L'inventaire

  • Elles sont quinze femmes nées dans cette petite Géorgie si mal connue, pourtant terre de très ancienne civilisation. Toutes, sauf une, vivent encore sur le sol natal. Elles sont journalistes, écrivains, enseignantes, et représentent plusieurs générations (la doyenne est née en 1939, la plus jeune en 1986). Leurs poèmes célèbrent leur vie, leur pays, sa mer et ses montagnes, les mythes universels qui lui sont parfois indissociablement liés : n'est-ce pas en Géorgie que l'on situe la Toison d'or ? Elles évoquent la guerre, les blessures, les larmes mais aussi la consolation, les « fous » et les « normaux », l'amour ou son absence. Elles chantent aussi Cézanne, « diplômé de l'Académie des arts raffinés », dit l'une d'elles. Le titre du recueil est celui d'un des poèmes : Je suis nombreuses.

  • La collection « Tabou » propose des textes courts, d'origines, d'époques et de langues diverses, ayant, pour une raison ou une autre, été interdits au moment de leur écriture. «La Falaise»« de Nijni-Novgorod» en est la première illustration. Boris Pilniak y traite de la révolution de 1917 dans la province russe, et des bouleversements que cet événement suscite au sein d'une famille : durant la guerre civile, le père choisit le camp des "Blancs", le jeune fils celui des "Rouges", la mère est partagée entre les deux hommes. Ecrit en 1927, ce texte est aussitôt censuré et ne paraîtra en Russie qu'en 1992. L'interdiction, en l'occurrence, n'a rien de politique. Le motif en est le thème, "tabou" par excellence, abordé par l'auteur : celui de l'inceste entre la mère et son fils.

  • « De poème en poème, écrivait Marcel Moreau à propos du premier recueil de Laurine Rousselet («Mémoire de sel», L'Inventaire, 2004), Laurine affine son art de grimper aux extrémités du non-dit. Elle a cette souplesse-là, si rare ; cette pulsion-là, si téméraire. On se demande ce qu'elle fait, dans les hauteurs du non-dit, à quel vertige elle s'initie, mais le certain, c'est que quand elle redescend, elle est une Voix, déjà une grande voix. » Depuis, la voix de Laurine Rousselet n'a cessé de « grandir », de s'amplifier. Longue histoire, déjà, que celle de Laurine Rousselet et des éditions L'Inventaire, qui, avec «Rue Ion Brezoianu», publient un quatrième volume de l'auteur. Une histoire de confiance, bâtie au fil des années et des publications. Comme dans chacun de ses ouvrages, Laurine Rousselet sème ici ses fulgurances, ses cris de passion et de douleur, ses doutes, ses apaisements, son ardente mélancolie d'être.

  • La France et la Russie ont noué, depuis la fin du XVIe siècle, des relations exceptionnelles dans les domaines culturel, intellectuel, économique et - parfois - politique. Elles constituent aujourd'hui un thème de débat enflammé à Paris et sont une priorité de la diplomatie d'Emmanuel Macron. Ambassadeur de France en Russie de 2009 à 2013, Jean de Gliniasty directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), offre au lecteur un historique des relations entre les deux pays, ainsi qu'une réflexion sur leur évolution

  • Après une quinzaine d'années de décomposition, l'armée russe est - depuis la guerre de Géorgie en 2008 - au coeur des préoccupations du Kremlin. Outil militaire désormais performant, elle est aussi un vecteur central de la politique étrangère du pays. C'est de cette « nouvelle armée russe », essentielle à la puissance internationale de la Russie et aux relations internes au pays, que traite Isabelle Facon, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). La nouvelle armée russe est le cinquième « Carnet de l'Observatoire », collection qui se donne pour objectif de fournir un éclairage informé, équilibré et accessible sur les grands sujets liés à la Russie. Elle s'adresse principalement aux étudiants, journalistes, diplomates, décideurs économiques, ainsi qu'à tout honnête lecteur s'intéressant à ce pays.

  • Le monde d'avant, le monde pendant, le monde d'après ? Sous la forme de courts essais ou de nouvelles, neuf écrivains russes contemporains posent l'ensemble des questions induites par la pause mondiale que nous venons de vivre.

    On est frappé, à la lecture de ces textes, par la hauteur de vue des auteurs, par cette façon très russe de brasser des époques entières - la réflexion sur l'Histoire et ses rythmes est très présente dans le recueil - et de penser à l'aune de la planète : aucun nombrilisme ici, aucune frontière mentale. Ces écrits nous rappellent, en outre, que la poésie permet bien souvent d'expliquer ce qui n'entre pas dans les catégories de la science...

    Participent au recueil : Marina Akhmedova, Iouri Arabov, Sacha Filipenko, Andreï Guelassimov, Chamil Idiatoulline Anna Kozlova, Sergueï Lebedev, Vladislav Otrochenko, Evgueni Vodolazkine.

    Six jeunes photographes présentent aussi leurs clichés réalisés en Russie au temps du confinement.

  • Manaraga

    Vladimir Sorokine

    Un monde très proche du nôtre dans le temps et dans son évolution. Le progrès technique fait des ravages, les hommes ont des « puces » électroniques qui leur permettent de tout connaître sans effort. L'ère de l'écrit est révolue. Les livres papiers ont disparu, à l'exception de premières éditions, clonées à la demande, en un lieu secret situé dans les profondeurs du mont Manaraga (qui existe réellement, dans l'Oural). Ces premières éditions n'intéressent plus que des esthètes, prêts à mettre un argent fou pour les « consommer », au sens propre du terme ou presque. De jeunes gens ingénieux l'ont bien compris, qui ouvrent des book'n'grill, où l'on peut manger une succulente viande grillée au feu de pages de Tolstoï, Cervantès et autres.

  • Amoureux des jardins et des livres, François Léotard offre ici une promenade-méditation. Jardins suspendus, jardins des Hespérides, jardins anglais ou à la française - autant de terroirs littéraires, avec leur grammaire, leurs silences, leurs constructions et déclinaisons. Ainsi les jardins de France, de même que la langue, révèlent-ils le principe organisationnel qui caractérise l'esprit français : tentative d'organisation du monde et de la vie, à l'opposé de la jungle et de la lutte sans pitié pour la survie. Une pérégrination légère et grave, parfaite pour aborder l'été.

  • Si la crise syrienne a mis en lumière le rôle incontournable de Moscou sur la scène stratégique moyen-orientale, la Russie avait depuis longtemps entrepris d'y rétablir son influence. Fruit d'une longue histoire qui remonte à l'époque des tsars, l'intérêt russe pour le Moyen-Orient ne s'est jamais démenti, tout juste s'est-il mis en sommeil au lendemain de la disparition de l'URSS, avant de ressurgir à l'aube des années 2000 et de donner lieu à ce "retour" que tous constatent aujourd'hui.
    Que fait la Russie au Moyen-Orient ? Quels y sont ses intérêts, et comment entend-elle les défendre ? Qui sont les partenaires et les concurrents de Moscou sur l'échiquier moyen-oriental ? Autant de questions auxquelles entend répondre le présent ouvrage. Après Russie-Europe : des malentendus paneuropéens de Jean-Christophe Romer, le livre d'Igor Delanoë est le deuxième volume des "Carnets de l'Observatoire", collection qui se propose de fournir un éclairage informé, équilibré et accessible sur les grands sujets liés à la Russie.

  • Troisième « Carnet de l'Observatoire » après «Russie-Europe : des malentendus paneuropéens » et« Russie : les enjeux du retour au Moyen-Orient», le livre d'Aurélie et Thierry Bros s'attaque à un domaine majeur concernant la Russie : le gaz et ses enjeux tout à la fois économiques, commerciaux, stratégiques, diplomatiques... Si, à partir des années 1970, la Russie soviétique est devenue, peu à peu, un État pétrolier et gazier, exportant de plus en plus de gaz en direction de l'Europe, la situation est en train de changer. La crise russo-ukrainienne a eu des répercussions sur la sphère énergétique, notamment gazière, ravivant le débat sur la menace potentielle d'une dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe, tandis que le rapprochement sino-russe s'est intensifié. La tendance actuelle est une « sur-géopolitisation » des activités gazières russes, avec une tendance à la « sur-dramatisation » pour les exportations en direction de l'Europe et une « sur-idéalisation » dans les exportations en direction de l'Asie. Une telle vision occulte non seulement les enjeux économiques et financiers, mais aussi les rapports de forces qui tendent à s'exacerber sur le marché domestique russe pour l'accès aux marchés tant en Russie qu'à l'étranger.

  • Nastia

    Andreï Alexandrov

    Un village russe comme un autre. Des enfants - l'auteur et son frère - y passent leurs vacances avec leur nounou, Nastia. Il y a la beauté de la nature de la Russie centrale, la luge et le ski l'hiver, l'étang, les promenades, les jeux simples... Ici un cheval, là un chat ou un chien. Des isbas. Une ambiance très tchékhovienne, à ceci près que nous sommes en URSS. Mais rien de soviétique dans les pastels de l'auteur, sinon, au hasard des images, un tracteur. Les charrettes tirées par des chevaux l'emportent toutefois en nombre... De santé fragile, Andreï Alexandrov a connu, enfant et adolescent, la psychiatrie soviétique qui soignait à coups de neuroleptiques, sans chercher spécialement à comprendre. Aujourd'hui âgé de soixante ans, excellent dessinateur et doté d'une fantastique mémoire, il décrit et dépeint, dans le style pur et naïf qui est celui de l'enfance, sa nounou, ses souvenirs, son village à présent moribond...

  • Les relations entre l'Europe et la Russie n'ont jamais été aussi compliquées, tendues, depuis une vingtaine d'années tout au moins. Sanctions, répliques aux sanctions, les deux entités (faut-il parler de « blocs » ?) sont engagées dans un jeu de ping-pong susceptible de mal tourner. En Russie, on parle d'ores et déjà de « nouvelle guerre froide ». L'Europe, de son côté, jette l'anathème sur le Kremlin, lequel, à son tour, se pose en défenseur des valeurs européennes que l'Europe elle-même aurait « reniées ». Ajoutons les questions de la Crimée et de l'Ukraine, et la marmite est prête à exploser.

  • Éloges de la bêtise, de l'éphémère, de la laïcité en tant que sport de combat, du secret de polichinelle, de l'érotisme des petites gares, des empires effondrés, de la femme infidèle, des bonheurs posthumes, des poissons rouges, du vieux con, de la vipère lubrique, du mâle dominé... et tant, tant d'autres ? ils sont nombreux les sujets dignes d'éloge pour François Léotard. La plume de l'homme politique d'hier et de l'écrivain d'aujourd'hui, adepte de la dérision et de l'autodérision, se fait tour à tour acerbe, lyrique, ironique, tendre. On sent, dans ces« Petites Éloges» le pur plaisir d'écrire, mais aussi le désir sans prétention d'allumer ici et là quelques fanaux permettant de « survivre par temps de brouillard ».

  • C'est en lisant le« Discours de la servitude volontaire» de La Boétie qu'Isabelle Cani a eu l'idée de« L'ère des indociles». En neuf nouvelles s'inspirant des évolutions et questions sociétales actuelles, elle s'interroge sur ce que pourrait être un monde dans lequel la notion d'autorité n'existerait plus. D'un texte à l'autre, dans lesquels on retrouve certains personnages, elle imagine une mutation progressive, qui rendrait les êtres incapables de comprendre ou de percevoir l'autorité, avec toutes les conséquences qui en découleraient. «Spécialiste de littérature comparée, Isabelle Cani enseigne aujourd'hui en classe préparatoire scientifique à Clermont-Ferrand. Elle a publié, en 2007, aux éditions Fayard, Harry Potter ou l'anti-Peter Pan. Elle envisage de poursuivre l'aventure intellectuelle et littéraire de L'ère des indociles, pour en faire une trilogie.»

  • À tort ou à raison, la Russie s'est construit une image de « cyberpuissance » que les accusations américaines, en liaison avec l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, renforcées par les récentes déclarations du nouveau président français, ont grandement contribué à façonner. Une certaine fascination s'est d'ailleurs installée, en Europe et surtout aux États-Unis, pour le rôle spécial que la Russie jouerait dans le cyberespace ; une véritable passion médiatique, que l'on retrouve dans les titres de presse et le choix d'un vocabulaire rappelant parfois les romans de John le Carré. La déconstruction du rôle que la Russie joue dans le cyberespace (et pas simplement dans la cyberguerre), à laquelle s'attaque Kevin Limonier dans ce quatrième Carnet de l'Observatoire, apparaît d'autant plus nécessaire qu'il s'agit d'un phénomène géopolitique susceptible d'intéresser bien au-delà du cercle restreint des quelques spécialistes du sujet. L'irruption de cet acteur désormais incontournable qu'est Moscou dans l'espace numérique pose avant tout la question de l'instrumentalisation politique (par la Russie comme par ses adversaires) d'un phénomène technique ayant acquis une telle importance stratégique que la lutte pour son contrôle est désormais susceptible de provoquer des guerres, de déstabiliser des régions entières, ou encore de priver les citoyens de certains de leurs droits les plus fondamentaux.

  • Jusqu'à l'inconnue

    Romain Bévierre

    « Dans deux heures j'ai rendez-vous avec une parfaite inconnue. » Ainsi commence le roman de Romain Bévierre. Et commence la déambulation qui, à travers Paris, de lieu en lieu, conduira peut-être le héros-narrateur « jusqu'à l'inconnue ». Rien n'est moins sûr : cette inconnue, son regard l'a distinguée au milieu de la foule, lors d'un précédent séjour dans la capitale française. Ils ont échangé quelques mots, il lui a donné rendez-vous, elle a accepté. Pas de prénom, pas d'adresse ni de numéro de téléphone. Juste une heure et un lieu. Muni de ces brèves indications, le lecteur ouvre le livre sur le Chapitre XII. La « promenade » s'achèvera par le chapitre I. Tentative de « rembobiner le film », alors même que, comme le rappelle Romain Bévierre, on ne rembobine pas le film de l'existence ? Douze chapitres, douze stations dont chacune est l'occasion d'un récit. Douze mini-romans, tous différents, mettant en scène des situations, des paysages, des personnages, des styles différents. Des rencontres furtives, heureuses et douloureuses, réelles ou rêvées... La vie, quoi ! Genevois, Romain Bévierre est professeur d'art dramatique. Âgé d'une petite trentaine d'années, il a déjà publié trois ouvrages, «Au-delà des forêts», «Trouver l'essence», et «Récits cousus main» (aux éditions du Panthéon), entre théâtre et prose poétique, tous remarqués par les libraires et la critique.

  • Fusils, revolvers, haches, cocardes, mitrailleuses, drapeaux rouges, banderoles, wagons plombés et wagons à bestiaux, besaces, torches de copeaux, ballons, bonbons enveloppés dans des papiers à l'effigie de Lénine, brosses à dents et poudre dentifrice, tétines, mais aussi bas de soie, poudre de riz, parfums, rouge à lèvres - non, ce n'est pas, malgré les apparences, un inventaire à la Prévert ! Du début de l'année 1917 à 1927, la Russie connaît deux révolutions, une guerre mondiale et une guerre civile, l'instauration d'un régime, d'un mode de vie et de pensée entièrement nouveaux. Les « choses » jouent ici un rôle non négligeable : il en est de nouvelles, apportées ou imposées par les révolutionnaires ; il en est de définitivement rejetées dans les « poubelles de l'Histoire », et qui deviennent «ipso facto» la marque de la contrerévolution. Présenté à la manière d'un catalogue publicitaire et commercial des années vingt, avec des illustrations des « objets » en noir et blanc, ce Petit Nécessaire permet de comprendre à quel point les bouleversements initiés en 1917 affectèrent très concrètement les moindres détails de la vie. Le lecteur y trouvera toute la panoplie du parfait révolutionnaire ou contrerévolutionnaire

  • Aux premiers temps de la révolution iranienne, de jeunes émeutiers déboulonnent la statue du Shah.
    Dans leur enthousiasme, ils ne voient pas s'instaurer un nouvel ordre, celui des Ayatollahs. Le tavernier Garât, lui, en a d'emblée conscience. Pourtant, bravant les interdits et la peur du fouet, il persiste à servir du vin. Sa victoire, au travers du martyre sera celle de l'esprit et du coeur, du désir sur la réalité ; celle, encore inachevée, d'un pays qui sait son destin plus grand que ses malheurs présents.

  • Noël russe

    Ivan Chmeliov

    Le sbiten, vous connaissez ? Non ? C'est une boisson au miel et au gingembre, chaude, parfumée, sucrée, que l'on déguste, l'hiver, dans les rues de Moscou. Avez-vous vu les rozvalnias, ces solides traîneaux qui acheminent par convois, vers la capitale, des monceaux de cochons, d'oies, de gélinottes ? Non plus ? Mais vous allez les voir, tandis qu'Ivan Chmeliov (1875-1950) vous contera Noël, au début du siècle, en Russie. Tel l'enfant auquel s'adresse ce récit, vous découvrirez la maison au parquet ciré pour les fêtes, la veilleuse devant l'icône, les gamins du quartier qui passent de maison en maison... C'est une Russie rude et généreuse que nous présente l'écrivain, depuis Paris où il a émigré. Une Russie fantasmatique, embellie par la nostalgie et qui, pareille au carillon de Noël, résonne en lui, longtemps après qu'elle a disparu...

  • Exils

    Natalia Jouravliova


    ils sont trois, deux hommes, une femme, héros de ces trois nouvelles suspendues dans le non-temps du voyage, de l'exil, volontaire ou forcé.
    le premier est à l'hôpital, la seconde vit depuis peu à l'étranger, le troisième est fait prisonnier par les allemands durant la première guerre mondiale et se retrouve dans une ferme du nord de la france. pour tous les trois, l'exil est l'occasion d'une mise à distance d'eux-mêmes et de leur vie. une parenthèse en forme de bilan pour déboucher sur un choix - celui de continuer comme avant ou de tout reprendre a zéro - ou un non-choix consistant à se laisser porter par les circonstances.
    a moins que les circonstances ne viennent contrarier toute espèce de choix. dans ce nouveau recueil, le lecteur retrouvera l'écriture murmurée de saisons (éd. l'inventaire, 2004). entre rêve et réalité, les nouvelles de natalia jouravliova, toutes simples en apparence, atteignent au plus profond, parce que leur objet véritable est de révéler le désir.

  • La russophobie bat son plein. Le moujik n'est pas loin d'être affublé d'un couteau entre les dents. L'Occident souffre d'hallucination collective. Il faut parler ici de «folie» plutôt que de «phobie». L'Occidentocentrisme fait des ravages. Le prosélytisme n'est limité que par les impératifs géopolitiques ou une trop grande incompréhension. Cet abécédaire, parcourant certains clichés sur la Russie, au-delà du triptyque ours-balalaïka-vodka, veut apporter quelques éclaircissements sur ce pays, mais aussi sur les motivations de l'Occident - foncièrement politiques.
    Car la folie n'est que de surface. «L'auteur vit depuis plusieurs années le « cauchemar russe », quelque part aux environs de Moscou».

  • Chronique d´une mort annoncée, celle de la mère de l´auteur, atteinte d´une forme rare de cancer du sein, le récit d´une enfance à Berlin-Est, avant la chute du mur, dans une famille d´intellectuels dont Christiane est le pilier à la fois tragique et magique. Au compte-rendu limpide, presque consciencieux et documentaire de la maladie se mêle le parcours d´une femme en quête de ses origines, - son père, un scientifique juif, disparut en 1943 -, cultivant de ses ascendances des traditions essentiellement culinaires et dotée d´une joie de vivre qui affecte même sa pensée de la mort : « Qui sait ? Peut-être même que c´est bien... » Au fur et à mesure, toute « ostalgie » mise à part, resurgissent les contraintes matérielles, les tensions silencieuses qui constituaient le quotidien désolé de la vie en Allemagne de l´Est, le désarroi quasi burlesque des naufragés de la communauté juive de Berlin. Mais à la gravité du thème personnel et historique, l´auteur, dans un style simple et non dénué d´humour, oppose la force de souvenirs heureux et la complicité incroyablement tendre et pudique qui unit mère et fils.
    Le lecteur est touché tour à tour par l´implacabilité du sort et la sollicitude du jeune homme qui prend en charge la maladie de sa mère tandis que les changements drastiques subis par le pays depuis le Tournant défilent en toile de fond sur un mode proche du très acclamé Good bye Lenin !
    Cette « auto - non fiction » s´inscrit ainsi dans la lignée de grands textes comme Le Malheur indifférent de Peter Handke ou Le livre de ma mère d´Albert Cohen.
    Jakob Hein est né en 1971 à Leipzig et vit à Berlin où il est médecin. Vielleicht ist es sogar schön (le titre original), paru après Mein erstes T-shirt et Formen menschlischen Zusammenlebens a été suivi d´autres romans et récits chez Piper Verlag. Il a été traduit dans de nombreuses langues mais c´est la première fois qu´il est publié en français.

  • Dans une pièce qui semble vide, à l'exception d'un tableau, une porte ouvre sur une autre, puis sur d'autres encore, en enfilade. Ainsi le lecteur-spectateur pénètre-t-il, avec un peu de crainte et beaucoup de curiosité, dans l'univers de Joseph-Antoine d'Ornano.

    Alors se révèle un paysage minéral, entre ciel et terre, un Ailleurs lumineux, fait d'aquarelles, d'encres aquarellées, de fusains, qui attire irrésistiblement.

    Est-ce une tache ? Une illusion d'optique ? Ou bien y a-t-il vraiment un escalier ? Existe-t-elle, cette silhouette qui paraît convier à la suivre ?

    Mais voici que l'oeil s'adapte, voici qu'il se fait précis comme un objectif d'appareil photographique : ce sont bien de petites silhouettes de dames, une, deux, trois et plus, semées çà et là, à la fois figées dans une contemplation muette et toujours en mouvement : vers quoi ?

    Vers ce qui ressemble fort à un salon de musique ou de lecture, à la mer, à des dunes, des falaises, des bateaux, un château, une collégiale, un couvent, une route qui mènerait où ? Allez savoir, elles sont si étranges, les petites dames de Joseph-Antoine d'Ornano, avec leur costume dont on ne saurait dire s'il est suranné ou intemporel ! Peut-on même affirmer qu'elles existent ?

    Les questions se bousculent dans l'esprit du lecteur-spectateur. Mais pourquoi se les poser ? Pourquoi ne pas se satisfaire du plaisir vaguement mélancolique de les regarder en catimini, depuis le seuil de leur monde - de toute façon, elles ne vous laisseront pas aller plus loin, ne vous laisseront pas approcher, elles s'enfuiront, légères, s'évanouiront.

    À quoi ressemblent-elles, ces petites dames laissées éparses par le peintre ? Aux images projetées par une lanterne magique, comme incline à le croire Jean-Michel Berlogey dans le texte qui accompagne cette promenade à travers l'oeuvre de Joseph-Antoine d'Ornano ? Ou, ainsi que le suggère encore Jean-Michel Berlogey, à " ces clichés photographiques cherchant à porter témoignage d'entités convoquées par les médiums " ?
    Elles sont immatérielles, en effet, ces petites dames, à l'instar du monde qu'elles peuplent. Sont-elles une sorte de passé universel, celui de l'enfance, un présent rêvé, un avenir d'au-delà, ou les trois à la fois ? Elles traduisent, en tout cas, une ferveur de la permanence qui fait de l'oeuvre de Joseph-Antoine d'Ornano une célébration de l'éternité.

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