Théâtre

  • Roland Barthes ne s'est pas d'abord intéressé à la question de la théâtralité.
    Il n'en est pas non plus devenu à proprement parler un théoricien. Mais il a poussé la réflexion au-delà des catégories, des champs et des objets attendus. Il s'est d'abord intéressé au théâtre. Au théâtre joué, organisé, monté et au théâtre des signes que se donne une pratique pour exister, se transformer et se faire reconnaître. L'analyse des pratiques a commencé avec la littérature ; elle s'est poursuivie avec le théâtre et la mythologie.
    C'est dire que Barthes ne pouvait interroger du théâtre que le théâtre, un redoublement qu'il lui est arrivé de nommer la théâtralité. C'est dire aussi que cette théâtralité se trouve partout. Se trouve-t-elle partout identique à elle-même ? Autrement dit, la théâtralité est-elle indifférente au support qu'elle modalise ? Peut-on en donner une définition exclusive ? Quel est l'enjeu, quelle est la fonction, quelle est la valeur de son application obstinément hétérogène ? Quel concept déterminé du théâtre présuppose-t-elle ? Quel apport à la réflexion esthétique fournit-elle ?

  • Bernard-Marie Koltès (1948-1989) a laissé l'image d'un homme souriant, éternellement jeune, à l'énergie romantique et au destin tragique. Il a multiplié les rencontres et les voyages, s'est intéressé tant au roman, au cinéma et à la peinture qu'au théâtre. Dans les années 80, son compagnonnage avec Patrice Chéreau, tout récemment disparu, a forgé sa reconnaissance internationale. Il aimait les acteurs et a obtenu de Jacqueline Maillan comme d'Isaach de Bankolé, d'Yves Ferry comme de Maria Casarès, qu'ils interprètent ses pièces. Pourtant, son sens de l'amour, homosexuel ou amical, ne s'est jamais départi d'un sentiment de profonde solitude. Au programme, cette année (2014), des concours d'entrée aux Ecoles Normales Supérieures d'Ulm et de Lyon, Dans la solitude des champs de coton met aux prises un dealer et un client dans de longs monologues croisés, qui se coupent et s'accélèrent à mesure qu'ils s'approchent d'un dénouement sans résolution. Ce numéro s'engouffre dans les méandres d'une pièce sur laquelle Patrice Chéreau sera revenu trois fois, livrant en autant de mises en scène des interprétations toujours plus profondes et séduisantes.

  • Le couple que constituent Moïse et Pharaon compte parmi les topoï littéraires les plus courants. Bien des écrivains se sont intéressés à leur relation fraternelle, à leur rivalité. Mais très peu ont cherché à dresser le portrait psychologique de Pharaon, ce despote absolu, divinisé, auquel la réalité résiste.

    Au-delà de la confrontation politique, religieuse et idéologique qui se joue, la saveur et l'intérêt de la pièce reposent également sur la culture juridique et historique de son auteur. À partir d'une étude rigoureuse des textes de lois, des systèmes et des pratiques juridiques et politiques, ainsi que des idéologies en vigueur à l'époque, Raphaël Draï dépeint ce drame de façon vivante, nous permettant ainsi d'appréhender et de sentir les passions qu'ont pu éprouver chacun des protagonistes. Publiée à titre posthume, cette pièce reconstitue tout un monde enfoui, celui des Hébreux et des Égyptiens à l'époque de l'Exode.

  • Elie Wiesel n'est pas un dramaturge. Au contraire, il se « méfie » du genre théâtral, en le rangeant dans la catégorie des médias usant du factice de l'image comme support d'une surexposition dangereuse. En cela, il reste fidèle à la notion de théâtre dans le judaïsme traditionnel, religion iconoclaste qui rejette toute tentative de re-présentation. Se pencher sur le théâtre d'Elie Wiesel revient alors à mettre en lumière le paradoxe d'un auteur qui prend le risque de mettre en scène l'Absent pour mieux dialoguer avec Lui, puisque « depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale les mots les plus importants et les plus significatifs ont été dits sur scène »...
    Un théâtre de mots et de maux qui nous éclaire sur la façon dont l'auteur positionne l'humanité dans son questionnement sur le divin, au coeur d'un espace scénique allant parfois jusqu'à défier les conventions de la tradition religieuse (utilité du péché comme partie nécessaire de la Création divine, mise en tentation extrême du héros pour permettre le sacrifice, impossibilité du bonheur sur terre malgré la bonne conduite religieuse,...) Le thème de la Shoah se retrouve en filigrane inexplicable, indicible, « irreprésentable »...qui donnera lieu à de nouvelles images fortes liées à la grande « Absence » comme lors de ce procès intenté à Dieu le jour du carnaval de Pourim...

  • Cet ouvrage qui situe le théâtre de Molière dans le cadre des études scéniques tire parti de toute une gamme de considérations interdisciplinaires pour démontrer que la mise en scène est un instrument privilégié pour analyser un des dramaturges les plus pertinents et les plus attachants de tous les temps. Le choix délibéré de l'optique d'un grand nombre de mises en scène permet de mieux comprendre la représentation en tant que pratique artistique vitale pour toute approche de Molière.
    Il fournit aussi une perspective d'ensemble à la fois interculturelle et innovatrice qui éclaire non seulement le texte, mais également les pratiques théâtrales qui ont accompagné cette oeuvre, de l'héritage de la représentation du XVIIe siècle à l'évolution de la mise en scène à partir de 1900. Cet ouvrage reformule la relation théorique existant entre le texte et la mise en scène tout en poursuivant une réflexion approfondie sur la crise conceptuelle de la dramaturgie.

  • La guerre comique

    Patrick Dandrey

    • Hermann
    • 10 Octobre 2014

    Voici quelque 350 ans, en 1663, une «guerre comique» opposa Molière aux détracteurs de son École des femmes, créée en décembre 1662. Il mena ce combat à travers deux comédies, La Critique de l'École des femmes et L'Impromptu de Versailles, auxquelles répondirent une dizaine de pièces presque toutes dues à ses adversaires (à l'exception d'un partisan tardif). L'originalité de cette «querelle de L'École des femmes», c'est qu'elle se choisit le théâtre pour scène et la scène pour théâtre. Partant de cette intuition, on a tenté de modéliser cette polémique comme une vaste comédie à diverses voix, en l'éclairant à travers plusieurs grilles herméneutiques : celle de la prophétie auto-réalisatrice, pour éclairer l'ambiguïté de l'entrée en querelle ; celle de la prouesse, que Molière voulut opposer aux chicaneries de ses adversaires ; celle de l'écriture spéculaire et de la composition «ironique», qui réalisent l'oeuvre dans la représentation de son échec ou le démontage de son artifice ; celle de la réécriture hypertextuelle, qui a transformé le conflit de textes en une ondulation polyphonique d'arguments et de thèmes empilés et partagés, etc. C'est un enchevêtrement de mobiles, de formes et de fins dont on cherche à démêler l'écheveau pour mieux comprendre le miracle esthétique que constituent la délicieuse Critique de l'École des femmes et le miroitant Impromptu de Versailles.

  • Et un recueil de poèmes. La Masquarade du triomphe de Diane, publiée dans le recueil de Poèmes de 1576, jamais rééditée par la suite, fait partie des spectacles privés de circonstance très à la mode à cette époque-là. Elle est intéressante à plusieurs égards : elle contient de nombreux renseignements sur la musique et les instruments de musique, danses et les décors, les costumes des acteurs et la participation des acteurs à la mise en scène.
    Ce document, dont la critique a toujours connu l'importance, n'a jamais été vraiment exploité, en raison de la rareté des exemplaires du recueil de Poèmes de 1576. Par sa cohérence et l'ensemble des détails descriptifs, la Masquarade du triomphe de Diane. La Mascarade des Ames (incomplète) et l'ensemble des cartels représentent un témoignage important pour avoir une idée précise des divertissements en vogue dans les milieux de parlement provincial pendant la deuxième moitié du XVIe siècle.
    A cet égard, le témoignage de Pierre de Brach occupe le devant de la scène.

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