse à croire qu'elle n'ait pas une place propre dans la vie de l'homme commun. Dans le deuxieme essai ici proposé «Compréhension et politique» du 1953, Arendt aborde la question de la ruine du sens commun. Pour elle, l'effondrement de la société de classes a mené à la désolation des individus, c'est-à-dire à leur déracinement social et culturel. Perdus, ils se sont alors repliés vers le totalitarisme qui présentait une certaine cohérence. Son autre ouvrage majeur est un essai sur le procès d'Adolph Eichmann, l'un des exécutants de la solution finale. Dans Eichmann à Jérusalem, elle décrit le gradé nazi comme un homme ordinaire, privé de conscience, illustrant la fameuse idée de la « banalité du mal ». Montrant avec force qu'Eichmann se contentait d'obéir aux ordres. Ses derniers ouvrages sont, eux-aussi en prise directe avec l'époque. Le totalitarisme n'est plus politique, il est désormais économique : le capitalisme triomphe. Ce sont La Condition de l'homme moderne et La Crise de la culture. Elle y critique la suprématie du monde du travail. Suprématie qui exerce une pression de plus en plus forte sur les individus:chacun doit se battre pour sur- vivre. Cette déshumanisation soumet le citoyen au diktat de l'économie et appauvrit sa réflexion politique. C'est tout l'espace public qui en pâtit.

  • Le choix de textes de Walter Benjamin (1929-1933) présentés dans ce livre concerne le rapport entre la technique et l'existence, avec un essai encore inédit en France, Mélancolie de gauche.
    Au centre de ce livre il y a le rapport entre corps et transformations techniques qui transforment les subjectivités et le social, surtout eu égard à ce que Benjamin appelle la « pauvreté de l'expérience ».
    Benjamin a été sans doute un des premiers philosophes à avoir compris comment un tel processus de transformation du capital pouvait agir en vue d'une domestication à travers l'introduction de la technique dans la vie et vice-versa.
    Voici ce que le philosophe allemand écrit dans Expérience et pauvreté :
    « De barbarie ? Mais oui. Nous le disons pour introduire une conception nouvelle, positive, de la barbarie. Car à quoi sa pauvreté en expérience amène-t-elle le barbare ? Elle l'amène à recommencer au début, à reprendre à zéro, à se débrouiller avec peu, à construire avec presque rien, sans tourner la tête de droite ni de gauche. Parmi les grands créateurs, il y a toujours eu de ces esprits impitoyables, qui commençaient par faire table rase. Il leur fallait en effet une planche à dessin, ils étaient des constructeurs ».

  • En rapprochant les idées de Démocratie Radicale et de Villes Rebelles, ce livre a pour objet d'introduire et d'élaborer le concept de « Villes Radicales ». Dans le cadre de l'ordre néolibéral, les villes sont des lieux de répression, d'injustice et d'exploitation. Par exemple, les « villes numériques » sont souvent des laboratoires d'ordre policier et de contrôle, de discrimination raciale et de violence étatique. Au même temps, l'urbain envisage un espace où se déroulent des luttes politiques et des pratiques émancipatrices. Depuis la mouvance traditionnelle anarchiste jusqu'aux mouvements sociaux du vingtième siècle, le domaine urbain peut être considéré comme un champ d'interventions que par sa nature est capable de réaliser de réseaux autonomes. Il n'est donc guère surprenant qu'aujourd'hui des citoyens, des activistes et des politiciens soient entrain de reformuler un intérêt pour le gouvernement urbaine et locale. A travers l'Europe et même au-delà, nous pouvons observer de nouvelles formes de gouvernement au niveau local et général des villes, qui expérimentent des pratiques et des institutions démocratiques.

  • Jusqu'à quel point est-il possible de placer de façon prioritaire dans les champs du droit et de la loi des enjeux concernant la vie sexuelle, les rapports entre les sexes, les questions de genre ? C'est l'enjeu central de la discussion ouverte par cet essai.
    Le « mariage pour tous », les débats autour de la majorité sexuelle, la campagne contre le harcèlement sexuel, les scandales de pédophilie dans l'Eglise catholique - autant de thèmes actuels de discussion qui, aussi divers soient-ils, se trouvent placés, d'une façon toujours plus impérieuse et exclusive, dans le champ de l'instance juridique, appelée à trancher. Et ce, que ce soit sous la forme de l'établissement de nouveaux droits ou bien sous celle de la codification de nouveaux délits et de leur sanction.
    L'extension proclamée de la sphère des droits devient ici indissociable d'une accentuation de la répression frappant les inconduites sexuelles. L'accent est désormais placé avant tout sur les protections et les garanties immunitaires que les sujets individuels se voient accorder, sous ce nouveau régime de la politique et de la morale sexuelles. Ce nouveau pli contraste vivement avec d'autres topographies dans lesquelles la sexualité se trouvait étroitement associée à l'émancipation individuelle et collective, domaine d'exposition et d'expansion, associée aussi à la euête du bonheur, à l'expérimentation, inscrite dans l'horizon des plaisirs.
    A l'évidence, notre époque est celle d'une accélération en matière de changements des normes régissant la vie sexuelle et les relations entre les sexes, la codification des questions de genres. Cette évolution rapide se place ellemême spontanément sous le signe du progrès. Les choses sont-elles cependant aussi simples ? Ce sont précisément les évidences nouvelles dont sont tissés ces processus qu'examine dans une perspective critique et ouverte cet essai.

  • Ce livre a comme thématique générale le retour au territoire à travers la conscience du lieu.
    Ce projet interroge plusieurs expériences et expérimentations dans des milieux différents dans lesquels on réalise des créations fondées sur des nouvelles typologies sociales, des nouvelles formes d'économie local based et des nouvelles institutions de citoyenneté.
    Les biens communs territoriaux sont différents des biens communs naturels parce qu'ils sont le résultat de l'action humaine et qui peuvent faire face à la situation actuelle seulement si on prend soin de leur existence, qui est important surtout au niveau des communautés.
    Cette ouvrage prend en examen les formes les plus importantes de gouvernement des biens communs territoriaux (plans d'aménagement paysagers participatif, systèmes locaux de la filière de proximité, les pactes ville-campagne, les éco-musées, les contrats de fleuves, montagnes, paysages, etc.) dans le but de proposer l'intégration dans des nouvelles institutions de autogouvernement locale-solidaire et fédératif.

  • Depuis des années, les théories urbaines marxistes et les courants anticoloniaux ont démontré le rôle central de l´aménagement du territoire et des politiques coloniales dans le développement du capitalisme. Le défi de Stefan Kipfer est de montrer comment ces deux dynamiques s´articulent et s´incarnent dans les stratégies étatiques «contre-révolutionnaires» et les processus d´urbanisation globale, fracturée, hétérogène et avec des temporalités plurielles. Ce livre, composé de textes modifiés et actualisés datant de la période entre 2004 et 2018, propose un dialogue entre les critiques de Henri Lefebvre et celles de Frantz Fanon. Ce dialogue veut contribuer à l´analyse des aspects néocoloniaux des processus d´urbanisation, qu´il s´agisse des espaces métropolitains (Paris) ou bien des réseaux et des infrastructures qui lient d´autres espaces urbanisés dans le monde (Les Antilles françaises et les périphéries canadiennes). L´auteur s´interroge aussi comment les interventions urbaines post

  • Dans un récit évocateur et panoramique de l'enfance urbaine, Colin Ward donne vie à la myriade de façons subtiles dont l'enfant a utilisé la rue dans le passé et le fait encore aujourd'hui.
    Dans ce contexte, il se demande s'il est vrai, comme beaucoup le croient, que quelque chose a été perdu dans la façon dont les enfants vivent leur environnement urbain ; pourquoi certains enfants font preuve d'une ingéniosité sans bornes pour exploiter ce que la ville offre alors que d'autres sont isolés et prédateurs ; et que peut-on faire, à un moment où un grand nombre d'enfants de la ville sont en guerre avec leur environnement, pour rendre les liens entre ville et enfant plus fructueux et agréables pour tous.
    Une exploration approfondie, attentive et opportune des façons dont la ville peut servir ou laisser tomber les enfants, ce livre soulève des questions urgentes pour les enseignants, les parents et les responsables des politiques.

  • Ces quatre textes figurent dans l'ouvrage de Maurice Bardet, La Fin du paysage, publié en 1972 chez Anthropos avec des photographies de l'auteur. Bernard Charbonneau (1910-1996), ami de Jacques Ellul, s'intéresse très tôt au sentiment de la nature et aux dégradations que l'agriculture productiviste et l'acharnement industriel imposent aux paysages.
    Précurseur de l'écologie politique, collaborateur de La Gueule Ouverte (1973-1977) et de Combat Nature, il dénonce les « grand travaux » (autoroutes, aménagement de la côte Aquitaine, zone touristique du Languedoc...) et les enlaidissements volontaires (lotissements pavillonnaires, décharges à ciel ouvert, « boîtes » des centres commerciaux, station- service dupliquée, parcs à thème...). Il n'hésite pas à nommer les responsables (hauts fonctionnaires, élu-e-s, promoteurs, multinationales du commerce et des loisirs, exploitants d'une agriculture intensive, consommateurs béats...). Au-delà d'un cri contre ceux qui défigurent la France, l'auteur généralise son propos et explique pourquoi aucun pays ne va échapper à cette banlieuisation forcée, aux conséquences désastreuses. La banlieue totale s'accompagne d'un pouvoir total qui marchandise chaque fait et geste de chacun, ses territorialités comme ses tempolarités. Cinquante ans plus tard, cette colère reste salutaire et annonce les nôtres !

  • Partant du postulat que la performance, en tant qu'art d'action, est une forme décomplexée et individuelle du rituel qui, autrefois, avait cours de manière collective dans toutes les sociétés, l'auteur tente d'évaluer la portée de cette création qui est apparue dans les années 70 et qui, aujourd'hui, recouvre de nombreux aspects. Convoquant en même temps les paroles d'artistes et des écrits théoriques sur le domaine, son propos se décline en trois chapitres. Le premier met en lumière une possible définition de la performance, en regard du rituel (dans ses définitions anthropologiques, artistiques et esthétiques). Cet aspect conduit l'auteur à estimer que la performance est peut-être une nouvelle activité rituelle non fixée, fondamentalement plastique. Le second s'applique ensuite à l'analyse du contexte des années 70, avec, comme apogée, une étude sur les actions de Carolee Schneemann, en regard de l'érotisme et de l'objectivation, de l'essentialisme féministe et de l'écoféminisme. Le troisième, davantage contemporain, décline enfin les activités artistiques d'une des plus grandes artistes actuelles, Regina José Galindo, et ses possibles influences, afin d'évaluer les fondements d'une création engagée, et dont les thèmes principaux sont la violence, l'abjection, l'obscénité, et portant à l'acmé les questions du viol et du féminicide... La performance n'est donc pas, comme on a souvent tendance à le faire croire, un jeu artistique conforme et gratuit, mais plutôt une résistance aux traumatismes sociétaux et un « au-delà de l'esthétisable ».

  • Design des territoires, l'enseignement de la Biorégion est un ouvrage ayant une double vocation :
    Présenter ce que la « biorégion » nous enseigne dans un contexte d'urbanisation totale de la Terre et comment il est possible de l'enseigner par le design de manière critique et située. Car le design n'est pas seulement ce qui a accompagné, promu et esthétisé le modèle destructeur de la modernité consumériste à toutes les échelles, mais il est aussi ce qui peut le remettre en question tout en expérimentant des voies divergentes pour changer nos manières de penser et d'agir, et rendre ainsi les territoires de nouveau habitables.
    Résultat d'un projet de recherche mené dans l'école d'art et de design de Valenciennes (« Construire la biorégion.
    Design situé et territoires soutenables », 2017-2019), cet ouvrage s'inscrit plus largement dans les recherches développées dans cette école sur le design écosocial (Ludovic Duhem, Kenneth Rabin (dir.), Design Écosocial.
    Convivialités, pratiques situées, nouveaux communs, It : Éditions, 2018). Il s'adresse autant aux enseignants et aux étudiants du monde du design (design, architecture, urbanisme), qu'à toutes celles et tous ceux qui cherchent à mieux comprendre comment la création peut participer à la lutte contre la catastrophe écologique sans perdre de vue la réalité des territoires et de ses habitants, c'est-à-dire en cultivant le sens du lieu.

  • Dans les années 1881-1882, Marx développe un intérêt particulier pour les sociétés pré-capitalistes (parmi lesquelles notamment les communautés rurales russes) ainsi que pour des pays comme l'Égypte, l'Algérie ou l'Inde, où s'engagent alors des luttes contre la domination capitaliste. On fait souvent de Marx le principal connaisseur, et théoricien, du prolétariat d'usine. Cette assertion, sans doute légitime, mérite pourtant d'être précisée, car l'étude des communautés paysannes constitue également une partie très importante de son oeuvre, et elle la traverse en quelque sorte dans son intégralité - jusqu'aux célèbres propos, décisifs et bouleversants, qu'il tiendra sur la Russie. De telles réflexions sont développées dans une lettre à Véra Zassoulitch, figure éminente du populisme révolutionnaire, et surtout dans les nombreuses versions préparatoires de celle-ci. Maximilien Rubel verra dans ces manuscrits le véritable « testament politique » de Marx.
    On y trouve un refus de l'idée, partagée par la majorité des marxistes russes et calquée sur un modèle occidental, selon laquelle il s'agit d'en passer par un développement du capitalisme en Russie. En rejetant la conception évolutionniste et linéaire du « progrès », Marx s'intéresse à une forme sociale « archaïque » - mot par lequel, à son avis, « il ne faut pas trop se laisser effrayer ». Le socialisme de l'avenir en représenterait une manifestation supérieure, qui y mêle certains acquis de la modernité. Marx reprend des analyses présentes dans les Grundrisse, et notamment dans les cahiers publiés sous le titre de Formen, die der kapitalistischen Produktion vorhergehen, axés sur les différentes formes communautaires qui précèdent le surgissement du mode de production capitaliste. Un ensemble composite de « communautés naturelles » où la forme sociale dominante, la commune, « n'apparaît pas comme résultat mais comme présupposé de l'appropriation (temporaire) et de l'utilisation collective du sol ».

  • La société néolibérale a complètement vidé de son sens la notion de style, en faisant de toute esthétique un simple outil de marketing.
    L'architecture ne pouvait pas échapper à ce bouleversement, qui a brisé le lien indissoluble que la modernité avait espéré établir entre projet esthétique et projet social. Parmi les différentes mises en récit dont le projet architectural et urbain est devenu à la fois l'outil et la victime, cet ouvrage entend en aborder la déclinaison « paysagère » : la nature constitue désormais l'élément décisif assurant le succès d'un projet, le seul « grand récit » aujourd'hui existant. Nous pouvons observer à l'oeuvre, tant à l'intérieur du milieu spécialisé que dans le cadre du débat public, une série de rhétoriques productrices d'un « paysage réactionnaire ». Une grande partie du marketing structurant le discours architectural se sert d'images nostalgiques à haut potentiel de séduction : une acception « contemplative » du paysage, qui renvoie à la nostalgie d'une « belle intégralité perdue ». Il s'agit d'un phénomène de longue durée dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme, qui a néanmoins connu, à partir des années quatre-vingt, une forte impulsion grâce à l'affirmation de la pensée écologiste. La même décennie voit l'affirmation de l'hégémonie culturelle néolibérale. Il ne s'agit vraisemblablement pas d'un hasard : la « réification » du paysage et sa transformation en une image à deux dimensions - le paysage comme un tableau - détermine son intégration dans la dynamique de valorisation et de consommation typique de toute marchandise.
    L'ouvrage s'appuie sur une série de cas d'étude paradigmatiques, en Île-de-France et en Italie : l'éco-quartier du Sycomore à Bussy-Saint-Georges et le quartier de Milano San Felice et de Milano 2. Il s'agit de micro-histoires emblématiques de la fin de la « ville réformiste ». Le fait que ces quartiers présentent également une configuration sociale d'auto-ségrégation des classes moyennes est un autre élément qui en fait des cas emblématiques de l'urbanisme « défensif » si typique de la société néolibérale. En vertu de leur « distance chronologique », ils prouvent en outre la longue durée d'un thème centrale pour cet ouvrage : l'existence d'un récit polémique à l'égard de de la ville des « Trente glorieuses ». La Modernité reconnaissait en effet le caractère anti-organique de la ville industrielle. Ce qui a souvent permis de réfléchir à la relation entre éléments naturels et éléments urbains, nature et raison. Au contraire, le régime d'esthétique réactionnaire que nous analysons ici repose sur le refus idéologique de cette opposition. L'objet de notre réflexion consiste donc à critiquer ce refoulement. Il s'agit d'un premier cadre conceptuel, qui dérive de l'analyse de certains choix linguistiques et de conception, et d'une brève reconstruction historico-théorique. Cette dernière porte sur l'identification de noeuds problématiques au coeur de la relation entre architecture et nature, et sur les contradictions du grand récit du naturalisme nostalgique.

  • Théoricien de la critique de la vie quotidienne, Henri Lefebvre (1901-1991), s'intéresse aussi bien aux habitudes, à la routine, aux rites calendaires qu'aux rythmes individuels et sociaux, qui donnent là chacun, comme à toute société, son tempo. L'ordinaire entrelace mille et un rythmes et combine aussi bien des moments répétitifs, comme dans l'usine taylorisée, que des ruptures festives ou cultuelles.
    Avec l'urbanisation les temporalités se modifient, le temps vécu se distingue à la fois du temps représenté et du temps rêvé. Pas de territorialité sans ses temporalités, d'où une rythmanalyse que Bachelard avec esquissée et que Lefebvre élabore en recherche. Publiés en 1992, ces Éléments de rythmanalyse. Introduction à la connaissance des rythmes, augmentée d'« Essai de rythmanalyse des villes méditerranéennes » rédigé avec Catherine Régulier, n'étaient plus disponibles, d'où cette réédition complétée par trois articles : « Musique et sémiologie » (1971) ; « La musique et la ville » (1976) et « Le projet rythmanalytique » (avec Catherine Régulier, 1985). Cet ensemble de textes constitue un précieux et indispensable corpus lefebvrien pour qui souhaite, non seulement approfondir sa connaissance d'un penseur exceptionnel, mais aussi prolonger ses réflexions sur les rythmes.

  • Le géographe anglais Matthew Gandy a défini l'ensemble des groupes qui résistent à l'anéantissement de la richesse écologique « alliances hétérotopiques ». Une telle formulation découle d'un étude sur l'Abney Park de Londres. Abney Park fait partie des « magnifiques sept » cimetières de Londres érigés à la moitié du XIXème siècle pour faire face à la rapide augmentation de la population. Quand, à cause de sa surpopulation, le cimetière fut fermé, une longue période de décadence commença. Ce déclin était toutefois seulement apparent. À cause de l'abandon, à la ruine suivit, en effet, une incroyable histoire de croissance écologique. Le cimetière prit de plus en plus les apparences d'un parc, dont les bénéficiaires étaient les catégories humaines/sociales les plus radicales du quartier. Dans Écologie Queer, Gandy suggère que la présence d'une énergie omniprésente toujours capable de réinventer les vies, même dans une période de choc socio-économique comme l'actuelle. « Le parc devient donc le théâtre d'un nouvel horizon relationnel entre corps et nature, ainsi qu'entre des sexualités non conventionnelles. Un horizon qui est humain ou pas : queer, justement. » Qu'est ce que l'Écologie Queer ?

    «Queer Ecology» c'est une façon d'explorer la matérialité urbaine et le ro^le des métaphores dans la théorie qui s'interroge sur les transformations des territoires à partir de la compréhension des extrêmes variations que ceux-ci décrivent.
    La théorie représentée par la «Queer Ecology» sert à élargir la portée conceptuelle et matérielle de deux champs : d'un co^té le domaine de l'écologie politique et les recherches de la pensée du posthumanisme, et de l'autre les nouvelles conceptions de la complexité croissante au sein de la science de l'écologie elle-même.

    L'écologie queer serait donc une critique à l'homologation des sexualités, ainsi que de la façon d'habiter et de vivre l'urbain contemporain et les territoires. L'écologie queer surmonte la contradiction du capitalisme actuel en y ajoutant le principe de précaution et la primauté du vivant sur la science, reconnaissant ainsi une séparation irrémédiable entre l'être et le savoir qui doit retenir toute notre attention.

  • De la psychothérapie institutionnelle à la sociologie d'intervention, en passant par la manière dont des mouvements politiques transforment et font l'analyse en acte des institutions auxquelles ils sont assujettis, l'expression « analyse institutionnelle » a été l'objet d'appropriations différentes et souvent divergentes.
    Revendiquée diversement par Jean Oury, Félix Guattari, Georges Lapassade ou René Lourau, elle ne s'est jamais résumée à un paradigme unitaire et bien identifié.
    L'objet de ce livre est d'explorer cette pluralité, en revenant sur quelques-uns des moments forts de l'émergence de cette formule agissante, au croisement de la santé mentale, de la pédagogie et de la pratique politique.
    On se propose ici de montrer en quoi l'analyse institutionnelle, dont la définition donne lieu à des remaniements constants, signifie un double renversement : celui d'une réalité institutionnelle donnée, mais aussi de ce qu'institution peut vouloir dire, pour en faire autre chose que l'étatisation ou la bureaucratisation de la pratique collective.
    Inventer de nouvelles institutions suppose dès lors de réinventer ce que l'on entend par institution. Ce sont les figures plurielles, pour une part encore tâtonnantes, de ce renversement subjectif et micropolitique, que l'on tente d'approcher ici.

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