Pu De Paris-sorbonne

  • La tragédie qui renaît sur la scène professionnelle parisienne au cours de la saison théâtrale 1634-1635 est tout sauf un objet chimiquement pur : genre hybride, elle recycle des procédés, des formes et des thèmes empruntés à la pastorale et à la tragi-comédie, les genres vedettes de la période. Ce frottement générique persistant explique tout à la fois la composition du Cid, tragi-comédie qui emprunte son sujet à l'Histoire, domaine alors réservé à la tragédie, et celle de Cinna, tragédie qui annexe à la tragi-comédie son marqueur distinctif, le dénouement heureux...
    à moins qu'elle ne réhabilite un type de tragédie essentiel chez Euripide. Contrairement à ce que l'histoire littéraire enseigne habituellement, l'expérimentation qui caractérise "l'enfance de la tragédie" (Sarasin, "Discours sur la tragédie" en tête de L'Amour tyrannique de Scudéry) est, cependant, bien antérieure à la production parisienne des années 1630-1640 : c'est une lame de fond qui emporte, en réalité, tout le genre tragique depuis le début du siècle et dont les oeuvres de Hardy, Mainfray ou Billard constituent des illustrations aussi décisives que méconnues.
    On lira donc à la fois une archéologie de la tragédie parisienne des années 1630 et une histoire des pratiques tragiques parisiennes autant que provinciales des premières décennies du siècle.

  • On ne lit plus, on ne joue plus la comédie dite "larmoyante".

    Donc, n'en parlons plus; avec Gustave Lanson, massacrons Nivelle de La Chaussée. Injustice et erreur historique : notre livre réplique. Injustice car il y a plaisir et intérêt à lire ces "drames romanesques" (1741) qui parlent de la société des Lumières. Erreur parce que ces comédies représentent, pour Fontenelle et les contemporains, la modernité au théâtre, au même titre que Marivaux.
    Erreur parce que, de Destouches à La Chaussée, s'invente, avant Diderot, la poétique de ce qui se nommera le drame. Mauvaise foi aussi, ou ignorance : ces comédies sont des comédies, graves, a-t-on dit, comme Le Misanthrope, inventant, sans sacrifier au pathétique, un équilibre entre rire ou sourire et sensibilité. En s'associant à notre dessein de réhabilitation, en prêtant quelques instants sa scène et ses voix à Mélanide, la Comédie-Française comprenait le prix de ce répertoire méconnu.

  • La thèse qui soutient l'écriture de cet ouvrage se résume ainsi : si nous passons par l'état de spectateur (de la culture en général et de l'art en particulier), c'est pour mieux devenir acteur de notre propre vie. Dès lors, nous nous demanderons ce qu'est un « sujet-spectateur » ? Et que signifie « devenir acteur de sa vie » ? À partir d'une recherche menée sur les rapports entre Guy Debord (La Société du spectacle) et le théâtre, nous convoquerons, parmi d'autres, Bertolt Brecht et Karl Jaspers pour la manière qu'ils ont d'appréhender les situations dans leur dimension quotidienne, existentielle, artistique et politique. Car pour ces penseurs aussi différents les uns des autres, nous ne sommes jamais simplement spectateurs de quelque chose, mais toujours spectateurs à l'intérieur d'une situation depuis laquelle nous pouvons et nous devons nous transformer, nous-mêmes et notre quotidien.

  • Le théâtre de l'époque 1900 est une fabuleuse machine à fabriquer des images. Pour s'attirer les faveurs du grand public, pour éblouir les regards, il ne recule devant aucune extravagance. Sur scène, des paquebots font naufrage, des gladiateurs s'entretuent, des fauves dévorent des enfants, des Cléopâtres descendent de leurs galères au son des tambourins et des ballerines costumées en écrevisses dansent avec des tritons sous-marins. Tant de merveilles visuelles indiquent-elles que l'image triomphante a détrôné le verbe ? 
Que le texte théâtral a fait son temps ? C'est ce que maintes voix proclamèrent à la fin du XIXe siècle. 
Ce livre reconstitue les débats qui firent rage à l'époque, et qu'un étrange phénomène cyclique a fait renaître dans la France du XXIe siècle commençant. En ressuscitant par l'image et les textes ces grands spectacles oubliés, il invite à considérer la réalité scénique comme un ensemble. Le geste avec le texte. Le spectacle avec le livre. Tous deux sont faits pour les yeux.

  • La dramaturgie « classique » française, qui s'est dessinée fermement au XVIIe siècle et a marqué le théâtre français jusqu'à l'époque romantique, a déterminé un ensemble de relations complexes entre la scène et les coulisses, lieu nécessaire à l'élaboration technique et imaginaire du spectacle. L'exploration de ces relations au XVIIIe siècle est au coeur de ce livre.

    Trois moments ont organisé cette enquête. Dans un premier temps sont esquissées quelques approches de l'écriture dramatique au XVIIIe siècle, au travers de l'analyse de l'inscription, dans l'écriture dramaturgique, des relations entre salle, scène et coulisse. Dans un second temps, c'est l'approche concrète de la représentation qui a été privilégiée, c'est-à-dire la pratique de la scène et de la coulisse. C'est enfin la relation du spectateur au spectacle qui est analysée à partir de quelques exemples.

  • Gérard de Nerval rattachait directement le théâtre d'ombres aux atellanes latines : " Aussi bien Caragueuz lui-même n'est-il autre que le Polichinelle des Osques, dont on voit encore de si beaux exemplaires au musée de Naples ". Un demi-siècle plus tard, le grand helléniste Salomon Reinach faisait la relation entre les mimes du monde ottoman, leurs homologues italiens et ceux de l'Antiquité, via Byzance : " Il semble bien établi que le Karagëz turc a hérité du mime byzantin, comme aussi, par d'autres voies, la Commedia dell'arte et le théâtre des marionnettes ". Sans doute la filiation n'est-elle pas aussi directe. La continuité est frappante cependant : à la différence de la tragédie antique, qui dut attendre la Renaissance pour être réinventée à l'opéra puis au théâtre, la comédie et ses masques, relayés par les marionnettes, connurent une fortune moins illustre mais ininterrompue. C'est cette permanence que le volume souhaite illustrer, en privilégiant la portée familière du théâtre, qui dessine une nouvelle carte de l'Europe des spectacles. Sur cette carte, dans ce domaine comme dans tant d'autres, l'Empire ottoman se révèle une puissance de premier plan, bien intégrée au jeu européen. Les voyageurs ne manquent pas de s'intéresser à ses silhouettes familières, où ils scrutent l'héritage des Anciens. Notre époque a considéré ces spectacles avec la condescendance réservée au pittoresque. Au XIXe siècle, les spécialistes de l'Antiquité et de l'Orient étaient mieux avertis de leur importance. Cet ouvrage, qui réunit des historiens de la littérature, du théâtre, de l'art et de l'archéologie, remet au centre de la scène une tradition injustement marginalisée.

  • En 1762, Carlo Goldoni quitte à jamais Venise pour Paris où la Comédie-Italienne met à sa disposition ses acteurs, son théâtre et son public. Sur cette "scène bâtarde", déconsidérée par les uns, investie par les ambitions créatives des autres, Goldoni réalise une hybridation nouvelle du savoir-faire dramaturgique français et de la tradition théâtrale italienne, sur fond constant de bilinguisme et d'équilibre - sans cesse remis en cause - entre voix et musique, entre parole et corps.
    Comment légitimer l'art italien dans la capitale européenne du théâtre ? Comment réunir les masques séculaires et l'esprit des Lumières ? Comment renouveler la commedia dell'arte, intégrer dans le même espace et le même temps "réalisme" et féérie ? Quelle relation artistique s'établit entre la dramaturgie comique italienne et celle, française, de l'opéra-comique moderne ? Quelle réception réserveront les spectateurs parisiens au plus grand dramaturge italien du siècle ? Andrea Fabiano, à partir de l'analyse de canevas manuscrits, de sommaires de comédies, de documents d'archives et de comptes rendus parus dans les périodiques parisiens, donne une première lecture globale de la diversité théâtrale présentée par la Comédie-Italienne de Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
    Une telle étude permet d'appréhender dans sa complexité le long parcours d'auteur ainsi que le processus d'expérimentation et de métissage que mène Carlo Goldoni, qui propose in fine une théâtralisation de son propre théâtre, une histoire de son cheminement unique et transfrontalier de dramaturge, d'explorateur des âmes et des fantasmes.

  • Découvrez Anecdotes dramatiques de la Renaissance aux Lumières, le livre de François Lecercle. Si les anecdotes dramatiques ont très vite conquis une place considérable dans les poétiques, les histoires du théâtre et les doxographies, si elles font, à partir du XVIIIe siècle, l'objet de compilations autonomes, c'est qu'elles ne sont pas purement anecdotiques : elles sont la manifestation d'une théorie subreptice - qui excède parfois l'intentionnalité de celui qui la rapporte. Qu'elles soient isolées ou insérées dans un réseau de fragments narratifs sur la vie théâtrale ou la biographie des agents du spectacle, elles disent quelque chose sur le théâtre, autrement que ne le font les traités. Que nous enseignent-elles, précisément ? Sur quoi et selon quelles modalités ? En quoi leur forme spécifique permet-elle un renouvellement des questionnements théoriques ? Quels rapports entretiennent-elles avec les discours dogmatiques contemporains ou antérieurs ? Peuvent-elles révéler quelque chose qui, jusque-là, demeurait impensé, voire impensable ? Ce sont ces questions qui sont abordées, à partir d'un corpus d'anecdotes allant de l'Antiquité à la fin du XVIIIe siècle et emprunté à toutes les traditions européennes.

  • Entre 1680 et 1750 environ, entre le classicisme et les Lumières, se situe dans l'histoire culturelle française une période originale qui tient fort peu de la précédente et encore moins de celle qui lui succédera jusqu'à la Révolution.
    Paul Hazard a parlé autrefois de " crise de la conscience européenne ", ce livre reprend à l'histoire de l'art et de l'architecture l'expression de rocaille, qui se caractérise par le refus de la symétrie (l'arabesque), des formes littéraires canoniques du classicisme et de la hiérarchie des arts (en peinture particulièrement) et, surtout, de la convention morale (le libertinage). L'Italie eut une part, jusqu'à présent relativement méconnue, dans ce qui fut la France rocaille : théâtre, musique, peinture bénéficièrent d'un apport transalplin qui fut essentiel dans ce que l'on a appelé alors le mouvement moderne, qui préfère l'ébauche, la bigarrure, le bizarre, le caprice, la digression, les singularités surprenantes, les idées creuses à l'esthétique louis-quatorzienne.
    Des génies, eux-mêmes singuliers, comme Watteau ou Marivaux, furent alors en résonance avec la société des fêtes galantes, du plaisir pour le plaisir. C'est le monde que ce livre prétend explorer.

  • La dramaturgie « classique » française, qui s'est dessinée fermement au XVIIe siècle et a marqué le théâtre français jusqu'à l'époque romantique, a déterminé un ensemble de relations complexes entre la scène et les coulisses, lieu nécessaire à l'élaboration technique et imaginaire du spectacle. L'exploration de ces relations au XVIIe siècle est au coeur de ce livre.

    Elles sont d'abord envisagées sur le plan de l'élaboration concrète de la représentation : comment ce qu'on n'appelle pas encore la « coulisse » détermine le déroulement et les possibilités du spectacle ; et comment son aménagement est lui-même informé par les exigences de la représentation. Ensuite, par-delà le fonctionnement concret, ce sont les postulats esthétiques engagés par l'organisation matérielle des interactions entre scène et coulisse qui sont examinés. C'est enfin la tension permanente entre l'action représentée sur la scène et celle, construite et imaginée, du hors-scène qui est envisagée selon une perspective dramaturgique et poétique. Où l'on découvrira que cacher dans la coulisse revient à proposer aux spectateurs un monde infini de résonances imaginaires possibles.

  • La critique théâtrale souffre d'un déficit de légitimité. Production éphémère, on l'utilise en général à titre documentaire, pour éclairer les choix d'un dramaturge, les conditions de création d'une pièce, les réactions du public. Elle mérite pourtant mieux, et c'est ce que voudrait montrer ce livre, qui la saisit au moment où elle se constitue en genre à part entière au XIXe siècle. Le discours critique apparaît alors autant comme l'un des lieux où s'élabore une pensée du théâtre que comme un espace conflictuel marqué par la passion. Il distille le miel et le fiel au gré des modes et des polémiques. Qu'ils soient journalistes, écrivains, professeurs, ou parfois les trois tout ensemble, les chroniqueurs dramatiques doivent donc être considérés comme des acteurs essentiels de la vie théâtrale, telle qu'elle s'épanouit dans la France du XIXe siècle.

  • Comme la plupart des romanciers du xixe siècle, George Sand a cédé à la tentation d'écrire pour la scène. Avec ses « rurodrames », ses comédies intimistes et ses drames fantastiques, la dramaturge a esquissé quelques propositions originales en faveur d'un autre théâtre.

    La carrière dramatique de George Sand ne forme pas toute la matière de ce livre, qui intègre le répertoire privé de Nohant pour en révéler l'inventivité. Il embrasse aussi le théâtre à lire et la création romanesque. Car l'imaginaire théâtral de Sand déborde toujours la pratique scénique pour nourrir les romans de comédiens. Quête artistique et accomplissement éthique s'y confondent.

    Chez la républicaine qu'est Sand, la pensée théâtrale s'élabore au fil des articles de critique, dans les préfaces et la correspondance. Selon ces projections utopiques, le théâtre est le nouveau temple où s'accompliront l'égalité et la fraternité inscrites à l'horizon du siècle. Quand l'Histoire menace cet idéal, le théâtre devient 
« le sanctuaire des plus chères illusions », fussent-elles perdues.

    La scène demeure surtout pour la romancière le creuset de l'écriture. Au théâtre se refondent les puissances de l'imagination. Là se ressource le pouvoir d'affabulation. Devant les feux de la rampe s'interrogent les mystères de l'illusion.

  • en france, la seconde moitié du xviie siècle est marquée, sur le plan éditorial, par l'essor des éditions d'oeuvres complètes d'auteurs dramatiques.
    le phénomène, s'il n'est pas totalement nouveau, prend alors une ampleur tout à fait singulière.
    surtout, il s'étend à des dramaturges impliqués étroitement dans la production matérielle du théâtre, notamment les auteurs comiques - au premier rang desquels molière, consacré par une monumentale édition posthume publiée en 1682.
    faut-il voir dans cette forme de reconnaissance par le livre et la constitution de facto d'un répertoire dramatique écrit, l'avènement d'un " parnasse des auteurs dramatiques " ? ces éditions en tout cas semblent destinées à conférer aux écrivains spécialisés dans la production théâtrale un statut équivalent à celui des adeptes des genres nobles.
    comment interpréter ce soudain essor ? est-ce l'indice d'une dignité nouvelle de l'auteur dramatique ? faut-il plutôt y reconnaître le produit de stratégies commerciales inédites des éditeurs-libraires ? ce développement est-il propre à l'espace français ? comment s'accommode-t-il de la déperdition des "ornements" (musique, jeu scénique, dispositifs scéniques) qu'entraîne la fixation de l'oeuvre dans le texte imprimé oe
    cet ouvrage, fruit de la contribution de spécialistes des études théâtrales, de la bibliographie matérielle, de la sociologie de la littérature et de l'histoire de l'édition, parcourt le champ de ces questions inédites.
    il apporte un éclairage original sur la création théâtrale au xviie siècle, de ses protagonistes les plus humbles à ses figures les plus prestigieuses : molière, racine et, au-delà des marges françaises, giovan battista andreini, lope de vega et shakespeare.

  • La conception métaphysique de la mimèsis a informé notre approche du théâtre dans la tradition occidentale. Le concept-limite, qui met en crise l'idée figurative de la présentation, et qui prépare le terrain pour une idée non-figurative du théâtre, est la scène. Ce que nous entendons par " théorie de la scène ", c'est le domaine de réflexion où, depuis Platon, les philosophes ont cherché à théoriser la présentation théâtrale, le jeu scénique, afin de l'ajuster aux exigences de la communauté humaine et de ses institutions symboliques. Ce livre prend le chemin inverse et cherche à analyser et déplacer les valeurs métaphysiques, religieuses et politiques de la question, par la voie de leur mise en scène. La réflexion se fait ici dans la proximité des pratiques théâtrales, en partant des conditions effectives de la scène, de la compréhension scénique - qui n'est pas le seul fait des spécialistes du théâtre, mais appartient aussi à ses amateurs, à tous. Mettre en évidence l'originalité et le sens de cette compréhension suppose de répondre à la question : comment la scène engage-t-elle notre expérience ?

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