Arts et spectacles

  • On s'attend à la nuit et on est dessaisi devant un corps féminin.
    La lumière est notre lot, une fois chassés du ventre maternel. La lumière est peut-être une nuit plus obscure que celle qui achève le jour. Nous sommes nus, et la distance qu'il y a d'un sexe à un autre est plus infranchissable que l'eau de tout miroir... Richard Millet

  • Les machinistes des théâtres de divinités de Bombay n'ignorent rien des effets spéciaux des studios de Bollywood, à la différence près qu'il s'agit ici de mettre en scène les dieux du panthéon hindou. Comment cette «robotisation» des dieux s'est-elle opéréeoe Ces machines divines et ces mythologies machinées qui fascinent les spectateurs par leurs lents mouvements hypnotiques toujours recommencés, auraient-elles en retour des implications sur les croyances, la vie même des habitants de Bombay ? Des entrepreneurs, des commerçants, des gangsters et jusqu'aux partis politiques, «investissent », financent la création de ces théâtres d'automates où l'on aborde aussi l'actualité, du terrorisme aux catastrophes naturelles, en passant par la corrup tion et le ramassage des ordures. En suivant au jour le jour leur élaboration parfois chaotique, l'auteur montre comment, à l'échelle de la cité, la mécanisation des dieux cache une tentative frénétique, ambiguë mais pleine d'ingéniosité, pour faire autrement de la politique.

  • D'où viennent les Gitansoe Quand se sont-ils installés en Andalousieoe Où et comment est né le flamencooe Quelle a été son évolution jusqu'à nos joursoe A quels critères reconnaît-on la qualité d'un cantaor, d'un tocaor ou d'une bailaora ? Voici quelques unes des questions auxquelles le présent livre apporte des réponses claires et documentées. Introduction à l'art du flamenco, il a pour but de faire mieux connaître et aimer cet art sublime, trop souvent mal compris. Il y a quelque chose que les mots ne peuvent dire: la grâce, l'inspiration, le duende- ce miracle qui n'arrive jamais au lieu et au moment où on l'attend. Alors les mots doivent s'effacer derrière les images, qui seules peuvent rendre ce qu'il y a de merveilleux dans l'éclair d'un instant. Le merveilleux: tel est précisément ce qui donne leur unité aux photographies d'Ariane Delacampagne. Cent photos prises en Espagne, en France, aux États-Unis, au fil de longues errances qui relèvent presque autant du voyage initiatique que du reportage. Ariane Delacampagne ne s'est pas contentée d'explorer la planète flamenca comme une terre inconnue. Elle a réussi - Leica en main, sans flash et sans faire poser ses sujets - à passer de l'autre côté du miroir pour nous montrer, par-delà les clichés, la foule des amateurs, enthousiastes et aficionados en tout genre (sans oublier les Gitans des Saintes-Maries-de-la-Mer) pour lesquels le flamenco n'est pas la distraction d'un soir mais une manière d'être, une façon de vivre et de prier, le moyen le plus pur de dire la joie et la douleur. Elle a moins cherché l'exotique, le pittoresque ou l'anecdote que l'art d'atteindre le fond de l'âme flamenca - un art qui nécessite, lui aussi, du duende.

  • l'art de ghani l'irakien nous offre, en un raccourci saisissant, toute la densité de l'histoire et de la culture arabes.
    dernier disciple des maîtres calligraphes de bagdad, il perpétue une tradition qui fut glorieuse, avant que la dictature, il y a plus de trente ans, ne le force à l'exil en même temps que la fine fleur de l'intelligentsia irakienne. on imagine aujourd'hui difficilement ce que fut l'irak des années cinquante du siècle dernier : un grand foyer du renouveau culturel arabe et le berceau de la nouvelle poésie moderne dont les représentants les plus éminents se sont réfugiés en europe.
    la calligraphie irakienne est demeurée un art vivant, ouvert sur le présent, capable d'un dialogue qui ne la dénature pas. transplantée en europe, elle a su se renouveler en se libérant des contraintes de formes et de styles qui l'emprisonnaient.

  • " ces dessins muets viennent de loin, d'un monde qui n'a plus rien à voir avec le nôtre.
    l'obscurité de leur origine accentue encore cette distance. ce défilé d'images sans créateur est sui generis. qui l'a produit ? personne : le temps, l'obscurité, les vieux papiers. c'est cela que nous cherchons, aussi, en contemplant ces images, cette épaisseur du temps qui se creuse jusqu'à ces images, cette sensation d'éloignement qu'accentuent les intermédiaires, les éditions, les commentaires, le silence, l'inconnu, et pourtant cette présence immédiate, cette évidence du monstre.
    "

  • Ecrit par deux spécialistes, ce livre est la première étude archéologique approfondie des églises de Lalibela taillées dans le roc vers 1200, et de leurs trésors. Inscrit au patrimoine de l'humanité, ce complexe architectural exceptionnel comporte principalement dix églises historiques. En dépit de son intérêt remarquable, aucun livre n'est aujourd'hui disponible sur ce site. Cet ouvrage de référence aborde l'inscription des églises dans l'histoire architecturale éthiopienne, la reconstitution de la liturgie originale, la mystique royale, l'épanouissement artistique (peintures murales, sculpture, ornementation, objets liturgiques), les bâtiments civils en relation avec les ouvrages défensifs ou hydrauliques. Les deux auteurs mettent le site en perspective dans l'ensemble de l'art et dans l'architecture du Moyen-Orient. Réunissant ces deux approches, ils datent et attribuent le site, puis avancent quelques hypothèses sur les desseins qui ont guidé sa réalisation.
    Il en ressort une image beaucoup plus complexe et sophistiquée que celle façonnée par la tradition, même si celle-ci constitue une compréhension poétique de ce chef d'oeuvre. Lalibela, ce sont aussi des trésors accumulés depuis huit siècles dont les auteurs présentent les pièces principales, pour la plupart inédites. Ils dévoilent notamment l'origine des fameuses «croix de Lalibela» et révèlent les écoles originales de peinture qui ont prospéré là.

  • Du fait des médias, on croit que Bagdad est en ruines. Or les bombardements ont touché surtout des bâtiments gouvernementaux et des sites stratégiques. Les quartiers d'habitation des années coloniales et post coloniales sont quasiment intacts. Bagdad est encore debout et, d'une certaine façon, elle reste une des rares capitales arabes à conserver un décor urbain du XXe s. encore préservé des destructions massives qui ont frappé l'Europe des années 70 ou, plus récemment, des villes comme Shanghai. Mais ce patrimoine architectural de brique est gravement menacé.

  • Dans les régions chrétiennes d'éthiopie, on utilise encore contre les maladies de longs rouleaux de parchemin portant prières et dessins magiques.
    Ces talismans sont portés sur le corps dans des étuis et déroulés face au lit de celui ou de celle qui est malade ou craint de l'être. dans le corps même des prières sont peintes des figures énigmatiques qui dessinent d'étranges géométries où domine jusqu'à l'obsession, l'oeil, comme élément magique et décoratif. le texte de constantin kaïteris est la mise en écriture de ces figures, leur déchiffrement dans le tapis des lignes et des couleurs.

  • Portraits de Marie dans la peinture éthiopienne (XII è - XIX è s.).
    Le portrait de Marie en couverture semble unir un Extrême-Orient d'yeux bridés avec l'Extrême-Occident du géométrisme irlandais... Quel paradoxe pour une chrétienté éthiopienne qui fut davantage et plus longtemps isolée qu'aucune autre ! En s'appuyant sur des découvertes récentes, l'auteur montre comment cette sophistication paradoxale est le fruit de développements autochtones. C'est dans l'isolement et le dénuement que les peintres éthiopiens ont le plus atteint à l'universel ! Cela se passait à la fin du XV è siècle parmi des moines et des moniales tenus pour hérétiques.
    Le portrait de Marie est l'image la plus vénérée par les orthodoxes tewahedo éthiopiens. L'ouvrage présente un florilège des plus belles peintures produites de 1200 à 1850 et en grande partie inédites. En introduction l'auteur étudie trois moments majeurs de l'expression picturale de la dévotion mariale : la promotion royale du portrait de Marie au XV è siècle, le martyre subi par les " hérétiques " stéphanites pour avoir refusé de se prosterner devant le portrait de Marie alors même qu'ils peignaient les plus beaux portraits mariaux de l'art éthiopien, enfin le naturalisme aristocratique au début du XVIII è siècle.

  • Dans les régions chrétiennes d'Ethiopie, on utilise encore contre les maladies de longs rouleaux de parchemin portant prières et dessins magiques, où figure généralement un ange protecteur. Ces talismans, souvent destinés aux femmes, sont portés sur le corps et déroulés face au lit de celle qui est malade ou craint de l'être. Tout en haut donc, il y a le héros protecteur auquel le regard doit s'accrocher. Le sien est immense mais la bouche est mince, discrète, parfois même, absente. C'est que cet envoyé, détaché à l'avant-garde, en vedette, précède en silence les colonnes de mots [...] De ses bras, de ses jambes, de ses ailes, de tout son corps. Il doit repousser l'adversaire vers le passage étroit et sinueux qui serpente entre les mots et les prières [...] Il est l'architecte rusé qui doit leurrer les monstres pour qu'ils se précipitent tête baissée dans le labyrinthe de syllabes et de lignes qu'il inaugure et qui doit les piéger.

  • Les fascinants panoramiques de Léonard de Selva ne visent pas uniquement
    à restituer le mouvement circulaire d'un regard qui balaierait l'espace en pivotant sur lui-même. L'ouverture spectaculaire du champ de la vision sur 360° pose en effet des
    problèmes de construction et de compréhension de l'image. Ces vues dépassent donc le cadre ordinaire de la photographie conventionnelle et proposent une visionradicalement différente. En imprimant à l'image un mouvement, Léonard de Selva y introduit aussi des éléments narratifs, il crée ainsi un «espace-temps» totalement étranger aux vues instantanées et aux codes visuels hérités de la perspective géométrique de la Renaissance italienne. Cette perspective curviligne en mouvement nous invite en effet à une perception
    «autre» de l'espace qui nous entoure. Une perception comparable peut-être à celle d'un derviche tourneur. Ainsi ces panoptiques dépassent même leur intérêt esthétique, pourtant très remarquable ; ce sont en quelque sorte des «exercices spirituels» qui, dans leur mouvement centripète, nous recentrent sur nous mêmes tout en nous redonnant au monde.

  • Visitant la salle Rothko de la Tate Modern, l'auteur est frappé par une inscription. Le peintre y déclare que Michel Ange aurait réalisé le genre de sentiment qu'il recherche : faire « sentir aux spectateurs qu'ils sont piégés dans une salle où toutes les portes et les fenêtres sont murées, de sorte que tout ce qu'ils peuvent faire, c'est heurter pour toujours leur tête contre le mur ». S'interrogeant sur l'étrangeté de cette conception qui voudrait nous trapper « dans un éternel tête à tête, sans détour ni échappatoire, avec le tableau », l'auteur part explorer d'autres perspectives qu'ouvre pour lui la découverte de quelques oeuvres de l'histoire de l'art : Rembrandt, Klee, Ernst... ou encore un décor pour la mise en scène d'une pièce de Maeterlinck . Serions-nous en effet « fous de venir chercher dans la contemplation de l'art la confirmation de notre misérable clôture » ? Ou, au contraire, la fenêtre du tableau, par l'affranchissement des contraintes du réel que l'art suppose, ne serait-elle pas une porte sur « un autre monde où tout devient possible » ?

  • JACQUES LACARRIÈRE, (1925-2005), après une licence de lettres classiques à la Sorbonne, part en 1950, pour les Indes. La Grèce le
    retiendra au passage ; il y reviendra chaque année jusqu'en 1966. Il
    achètera, en 1960, une maison dans l'île de Patmos. Poète et écrivain,
    il rapportera de ces multiples séjours en Grèce plusieurs ouvrages et de nombreuses traductions d'auteurs grecs anciens et modernes (Séféris notamment). Il est l'auteur de : L'été grec (1982), Les hommes ivres de Dieu (83), Le pays sous l'écorce, Marie d'Egypte (84), Les Gnostiques (92), La
    poussière du Monde (97) etc. Ces photographies ont été prises entre 1950 et 1966.

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