Infolio

  • Le Suisse, plus précisément le Bernois Friedrich Dürrenmatt (1921-1990) retient de ses connaissances de l'Antiquité, de la Bible et de la Deuxième Guerre mondiale les cruautés dont l'être humain est capable. Tandis que sa peinture illustre ces tortures, son écriture dénonce les idéologies, les ambitions de pouvoir politique ou financier et les appétits de grandeur. Il relativise toutefois la portée de l'action humaine face à l'immensité de l'Univers qu'il étudie avec son télescope. Doué d'une imagination débordante et d'un humour décapant, il est tour à tour adulé et hué pour ses pièces de théâtre dont la Visite de la Vieille dame figure au panthéon de l'art dramatique. Féru de philosophie, il se consacre vers la fin de sa vie à la recherche de la liberté individuelle dans le grouillement d'un monde de plus en plus réglementé.

  • Tout le monde croit connaître le plus célèbre des Vaudois. Mais qu'est-ce qui constitue le coeur du projet littéraire de C. F. Ramuz (1878-1947)? La passion de l'absolu, qui anime chez lui le besoin ardent de découvrir, en l'Homme, ce qui demeure, sous ce qui passe. Derrière le dandy distant et sûr de lui, toisant ses lecteurs, se cache un homme fébrile qui ne songe qu'à l'élémentaire, l'universel, la beauté, la grandeur, la plénitude, la permanence, autres noms de l'être et d'un absolu dont il éprouve une nostalgie sans fin. Si Ramuz a passé sa vie à bâtir un univers clos sur lui-même, n'est-ce pas parce qu'il y voyait le seul substitut à sa portée d'une unité irrémédiablement perdue? «Asseoir l'objet passager dans l'éternité», note-t-il dans son Journal en 1943. Ramuz, ou l'écriture en quête d'immortalité...

  • Qui ne connaît pas Balthasar Klossowski de Rola, dit Balthus? C'est peu de dire qu'il y a un «mythe Balthus», ce peintre qui a traversé tout le siècle dernier (1908-2001): «peintre le plus cher du monde», «le dernier des classiques», «l'ermite de Rossinière»... Pour beaucoup, le peintre de La leçon de guitare incarne par excellence l'artiste hors du temps à l'oeuvre rare. L'exact opposé d'un Picasso. En même temps, il flotte dans son sillage une odeur de soufre, du fait de la jeunesse et des poses équivoques de ses modèles féminins. Délaissant les idées reçues, revisitant en toute liberté la vie et l'oeuvre de Balthus, Raphaël Aubert brosse le portrait d'un artiste en rupture non seulement avec la peinture de son époque, mais aussi avec celle du passé. Un artiste profondément antimoderne. Ce qui est une autre façon d'être... moderne!

  • Georges Simenon a écrit 192 romans et près de 200 romans populaires écrits d'abord sous divers pseudonymes! Tous ces romans se réfèrent à des lieux que l'écrivain a connus, de Liège à Paris et sa banlieue, en passant par le midi de la France, la Vendée, l'Afrique noire, l'Europe centrale et les États-Unis. Ce livre propose un parcours chronologique de cette oeuvre immense, constitué d'arrêts sur des romans - «Maigret» ou «romans durs» - se déroulant dans les lieux habités ou visités successivement par l'écrivain. Chaque roman choisi fait l'objet d'une présentation qui en renouvelle l'approche. Ainsi ce livre présente à la fois les grandes étapes de la vie hors du commun de Simenon en même temps que quelques-unes de ses oeuvres les plus représentatives de sa vision du monde et de son art.

  • Découvrir Marguerite Burnat-Provins, c'est découvrir une artiste et une écrivaine étonnamment actuelle, à l'esthétique polymorphe et en quête éperdue de liberté. Ayant puisé aux sources du Symbolisme et de l'Art nouveau, elle développe son langage comme ses talents de peintre, de designer, d'enseignante d'art, de journaliste, et même de conférencière militant pour la défense du patrimoine. Grâce à sa rencontre avec le peintre Ernest Biéler, elle brossera durant d'émouvants portraits de Valaisans. De ce contact avec la nature sauvegardée et les moeurs de ce pays naîtra en 1903 un chef-d'oeuvre, Petits Tableaux valaisans, texte richement illustré, archétype de l'art total. Le Livre pour toi dévoilera, en 1907, dans une langue ardente, une amoureuse passionnée. Le choc de 1914 donnera Ma Ville, une galerie de personnages dessinés dans une mise en scène puissante. Il faut redécouvrir l'éclectisme de son travail, les riches rencontres tissées avec le monde des lettres et des arts et son tempérament hors du commun.

  • Médecin, Philosophe, pédagogue, Ignaz Paul Vital Troxler (1780-1866), né dans le canton de Lucerne, est un acteur majeur mais méconnu de la Suisse du XIXe siècle. Défenseur ardent de la liberté et de la démocratie, il s'engage contre les autorités réactionnaires de son canton, puis accompagne le mouvement libéral et radical en tant que penseur de l'État fédéral en devenir. En 1848, c'est sous son influence que l'on adopte le principe d'une chambre des cantons dotée des mêmes pouvoirs que la chambre du peuple, comme aux États-Unis. Figure centrale de la construction institutionnelle de la Suisse, il est aussi un philosophe inspiré par le romantisme dont il s'est laissé pénétrer durant ses études en Allemagne. Il cherchera toujours à réconcilier l'esprit et la matière, un objectif qui guidera son activité pédagogique et médicale, qu'il prolongera par des travaux pionniers sur le crétinisme.

  • Charles-Albert Cingria a la réputation d'un auteur génial mais trop dispersé pour être lisible. Ami de Ramuz, collaborateur de la NRF, maître à penser de nombreux écrivains contemporains, il a pourtant développé, au-delà de l'apparence éclatée de sa production, une poétique d'une très forte cohérence, mélange résolument «antimoderne» (donc «moderne en liberté» comme dit Antoine Compagnon) de passion pour les troubadours, d'amour de la musique et de goût immodéré «tout simplement pour ce qui existe». On retrace ici son parcours, de son enfance dorée à sa vie vagabonde de semi-clochard parisien, en insistant sur le destin d'une oeuvre qui, quel que soit l'angle sous lequel on la prend, est une source constante d'émerveillement.

  • Édouard Ravel (1847-1920) fait partie des oubliés de l'Histoire. Son prénom a été éclipsé par celui de son neveu Maurice Ravel, qui fut aussi son héritier, et qui put ainsi acquérir la maison du Belvédère à Monfort-l'Amaury, devenue aujourd'hui la célèbre «Maison-Musée de Maurice Ravel». Or l'oncle Édouard, resté en Suisse où la famille avait ses origines, a mené une belle carrière au sein de l'École genevoise. Pratiquant tous les genres et toutes les techniques, il rencontra le succès comme portraitiste, peintre de genre et d'histoire avant de se passionner pour le Valais, qu'il a parcouru en tous sens, peignant ses habitants et ses paysages en marge de l'École de Savièse. Ses dernières années sont marquées par son intérêt pour la musique et un retour à la peinture monumentale. Cet ouvrage cherche à lui rendre justice.

  • Né en 1930 à Porrentruy (République et Canton du Jura en Suisse), Alexandre Voisard est une voix poétique, originale et forte de la littérature francophone. Entre les années 1950 et 1970, il pratique divers métiers dans le théâtre, les postes, l'industrie et la librairie tout en s'engageant pour l'indépendance du Jura. Il est promu en 1979 premier délégué aux affaires culturelles du nouveau canton, avant de rejoindre le conseil de la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia. Membre de l'Académie Mallarmé et de l'Académie européenne de poésie, il vit à Courtelevant dans le Territoire de Belfort. Son oeuvre, forte d'une cinquantaine de publications depuis Écrit sur un mur en 1954, bien que principalement poétique, inclut le roman, des nouvelles, des récits et des carnets. L'Intégrale d'Alexandre Voisard a paru en neuf volumes chez Bernard Campiche Éditeur. Autoproclamé «premier poète écologiste après saint François d'Assise», il fait du dialogue avec la nature la matière première de sa création quotidienne.

  • Rares sont les phénomènes comme les épidémies et plus encore les pandémies susceptibles de provoquer l'extinction du genre humain et d'engendrer des peurs viscérales. Le «quatrième cavalier des chevaucheurs de l'apocalypse» parcourt le monde à intervalles irréguliers depuis des millénaires, répandant des contagions ayant marqué de manière indélébile l'histoire en modifiant les destins de nombreuses nations, en tuant des centaines de millions d'individus et en ravivant parmi les hommes des haines ataviques. La Suisse n'a évidemment pas échappé aux hécatombes au cours des siècles, subissant successivement les grandes pestes antiques, la mort rampante du XIVe siècle, la variole, le choléra, le typhus et les grippes: grippe russe, grippe espagnole, grippe asiatique jusqu'à la dernière mutation d'un virus qui nous est familier et qui, pourtant, en 2020, est parvenu à faire trembler le monde sur son socle.

  • Qui est donc l'épouse de Beaumarchais, Marie-Thérèse Amélie Willermaulaz ? Native de Lille, mais fille d'un Suisse né à Charmey dans le canton de Fribourg, Marie-Thérèse Willermaulaz (1751- 1816), devenue orpheline à 6 ans, fut recueillie par la famille de Dreux-Brézé, qui assura son éducation. Le film « Beaumarchais l'insolent » (où l'actrice Sandrine Kiberlain endosse son rôle) raconte sa rencontre avec l'auteur du Mariage de Figaro, dont elle fut d'abord la muse. Musicienne et brillante intellectuelle, tenant salon, elle fut une véritable associée pour son illustre mari et veilla à la survie de son oeuvre après sa mort (1799). Elle fréquentait les Thelusson à Paris et était liée d'amitié avec le banquier Jean-Frédéric Perregaux. Surnommée « la nouvelle Sévigné » dans les salons parisiens, elle a laissé une abondante correspondance en grande partie inédite.

  • C'était il y a près de dix ans, le 9 octobre 2009. Le géant des lettres vaudoises, l'ogre de la littérature romande de la seconde moitié du XXe siècle mourait subitement, foudroyé alors qu'il tenait conférence devant son public. L'habitué du Café de la Poste de Ropraz ne roulera plus son accent chantant dans nul lieu entre le Jorat vaudois et l'Ile-de-France, mais sa présence demeure dans l'esprit de tous les amoureux de littérature. 55 ans d'écriture, des dizaines d'ouvrages, du roman au poème en passant par l'essai, prix Goncourt en 1973, le Suisse n'a cessé d'être hanté par la mort, que son oeuvre questionne à longueur de livres. Et partant, l'idée de sainteté est la basse continue de nombre de ses romans, jusqu'à la fin : L'Économie du ciel, L'Éternel sentit une odeur agréable, Avant le matin, Le Dernier Crâne de M. de Sade.

  • Pourquoi lire Spitteler? Parce que ce qu'il nous dit dans son oeuvre n'est pas sans exercer une certaine fascination chez le lecteur d'aujourd'hui tant y résonnent des questionnements contemporains ! Des récits de Spitteler tels que Xaver Z'Gilgen, Mariquita ou Le Lieutenant Conrad et des épopées telles que Prométhée et Épiméthée et Le Printemps olympique abordent des problématiques qui sont aujourd'hui encore d'une intensité saisissante: le racisme, la vulnérabilité de l'état de droit ou la corruption de l'Homme par le Pouvoir. Quelles sont les circonstances qui permettent à certains individus de s'emparer du pouvoir? Quelles sont les stratégies et les intrigues qui les amènent au pouvoir? Comment se comporte l'individu à l'ère des masses?
    L'oeuvre de Spitteler est dense et vaste: elle comprend de la poésie, des vers, une prose narrative, des critiques littéraires et musicales, des essais, des discours, des récits de voyages et une correspondance riche. Son style est frappant par son lyrisme varié: pathétique ou sarcastique, insolent et percutant.

  • « Un Suisse qui a du goût pour le service militaire et veut s'y pousser doit le faire hors de sa patrie... » Voilà comment s'exprime Charles Emmanuel Warnery, un enfant de Morges où il est né le 13 mars 1720, avant d'entrer au service de Sardaigne, de Russie et enfin de Prusse. Il est alors chef d'escadron d'un régiment de hussards et sa hardiesse lui permit de monter rapidement en grade au sein de l'armée du jeune Frédéric II. Après une courte disgrâce, il est nommé quartier-maître général de Stanislas II, le nouveau roi de Pologne. Mais c'est surtout sa carrière d'écrivain militaire qui le fera connaître aux quatre coins de l'Europe, notamment grâce à son ouvrage Remarques sur la cavalerie, rédigé vers 1767 et traduit dans plusieurs langues. Un personnage passionné et passionnant qui mérite d'être redécouvert.

  • Ce livre fait véritablement vivre au lecteur les moments d'une époque décisive pour l'émergence et le développement du tourisme, qui va du milieu du XIXe siècle à l'aube de la Première Guerre mondiale. Avec un accent particulier mis sur la mobilité, nettement accélérée par l'adoption de modes de transport totalement nouveaux. Ces moments ont été choisis parce qu'ils représentent, chaque fois, une étape significative d'un processus qui va ensuite s'emballer jusqu'à détruire la magie du voyage avec, par exemple, l'aviation low cost d'aujourd'hui. Ainsi, chacun des quatre chapitres de cet ouvrage comprend une nouvelle - fiction ou « docu-fiction » -, qui illustre une de ces étapes. Chaque nouvelle est suivie d'une partie analytique, afin de permettre de mieux percevoir le contexte dans lequel se situe le petit récit et d'évoquer des éléments historiques qui n'y ont pas trouvé place.

  • Figure incontournable de la poésie contemporaine, l'oeuvre de Philippe Jaccottet a suscité d'abondants commentaires. Les hommages prestigieux qui lui ont été rendus n'ont aucunement fait faillir son attitude d'humilité. Grand lecteur, éminent traducteur, le poète concilie savoir et ignorance, valorisant la posture de celui qui ne sait rien, sans pour autant renoncer à l'attitude réflexive. Déchiffrer le monde tout en établissant un rapport authentique à la nature, guidé par ses seules sensations, tel serait l'objet d'une quête paradoxale. Les nombreuses contradictions qui traversent ses textes poétiques nous éclairent sur le mystère de la condition humaine, sur son caractère limité comme sa propension à l'illimité. En s'intéressant à la richesse diverse de son oeuvre, ce livre met en valeur les grands thèmes fondateurs qui nourrissent la recherche d'une parole juste. Manière de porter un éclairage sur l'esthétique déployée par l'écrivain, pour qui le meilleur de la culture garde toujours le reflet de l'innocence première.

  • Markevitch, musicien cosmopolite Nouv.

    Disciple de Nadia Boulanger, compositeur encensé dès son plus jeune âge et chef reconnu après la guerre, avant de devenir un grand interprète du répertoire russe et français, Igor Markevitch fut un acteur et témoin des plus grands mouvements artistiques du XXe siècle. Chef titulaire de l'Orchestre de l'Association des Concerts Lamoureux, de l'Orchestre national de l'Opéra de Monte-Carlo et de l'Orchestre de l'Académie nationale Sainte-Cécile à Rome, il a occupé une place considérable et discutée dans le monde musical.
    C'est aussi un artiste engagé face aux défis de son temps dont il a savoureusement commenté les soubresauts. À travers son itinéraire mouvementé, qui nous fait revivre la tragédie de l'Europe et l'emmène de son port d'attache sur la Riviera vaudoise aux quatre coins de la planète, on découvre un personnage à multiples facettes, avec ses aspirations et ses ambivalences, qui mérite bien l'épithète de polyglotte. Surtout concernant un homme pour qui la musique aura été plus qu'un art: une philosophie de l'existence.

  • Thévenaz, formes et rythmes Nouv.

    Foudroyé dans la fleur de l'âge, le peintre et décorateur genevois Paul Thévenaz (1891-1921) fut un fervent disciple d'Émile Jaques-Dalcroze. Le père de la Rythmique ne cacha pas sa peine devant «la disparition prématurée de ce grand artiste, de cet esprit ardent, sans cesse préoccupé de beauté et d'ordre, de ce coeur vaste, candide et tendre.» Ami intime de Cocteau qui lui destine un ballet dont Stravinski doit écrire la musique, Thévenaz enseigne la Rythmique à Paris aux élèves de Jacques Copeau comme aux rats de l'Opéra. Ayant émigré outre-Atlantique, fin 1916, il se constitue un cercle d'amis souvent «rich and famous», parmi lesquels le poète Witter Byner qui lui dédie sa «Ballad of a Dancer». À New York, Chicago, Miami, Paul - dit Paulet - danse, dessine, peint, expose. Il laisse de pénétrants portraits et d'admirables fresques décoratives. Comme l'écrit son ami diplomate Pierre de Lanux, «un homme nous apporta l'exemple continu de la plus véritable liberté. Ce fut Paul Thévenaz.»

  • Maggi, l'arôme d'une vie Nouv.

    Mondialement renommée pour ses cubes et son flacon d'arôme, la marque Maggi est lancée dans la seconde moitié du 19e siècle grâce à un homme aujourd'hui trop méconnu: Julius Maggi, né en Thurgovie, à Frauenfeld, en 1846, et décédé à Kemptthal en 1912). D'abord simple minotier à Kemptthal, dans le moulin de son père, il transformera rapidement sa modeste exploitation en véritable multinationale. S'imposant face à de multiples concurrents, il fera vite figure de précurseur dans les domaines aussi bien publicitaires que sociaux. Maggi deviendra dès lors l'un des pionniers de la nouvelle industrie alimentaire, allant jusqu'à fonder par la suite une société laitière à Paris avant d'inventer le fameux KUB en 1907.
    Un parcours étonnant: le souci philanthropique y croise sans cesse le goût du défi et l'ambition, avec une énergie toujours renouvelée.

  • Pierrette Micheloud, l'éternité dans le filet des mots Nouv.

    Au début des années cinquante, Pierrette Micheloud (1915-2007) quitte la Suisse romande pour Paris, où elle va mener une carrière de journaliste culturelle, de poète et de peintre. Elle abandonne la quiétude helvétique pour l'agitation parisienne, consciente que c'est dans ce climat de tension intellectuelle qu'elle pourra le mieux conduire sa recherche, tout en se ménageant des retours bienvenus dans son pays d'origine. Sa vie entière est placée sous le signe de la passion. Passion pour sa famille, à qui elle a dédié beaucoup de ses plus beaux vers; passion pour le Valais, ses racines, auquel elle revient sans cesse; passion pour la Femme, qu'elle dote d'un grand F et à qui elle assigne l'avenir de l'humanité; passion pour la montagne, la flore alpine, la nature, trop souvent défigurée par l'homme; passion pour le secret où s'élabore l'alchimie mystérieuse du poème; passion enfin pour les couleurs éclatantes dont elle inonde ses toiles, et pour la poésie, cette éveilleuse des consciences endormies, cet outil qui fraie un passage à la lumière de la vraie Vie.

  • Charles le Téméraire et les Suisses Nouv.

    Il se posait en nouvel Alexandre et il finit face contre terre. Lui, le puissant, le richissime duc de Bourgogne, devant qui les ambassadeurs s'inclinaient en lui donnant du grand-duc d'Occident, fut retrouvé deux jours après sa mort, survenue le 5 janvier 1477, nu et défiguré. Ainsi trépassa Charles le Téméraire à la bataille de Nancy. Une journée avait suffi pour réduire à néant dix ans d'un règne vécu comme un rêve.
    Charles a laissé dans l'histoire un souvenir contrasté, à la fois sportif et lettré, d'un caractère emporté quoique raffiné dans ses manières; un prince passionné par la guerre, mais qui la concevait comme un tournoi, ce qui causa sa perte et celle de son duché.
    L'année précédente, son projet d'une grande Bourgogne allant de la mer du Nord à l'Italie s'était déjà fracassé contre les redoutables carrés suisses, à Grandson et à Morat. Que n'avait-il alors retenu la leçon?

  • Godard, je est un autre Nouv.

    Godard. JE est un autre ne propose pas une biographie guidée par l'ambition d'une précision historique, mais un «conte de faits» qui s'enrichit de rapprochements aléatoires, en se réappropriant cet art de la digression si cher au cinéaste. Il se donne comme mission d'éclairer la persévérance d'un artiste-philosophe qui, au-delà de toute espérance, tend la main au spectateur, son frère, sa soeur, ses semblables. Le lecteur est invité à un jeu d'associations libres entre la vie de l'homme et l'oeuvre du réalisateur, structuré par une thématique omniprésente dans les films ici traités: de la vision équivoque de l'altérité féminine à l'engagement dans la lutte politique en soutien aux dominés de ce monde, en passant par la quête spirituelle et les questionnements relatifs à la mémoire historique, le cinéma de Godard vise au dépassement de Soi par l'ouverture à l'Autre.

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