Littérature traduite


  • lire n'est pas une activité innocente.
    c'est aussi vivre dangereusement, comme le montrent les aventures extraordinaires des personnages de ce roman, lecteurs passionnés qui mènent une double vie et se rencontrent entre leur réalité quotidienne et leurs lectures. ainsi adam, se plongeant littéralement dans un texte, s'aperçoit vite qu'il n'est pas seul. d'autres lecteurs le hantent, parmi lesquels une vieille dame excentrique, un ancien agent d'une section très spéciale des services secrets, une jeune fille au parfum câlin.
    ecrite par l'un des meilleurs écrivains serbes contemporains, l'histoire surprenante qui tisse ce roman est un éloge ludique des grands espaces de lectures sans lesquels certains d'entre nous ne sauraient respirer.

  • Une voix dans la nuit est le bouddhique d'un quatuor improbable sur les routes du japon moderne, un lettré, le vénérable chinuma kyôshirô, mène sa troupe - un enfant, une jeune fugueuse et un chauffeur de taxi -, sur les lieux chantés par le manyô-shû, recueil de poésies datant du viie siècle.

    Yasushi inoué, qui compte parmi les plus grands écrivains du xxe siècle, fait dans ce livre le portrait d'un don quichotte nippon partant en guerre contre la modernité et les démons qui l'incarnent : vacarme des villes, torrents de voitures, vices d'une jeunesse perdue.
    De retraité paisible et estimé, kyôshirô, au long du roman, se transformera jusqu'à devenir soldat aux ordres de dieux antiques luttant pour sauver leurs âmes.

  • le grand ciel embrasé qui sert de toile de fond à missa sine nomme, c'est l'allemagne vaincue de 1945, l'allemagne " année zéro " qui survit dans les décombres.
    dans un château dont il a hérité mais qui est occupé par les américains, amédée von liljecrona retrouve ses deux frères qui ont fui la prusse orientale occupée par les russes.
    il a passé les quatre dernières années de la guerre dans un camp de concentration : " je ne suis plus un chrétien, je suis un fauve. j'ai été dans la fosse aux bêtes, il ne faut plus me parler. " missa sine nomine est le récit de ce retour parmi les hommes.
    toute la profondeur et la beauté de ce livre naissent de l'impossibilité d'un retour progressif. il faudra pour vivre à nouveau une véritable conversion à la vie. une offrande sans nom.

  • Le génie d'un roman est parfois mystérieux.
    Est-ce l'écriture de son auteur, son thème, la richesse des personnages Il y a de tout cela assurément dans ce livre précieux, La Verrerie. L'apparente modestie du sujet et de ses protagonistes ne rend que plus fascinant le processus du roman. Le portrait de Bèba, cette femme qui se retrouve en charge d'une verrerie artisanale, affligée d'un mari dépressif et de deux vendeurs improductifs - sortes de Bouvard et Pécuchet de la banlieue athénienne -, la force et la résistance qu'elle opposera aux contrariétés de la vie, à ses chutes, sont autant de lignes qui aboutissent à un petit chef-d'oeuvre à lire absolument.

  • Botchan

    Soseki Natsume

    Botchan, le "petit maître" créé en 1906 par Sôseki, est aussi célèbre dans la littérature japonaise que Cosette pour nous, ou Tom Sawyer pour les Américains. Ce jeune professeur frais émoulu de Tôkyô, en butte, dans un collège de province, aux tracasseries de ses élèves et aux manoeuvres de ses collègues, est le personnage central d'une savoureuse galerie de portraits, d'un conte moral plein de vigueur, où se mêlent le grotesque caustique et une étonnante âpreté de ton.

  • Il était une fois, en Bosnie, dans la ville de Travnik, un vizir nouvellement nommé. Comme ses prédécesseurs, il se fit connaître et par sa cruauté, et par un animal fétiche. Certains avaient fait venir des panthères, d'autres des singes, lui fit venir un éléphant. Bientôt il fut clair pour tout le peuple que cet éléphant, qui bousculait les étals au marché et faisait trembler de peur toute personne honnête, était bien semblable au vizir ; et une même haine les confondit tous les deux. L'Éléphant du vizir, nouvelle-titre de ce recueil, donne le ton de l'ouvrage, car pour Ivo Andrié, prix Nobel de littérature, c'est le petit peuple de Bosnie, qui est le véritable héros de l'Histoire. Passeront les vizirs et leurs animaux extravagants, Turcs, Français et Autrichiens pourront se succéder, seul le peuple demeure. Et en souriant, le soir, à l'auberge, les hommes se racontent l'histoire de l'éléphant du vizir...

  • Dans tous les récits de Henry James, il y a une présence invisible et inquiétante. Pourtant il ne s'agit pas toujours d'un fantôme. Il peut s'agir d'une présence plus terrible, plus déroutante et plus évanescente. Il peut s'agir d'un secret qui expliquerait tout et que, l'un après l'autre, chaque dépositaire emporte avec lui dans la tombe.
    C'est le cas de L'Image dans le tapis qui est construit comme un roman policier dont le coupable se révèle être l'enquêteur lui-même, le malheureux narrateur, coupable d'être le seul sur la piste de cette mystérieuse présence et le seul à ne pas trouver, coupable de laisser le crime s'accomplir et mourir les témoins, coupable enfin de faire d'une oeuvre littéraire le coeur de son existence.
    Avant de commencer son enquête, il a pourtant reçu une sérieuse mise en garde de la bouche même de l'écrivain qu'il admire : « Sachez que si ma grande affaire est un secret, c'est seulement parce que ce secret est né malgré lui par le fait même de cet événement extraordinaire qu'il reste incompris. Non seulement je n'ai pas fait le moindre effort dans ce but mais je n'avais même pas imaginé que cela arriverait. Sinon, je n'aurais pas eu le coeur de continuer. En réalité je n'en ai pris conscience qu'au fur et à mesure. » Malgré cet aveu de sagesse et d'humilité, le narrateur part en quête de ce mystérieux secret qui fait qu'un homme écrit sans connaître la raison profonde qui l'y pousse.

  • Après traversée de la neige, trois amples nouvelles parmi les chefs-d'oeuvre de miyazawa, sans doute les plus marquées par la foi bouddhiste de l'auteur.
    Le violoncelliste gauche, instruit par les animaux, qui deviendra virtuose et guérisseur, matasaburo, l'écolier étrange, le fils du vent, et giovanni, le jeune rêveur dans le train de la voie lactée : tous trois nous adressent, à la manière énigmatique et singulière du poète, des signes pour nous permettre de traverser la rivière céleste et de peupler d'étoiles chaleureuses et brillantes le vide du cosmos.

  • Et puis

    Soseki Natsume

    Daisuké, riche et indolent, fils de bonne famille, a déjà atteint la trentaine et persiste à demeurer célibataire, à n'exercer aucun métier ; son univers est intérieur, fait de rêve, d'esthétisme, de pensée pure. Jusqu'au jour où l'amour le frappe au coeur : il découvre qu'il aime Michiyo, l'épouse de son meilleur ami. Le choc vital qu'il ressent le force à agir, à prendre en main son destin, au prix peut-être de la mort ou de la folie.

  • Les enfants heureux n'ont pas d'histoire jusqu'au jour où ils deviennent des adultes malheureux et leur histoire est alors celle d'un âge d'or perdu. C'est l'expérience que fit Katherine Mansfield à la mort de son frère en 1915 sur le front. Le bonheur oublié de son enfance néo-zélandaise ressuscita en elle sous la forme d'un hymne à l'enfance dans Prélude et Sur la baie, deux journées dans la vie de la famille Burnell. Dans un délicieux livre d'heures familiales, Katherine Mansfield égrène les heurs et malheurs d'une famille, au cours d'une journée bruissante de vie, de cris et de chansons, en une suite de tableaux où elle nous fait sentir l'éternité dans l'instant le plus humble et pressentir la mort dans l'éclat même de la vie.

  • la cinquantaine d'histoires recueillies par lafcadio hearn (1850-1904) d'après le folklore japonais révèlent un éventail thématique très ouvert, allant du conte de fées aux histoires d'ogres et de vampires...
    mais l'imaginaire japonais ne force pas seulement les portes de la mort, il entrouvre aussi celles de la réincarnation, thème ignoré du folklore occidental, où s'affirme la coloration religieuse qui caractérise le fantastique japonais. des réincarnations à l'apparence de métamorphoses qui laissent à leurs victimes un espoir immense, à échelle de l'infini dans lequel elles se perdent. un sentiment de tragique inséparable de l'espoir, telle est la morale que lafcadio hearn invite le lecteur à tirer.
    comme il l'avait tirée lui-même en trouvant au japon l'apaisement.

  • La forteresse

    Mesa Selimovic

    après avoir connu les horreurs de la guerre contre les russes, ahmed chabo revient dans sa ville natale, sarajevo.
    la bosnie musulmane, au siècle dernier, est sous domination turque. pour faire son chemin dans la vie, il faut savoir solliciter, s'humilier, se taire. ahmed en est incapable, il le paiera cher. si le sort lui accorde des protecteurs, le riche et puissant chéhaga et son homme de confiance, le cynique et séduisant osman, qui l'aideront à faire évader l'étudiant ramiz détenu dans la forteresse de la ville, ahmed est pris en chasse par avdaga, policier intègre et impitoyable, qui mène son enquête avec perspicacité et obstination.
    dans ce roman dont le décor exotique est finement et discrètement esquissé, les rapports entre les nombreux personnages attachants ou inquiétants, parfois troublants et souvent insolites, prennent une valeur symbolique riche et subtile, le problème de l'homme face aux forces du destin est posé de façon très moderne, mais avec la sérénité, la retenue, la délicatesse propres à la sagesse orientale.

  • Mobilisé par l'armée italienne en 1942, Eugenio Coati, l'auteur du Cheval rouge, prend part, comme jeune officier d'artillerie, à l'épopée du Front de l'Est. Encerclées dans une poche aux côtés de la 298e division allemande, plusieurs divisions italiennes, désemparées, vont être anéanties par un ennemi féroce et un froid polaire. Seuls quelques-uns des 30 000 compagnons du jeune écrivain retrouveront leur patrie, l'Italie. De ce fourvoiement honteux que l'on s'efforçait d'oublier - l'alliance avec l'Allemagne -, la campagne de Russie était l'épisode le plus douloureux. Une génération entière avait été engloutie dans cette guerre qui n'était pas la sienne, absorbée à jamais par l'immensité russe et les camps. L'un des rares survivants de cet enfer en avait rapporté un récit minutieux, insoutenable de précision, et pourtant porté par une inextinguible espérance.

  • Asakusa kid

    Takeshi Kitano

    La vingtaine révolue, takeshi kitano, errant dans tokyo, désoeuvré et nonchalant, décide un jour qu'il sera acteur comique.
    Pour y parvenir, une seule direction : asakusa, le quartier des théâtres, des boîtes de strip-tease et des yakusas.
    Dans l'une d'elles, le français, il est engagé comme garçon d'ascenseur. il y rencontre l'acteur senzaburo fukami, qui deviendra son maître. entre deux numéros d'effeuillage, kitano joue ses premiers sketches comiques. avec deux autres jeunes acteurs il découvre le style dialogué qui fera son succès, le manzif, style qu'il marquera par ses outrances de langage, alors inimaginables au japon.

  • Agonie d'agapè est le chant du cygne de William Gaddis, le monologue d'un homme rongé par la maladie et assiégé par les pages d'un manuscrit qu'il n'a cessé de reprendre au fil des ans, l'apogée d'une obsession vieille de quarante années. D'une voix singulière. il développe une réflexion sur la mécanisation des arts ci le dédis de l'artiste parvenu au seuil de sa vie.

  • Dieu qu'elles sont paillardes ces barinia, ces femmes de maîtres ! Et quant aux popes donc..., des vicieux cupides qui finiront cocufiés par les moujiks.
    Dans la vaste steppe, dans les isbas brûlantes, dans les bois profonds, partout sur cette Sainte Terre de Russie, ça copule ! Le moineau avec la jument, la femme du marchand avec le commis, la belle-mère avec le gendre, toutes et tous dans une immense débauche se jouent les pires tours et les plus salaces. Puis enfin, philosophes grognons, le con et le cul disputeront pour trouver une morale à tout cela.

  • L'accusation

    Birgitta Trotzig

    Tobit a failli, trahi tous les siens, plus ou moins.
    Il leur survit clans l'effroyable solitude de son remords. son destin cependant n'a rien d'exceptionnel ; c'est un homme fruste, aux passions brutales ; il a fait sienne une fille de rien, pour son malheur, mais n'a-t-il pas aimé plus que lui-même son enfant, toragreta, sa perle unique ? pourtant c'est lui qui l'a brisée. certes il se reconnaît coupable, mais quelles sont les lois, les données du combat que le bien et le mal se livrent au plus profond de l'homme ? quel est l'accusateur qu'il porte en lui ? le dieu qu'inlassablement il interpelle ne lui répond que par des signes obscurs.
    Serait-ce le paradoxe de l'espérance ? dieu, disait-il - dieu des très-bas.

  • Signaleur, le superbe poteau électrique de la voie principale, et Signalesse, ravissant poteau de signal en bois blanc, s'aiment d'amour tendre.
    Mais comment s'y prendre quand on a les pieds indéfectiblement ancrés dans le sol et qu'un minable poteau subalterne veut vous dénoncer au chef de gare ? Prier sainte Marie, le Tonnerre, l'Eclair, Georges Stephensonet Edison le Méricain, de vous réunir dans unembrasement de brouillard bleu ? Le toit du hangar a peut-être une autre solution.

  • Le voyage

    Sergio Pitol

    En mai 1986, en pleine perestroïka, un diplomate mexicain (l'auteur ?) en poste à Prague est invité en Géorgie à titre d'écrivain. Il rédige un journal de bord de ce voyage au cours duquel il doit rencontrer d'autres écrivains. Or, la glasnost s'embrouille et notre homme est promené à Moscou, à Leningrad ; aussi le voyage se transforme-t-il en une galopade folle de scènes grotesques et de calamités joyeuses, pour se terminer à Tbilissi l'irrévérencieuse, ivre de ce printemps politique. Sous la plume d'un merveilleux érudit excentrique et rêveur, ce voyage qui n'est ni un récit autobiographique ni un récit de voyage est aussi une traversée de siècles d'art et de culture, et de toute la forêt sacrée de la littérature russe, de Pouchkine à Gogol à Marina Tsvetaïeva.

  • Elles sont deux, une blonde et une brune. Le héros les rencontre dans une petite bourgade où il est envoyé, alors qu'il fait ses débuts dans le journalisme. De la brune, il gardera le souvenir d'une nuit passée dans une harmonie parfaite. De la blonde, il ne gardera aucun souvenir.
    Sa vie durant, à intervalles presque réguliers, le héros est appelé à revenir dans cette petite ville et il cherche à revoir la jeune fille brune. Il n'y parviendra pas. Dans sa réalité, il n'y a que la blonde, sympathique, charnelle, de plus en plus touchante au fur et à mesure qu'elle vieillit. Mais cet amour ne s'accomplira pas...
    Ne reste que l'empreinte de la jeune fille brune, sa quête impossible, le souvenir de la jeunesse perdue.

  • Les ours de la montagne nametoko, la grue et les dahlias, le quatre du mois des narcisses, place de pollanno.
    A qui sait suivre les traces des ombres dans la neige, percevoir les appels des renards, des forêts et des fleurs, se laisser éblouir et guider par la lumière des plaines, est ouverte l'écriture " citoyenne de l'univers " de kenji miyazawa, bouddhiste fervent, musicien, agronome et paysan. déployant un monde d'images et de sensations, mettant en scène des personnages doués d'une grâce magique, ces contes sont portés et traversés par tous les souffles de la terre, de l'eau, du feu, du vent et du vide.

  • Poétesse plus que célébrée dans son pays, le Brésil, c'est parce qu'elle a craint de se sentir vieillir que soudain - au grand désespoir de sa pauvre mère - Hilda Hilst s'est mise à écrire avec passion de furieux livres érotiques.
    L'écriture d'Hilda Hilst est crue, vibrante, et nous promène sans rupture du roman au théâtre et de la fable au conte. En suivant le héros de cette farce réjouie, le bon Crassus, un sexagénaire qui ne manque ni de souvenirs, ni de perspectives, nous découvrons les dessous de toute une confrérie de doux acharnés pour lesquels la quête du plaisir est à la fois la plus joyeuse des fêtes et la plus heureuse des métaphysiques.

  • Des assassins sans mobile, des jumeaux qui se haïssent, des femmes qui s'organisent pour rendre les hommes fous, des ex qui poussent leurs amants au suicide, des libertins dépassés par leurs émules, et bien sûr des chauffe-eau en panne, des rendez-vous ratés, des coups de fil anonymes, des paires de bas qui passent.
    Telles sont les composantes de l'univers violent, lyrique, absurde, macabre, de quim monzo, l'un des enfants terribles de la jeune littérature catalane. seize nouvelles au ton vif et sans fioritures, irrésistible, qui nous plongent dans un quotidien paranoïaque et pervers, avec la jubilation féroce d'un kafka.

empty