Maelstrom

  • Tenir

    Lisette Lombé

    Nomme-toi ! Appelle-toi afroféministe, afrodescendante, afropéenne, afropunk, queer, artiviste... Avec ou sans majuscule, nomme-toi ! Pas dans une case, pas comme une cage mais pour la rage. Rage d'exister. Sortir de l'ombre. Se redresser. Te rendre, les rendre, nous rendre visibles. Sois fière de ton parcours, de ta couleur, de tes origines ! Parle de là où tu es, de qui tu es, de qui tu aspires à être. Sois fière de tout, de tes questionnements, de tes ambivalences, de tes ressacs et de tes erreurs ! Ne t'excuse de rien !

  • Je bosse dans un resto bobo à côté du bazar et de ses murs bariolés style échec et mat alcoolisés. En face, des jardins de Babylone et de leur garage en rouille percé de personnages de BD. Comme tous les endroits de la ville qui sont trop tristes pour être gais. Un coup de pinceau, ou de perceuse et on te reproduit une planche de ton enfance. Avec autodérision, on te colle Saint-Pierre et Lucifer en train de faire leurs petites affaires en face de l'église des Minimes. Là, c'est Quick et Flupke en train de se faire courser par l'agent 15. Une gentille manière de te rappeler qu'ici, t'es dans le quartier des racailles en devenir. La BD dit vrai, mais Quick et Flupke ont bien changé. Fini le petit blondinet, il est parti à Uccle et porte des gilets, quant à Flupke, il est plus noir que son bonnet.

  • Vertige !

    Philippe Remy-Wilkin

    Attiré par une invitation assez mystérieuse, un auteur vient découvrir l'Africamuseum de Tervueren, rouvert après cinq années de rénovation et bien des polémiques sur sa décolonisation. Mais la visite guidée s'avère charrier bien des connexions souterraines. Qui renvoient aux racines africaines de l'auteur, à une jeunesse lacérée par le non-dit, le trop-dit, les secrets de famille, à l'Histoire belge aussi, qui fonde le décor de ses livres. Notre héros parviendra-t-il à résister au vertige qui le saisit, à décrypter les signes qui tracent une voie lactée dans son univers psychique?
    Vertige ! Dans un texte resserré, Philippe Remy-Wilkin réussit à faufiler des éléments de suspense à travers les anecdotes et les rebondissements de ce qui aurait pu s'assimiler à un simple moment culturel. Et un supplément d'âme : la moindre parcelle du récit fait sens. In fine, l'orchestration globale de l'aventure inscrit un destin individuel dans un mouvement plus large, offre un de ces moments d'injonction intime où l'être humain doit tenter de s'arracher au marécage des habitudes et des lâchetés pour résoudre sa propre énigme.

  • « Qu'elle dut avoir froid sous les ébéniers / La petite fille du Stuyvenberg / Le vent glacial sur ses cuisses d'enfant / Qu'elle dut se sentir seule dans le noir / Ne comprenant pas ce qui lui arrivait / Son bourreau mort depuis longtemps / Repose en paix / Mais elle / Sous la pierre / Doit encore avoir froid / Peut-être attend-elle encore de l'aide / Peut- être crie-t-elle encore / De ces cris sanglés étranglés que nous adressent les morts ».

  • Depuis deux décennies, Denis Van-Spengel, 53 ans, travaille à la direction générale de la police belge, où il a démontré à maintes reprises qu'avoir été l'élève préféré de Vidocq ne fut pas indu. C'est un personnage marquant : silhouette sèche, longue et nerveuse, front étroit et haut couvert de rides, yeux pénétrants derrière des lunettes de presbyte. Nul ne lui résiste.

  • Bruxelles n'a jamais rien eu d'extraordinaire. Elle a toujours été la ville. La capitale. Dans mon enfance entourée de villages, Bruxelles a toujours été la ville.
    Bruxelles, premier repère mental insufflé en primaire sur la carte d'une Belgique qui m'était en fait inconnue. Connaît-on jamais vraiment son pays ?
    Jusqu'à mes dix-huit ans, les souvenirs que j'ai de la ville sont tout ce qu'il y a de plus flous, à l'image du caractère abstrait qu'elle avait pour moi.
    Je suis entrée en conflit avec Bruxelles quand elle est devenue réelle. Avant ça, je n'avais rien à craindre, elle ne me connaissait pas.

  • Recueil de poèmes évoquant les mots et leur portée.

  • Quoique Bruxelles n'ait que le quart des rues de Paris, elles sont désignées, comme dans la capitale de la France, d'une manière également pauvre et misérable ; et si l'on en excepte une vingtaine à qui leur baptême a laissé un souvenir historique, la plupart des autres sont revêtues d'un écriteau qui n'a même pas toujours le modeste avantage de ne signifier rien.
    Tandis que Bruxelles a possédé beaucoup de savants, grands hommes, qu'elle a vu mille événements remarquables, que des artistes célèbres, des littérateurs sont nés dans son sein et devraient avoir laissé leurs noms sur ses murailles, c'est le plus souvent dans les choses d'un usage trivial et commun, qu'elle a pris les étiquettes de ses rues ; et elle les en a si mesquinement affublées, qu'on y voit à chaque pas, comme à Paris, deux rues qui ont le même nom (...).
    Mais sur celles de nos rues et de nos places, dont le blason est consacré par d'anciens faits peu connus, nous nous proposons de publier nos recherches ; et peut-être serons-nous assez heureux pour intéresser quelquefois les Bruxellois, qui ont au moins la vertu de tenir à leurs antiquités, à leur pays, à leur gloire nationale et à l'honneur de leurs pères.

  • Bruxelles, fin d'été. Une jeune femme est retrouvée assassinée dans le jardin Botanique. Apparue de nulle part, elle n'a laissé aucune trace, et son meurtrier encore moins. Autant d'éléments pour que les services de police fassent appel à leur contact le plus sûr pour ce genre d'affaires, Everett Evenwrite, détective du paranormal, cabochard notoire et adepte de solutions équivoques.

  • The city next door

    Rua Breathnach

    «The city as a wellhead of stories.
    These stories imagined from above.
    Each one of the spoken streets containing.
    Life and dreams and consciousness.
    The people of the city as actors.
    The façades of the city as décor ».

  • «- Tu as bien entendu hein Menneke : si dans cinq minutes je ne retrouve pas ce papier, tu voles directement à la poubelle!
    Madame Claire, l'épicière du 66, Rue Bodeghem n'était pas une adepte de la langue de bois. Elle savait parler aux Saints, et ce dans un style assez direct. Le céleste interlocuteur du jour n'était autre que Saint Antoine de Padoue, le patron des objets perdus.» C'est dans l'épicerie de sa grand-mère, qu'il évoque ici, que le conteur Philippe Baudot a attrapé le virus de la Bruxellitude. Il nous propose ensuite Le chapeau de Léon Vandersteen et Le Secret de l'Archiviste, deux contes aux truculentes saveurs locales.
    Une expérience immersive dans la zwanze et l'esprit bruxellois que le monde entier nous envie.

  • « Et j'ai aimé des villes plus profondément que le reste.
    Leurs géographies se mêlant aux miennes dans un désir de confusion et de corps.
    Une peau de pierre rencontrant une peau de chair.
    Veines de sang et aortes de fleuves et rivières s'entremêlant sans frontière.
    Il y a des amours de toutes sortes ».

  • Les rivières tu sais sont loin.
    Les rives .
    En contrebas .
    Un mot .
    Plateau.

    à l'envers un toit.
    Sans gouttière.

  • Canicule

    Geneviève Genicot

    L'enveloppe, épaisse, semblait avoir beaucoup voyagé ; elle était froissée et légèrement déchirée sur un coin. De larges timbres figurant des fleurs exotiques occupaient toute la partie supérieure de l'enveloppe.
    « Je sais qu'il vous sera difficile de me croire mais je vous demande de me lire jusqu'au bout. Tout ceci vous semblera sans doute absurde. C'est précisément la raison pour laquelle j'éprouve le besoin de vous rapporter les événements qui se sont produits l'été dernier pendant la canicule à Bruxelles, et qui vous en apprendront plus sur ma disparition. »

  • La fenêtre

    Agatha Storme

    Au fil des jours, j'ai commencé à attendre ces rendez-vous avec de plus en plus d'impatience et d'excitation. J'étais redevenue la petite fille qu'on emmène voir Charlot au cinéma de l'Olympia, ou se gaver de barbe à papa à la foire du Midi et s'enivrer des lumières, de la musique et des cris des gens transbahutés dans les nacelles des manèges, la tête en bas et l'estomac dans la gorge.

  • Elle attrape une paire de ciseaux. Elle déchire sa robe. Elle est surprise de rencontrer un corps, son corps de femme. Aujourd'hui, elle a cinquante ans. Ses pieds dansent avec la poussière. Elle glisse. Elle swing. Elle ne fait qu'un avec le son de la guitare et du violon.
    Peut-être en perdant tout, elle n'a pas tout perdu.
    À présent, elle sait que les enfants meurent. L'amour aussi. Que personne n'est protégé. Et comme on lèverait son verre, elle swingue.

  • À la Chartreuse de Dijon, la cafétéria de l'hôpital psychiatrique est un radeau au milieu du grand parc, entouré de pavillons.
    La rencontre peut encore avoir lieu, la parole et les rires y circulent en dépit des médicaments et traitements qui altèrent les corps et les âmes. Lieu d'attache, lieu d'amarre, associé aux sons rassurants de la vaisselle, du brouhaha des voix, lieu de confidence où le son de la guitare répare des électrochocs.
    Nous avons habité la cafét quelques jours par mois. Nous y avons rencontré des êtres fragiles, abîmés, meurtris et reçu des pépites de vie. La matière de notre création ? Les voix de ceux qui vivent un temps plus ou moins long à l'hôpital. Ils sont les héros de notre spectacle; ils en ont l'étoffe, la splendeur épique, douloureuse et inouïe. Poème à dire, à chanter, spectacle-concert, oratorio polyphonique, ballade rock sous médocs pour coeurs et âmes fêlés, "René, qu'est-ce qui te fait vivre ?" est un peu tout cela. Les visages d'Eva, peints sur le vif, semblent nous dire que nous sommes tous patients du grand hôpital du monde, boiteux tragiques.

  • Nostaljukebox

    Tom Buron

    Nostaljukebox fumant de fulgurances, allons jaser sur les variations Nostaljukebox Sanctuaire des profanes pour quelques pièces de cristal, du cèdre d'Ôgygia pour les assoiffés qui ne manquent jamais de s'engouffrer dans les bouquets, brumes orgues, les ravins des veilleurs du miroir aux souvenirs effluves irréversibles - Vois les pendules aux griffes embarquées, Voilà qu'ils arrivent, Ils viennent pour nous prendre.
    Nostaljukebox fumant de fulgurances, allons jaser sur les variations « Buron représente la contemporanéité de demain, ce qui nous agrippera tous dans les jours à venir de la poésie. » Jack Hirschman

  • Elle arrive elle se rapproche le portillon n'est pas loin elle arrive devant le portillon elle va passer le portillon c'est inéluctable on le sent on le sait c'est d'une logique imparable c'est écrit d'avance c'est prédestiné c'est réglé rien ne peut l'empêcher c'est programmé elle sort le ticket de son sac et le présente à la fente du bloc magnétique pour le laisser avaler et dégurgiter un peu plus loin (...) Difficile de ne pas être emporté par le... maelström de ces «Spiraliques», dont le tourbillon nous entraîne dans un rythme puissant. Il ne s'agit guère ici de poésie tranquille pour rêveurs bucoliques, mais de souffle et d'ardeur, parfois même d'un peu d'humour car n'est-il pas notre meilleure défense face à l'absurde et au tragique ? Un ton très personnel, en tout cas, une voix qui « résonne » en nous : voilà sa meilleure «raison»!

  • Un horoscope qui fait la révolution, une révolution qui s'agence à la révolution de la Terre autour du soleil.
    Un horoscope qui joue à révolutionner la vie (bio) en la faisant toucher à son noyau dur (hardcore), un horoscope pour la révolution biohardcore.

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