P Editions

  • La mélancolie du pongiste est une monographie sur le travail récent (2008-2014) de Jérémy Laffon.

    « Cette manière de se livrer corps et âme à la cause incertaine de l'art, est avant tout employée à ne rien faire, ou à en faire le moins possible (ce qui souvent demande un grand effort d'organisation). La Collection d'assistants potentiels (2006) pouvait être le préambule à un postulat : la série de photographies réalisée en Chine montre des individus assoupis dans des lieux publics ou sur leur lieu de travail. Et cette torpeur collective ressemble bien à un acte de dissidence, sous un régime autoritaire reposant sur la docilité du travailleur. Pendant ce temps, non loin des dormeurs, Jérémy Laffon dribblait, ce qui est aussi une manière active de ne rien faire, de combler le temps mais aussi de signifier qu'en ce temps-là, il n'y a rien à faire, et de le faire savoir largement, dans une fausse discrétion.
    D'ailleurs, l'adolescent n'est-il pas le meilleur des dribbleurs, tous sports confondus ? Ainsi, Jérémy Laffon, s'est-il engagé dans l'art avec une haute conscience qu'il n'y a théoriquement « rien à faire », et cela depuis bien longtemps.
    C'était déjà le cas pour le copiste d'Herman Melville qui a eu la sagesse de « préférer ne pas » faire, annonçant un siècle plus tôt, l'attitude d'une frange entière des artistes de l'ère postmoderne qui renoncèrent raisonnablement à l'exigence de la nouveauté à l'heure où tout a déjà été fait. Et dans ces conditions, il ne reste plus qu'à occuper le temps, ce que Duchamp aurait fait de mieux en tant qu'artiste, c'est-à-dire en faisant autre chose, comme jouer aux échecs. Pendant qu'il dribble inlassablement, Jérémy Laffon ne fait rien, sans cesse. » Julie Portier

  • Tyndo de Thouars

    Simon Boudvin

    À l' est de la ville de Thouars, proche de la tour du prince de Galles, le sénéchal Louis Tyndo construit le premier corps de son hôtel particulier. Chaque siècle, s'ajoute à la grande maison de la Renaissance une aile nouvelle pour accueillir un nouvel usage : habitation, caserne, prison, école, centre socioculturel. L'ensemble est aujourd'hui rénové pour loger le Conservatoire de musiques et de danses.
    Le temps de cette reconversion est une occasion pour inventorier ce qui va disparaître : les traces laissées par les écolières, les ouvriers, les prisonniers, les soldats, les passants. Des bribes de phrases, des notes de chantier, des noms, des initiales, des signes inintelligibles, des figures muettes ; voilà ce que consigne ce livre.
    /> Ces traces, Simon Boudvin les photographie et les retranscrit selon les conventions épigraphiques pour composer une poésie concrète, un récit chaotique, synthèse des écrits de l'édifice. Le texte assemble ce que les usagers ont voulu laisser dans le dur. Les marques de leur passage expriment leurs humeurs, leur malaise et leur nécessité, mais aussi une part de liberté. Ils fabriquent l'esprit des lieux.

  • Depuis son ranch californien, dans le canyon de Topanga, Chris Burden décrit ses rencontres plus ou moins heureuses avec les coyotes qui rôdent autour de chez lui ; des histoires où la proximité entre les hommes et les bêtes sauvages déplace sans cesse des frontières qu'on croyait établies.
    Les coyotes écoutent de la musique, volent des couteaux, mangent du raisin, pissent sur un portefeuille, se font aguicher par une rousse, se font défoncer la tête à coup de marteau et bien d'autres mésaventures ; le tout écrit et illustré de la main du plus célèbre des artistes performers des années 70.
    Coyote Stories est, à l'origine, un portfolio de l'artiste édité à 18 exemplaires par Jacob Samuel en 2005. Ce livre en présente une adaptation suivie d'une transcription française par Marcel Cohen et Céline Flécheux.

  • En janvier 2009, Marseille a été recouverte durant deux jours d'une épaisse couche de neige.
    Au même moment un changement s'est opéré dans le travail de Gérard Traquandi. Comme si l'ensemble des recherches de l'artiste se trouvait condensé et remis en jeu par la maîtrise et la libération d'une technique picturale - notamment l'empreinte et le report - mais toujours avec le plaisir de la permanence du motif.
    Ce livre retrace ce cheminement.


    La dialectique subtile, perceptible dans l'oeuvre, entre les dessins et les toiles peintes se détaille progressivement au lecteur : le même souci exploratoire des formes de la nature s'incarne dans ces deux activités, qui contrastent par leurs moyens, pour mieux cerner leur objet commun. L'exploration, de la feuille par le crayon, de la toile par la marque et l'encrage, est animée d'un seul et même motif, poursuivi respectivement par le moyen de la trace et de l'empreinte ; celui, baroque, de la transitivité.


    Baldine Saint Girons nous offre, dans le texte qui accompagne les images des oeuvres, plusieurs pistes pour saisir ce qui anime ce travail de levée de traces, cet effort de tracé, cette mise en contact de l'acte et de la matière. Son texte est une méditation magistrale sur les places respectives de l'empreinte et de la trace dans l'art humain. Sur ce fonds universel, la singularité du travail de Gérard Traquandi est élucidée avec une grande générosité.

  • « Morellet à Marseille dans le cadre unique de la fondation M-Arco. Soit trois fois la lettre M.
    On ne pouvait mieux espérer pour cette exposition intitulée 5x3, qui présente 3 oeuvres de l'artiste inspirées d'une même thématique dans chacun des 5 espaces du lieu. Un tel énoncé illustre bien la démarche claire et intelligible de François Morellet, à laquelle il a toujours su donner une forme plastiquement convaincante et heureuse.
    (...) L'exposition 5x3 se montre particulièrement bien conçue dans la diversité des techniques et de leurs résultats : peinture sur toile tendue sur châssis, sculpture en trois dimensions, relief avec formes découpées et lumière artificielle, plaques de tôle modulaires, rubans adhésifs appliqués sur le mur. Dans chaque formule, un effet différent est obtenu et qui donne plusieurs résultats, 3 en l'occurrence, dus à l'emploi de systèmes permettant le développement et la variation.
    Cette grande diversité trouve sa justification dans l'unicité du propos : grâce à la démarche analytique parvenir à la compréhension du mécanisme de création des formes. Grâce à l'intelligence choisir les meilleures solutions. » Serge Lemoine Cet ouvrage est publié à l'occasion de l'exposition personnelle de François Morellet au Box, à Marseille, du 24 mai au 20 septembre 2013 ;
    Il est produit par le Fonds M-Arco.

  • L'artiste Abraham Poincheval a fait un voyage. Ce voyage l'a mené de Digne à Caraglio, en Italie. En quatre étapes (une par saison), il a poussé devant lui, sur ce chemin accidenté, son « gyrovague », une capsule cylindrique en tôle de 70 kg, capsule qui lui a servi à la fois d'abri, de véhicule, de miroir du monde et, finalement, d'oeuvre. Sur sa route, l'artiste pousseur a fait des rencontres, croisé des hommes, des femmes, des enfants, des animaux, des monstres et fait des expériences. Lorsqu'il se trouve « ici, loin de tout », il n'est jamais plus près de son but, celui de l'authentique voyage, qui est rituel de vie. Son pèlerinage (Johannes Geiler von Kaisersberg n'aurait rien à redire sur ce point) le mène au coeur des choses et des êtres, dans un dépouillement qui laisse ici sa trace.
    Ce livre rend compte de cette aventure, à travers le journal de marche de l'artiste (plein d'humour, d'intuitions et de générosité) et de ses photographies. L'âpreté de l'effort, la beauté sidérante de la nature, les sculptures que Poincheval réalisa, ensuite, avec des objets glanés lors de son périple, tout ces éléments se conjuguent sous nos yeux pour nous permettre de lire en eux le sens profond de cet acte artistique, qui est tout à la fois « performance » (effort physique, acte de volonté), sculpture et récit, mise en forme esthétique du déplacement sous la forme de l'imprimé.
    Le texte distancié et érudit de la philosophe Céline Flécheux apporte un contrepoint utile à ce récit brut et poétique, à cette documentation nécessairement lacunaire, et nous ouvre de nombreuses perspectives pour mieux voir ce voyage invisible.

  • L'exposition From Red to Red est comme une liturgie mise en équation, faite de stations devant des ensembles qui se répondent, s'accordent, et se chargent d'énergie.
    Si From Red to Red est plus qu'une somme de tableaux, c'est en ce qu'elle fait voir la manière dont les uns et les autres s'articulent et se répondent, dont ils se font écho même à travers l'absence. C'est la première fois qu'une pensée élaborée depuis une dizaine d'années par Jean-Pierre Bertrand trouve ainsi à se déployer et à se mettre en place. Ce déploiement fait comme une succession de plans : plans larges ou serrés, détails ou agrandissements. Bertrand réussit cette chose très rare de produire un art pictural d'après la fin de l'abstraction (celle-ci comme histoire et projet) qui n'est pas discours ou allégorie, mais instauration d'un espace et d'une temporalité autres. From Red to Red est un point de convergence où s'entrevoit une idée de l'art où tableau, livre, film, ou chapelle, trouveraient un écho et une suite.
    Ce catalogue accompagne l'exposition monographique de Jean-Pierre Bertrand qui a eu lieu au Box à Marseille en 2015.

  • Cette exposition au Box est la première exposition importante de l'artiste en France depuis 2002. Il s'agit d'abord d'un dialogue, d'une confrontation entre des oeuvres anciennes et récentes. C'est le premier dialogue de ce genre jamais organisé.
    Deuxièmement, dans toutes les oeuvres, nous observons la quête d'un signe à chaque fois nouveau, originaire et souverain, et en même temps un pur travail sur la lumière et la couleur. Nous observons également le fait paradoxal que les grands formats sont des tableaux anciens, tandis que les tableaux récents sont de plus petite dimension.
    Depuis une dizaine d'années, Helmut Federle a décidé d'abandonner le très grand format qu'il juge potentiellement trop spectaculaire, et de concentrer au maximum son propos pictural.
    Cette oeuvre opère ainsi en quelque sorte « à l'envers ». Le grand format d'hier est aujourd'hui le « modèle » du petit format actuel, tandis que beaucoup des autres peintres pensent le petit format comme le laboratoire de grandes toiles à venir. Ce mécanisme traditionnel se trouve inversé par Helmut Federle. La concentration opérée dans ses toiles récentes a valeur d'un manifeste.

    Ce catalogue accompagne l'exposition monographique d'Helmut Federle qui a eu lieu au Box à Marseille en 2016.

  • De la demeure conçue par Eileen Gray et Jean Badovici à Roquebrune-Cap-Martin, par le chemin qui y accède, on peut apercevoir en partie les façades blanches qui dominent la falaise.
    Ce récit tourne autour de la villa E-1027 à la manière d'une chanson murmurée, dont les bribes nous ramènent par vagues à la figure d'Eileen Gray. Cette promenade subjective aux reflets hitchcockiens est autant l'histoire d'une maison longtemps laissée à l'abandon, d'une artiste libre que des émotions suscitées par des formes plastiques singulières.
    Empreintes de leur époque, ses créations témoignent d'une vie moderne menée en toute liberté.
    Celia Houdart évoque avec délicatesse cette grande figure artistique de la modernité. Et ses étranges relations avec Le Corbusier, qui fut sans doute inquiet de découvrir en elle une vraie rivale.

  • Cette année, le P'tit Normand se met aux couleurs de l'événement de l'été 2010 en Normandie et se teinte d'impressionnisme. En complément des rubriques habituelles et indispensables du guide - commerces, loisirs, sorties .. - vous trouverez également cette année un mini-programme des manifestations organisées dans le cadre du festival Normandie Impressionniste.
    Côté restaurants, en plus des 400 tables régionales présentées - un record pour un cityguide ! - et de son fameux TOP 100, ont été testées avec attention les tables des musées régionaux ou situées à proximité, preuve que culture et gastronomie font souvent bon ménage.
    Une nouvelle fois, 33 ans après sa création, le P'tit Normand reste LE guide indispensable pour bien vivre à Rouen et dans sa région !

  • Bienvenu au bord

    Rodolphe Auté

    IMAGES Drôle de livre que "Bienvenu au bord". Décousu le récit, chaotique le débit. Rodolphe Auté, ou plutôt son alter-ego altéré, part dans la forêt. Sa parole va battre. Un errant chargé. Il est sous emprise. Il nous prévient : "mes pilules vont me faire de l'effet". La parole va se libérer.

    Au bord de la phrase, le sens est palpitant, ainsi qu'on le dit du coeur, lorsqu'il envoie des décharges de sang dans nos parties les plus irriguées. C'est parfois casse-gueule, de se pencher, pour dire ce qu'on voit, ce qu'on veut. Mais dans la tension su sexe, le désir n'est pas pur ni d'ailleurs impur, il glisse, macule, étanche les mots et donne soif.

    /> Il n'y a pas loin de la transe au rêve, dans la "pénombre de l'orgasme". Voilà où nous mène ce texte. Cette interzone-là, le terrain de jeu des mots : ce "branle le désir" qui bat, à la frontière de ses phrases et qui caresse, pointe les organes. Ce "sexe tendu vise l'infini", il est le juste étalon : "n'inventé par d'autre organe". Les mots sont physiques ici, parce que la langue cligne de l'oeil, fait appel. Tend vers ce bord du désir : "on ne le voit que par temps clair".

  • 604 800. Ce chiffre orne un rocher d'une tonne. Ce rocher repose sur le sol de la librairie Histoire de l'oeil, à Marseille. Sous le rocher, un trou. Un trou de 1 m 70 de hauteur sur 60 cm de diamètre. À l'intérieur du trou : Abraham Poincheval. Il passera sept jours, soit 604 800 secondes, dans ces conditions. L'action est simple, évidente. S'enfouir dans le sol, sous la ville, avec un paquetage scrupuleusement préparé, ce n'est pas oeuvre de lunatique, mais d'explorateur, et de cryptologue. Poincheval a emmené cinq livres et il lit, dans son tombeau temporaire. Est-il un nouvel Axel Lidenbrock (le héros de Jules Verne part sous terre pour répondre à l'incitation d'un livre) ? Eh non ! Poincheval est (cette fois) un voyageur immobile. Son action est oeuvre mais tout autant expérience, autant physique que mentale : dans ce caveau l'homme vit ses limites spatiales et temporelles d'une façon inédite, a un nouveau rapport à sa mémoire et au livre ; il est enterré vivant. Le livre qui témoigne de cette expérience manifeste les implications de ce geste artistique. Les matériaux, la roche, les excavations, tout ce lexique évoque l'archéologue. Poincheval pointe dans cette direction, dans les illustrations qu'il agglomère autour de l'évènement. Tous ces éléments entrent en relations, pour nous faire saisir son acte autrement. Ainsi, un crâne humain porte en son centre un trou circulaire, écho de son antre.
    Nathalie Quintane témoigne, dans son court texte présent dans l'ouvrage consacrée au projet. Elle entame un dialogue muet avec l'artiste, sensible à son expérience de lecture.

  • Des histoires est une monographie sur le travail de l'artiste Michèle Sylvander, y sont présentées des oeuvres de 1993 à 2015 en regard d'images provenant des archives de l'artiste et de sa famille.

    Michèle Sylvander développe un travail artistique qui s'appuie principalement sur la photographie mais déploie également ses formes dans l'installation, le dessin ou la vidéo. Ses oeuvres problématisent la question du genre, des codes sexuels, du corps politique, social, du rapport à l'autre. L'autoportrait et la vie de famille y occupent une place centrale ; à travers eux, l'artiste affirme le point de vue suivant lequel la proximité de l'expérience personnelle contient une certaine forme d'universalité. Ils disent aussi qu'il y a là le noeud de la construction sociale (le « moi » dans le petit jeu de la cellule familiale comme métonymie du « moi » sur la grande scène du monde).

  • Goodbye

    Hsia-Fei Chang

    Goodbye est la première monographie consacrée au travail de Hsia-Fei Chang, artiste taïwanaise vivant en France. L'ouvrage présente un ensemble de textes écrits par l'artiste (lus à l'occasion de performances ou simplement épinglés au murs de ces expositions) et une large sélection d'oeuvres réalisées entre 2000 et 2015.

    Toute la finesse de la démarche de Hsia-Fei Chang est dans cet « air de rien du tout », dans cette impression de légèreté qui a vite fait d'exprimer une violence terrible (car triviale) - la lourdeur de l'ennui, le ridicule des habitudes - mais aussi les angoisses de la solitude, de l'amour, du mensonge, de la trahison. Elle pratique un humour qui n'a rien de cynique ou d'ironique, au contraire : c'est drôle, tendre et humble. L'artiste ne juge pas et surtout, elle ne cède à aucun sentimentalisme facile. Hsia-Fei Chang est connue pour ses performances décalées et un peu trash, tout aussi jouissives qu'inquiétantes.
    Le spectateur y est invité à lire le « roman » de l'artiste. Hsia-Fei Chang part toujours d'une histoire singulière, en évoquant sa vie ou des faits divers, pour restituer des sentiments universels : elle réussit ainsi à effacer les distances entre ce qu'elle raconte et son public, entre celui qui a vécu l'histoire et celui qui la lit et la découvre.

  • En entrant dans la salle, la conversation établie entre ces deux états de la couleur, le rouge et le gris se révèle d'une grande efficacité.
    L'ensemble de quarante-deux dessins peint par Traquandi sur papier japon dans une gamme de teintes rouge oppose sa fragilité et sa rapidité aux constructions de Charlton. Nous sommes devant une séquence dont le fil est la variation.
    Charlton pratique une peinture construite dont les différents éléments rectangulaires mettent en valeur leurs espacements sur le mur et leur environnement spatial. L'élément tableau, devenu outil de construction et module, participe d'un ensemble qui peut se clore sur lui-même ou provoquer une dynamique.
    L'intérêt d'un tel dialogue contradictoire, c'est qu'au sein de l'exposition, il départage deux territoires tout en les rendant complémentaires pour l'occasion. Elle suscite une réflexion à propos de la diversité de la peinture contemporaine, de sa complexité, ce dans des champs paraissant proches comme ceux de l'abstraction récente ou de la couleur seule.
    Ce catalogue retrace la première exposition ayant eu lieu au Box en 2011 à Marseille.

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