Magellan & Cie

  • Des pièces du puzzle manquaient. De la Baltique, de ses villes-ports, les accents allemands, scandinaves, polonais, finlandais, voire russes m'étaient devenus familiers. Une attirance insoupçonnée. Comme si je m'étais gardé au chaud celles qu'on nomme volontiers les Trois Soeurs, les terres baltes de Lituanie, de Lettonie et d'Estonie. Pour mieux sans doute m'y livrer, le temps venu. Des lieux aussi troublants ne s'abordent pas sans retenue. Tant de drames s'y sont joués : croisades, conquêtes, exterminations, occupations. La part obscure noircit les pages de l'Histoire. Mais des forêts, qui furent refuges et nids de résistance, naît une lumière qui mérite à coup sûr le détour. Si des vestiges de temps révolu s'y perdent, une belle énergie s'en dégage qui a su investir les anciennes cités ducales devenues capitales indépendantes, fières de leurs différences. L'esprit créatif y fait merveille. Dans cet entredeux toujours sous la menace, les âmes baltes n'ont pas fini de nous surprendre. Elles m'ont, pour ma part, séduit.

  • - Un reportage choc sur le monde « juif » en 1929.
    - Une enquête à Paris, à Londres, en Pologne (redoutable !) et à Jérusalem.
    - Tout est écrit sur la situation CONTEMPORAINE dans cette région agitée du monde, avant même l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne, et la création d'Israël.

    D'une lucidité quasi-prophétique, Albert Londres croit en un futur État juif, mais s'interroge : « Fuiriez-vous les pogromes d'Europe pour tomber dans ceux d'Orient ? » Témoin de la première tentative d'extermination des Juifs en Palestine, dix-huit ans avant la création d'Israël, Albert Londres - le père du grand reportage à la française - livre ici un document historique inestimable, en déclarant : « Le sionisme n'a jamais été une expérience mais une idée. »

  • William Navarrete nous mène sur les traces de sa première idylle : l'Italie, berceau des lettres et des arts.
    Parcourir l'Italie du nord au sud, de Gênes la Sublime jusqu'à l'antique Sardaigne, en passant par Turin et sa région, Parme (où l'on découvre que la Chartreuse de Stendhal n'existe pas !), la Calabre et son carnaval, Naples qui évoque à l'auteur son Cuba natal, Venise, la Sicile, les Pouilles, l'Ombrie, et l'île d'Elbe ; voilà le programme ! Et ce, avec un audacieux parti pris : celui de raconter l'Italie, loin des sentiers battus et des incontournables Rome et Florence !
    Dans une prose généreuse, l'auteur convoque de multiples anecdotes aussi insolites que passionnantes : on croise ainsi Rubens, Nietzsche et Flaubert à Gênes, Hemingway et Mark Twain dans le cimetière de Staglieno, Champollion à Turin, Melville et Lamartine à Naples, ou encore Thomas Mann à Venise.
    C'est aussi la découverte d'une certaine histoire culinaire : la philosophie du slow food à Montferrat dès 1986, les fameux « sandwichs triangle », les glaces esquimaux, la légendaire burrata des Pouilles, les pâtisseries de Sardaigne et de Sicile, la genèse des cafés... Quant aux savoir-faire, ils ne sont pas en reste : connaissiez-vous la soie marine de Calasetta ?

  • Maryse Viannet se rend en Irlande, où elle loge chez l'habitant et sillonne le pays en auto-stop, à pied, ou en transport. Un soir, dans une auberge, elle tombe sous le charme d'un jeune homme nommé Bobby, mi-aventurier, mi-bohème, et qui pourrait aisément évoquer la figure du jeune Rimbaud. Il lui propose d'être son chauffeur d'un temps, et de l'accompagner dans ses pérégrinations, à bord de sa vieille voiture, surmontée d'un kayak et qui sent l'huître. Ils sillonnent ensemble les paysages verts et bleus de l'Irlande, parlent de littérature et d'histoire...
    Le récit de cette rencontre amoureuse se trouve serti de légendes celtiques, de rimes, de bouts de poèmes, qui ajoutent au texte une dimension onirique et musicale.
    Et toujours ce refrain : « amour irlandais »... Rien ne donne à deviner le dénouement rude et grave de ce récit : de retour en France, après de longs mois de silence incompréhensibles, c'est un coup de téléphone, un soir, qui explique tout. La postface de la chercheuse Marie-Violaine Louvet offrira un éclairage indispensable pour comprendre la fraternité de destins qui unit les histoires irlandaise et palestinienne. Amour irlandais.

  • Comprendre Prague, son histoire, ses mythes et la fascination qu'elle engendre, sous la plume d'une auteure tchèque contemporaine de premier plan.

    Retour sur une ville qu'elle a découverte enfant, où traînent les âmes de Kafka, du Golem, de Kundera, des grands compositeurs romantiques...

    Aller-retour entre les racines et l'exil d'une auteure devenue française. Une leçon d'humanité reçue de sa famille et qu'elle tente de transmettre à son tour à sa fille.

  • - Première synthèse de l'histoire du pays, par un de ses plus ins observateurs.
    - Un amour des gens et l'engagement de toute une vie. L'auteur vit sur place depuis 1965...
    - Vademecum indispensable à tous les curieux de l'Asie.
    « Beaucoup d'ouvrages érudits ont été consacrés à une période précise de l'histoire du Cambodge. Ces livres ne sont pas toujours accessibles, ou entrent dans de nombreux détails techniques qui découragent parfois le lecteur. Peu de livres, en revanche, donnent une idée globale de la destinée du pays des origines à nos jours. Le survol rapide de l'histoire que je voudrais offrir au lecteur lui permettra peut-être de mieux saisir les lignes de forces qui en ont dirigé son évolution politique, économique et sociale au cours des siècles. L'histoire du Cambodge ne se résume pas seulement aux siècles des impressionnants momuments angkoriens, ni aux années du régime des Khmers rouges : c'est avant tout celle d'un peuple qui vit.
    Ce livre se nourrit de plus de cinquante années passées au sein du peuple khmer. Puisse l'amour de l'auteur pour ce peuple être partagé par le plus grand nombre. »

  • Une jeune Française part en Chine au début des années 1990 pour améliorer son niveau de mandarin. Son inscription à l'université de Canton n'est qu'un prétexte car sa véritable ambition est ailleurs : se perdre en Chine. Au coeur de régions dures mais terriblement attachantes, l'aventurière ingénue du départ se fond dans le paysage. Son exploration se prolonge dix longues années, à contrecourant des nouvelles réformes économiques chinoises. Deux histoires se mêlent alors intimement : celle de la transfiguration d'un pays lancé avec vigueur dans la mondialisation et celle, à échelle humaine, d'une femme qui forge sa ligne de vie. Le lecteur, emporté dans une immersion radicale, perd ses repères et découvre ici un univers insolite. Un récit qui se lit comme un roman.

  • Récit d'une fraternité nouée d'abord dans le berceau des lettres. Kiyoshi Komatsu-André Malraux?: deux destinées qui s'entrecroisent et tissent au fil de leur amitié une oeuvre littéraire en miroir. Malraux rêve du Japon des Samourais, Kiyoshi de la Bohême parisienne. Kiyoshi traduit les oeuvres de Malraux dans les revues japonaises avant-gardistes, Malraux crée le personnage de Kyo dans sa Condition humaine. L'un suivra le Général de Gaulle, l'autre cotoyera le futur Hô Chi Minh. Du 20 février 1931, date de leur première rencontre, dans le bureau de Malraux à la NRF, à la mort de Kiyoshi le 5 juin 1962, ce récit fait la lumière sur celui qui était l'ombre japonaise du «?vieil Enchanteur?».

  • 1) Un des premiers témoignages sur Ceylan (le Sri Lanka actuel) écrit en français, dans une langue magnifique.
    2) Beaucoup d'humour dans les descriptions des comportements des colons anglais.
    3) Un hymne à la liberté et à la profusion de la nature, ainsi qu'à la richesse des cités royales millénaires.
    « Ceylan ! Nous débarquerons ce matin, après dix-sept jours de voyage. Impatient, j'arpente le pont encore bleu de la nuit suante. Un vent presque frais, annonciateur de l'aube, fait vaciller les larges étoiles et, une à une, souffle ces belles lampes inutiles. La lune s'altère comme un visage et, pâle, se dissout dans ses limbes..."

  • « Pourquoi tous ces morts, au beau milieu de l'Afrique coloniale ? Pourquoi cet oubli, incompréhensible ?
    Pourquoi ce silence, que rien ou si peu ne vient troubler ? Que sait-on au juste de cette histoire ? Pour celui qui s'intéresse aux affaires du monde, à sa mémoire collective, de tels mystères n'ont pas encore reçu de réponses satisfaisantes. Pourtant, ce fait historique s'est déroulé au vu et au su de tous, décidé en plein coeur de l'Europe consciente, documentée, active. Tout a été écrit, lu, dénoncé, prouvé, argumenté. À aucun moment, il n'a été possible de l'ignorer, même par courtoisie. Mais comme par un enchantement diabolique, les morts du Congo, victimes de Léopold II roi des Belges, ont disparu sans laisser de traces. Ils se sont littéralement volatilisés.
    Pas une ligne dans les livres d'histoire. Aucun souvenir dans la mémoire des peuples. Pas de résurgences en ces temps de repentance. À croire que l'existence même de ce crime de masse insensé, qui a précédé tous les autres, est sujette à caution.
    On parle aujourd'hui de dix millions. Dix millions de morts et disparus entre 1885 et 1908, soit le tiers ou la moitié de la population concernée. Sans compter les mutilés, impossibles à dénombrer. Dix millions, victimes du cupicide d'un seul. A-t-on déjà vu cela dans notre époque « moderne » où pourtant les exemples sont nombreux ?. ».

    Pour répondre à ce mystère qui a disparu des forges de la conscience collective, sont convoqués ceux qui se sont exprimés précisément sur ce sujet inouï au moment même où les faits se déroulaient : Stanley l'explorateur, Roger Casement, Joseph Conrad, Edmund D. Morel, Mark Twain, Savorgnan de Brazza, Conan Doyle, André Gide, Jules Marchal le diplomate belge qui a tout reconstitué au péril de sa carrière,et l'historien américain Adam Hochschild.

  • « Les pèlerins modernes ne font que reproduire, à leur manière, les désirs, les intentions et les gestes séculaires accomplis par des centaines de milliers d'autres avant eux sur les chemins de Compostelle.
    Cet itinéraire, tout autant physique que spirituel, permet à toutes les nationalités, toutes les envies et toutes les motivations de se côtoyer. Il est probable qu'il en fut de même dans les siècles passés.
    Que vont chercher les pèlerins en Galice ? Adorer des reliques ? Non, car il est clair pour tous, sinon pour la plupart, y compris au Vatican, que ce ne sont pas celles de saint Jacques. Le but du chemin, c'est le Chemin lui-même.
    Il est probable que cette courte phrase concentre les motivations anciennes et actuelles, à la fois des chrétiens et de ceux qui ne le sont peu ou pas, ou cherchent à le devenir. Que met-on dans ce chemin à parcourir ? La plus grande diversité en est la réponse.
    Pour les chrétiens, aller vers un tombeau vide n'est pas l'élément essentiel, puisqu'il s'agit de foi, laquelle ne repose pas sur l'adoration de reliques, même si cela peut être un support important. Les autres pèlerins recherchent probablement un sens vis-à-vis d'eux-mêmes et du monde dans lequel ils vivent. Ce peut être aussi le désir de prendre de la distance avec la vie quotidienne. Ou bien celui de se surpasser, autant physiquement que mentalement.
    On ne peut pas dénier à ces ossements ou souvenirs une valeur spirituelle, conforme aux besoins de chacun. Il peut y avoir encore un sens rituel, c'est-à-dire correspondant plus à une tradition qu'à une croyance dans la réalité des reliques, mais autorisant néanmoins à solliciter protection ou guérison.
    Durant l'époque médiévale, il est intéressant de constater la manière avec laquelle les diverses autorités religieuses et temporelles ont organisé et coordonné leurs domaines respectifs, si intimement liés. Leurs actions ont élaboré notre société et notre culture fondées sur cette identité collective profonde qu'est le christianisme. La reconquête des terres espagnoles envahies par les armées musulmanes était un objectif, le culte de saint Jacques en fut un des moyens dont les conséquences ont largement dépassé l'objectif.
    Le vaste brassage des pèlerins et des personnes qui vinrent s'établir dans les nouveaux peuplements créés le long de la route a participé à faire prendre conscience d'une identité européenne.
    L'histoire des chemins de Compostelle nous permet d'aborder ces sujets afin d'essayer de comprendre ce que représentait et représente encore cette route mythique. »

  • « Chaque voyage relève d'une séparation que je redoute plus que tout. Un cauchemar qui va hanter mes nuits.
    Une certitude incontrôlable : tout aura disparu à mon retour. Tout le monde sera parti.
    Il photographie. Des détails. Des bulles de savon qui ne volent pas. Du temps qui s'en va en globules évanescents.
    Il serre des images de plus en plus précises, des perles jointives sans ciment, des millions de ronds qui se désagrègent en un flux que rien ne retient.
    Loin et vite. Rythme modernisé implanté dans nos fonctionnements. À peine vingt-quatre heures pour s'effacer de notre temps, s'ingérer dans celui de l'autre, se dissoudre dans les nuages.
    Urgent. Y retourner. Comme l'inéluctable continuité d'une année écoulée entre deux errances. Évaporée.
    Je m'endors. Profondément. Je prends de l'altitude en divaguant face au vent qui me pousse. Brindille décharnée dans une forêt primaire.
    Passer les frontières, ces traits noircis sur des cartes attestant de la séparation des mondes. Cicatrices imbibées dans des territoires, symboles déchirés s'empêtrant dans l'Histoire officielle que l'avion docile imprime en une traînée blanchâtre signant la trajectoire de l'oubli.
    En fuite, sans boussole, l'engin métallique se contente de survoler des espaces, abandonnant à leur sort ces pauvres hommes assis dans les airs conditionnés, gelés par le froid comme figés dans leurs croyances. Engelures modernes, démangeaisons invisibles du passé. »

  • Haute et ouverte, elle donne corps aux auteurs à travers des objets d'art appelés livres. Elle entre dans le texte comme sur une scène, chaque mot a son corps, chaque geste éprouve un caractère, en chaque silence bat une substance. À flux lents, saccadés, à débits rapides, à grands jets de répétitions, à insistances lettrées, elle géo-maîtrise ces petits objets d'art tombés sur la terre, à angles doux. Sous la façade des livres, on perçoit des rumeurs, des fantasmes, les visages du ciel, des bribes d'opéras.
    La lectrice déchiffre l'empreinte des mots. ».
    Anne de Commines.

    Frédérique Bruyas est lectrice publique. Elle arpente les livres, leur rend hommage et les fait partager avec une verve certaine. Accompagnée par des musiciens, elle crée des lectures-concerts, forme singulière où l'auditeur réside aux frontières du son et du sens. Aujourd'hui, cette chercheuse sonde d'autres concepts : lecture bilingue, lecture dansée, lecture et arts numériques, de puissants laboratoires où s'exercent les voix originelles des textes et leurs résonances.
    Dans ce livre, elle revient sur les mystères de ce « métier » particulier, où le spectacle se fait joie.

  • - Ce livre est destiné à toute personne s'intéressant à l'art contemporain de près ou de loin. Et même à tous ceux qui le rejette ou n'en comprennent pas les codes.
    - Avec humour et empathie, l'auteur se met à la place du novice, du détracteur sévère, mais aussi du collectionneur, de l'artiste, du critique d'art, et parvient, en quelques exemples et raisonnements simples et efficaces, à bousculer les idées reçues et à éveiller la curiosité.
    - Sous forme de conseils, de méthodes concrètes pour se forger une opinion personnelle, il aborde aussi le sujet complexe et controversé du marché de l'art contemporain, de ses énormes enjeux financiers. Sans langue de bois.

    Un guide utile qui donne envie d'appliquer cet adage de l'ouverture d'esprit à tous les domaines sur lesquels on s'est exprimé un jour sans avoir pris la peine de vraiment les connaître !

  • - Frédérique Bruyas évoque les joies de son métier de lectrice et partage l'émerveillement qu'elle lui procure du point de vue de l'enfance.
    - Après Le métier de lire à voix haute (2014), elle a conçu celui-ci comme la réponse qu'elle donnerait à un enfant qui lui demanderait : « C'est quoi, la lecture à voix haute ? » Ce livre est destiné à tous les adultes ayant le désir de transmettre aux enfants le goût et l'art de lire à voix haute. L'Épopée du Lion, de Victor Hugo, intégré à la fin du texte, se révèle le support idéal pour y parvenir.
    - Par le biais de références historiques, d'exemples pratiques, elle donne des outils concrets pour permettre aux « lecteurs » de « cheminer dans l'histoire de l'écriture, la forêt des livres et de soi-même ».

  • L'Inde a hérité d'une histoire fascinante, de traditions et de croyances multiples. C'est le foyer d'une des civilisations les plus anciennes, marquée par les peuples qui l'ont traversé, par les milliers de dieux et de langues qui l'habitent, et par son très complexe système social et politique.
    Ce livre propose une autre façon d'appréhender ce voyage à nul autre pareil, entre découverte et histoire. Il ne présente pas l'Inde des éléphants, des palais de maharadjhs, des temples et du Taj Mahal. Il parle aux sens, aux émotions, qui permettent de saisir chaque instant de l'atmosphère du pays. Au fil des pages, l'auteur nous emmène sur la route des Indes et fait jaillir un « souvenir intense » du voyageur. Ce livre suggère l'idée qu'il est encore possible, même au XXIe siècle, de vivre sa propre aventure dans un pays exceptionnel, l'Inde, car on n'y fait pas un voyage, mais plusieurs.

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