Biographie / Témoignage littéraire

  • Le Journal d'événemens de Siméon-Prosper Hardy est une source de référence pour les historiens des Lumières et de la Révolution. L'immense manuscrit du libraire révèle anecdotes, faits divers, témoignages et transcriptions d'arrêts et d'affiches offrant aux chercheurs un tableau exceptionnel du Paris de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Publié pour la première fois dans son intégralité, le Journal de Hardy peut désormais offrir un nouveau spectacle au lecteur : celui d'une histoire continue et ininterrompue, globale même, d'un univers en crise. Chaque volume présente une analyse thématique du manuscrit capable de rendre compte de la complexité et de la valeur exceptionnelle de sa composition. Les éditeurs ont d'abord étudié le projet d'écriture de Hardy (volume 1), sa sensibilité religieuse (volume 2), sa conscience politique (volume 3), puis ses observations particulières et uniques sur la police parisienne et ses transformations jusqu'à la Révolution (volume 4). Ce volume s'intéresse maintenant au monde du livre et de la Librairie, dont Hardy fut un acteur et un témoin d'exception.

  • Cet ensemble de plus de 200 lettres, adressées par Jean Lurçat à ses parents au cours des années 1915-1917, éclaire un épisode de sa vie auquel lui-même a toujours fait référence comme un élément clé de sa personnalité et de son oeuvre. Lettres manuscrites et cartes postales fournies par le Service des Armées, rédigées dans de mauvaises conditions, écrites au crayon sur des feuillets d'un papier de qualité médiocre, usé, râpé, portent encore la trace de pliures révélant le rôle particulier de ces missives qu'on empoche, tel un talisman, avant la montée en ligne. Billets griffonnés à la hâte, leur style est proche du langage direct et traduit à lui seul le contexte. Maculées de boue, de sueur et de sang, dépliées et relues tant de fois par des mains émues, tachées par l'imprégnation du cuir coloré du portefeuille, toutes entretiennent des liens essentiels entre le Poilu et sa famille, le front et l'arrière. Cette grande guerre forme aussi, comme un "prélude à l'existence", l'oeuvre de celui qui sera l'un des plus grands artistes français du XXe siècle: «J'ai en main ce qu'il faut pour pouvoir sur mes quarante ans sortir quelque chose d'important». C'est aussi le pressentiment de ce quelque chose d'important que le lecteur découvre dans les textes ici réunis.

  • Edmond Jabès

    Aurélie Crasson

    • Hermann
    • 16 Mai 2012

    À l?occasion du centenaire de la naissance d'Edmond Jabès, une exposition à la Bibliothèque nationale de France lui rend hommage : manuscrits, livres, photographies, oeuvres d?artistes inspirés par son oeuvre ou ayant collaboré avec lui retracent le parcours poétique de cet auteur dont l?écriture a été forgée par les questions de l?identité, de l?exil et de l?altérité.
    Ce livre accompagne cet anniversaire et montre diverses faces de l'oeuvre de Jabès à travers textes et images.
    Les différents types de manuscrits présentés rendent compte des étapes de la création et des repentirs de l?auteur.
    Ils permettent d'appréhender l'oeuvre littéraire de Jabès dans le temps de son élaboration et à travers sa complexité, tandis que les livres montrent l'oeuvre dans sa mise en page finale. Des dessins inédits, en parallèle des brouillons, permettent de mieux cerner la recherche de l'auteur : équilibre entre noir et blanc, plein et vide, parole et silence.
    L'influence de Jabès est également soulignée à travers les oeuvres plastiques d?artistes contemporains mettant en valeur la diversité de son apport au XXe siècle : littérature, pensée, art forment un tout indissociable dans le travail du poète.

  • Dix-huit puis commença sa brillante carrière au MIT. En 1948, il fut à l?origine d?une révolution scientifique avec son livre La Cybernétique ou la commande et la communication chez l?animal et dans la machine dont la toute première édition parut, à Paris, en anglais, chez Hermann (1948).
    Aujourd?hui, l?homme, son oeuvre et ses mises en garde sont en partie oubliés.
    Dans cette biographie, Flo Conway et Jim Siegelman, journalistes lauréats de plusieurs prix, sortent de l?obscurité le génie de Wiener et montrent de quelles nombreuses façons ses idées révolutionnaires influencent nos vies. Ils retracent l?odyssée internationale de Wiener, son combat sans répit contre ses crises maniaco-dépressives, ses travaux mathématiques fondamentaux, son oeuvre technique qui joua un rôle important dans la victoire de la Seconde Guerre mondiale, enfin dans l?explosion de l?âge de l?information quand surgit la cybernétique sur la scène de l?après-guerre.
    Grâce à leurs entretiens avec sa famille et ses collègues, ils reconstituent une vie hors du commun marquée par des relations tumultueuses. En se basant sur des documents gouvernementaux récemment mis à la disposition du public, ils montrent comment le FBI et la CIA ont surveillé Wiener aux moments les plus forts de la Guerre froide. La science que créa Norbert Wiener n?a fait que croître en importance dans la vie contemporaine.
    La « rétroaction », terme qu?il popularisa, concerne maintenant le machinisme automatisé, la technologie « intelligente », la communication humaine et est devenue d?usage courant. Mais il avertit aussi des dangers inhérents aux nouvelles techniques électroniques et biologiques qui peuvent échapper au contrôle humain. Il complète ainsi sa personnalité par une qualité de visionnaire du monde social qui s?ajoute à une oeuvre mathématique exceptionnelle.
    L?histoire de cet homme brillant et doué de nombreux talents est fondamentale pour celui qui veut comprendre l?interaction de la technique et de la culture au ??XXIe siècle.


  • l'imagination créatrice n'est pour saint-john perse ni une " puissance trompeuse " ni une fuite dans un ailleurs imaginaire : elle permet d'explorer les profondeurs psychologiques de l'individu et l'infinie variété des hommes " en leurs voies et façons ".
    l'imagination est une faculté libératrice, elle relie l'individu aux puissances de la nature et à la communauté des hommes. aussi le motif d'attribution du prix nobel de littérature à saint-john perse en 1960 pourrait se résumer par ces mots : " cette imagination au déploiement magistral est sa force. " les poèmes, par des analogies ouvertes, des images saisissantes et un rythme puissant, accroissent le désir de vivre, l'exigence intellectuelle, l'émerveillement face au réel et l'amour du monde.
    confrontée à l'évolution scientifique du xxe siècle et au " très grand désordre " de l'histoire, la poésie se dote d'uni peu de magie pour s'éclairer elle-même à la frontière de l'insaisissable ". c'est sur la dimension créatrice et poétique de l'imagination que colette camelin concentre son attention dans ce livre. " l'inertie seule est menaçante. poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance.
    " saint-john perse (1887-1975).

  • adulé, serge lifar (1905-1986) a été le premier danseur très médiatique.
    fort de l'aura des ballets russes, il a insufflé un nouvel esprit à l'opéra de paris où il fut maître de ballet. cet exilé, enfant de kiev, devient une figure mondaine, ami de jean cocteau, paul valéry ou arthur honegger, capable de provoquer en duel le marquis de cuevas. il a souhaité incarner la france, son pays d'accueil, grâce à son art. ses activités maintenues sous l'occupation lui valurent une éclipse.
    chorégraphe, théoricien, auteur prolifique, conférencier, lifar a promu son art dans le monde entier. n'oubliant jamais sa communauté, il a néanmoins trouvé un ancrage dans un domaine sans frontières, la danse.
    il est malaisé de rendre compte d'une personnalité si riche, complexe et chatoyante. il fallait le talent, la rigueur et la sensibilité de florence poudru, pour y parvenir. cette biographie au style alerte est le fruit d'un travail au long cours, de lausanne à paris.
    enrichie de documents iconographiques inédits, elle est appelée à devenir l'ouvrage de référence.

  • La connivence entre la littérature et la danse est antique ; elle prend de nombreuses formes. Pré-texte ou corollaire, l'écriture accompagne souvent la danse et celle-ci s'insinue dans les pages, indice de fantastique et d'ineffable. Les études concernant la danse dans la littérature sont nombreuses. En revanche, les interactions du littéraire et du chorégraphique considérées dans leurs réalisations scéniques sont moins explorées. C'est de littérature en danse qu'il est question dans ce volume, consacré surtout au destin des livrets de ballets conçus par des auteurs français, aux collaborations entre écrivains et chorégraphes et aux transpositions dansées d'ouvrages appartenant au patrimoine littéraire français.
    Il s'agit d'interroger les dynamiques et les enjeux du passage d'un code à l'autre, des mots écrits aux corps en mouvement. Comment un texte se transforme-t-il en un spectacle dansé qui ne se veut pas illustration mais transfiguration esthétique et interprétation autonome ? Comment les différents composants d'un texte littéraire se métamorphosent-ils en décors et costumes, en gestes et en pas ? En renversant la perspective, ce questionnement nous induit également à relire les textes à partir des recréations chorégraphiques auxquelles ils ont donné lieu. Entre littéralité et abstraction, ce sont donc les correspondances et les écarts par lesquels la chorégraphie intègre et transcende la consistance conceptuelle, émotionnelle et verbale de l'oeuvre littéraire qui font l'objet de ce livre : histoire de renouveler, de phrases en phrasés, le plaisir de l'intertexte.

    Avec les articles de :
    Guy Ducrey, Frédéric Pouillaude, Sylvie Jacq-Mioche, Marie-Françoise Christout, Françoise Lavocat, Béatrice Didier, Éléna Cervellati, Laura Colombo, Patrick Besnier, Pascal Caron, Mireille Brangé, Susanne Franco, Stefano Genetti, Silvia Riva, Valeria Gramigna.

  • Lorsque Loïe Fuller arriva à Paris, en 1892, elle était encore inconnue. Qui alors aurait pu deviner qu'elle allait révolutionner la danse, connaître le succès et la gloire, inspirer les plus grands sculpteurs de son temps, les plus grands peintres, de Rodin à Toulouse-Lautrec ? Si une vie peut être qualifiée d'extraordinaire, c'est bien la sienne. On ne saurait trop s'étonner, en effet, que cette américaine replète en vînt à personnaliser la " Parisienne ", son charme et sa légèreté ; que du fond de l'Illinois elle sût trouver le chemin des bras de la reine de Roumanie. Il suffit de lire les réactions qu'elle suscitait pour comprendre à quel point ses danses étaient fascinantes. Un journaliste écrivait par exemple : " Voilà la grande attraction du moment. C'est miss Fuller, cette Américaine qui Tourbillonne sous la lumière électrique et fait flotter autour d'elle comme des ailes de papillon, des calices de fleurs ou des nuages irisés, les longs plis de sa robe traînante. Est-elle jolie cette Américaine ? Je n'en sais rien et elle n'a pas besoin d'être jolie. Elle est supérieure à la vie même ". Il fallait la finesse de Giovanni Lista et sa profonde connaissance des arts du début du vingtième siècle pour restituer la figure de Loïe Fuller dans toute sa complexité. Salué par les spécialistes lors de sa première édition, cet ouvrage de référence est aujourd'hui publié dons une version corrigée et augmentée. Il saura à n'en pas douter séduire le lecteur tant par la clarté de son propos que par la richesse de l'iconographie et des documents exploités.

  • Cet ouvrage examine les différentes facettes d'un intellectuel, dont la personnalité, la carrière et l'oeuvre n'avaient jusque-là guère retenu l'attention: Léon Rosenthal (1870-1932). Son parcours de militant socialiste, brièvement adjoint au maire de Dijon et animateur de l'Université populaire, est étudié au sein de la SFIO de Jaurès et jusque dans son appartenance aux «majoritaires de guerre». Le normalien, agrégé d'histoire et professeur au lycée Louis-le-Grand, est également pris en compte. Ce sont aussi les activités multiples et complémentaires du critique et de l'historien d'art qui sont étudiées, permettant de mieux connaître l'érudit et le vulgarisateur de la peinture et de la gravure du xixe siècle, le théoricien de la reconstruction urbaine d'après la Grande Guerre, le défenseur des arts décoratifs et de l'architecture entre Art nouveau et Art déco , le promoteur de l'art social et de l'art français, le collaborateur de nombreux journaux et revues, le titulaire de la chaire d'histoire de l'art à la Faculté de Lyon et le conservateur du musée des Beaux-Arts de Lyon.

  • Vie de Prévost (1697-1763)

    Jean Sgard

    • Hermann
    • 11 Janvier 2013

    La vie de Prévost prend constamment la forme d'un roman : coups de tête, engagements soudains, exils et évasions, passions et ambitions démesurées, effondrements et rétablissements imprévus, tout y est excessif et désordonné. Quand il tente lui-même d'en écrire l'histoire, il esquive les plates réalités de la pauvreté et du labeur pour se lancer dans le récit d'une destinée hors du commun ; il a le génie du mensonge, le génie du roman à l'état natif. Écrire une vie de Prévost ce sera d'abord démêler la légende et la réalité ; ce sera chercher en même temps ce qui, de sa vie, passe dans le roman, car l'allusion autobiographique affleure dans tous ses récits. On y verra la tentation de l'aventure dans un monde en désordre ; on y verra aussi l'engagement malheureux, la « fatale formule » qui le condamne à la pauvreté, à la chasteté et à la soumission, lui qui rêvait de fortune, de femmes et d'indépendance. Cette vie en porte-à-faux de moine malgré lui le mène à toutes sortes de compromis et de dissimulations : on le découvrira dans le même temps mondain, abbé de qualité, aventurier sans trop de scrupules, séducteur à tout-va, et par-dessus tout, écrivain attelé à reconstruire obstinément cette vie morcelée. Ce qui donne sens et unité à cette existence, c'est sans doute la volonté d'être écrivain et de vivre de sa plume. On s'est donc attaché à rendre ici tous les aspects de la vie d'un homme de lettres au XVIIIe siècle, d'un écrivain qui, du début à la fin, s'est voulu romancier et s'est assumé comme tel : Prévost d'Exilés.

  • Dans le paysage des études littéraires d'après-guerre, au moment où s'amorçait le mouvement de la « nouvelle critique », les premiers livres de Jean-Pierre Richard marquaient assurément un ton dont on ne connaissait guère d'autre exemple : une manière de se lancer à l'abordage des textes dans une allègre témérité, armé en apparence du plus léger équipement possible, à seule fin d'en éprouver d'abord, presque physiquement, la fringance et d'en revivre le bonheur. Un demi-siècle plus tard, tandis que retombait la ferveur des grandes initiatives critiques, que les anciennes pratiques reparaissaient sous des habits nouveaux, la ferveur entêtée de Jean-Pierre Richard se tournait vers de nouveaux objets, moins canoniques que par le passé, plus « buissonniers ». Choisir de lire des contemporains, parfois fort jeunes, c'était dire que la critique a « valeur de reconnaissance », selon le mot de L'État des choses. Les douze études rassemblées ici tentent à leur tour de lire cette grande oeuvre de lecture ; de l'aborder à la manière des paysages auxquels Jean-Pierre Richard se montre si constamment sensible, dans une langue elle-même vouée à dessiner ses propres horizons. Car ce n'est pas le moindre sujet d'étonnement qu'elle nous offre : constamment au service des écrivains, elle a fini par dresser la figure d'un critique et d'un écrivain très singulier, reconnaissable dans son temps.

  • « D'une poétique continuée par tous les moyens » est le sous-titre que Michel Deguy a donné à l'un de ses livres. Si la poétique est ce par quoi la poésie, réfléchissant son acte, prend conscience d'elle-même, la continuation proposée est en quelque sorte programmée par la poésie en tant que celle-ci rappelle le langage à sa vocation première ; elle est immanente à l'acte poétique tel que le déclare et l'effectue l'activité dite « poésie », prenant la parole pour tout ce qu'elle fait tenir, pour ce tout qu'elle installe et qui ne tient que par elle. Si « la poésie n'est pas seule », comme l'affirme le titre d'un autre livre majeur de Deguy, c'est bien en ce sens. Lire l'oeuvre de Michel Deguy, l'accompagner pour tenter d'en prendre mesure, c'est donc s'engager sur les chemins bifurs des semblances, où le poème se mêle de philosophie, d'esthétique, d'éthique, de métaphysique, de linguistique, de politique, de sociologie, d'ethnologie, d'écologie... C'est un peu tout cela qu'abordent les textes réunis dans le présent volume, qu'ils procèdent par focalisation monographique sur des livres ou sur des motifs.

  • La postérité est une maîtresse infidèle. Elle néglige parfois ceux qu' elle a adulés comme Parny, né aux îles en 1753, et qui fut le plus grand poète français du tournant des Lumières. Le dernier disciple de Voltaire, avec sa Guerre des dieux (1799), fut aussi le premier des modernes, inventeur du poème en prose avec les Chansons madécasses (1787), et remit le lyrisme au goût du jour avec ses Poésies érotiques (1778 et 1781), recueil essentiel pour le renouveau de la sensibilité en France et au-delà des frontières. La présente monographie retrace, de Saint-Paul de Bourbon à l'Institut, via Rio et Pondichéry, le Collège de Rennes et les régiments royaux, une vie de parfait petit courtisan et une plume au service du Directoire, le parcours de Parny, un individu d' exception qui est aussi le témoin d'une classe, d'un milieu, d'une génération.

  • Voici donc réunis autour d'une personne aimée, estimée, admirée, digne d'éloge, Giovanni Dotoli, les réflexions de quelques-uns et quelques-unes de ses proches en esprit et dans le coeur, qui partagent ses passions, qui envient peut-être son exceptionnelle énergie vitale et créatrice - il est des envies toutes d'émulation, et non de dépit -, qui souhaitent lui dire combien ils aiment se sentir près de lui, dans le monde des valeurs comme dans celui des sentiments.
    Bien des aspects de son « agir », réalisés en une oeuvre multiforme, sont évoqués ici. Dans le concert, la polyphonie des célébrations croisées, il en est de deux sortes : quelques-unes à propos de réussites qu'on apprécie, mais que l'on ne saurait accompagner. Dans l'étroite amitié de Giovanni avec Henri Meschonnic, à la fois les deux poètes et les deux penseurs passionnés de langage se retrouvaient. La connivence entre poésie et poursuite de ce Graal, le langage humain, est d'ailleurs inscrite dans la nature de ces deux activités.
    [...]. S'agissant de langage et de langues, notamment de la française, de lexique et de verbe, de dictionnaires enfin, avec leurs ouvertures littéraires et lyriques, le cousinage d'estime devient fraternité d'action, apport réciproque d'énergie, stimulation, exemple...
    Nous vivons tous d'exemples, puisés dans la mémoire des textes. Le grand Corneille ajoutait que « les exemples vivants sont d'un autre pouvoir ». Tous les célébrants de Giovanni ici réunis lui ont une dette qui dépasse celle que l'on doit aux grandes oeuvres, fussent-elles magistrales et pérennes :
    Montaigne, Leopardi, Rimbaud, Valéry, en choisissant des auteurs chers au coeur et à l'esprit « dotoliens ». Au-delà de la leçon des oeuvres, vient celle de la personnalité vive.

  • Mme d´Arconville appartient tout à la fois au monde des lettres et à celui des sciences. Elle aime Rousseau et Voltaire, mais déteste les philosophes. Elle s´adonne à la botanique, à l´anatomie et à la chimie, puis à l´histoire. Enfermée dans son laboratoire ou penchée sur des manuscrits de la Bibliothèque royale, elle n´en fréquente pas moins les cercles littéraires, artistiques, politiques, scientifiques et médicaux. Tout en traduisant le Traité d´Ostéologie de Monro et les Leçons de chymie de Shaw (1759), elle mène un ambitieux programme de recherches (Essai pour servir à l´histoire de la putréfaction, 1766). Elle traduit tous les genres littéraires de l´anglais et de l´italien (éducation, roman, théâtre, poésie...) et publie des romans et des ouvrages de morale, avec un succès tel qu´ils sont attribués à Diderot... et qu´un essai de Frédéric le Grand lui est attribué ! Pour bien marquer sa propriété sur une oeuvre éclectique, elle la réédite, sans dévoiler son identité (Mélanges de littérature, de morale et de physique, 1775-1776, 7 vol.), et se consacre à l´écriture de l´histoire.
    Qu´est-ce que faire de la science pour une femme de la haute société sous Louis XV ? Que signifie cette soif de savoir et d´écriture qui la pousse à reprendre la plume vingt ans après avoir renoncé à publier ? L´éclectisme et l´anonymat fournissent des clés pour mieux comprendre l´insertion du champ scientifique dans la culture des Lumières et la place de la traduction dans une ambition qui refuse de s´exposer dans l´espace public.
    Ce premier ouvrage consacré à Mme d´Arconville invite à revisiter « l´ambition féminine au XVIIIe siècle », à la suite d´Élisabeth Badinter, et à dépasser la figure traditionnelle des salonnières pour découvrir des femmes plus discrètes et des oeuvres oubliées qui ont compté en leur temps.

  • Si la chimie, quelques années avant la Révolution, est marquée par la théorie générale de Lavoisier, Antoine de Fourcroy est aussi, à la même époque, une des grandes figures de cette science balbutiante.
    Après une jeunesse difficile et des diplômes rudements acquis, il fait la connaissance de Nicolas-Louis Vauquelin qui sera successivement son élève, son collaborateur et surtout son ami. À eux deux, c'est une partition à quatre mains dans le domaine de la chimie qu'ils vont écrire pendant vingt-cinq ans et qui ne cesse qu'avec la mort de Fourcroy en 1809, celui-ci donnant les directives à Nicolas-Louis tout en poursuivant une carrière politique.
    Celle-ci, qui avait démarré sous la Révolution, s'éteint avec la chute de Robespierre, Antoine de Fourcroy ayant survécu à la Terreur contrairement au Fermier général qui n'a pas eu cette chance ; tout le reste de son existence, l'exécution de Lavoisier lui sera imputée... à tort ou à raison ? Nous essayons de donner ici les preuves de son attitude exacte dans cette sinistre tragédie.
    Sa carrière reprend avec l'ascencion de Bonaparte et il n'est pas exagéré de prétendre que Foucroy est à l'origine de tout le système éducatif français, participant à la création d'écoles (l'École centrale des Travaux publics rebaptisée un peu plus tard sous le nom d'École polytechnique) ou de la réorganisation des études (de santé). Dans ces conditions, il aurait été tout à fait logique qu'il soit appelé à devenir Grand Maître de l'université impériale en 1808.
    Napoléon lui préfère Fontanes... Est-ce l'amertume ou une maladie réelle qui le fait passer de vie à trépas l'année suivante ? La question demeure.

  • Nouvelle génération, portée essentiellement par le groupe Marvel, est née en 1961 avec notamment la création des Fantastic Four. Ces personnages tranchaient sur les Batman et Superman de la génération précédente par leur plus grande humanité et leur plus grande fragilité.
    Les jeunes lecteurs ne s'y trompèrent d'ailleurs pas et le succès des super-héros de " l'âge d'Argent " (1961-1973) a tenu au fait que ceux -ci " disaient quelque chose " sur la société des années 1960 et 1970. Mais nous disent-ils encore quelque chose en 2011 sur ce que nous devenons ? Objets littéraires, les histoires de super-héros tiennent des contes d'antan et des récits mythiques mais également de la littérature populaire apparue aux xixe et xxe siècles.
    Objets sociologiques, ils nous informent sur les rêves et les tabous d'une société, sur notre rapport à la science et notre vision de l'individu dans la société contemporaine.

  • Coincé dans un refuge après un accident en haute montagne, l'auteur se raconte son enfance dans le Gers, dont il nous fait partager quelques moments intimes, émouvants, parfois drôles, et ses études à la Faculté de Médecine de Bordeaux où germeront ses premières révoltes et ses premières interrogations quant à la pratique médicale, ont profondément façonné son improbable destin. Médecin de coeur, mais scientifique d'esprit, il choisira la science et nous livre ainsi un témoignage sans concession, et pourtant enthousiaste, sur la vie des laboratoires de recherche en France, à l'Institut Pasteur, aux États-Unis et en Chine. On comprend les motivations, on vit les dilemmes, on s'étonne des conflits mais, avant tout, on partage la vie, les passions et parfois les doutes de ces créateurs, bâtisseurs de la médecine de demain. La vision de Jacques Thèze et son jugement ne sont pas neutres : ils font écho à des expériences singulières, à des choix pénibles, le condamnant à vivre partagé entre le désir de comprendre et celui de guérir. Avec une grande honnêteté et beaucoup de sensibilité, il décrit les étapes de ses recherches concernant les défenses immunitaires et leurs dérèglements, cause de si nombreuses maladies. Mais il ne s'arrête pas à ce travail pédagogique. Nous vivons avec lui ses combats quotidiens pour mettre la science au service de la médecine et des malades.

  • L'auteur, du 2 décembre 2000 au 2 août 2003, a consigné ses réflexions sur des événements historiques (Napoléon, Sophie Scholl (1921-1943)...), des faits d'actualité (l'ex-Yougoslavie, l'entrée de la Pologne dans l'Union européenne) et des moments plus personnels comme ses impressions à la lecture de la poésie d'Eva Diamant. Avec un long poème en prose Les transformants féminins.

  • Paul Morand pouvait être antipathique, infatué de sa personne, insultant envers ses collègues écrivains, avec des bouffées d'antisémitisme, de misogynie ou d'homophobie. Sa défense du colonialisme et, sous l'Occupation, de la politique collaborationniste de Vichy fut délibérée et constante. La publication de son Journal inutile avait fait scandale, et la reprise de ses oeuvres en Pléiade en 2005 fit de même. Et pourtant Paul Morand est indéniablement un grand écrivain. L'un de ceux qui sont capables, en une formule concise, de retrouver un style, d'évoquer un univers ou une atmosphère. Poursuivie sur près de soixante ans, l'oeuvre littéraire de Paul Morand est considérable et embrasse tous les genres. Trente ans après la mort de son auteur, en 1976, elle n'a pas encore fait l'objet d'une étude d'ensemble. Les quatorze chapitres qui composent cet ouvrage associent étroitement l'étude de la biographie et celle des oeuvres littéraires, en faisant appel à des correspondances et des documents inédits ; ils apportent des mises au point précises sur divers aspects controversés de Morand, tout en s'efforçant de replacer sa production littéraire sous l'éclairage des grands débats idéologiques qui furent ceux de son temps.

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