Manucius

  • En 1828, l'une des femmes les plus en vue de Paris, la marquise d'Espard, dépose auprès du tribunal une requête visant à faire interdire son mari.
    Qu'est-ce qu'une interdiction? C'est - nous dit l'article 489 du Code civil de 1804 - le fait d'ôter à une personne majeure l'usage de ses droits civils: «Le majeur qui est dans un état habituel d'imbécillité, de démence ou de fureur, doit être interdit, même lorsque cet état présente des intervalles lucides». Mme d'Espard accuse le marquis, dont elle vit séparée depuis plus de dix ans, de l'empêcher de voir ses deux enfants qu'il a emmenés avec lui et de dilapider tous ses biens, au profit des Jeanrenaud mère et fils, des inconnus.
    Le marquis est-il fou ou possédé, comme l'affirme son avoué?
    Sa femme, une des plus redoutables harpies de La Comédie humaine, désire priver sa légitime moitié de ses droits, mais y parviendra-t-elle? Cette demande judiciaire ne cache-t-elle pas «quelque petit dramorama»? C'est le sujet de cette longue nouvelle (ou bref roman), sans doute «l'un des plus parfaits récits qu'ait écrits Balzac».

    Présentation et notes de Marie-Bénédicte Diethelm, spécialiste de Balzac et de Chateaubriand. Elle est notamment l'éditrice des romans inédits de Mme de Duras: Olivier ou le Secret (in Ourika, Édouard et Olivier ou le Secret, Gallimard, «Folio classique», 2007), Mémoires de Sophie suivi de Amélie et Pauline (Manucius, 2011). Chez Manucius, elle a également établi l'édition de La Messe de l'athée (2013).

  • Le paradis des gens de lettres Nouv.

    Homme de lettres, et critique d'art, Charles Asselineau (1820-1874) est l'un des rares amis fidèles de Baudelaire qu'il soutiendra lors de la parution contestée des Fleurs de Mal. Il collabore à des revues littéraires et artistiques, travaille pour la bibliothèque Mazarine, et écrit différents ouvrages: La double vie (1858), L'enfer du bibliophile (1860), etc. Amoureux éternel de la chose écrite, il fut un bibliophile distingué, esthète et ami précieux d'artistes de son époque.

  • Passions et Vanités est un recueil de 3 chroniques écrites pour Vogue. Elles décrivent une époque où les femmes avaient pour seul souci de séduire les hommes, le tout dans un univers de luxe et de volupté. Nous sommes au temps de Proust et de ses mondanités. Les femmes sont distinguées, les hommes sont riches et portent beau, bref, si l'univers d'A. de Noailles apparaît comme ouaté, confortable, il n'en demeure pas moins que le tableau proposé est plein de charme et non dénué de profondeur.
    Il s'agit d'écrire un monde singulier dont l'auteur saisit les codes à la perfection par la grâce d'une écriture fine et élégante. Les deux textes suivants sont plus personnels, plus lyriques, mais on y retrouve cet attrait propre à A. de Noailles, une écriture séduisante et toujours parfaitement juste.

  • Post-scriptum de ma vie est une oeuvre posthume de V. Hugo parue en 1901. Les textes ici proposés sont extraits de la seconde partie intitulée L'âme qui se veut plus philosophique ou méditative. Dans Les choses de l'infini Hugo disserte sur le cosmos. Mais l'exposé scientifique laisse rapidement place à la littérature, c'est-à-dire à l'enchantement du monde. L'homme lèvera toujours les yeux vers les étoiles et songera à la beauté inexplicable de sa présence sur terre. Quelle que soit la vitesse de la lumière, sa place au sein de cet infini demeure la seule question, celle pour laquelle la poésie, l'art ou Dieu, sont d'admirables réponses. Dans la même lignée, Contemplation suprême est une réflexion sur le rôle décisif de l'artiste dans la compréhension du monde.

  • Paru en feuilleton dans le journal Le Mousquetaire en 1866, Le comte de Mazzara est publié pour la première fois en volume. C'est donc un inédit d'Alexandre Dumas qui est ici proposé, inédit d'autant plus intéressant qu'il se révèle original dans sa conception puisque fruit de la collaboration entre l'auteur français et Ferdinando Petruccelli della Gattina, député, journaliste et homme de lettres italien. L'intrigue se déroule en Sicile et se signale par une série d'accidents survenant autour du mystérieux comte de Mazzara. Dès qu'il apparaît en public, les gens le conspuent en lui attribuant la singulière insulte de Jettator. Pourquoi ce mot? Pourquoi cette défiance à l'égard du comte? C'est ce que va tenter de comprendre le vicomte Alphonse de Quinsac, héros malgré lui de cette histoire.

  • Balzac publia ce dialogue, méconnu par la majeure partie de ses lecteurs en 1837. «La scène est au Café Voltaire, place de l'Odéon, à Paris. Dans ce Café, un soir de décembre 1827, autour de la table des philosophes, se racontent des histoires de rumeurs qui rendent fou, de nouvelles qui foudroient, de mystifications qui assassinent et de mots qui tuent. Et en effet comment le moral d'un individu a-t-il le pouvoir d'engager le corps dans des processus de somatisation qui peuvent conduire à la mort? Victimes de leur hypersensibilité, les personnages de ces petits récits font l'objet de crimes que la justice humaine ne peut poursuivre car c'est uniquement la puissance du psychisme qui leur a été fatale et c'est à ce titre que Balzac les qualifie de martyrs ignorés.

  • Le célèbre chirurgien Desplein de l'hôtel-Dieu revendique un athéisme intraitable. Pourtant son jeune interne Horace Bianchon que Desplein a pris sous son aile le surprend devant l'autel de la Vierge à une messe dans l'Église Saint-Sulpice.
    Intrigué par ce paradoxe si peu en rapport avec la droiture morale de son maître, Bianchon mène l'enquête pour découvrir le secret de Desplein. Cette nouvelle que Balzac aº rmait avoir conçue, et écrite et en une seule nuit paraît en 1836 dans la Chronique de Paris , elle sera au fi nal intégrée dans les Scènes de la vie privée et constitue dans l'oeuvre de son auteur une curiosité. Peu connue et peu lue, elle dévoile un Balzac inédit, qui, loin de sa férocité habituelle, trace un portrait sensible de la bonté, de la gratitude et de la fi délité.

  • Une bibliothèque

    Albert Cim

    Quels livres faut-il acheter ? Quelle est la base d'une bibliothèque ? Quelles sont les conditions d'une bonne installation pour une bibliothèque ? Son exposition, son emplacement, les meubles, les rayonnages, etc. ? Faut-il la pourvoir d'étagères fixes, mobiles ; à crémaillères, à clavettes ? Comment choisir son mode de rangement et de classement des volumes ? Classement horizontal, de gauche à droite, par ordre alphabétique de noms d'auteurs ? Classement vertical, par ordre de matières ? Classement ad libitum, les plus beaux livres ou les plus aimés sur le devant, et derrière, les vilains ou les moins appréciés ? Autant de questions qui taraudent tout bibliophile.
    A l'instar de Jorge Luis Borges (La Bibliothèque de Babel) et d'Umberto Eco (De Bibliotheca), Albert Cym (1845-1924) risque ici sa version de la Bibliothèque parfaite. Chaque amateur y trouvera de quoi fortifier sa passion pour cet objet de ravissement sans fin qu'est le livre.

  • Utilité du beau, Du génie, et Le goût sont trois textes très peu connus de Victor Hugo où il expose sa vision du beau et de l'art. Tirés des Post-scriptum de ma vie, oeuvre posthume du grand écrivain, composée de recueils de textes philosophiques rédigés en 1860. Ils n'ont jamais été publiés à part bien qu'ils constituent un ensemble cohérent définissant ce que l'on pourrait nommer rapidement «l'esthétique hugolienne». Ce sont des textes où Hugo rend hommage à des artistes choisis (Horace, Virgile), où il défend l'admiration et la grandeur et où il formule avec talent et clarté ce que sont l'art ou le beau.
    Ainsi: Affirmons cette vérité superbe, entrevue seulement sur les sommets de l'art: il n'y a point de mal dans le beau. [...] Sous l'art complet il y a le silence du mal.

  • Le recueil suivant extrait quatre des Contes cruels que Villiers publie en 1883, il s'agit du plus Beau dîner du monde, le désir d'être un homme, Le secret de l'ancienne musique et L 'appareil pour l'analyse chimique du dernier soupir. T out l'art de Villiers s'y condense! L'analyse subtile des passions humaines y est servie par une langue unique, belle et chatoyante. Le récit prend parfois des détours légèrement fantastiques pour s'appuyer sur une vision prophétique et sans concession avec la modernité qui s'annonce. T ous les grands artistes de fin du XIXe siècle ont consacré Villiers comme un écrivain majeur.
    Nul doute qu'ils ne se sont pas trompés et il est utile de publier ainsi quelques-uns de ses textes, pour donner au lecteur qui l'ignore un bel avant-goût de cet écrivain brillant.

  • Petits contes

    Emmanuel Bove

    Les petits contes d'E. Bove paraissent en 1929. Il s'agit d'un recueil de 5 nouvelles où, à partir d'intrigues tout à fait minuscules, l'auteur de Mes amis réussit une fois encore à déployer son talent si particulier. La banalité apparente du propos apparaît comme inoffensive mais il n'en est rien, le génie de Bove réside dans ce paradoxe où le rien produit quelque chose d'apparemment plat, apparemment seulement car nul n'échappe à ce mystérieux envoûtement «bovien», à ce tour de force doucereux où le quotidien le plus identifiable renvoie implacablement à l'angoisse du vide. La lecture des petites histoires d'E. Bove est mélancolique mais cette légère tristesse qui juste affleure, avec délicatesse, est sans aucun doute la marque du grand auteur qu'il est et dont l'oeuvre mérite d'être lue.

  • En mai 1880, à l'instar de J.-K. Huysmans, Guy de Maupassant, qui vient de connaître un premier grand succès littéraire avec Boule de suif, est sollicité par Arthur Meyer, propriétaire du Gaulois, pour écrire une chronique hebdomadaire dans son journal.
    Dès le 21 mai, le patron de presse annonce à ses lecteurs qu'" un bataillon renouvelé de chroniqueurs, pris parmi les jeunes, nous donnera presque chaque jour un article de tête qui sera intéressant, j'en réponds : nous aurons (...), Les dimanches d'un bourgeois de Paris, par Guy de Maupassant, le jeune maître en qui Flaubert voyait déjà son continuateur ; Les Mystères de Paris, par M. Huysmans, un réaliste de la nouvelle école ".
    Désireux d'écrire pour les journaux, Maupassant accepte l'offre de Meyer et produit entre les mois de mai et août une dizaine d'articles (ou nouvelles) qui narre les aventures de Monsieur Patissot, figure caricaturale du parfait bureaucrate, cousin proche de Bouvard et Pécuchet ou de Messieurs Berrichon et Bougran.
    Patissot donc, modeste employé de bureau, voit son existence bouleversée le jour où il apprend qu'il est menacé d'apoplexie s'il ne s'adonne pas à l'exercice physique. Pour satisfaire aux recommandations de la faculté, il décide de bouleverser son quotidien en dédiant ses fins de semaines à la promenade. Ces excursions vont bien entendu donner prétexte à diverses aventures, qui vont conduire le lecteur à apprécier le ridicule, la bêtise de cette petite bourgeoisie, aux revenus aussi étroits que ses idées ; mais également à découvrir les environs de Paris à la fin du XIXe siècle, où s'aventurer jusqu'à Colombes, Sèvres ou Meudon représentait encore une véritable expédition.
    Extrait : Toute sa vie avait été sédentaire. Resté garçon par amour du repos et de la tranquillité, il exécrait le mouvement et le bruit. Ses dimanches étaient généralement passés à lire des romans d'aventures et à régler avec soin des transparents qu'il offrait ensuite à ses collègues. Il n'avait pris, en son existence, que trois congés, de huit jours chacun, pour déménager. Mais quelquefois, aux grandes fêtes, il partait par un train de plaisir à destination de Dieppe ou du Havre, afin d'élever son âme au spectacle imposant de la mer.
    Il vivait depuis longtemps tranquille, avec économie, tempérant par prudence, chaste d'ailleurs par tempérament, quand une inquiétude horrible l'envahit. Dans la rue, un soir, tout à coup, un étourdissement le prit qui lui fit craindre une attaque. S'étant transporté chez un médecin, il en obtint, moyennant cent sous, cette ordonnance : " M. X..., cinquante-deux ans, célibataire, employé. - Nature sanguine, menace de congestion. - Lotions d'eau froide, nourriture modérée, beaucoup d'exercice. " Montellier, D.M.P. " ??

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  • " Sachons-le bien! La France au dix-neuvième siècle est partagée en deux grandes zones : Paris et la province ; la province jalouse de Paris, Paris ne pensant à la province que pour lui demander de l'argent. Autrefois Paris était la première ville de province, la Cour primait la Ville ; maintenant Paris est toute la Cour, la Province est toute la Ville. [...] La conversation est bornée au Sud de l'intelligence par les observations sur les intrigues cachées au fond de l'eau dormante de la vie de province, au Nord par les mariages sur le tapis, à l'Ouest par les jalousies, à l'Est par les petits mots piquants. [...] Dès leur bas âge, les jeunes filles de province ne voient que des gens de province autour d'elles, elles n'inventent pas mieux, elles n'ont à choisir qu'entre des médiocrités, car les pères de province marient leurs filles à des garçons de province, et l'esprit s'y abâtardit nécessairement. Personne n'a l'idée de croiser les races. Aussi, dans beaucoup de villes de province, l'intelligence y est-elle devenue aussi rare que le sang y est laid... " Deux typologies de femmes épinglées par la plume sans concession d'un écrivain observateur impitoyable des moeurs de son siècle.

  • Le 21 mai 1880, la veille de la parution des Croquis parisiens, le directeur du Gaulois, Arthur Meyer, présente à la une de son journal un " bataillon renouvelé de chroniqueurs, pris parmi les jeunes ".
    Au programme : " Les Mystères de Paris, par M. Huysmans ", auteur de quatre textes parus du 6 au 26 juin 1880. Ce " réaliste de la nouvelle école " propose l'exploration d'un Paris qu'il ne fait pas bon fréquenter lorsqu'on est un honnête bourgeois : les coups de poings s'échangent facilement, l'eau est " destinée non à être bue, mais à aider la fonte du sucre ". " C'est dans l'un de ces endroits ", annonce l'auteur, " que je mènerai le lecteur, s'il n'a point l'odorat trop sensible et le tympan trop faible ".
    Cette série oubliée nous fait pénétrer dans l'atelier de confection des ouvrières comme dans celui de l'écrivain. " Robes et manteaux " a été distillé dans un roman : En ménage (1881). " Tabatières et riz-pain-sel " aurait pu connaître le même sort, mais l'oeuvre ne fut pas achevée, et le texte servit d'esquisse au " Bal de la Brasserie européenne " (ajouté à l'édition augmentée des Croquis parisiens en 1886).
    " Une goguette ", modifié et repris dans plusieurs revues jusqu'en 1898, n'avait jamais été réédité dans ses premières versions. Et si " L'extralucide " et sa cocasse séance de magnétisme ont été abandonnés, la question des phénomènes inexplicables a fini par être prise au sérieux. Elle est au coeur des réflexions de Durtal, qui se demande, dans Là-bas (1891) : " comment nier le mystère qui surgit, chez nous, à nos côtés, dans la rue, partout, quand on y songe ? "

  • Sans relâche, des lettres de l'enfance aux ultimes billets (il y en a plus de 350), l'auteur des Fleurs du Mal fut suspendu aux réactions maternelles. Horizon fermé ou lueur d'espoir, déversant, sur son mal-être, des paquets d'horreur ou le baume d'une douceur apitoyée, Caroline Aupick hanta le coeur et l'esprit de son fils.
    Cette relation singulière, qui donne à voir un artiste torturé, accablé par les problèmes d'argent, permet de saisir le caractère d'un homme hanté par l'oeuvre qu'il porte et la difficulté de pouvoir s'y consacrer.
    Il s'agit ici de la première édition séparée des lettres à Mme Aupick, susceptible d'éclairer de manière inédite un pan des études baudelairiennes et d'envisager un autre visage de l'autobiographie spirituelle que représente la correspondance du poète.

  • Le Dialogue du Chapon et de la Poularde met en scène deux volailles sur le point d'être tuées pour être mangées. Engraissées, atrocement mutilées pour fabriquer une chair succulente à seule destination de satisfaire les gosiers d'une humanité avide, les deux volatiles devisent sur leur destinées avec fatalité, non sans dénoncer la cruauté et l'hypocrisie des hommes qui, pour se goinfrer sans scrupule, sont prêts à tous les compromis. Ce dialogue savoureux (mais oui !) au ton enlevé, ironique, bref, voltairien !, est brillamment postfacé par Baldine Saint Girons qui nous livre ici un point de vue original sur le thème de la sou rance animale mais aussi sur Voltaire, celui qui souhaitait rester « vivant jusqu'à la mort ».
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  • «À mes yeux, l'épicier, dont l'omnipotence ne date que d'un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne. N'est-il donc pas un être aussi sublime de résignation que remarquable par son utilité; une source constante de douceur, de lumière, de denrées bienfaisantes? Enfin n'est-il plus le ministre de l'Afrique, le chargé d'affaires des Indes et de l'Amérique? Certes, l'épicier est tout cela; mais ce qui met le comble à ses perfections, il est tout cela sans s'en douter...» «Vous voyez un homme gros et court, bien portant, vêtu de noir, sûr de lui, presque toujours empesé, doctoral, important surtout! Son masque bouffi d'une niaiserie papelarde qui d'abord jouée, a fini par rentrer sous l'épiderme, offre l'immobilité du diplomate, mais sans la finesse, et vous allez savoir pourquoi. Vous admirez surtout un certain crâne couleur beurre frais qui accuse de longs travaux, de l'ennui, des débats intérieurs, les orages de la jeunesse et l'absence de toute passion. Vous dites: Ce monsieur ressemble extraordinairement à un notaire.» Nouvelles extraites des tomes I (L'épicier) et II (Le Notaire) des Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle en dix volumes, L. Curmer, 1840-1842.f

  • Remy de gourmont publie les deux séries du livre des masques aux éditions du mercure de france, dans les dernières années du xixe siècle.
    Il y fédère des oeuvres fort diverses qui ont été fondatrices du symbolisme littéraire et qui ont fourni leurs références à plusieurs générations d'écrivains, modernistes (apollinaire, cendrars) ou surréalistes (breton). cinquante-trois monographies présentent à un public aussi large que possible des auteurs alors inconnus ou mésestimés comme lautréamont, rimbaud, verlaine, villiers de l'isle adam, mallarmé, corbière, laforgue.
    Et d'autres qui ont été appelés à la notoriété, ou que la postérité a consacrés: gide, louÿs, lorrain, maeterlinck, verhaeren, huysmans, renard, bloy, schwob, claudel, barrès, les frères goncourt. ces études offrent l'intérêt d'un jugement daté. elles permettent également de découvrir un grand nombre d'écrivains qu'on est désormais en droit de juger injustement ou justement oubliés. la présentation de l'ouvrage rappelle la tradition du "portrait littéraire" dans laquelle s'inscrit remy de gourmont.
    Elle montre comment il a constitué un groupe symboliste en lui assurant une suprématie philosophique, esthétique et artistique mais aussi - et surtout - éditoriale. cette édition donne à lire les remaniements qu'a effectués l'auteur lorsqu'il a assemblé ses monographies en volumes. elle les accompagne de notices qui situent chaque écrivain au moment où il est présenté. enfin elle reproduit à l'identique les "masques" remarquables gravés par félix vallotton.

  • La fin des livres

    Octave Uzanne

    Si par livres vous entendez parler de nos innombrables cahiers de papier imprimé, ployé, cousu, broché sous une couverture annonçant le titre de l'ouvrage, je vous avouerai franchement que je ne crois point, que l'invention de Gutenberg puisse ne pas tomber plus ou moins prochainement en désuétude. Je crois que si les livres ont leur destinée, cette destinée, plus que jamais, est à la veille de s'accomplir, le livre imprimé va disparaître. Ne sentez-vous pas que déjà ses excès le condamnent? Je crois donc au succès de tout ce qui flattera et entretiendra la paresse et l'égoïsme de l'homme; l'ascenseur a tué les ascensions dans les maisons; le phonographe détruira probablement l'imprimerie. Il y aura des cylindres inscripteurs légers comme des porte-plumes en celluloïd, qui contiendront cinq et six cents mots et qui fonctionneront qui tiendront dans la poche; toutes les vibrations de la voix y seront reproduites. Soit à la maison, soit à la promenade, en parcourant pédestrement les sites les plus remarquables et pittoresques, les heureux auditeurs éprouveront le plaisir ineffable de concilier l'hygiène et l'instruction, d'exercer en même temps leurs muscles et de nourrir leur intelligence, car il se fabriquera des phono-opéragraphes de poche, utiles pendant l'excursion dans les montagnes des Alpes ou à travers les Canons du Colorado. Après nous la fin des livres !

  • Il s'en alla à pied, enveloppé dans sa pelisse, chaussé de bottes à la souwarof, encapuchonné dans une perruque de laine surmontée d'un bonnet rouge, il s'en alla chez ses chers anges, le comte d'argental, qui ne l'attendait pas, mais qui le reconnut dans cet étrange accoutrement, quoique l'absence eût été bien longue.
    Voltaire se jeta dans les bras de son meilleur ami et lui dit avec des larmes dans les yeux : " j'ai interrompu mon agonie pour venir vous embrasser. "

  • Claire de Kersaint, duchesse de Duras (1777-1828), a connu une grande célébrité de son vivant. Amie de Chateaubriand qui la nommait sa «soeur», elle a tenu, sous la Restauration, le plus important salon de Paris, y réunissant, sur fond de faubourg Saint-Germain, des savants (Cuvier, Humboldt, l'astronome Arago.), des écrivains et des hommes politiques (Chateaubriand, Talleyrand, Lamartine, Benjamin Constant.).

    Si madame de Duras, au coeur d'un contexte politiquement agité, a laissé le souvenir d'une grande dame supérieure à l'esprit de parti, elle doit également demeurer comme écrivain majeur. Ses romans lui ont valu une renommée européenne. Ourika et Édouard, publiés en 1824 et 1825, ont connu un immense succès. Son troisième ouvrage, Olivier ou le Secret, a fait scandale avant même de paraître. Abordant le sujet délicat de l'impuissance, il a suscité une intense curiosité, de Stendhal notamment qui y trouva le sujet d'Armance.

    On a réuni ici sous le titre Romans d'émigration, deux textes inédits:
    Mémoires de Sophie et Amélie et Pauline, rédigés en 1823 et 1824, et conservés dans des archives privées jusqu'à nos jours.

    Après la mort dramatique de son père, guillotiné en 1793 pour avoir refusé de voter la mort du Roi, Claire de Duras et les siens doivent quitter la France. L'exil constitua pour elle une tragédie, mais ce fut également une source d'inspiration féconde. Témoignages historiques de première main, ces Mémoires de Sophie sont une interrogation romanesque de l'émigration. Celle-ci fut-elle une erreur, une expiation, une faute?
    Comment vivre ce bouleversement produit par la Révolution française et peut-on survivre dans un monde radicalement transformé?

    Telles sont quelques-unes des questions posées dans ces romans écrits dans une langue qui tient sa perfection du classicisme et sa trame intime d'un sentiment prématurément romantique: Claire de Duras réunissait, selon Chateaubriand, «la force de la pensée de madame de Staël à la grâce du talent de madame de Lafayette». «Merveilleux compromis» ajoute Sainte-Beuve dans ses Portraits de femmes.

  • En 1764 Jean-Jacques Rousseau alors réfugié en Suisse reçoit une longue lettre signée du seul prénom d'Henriette. Elle sera la première d'une série de cinq qu'Henriette (dont l'identité est demeurée un mystère) adressera au philosophe. Alors qu'il fait profession de détester la contrainte épistolaire, Rousseau répond. Il fallait dès lors que les lettres de l'anonyme se distinguent fortement de la masse des sollicitations dont le philosophe est accablé. Connue des seuls spécialistes, cette brève correspondance n'a pas bénéfi cié d'une édition séparée depuis 1902. Il est temps de rendre accessible la plume et les éclats de la pensée d'Henriette, de faire lire les énoncés qu'elle arrache au philosophe car ces huit lettres constituent l'un des plus fulgurants échanges épistolaires des Lumières.

  • À quel moment un artiste devient-il artiste? Quand s'opère ce basculement mystérieux d'une destinée ou l'artiste, soudain, incarne le surgissement d'une oeuvre? Le cas Mallarmé est d'autant plus exemplaire que rien ne le prédestinait à devenir le poète le plus révolutionnaire et le plus mystérieux de la littérature française. Il aurait dû embrasser la carrière de fonctionnaire à l'Enregistrement mais malgré ce chemin tracé «dès les langes», il échappe au fatum. J-J. Gonzales s'est donné pour tâche de traquer ce moment sublime ou Mallarmé devient Mallarmé, où la grâce se substitue au marécage d'une vie sans éclat. À travers un récit littéraire subtil et incarné, il invite à s'approcher du jeune Stéphane, à s'approcher du mystère, à entrevoir la seule vie qui vaille : la poésie.

  • Théophile Gautier

    Henry James

    Fin connaisseur de la littérature française, qu'il a pratiqué depuis l'enfance, le grand romancier américain Henry James (1843-1916) a consacré cinq articles à l'oeuvre de Théophile Gautier (1811-1872), dont on célèbre en 2011 le bicentenaire de la naissance. Le rapport du maître très subtil de la psychologie romanesque fin de siècle à l'auteur du Capitaine Fracasse est surprenant : en principe, les deux écrivains n'ont rien en commun. Mais James est attiré par l'écriture descriptive de Gautier, pas son attention exclusive au monde matériel, par son esthétisme outrancier. S'il est troublé par la manière trop libre dont Gautier aborde la sexualité, et choqué par son indifférence aux problèmes moraux, James est charmé par son écriture " parfaite ", par son goût exquis et sûr, par sa " capacité picturale ". Écrits entre 1869 et 1875, par un romancier encore débutant, ces textes jamais traduits en français intéresseront également les lecteurs de James et de Gautier, et tous ceux qui s'interrogent sur l'évolution de la littérature entre deux siècles.

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