Pu De Provence

  • Le Sahara précolonial est longtemps resté impensé car il n'était perçu que comme une frontière entre l'Afrique du Nord et l'Afrique Équatoriale.
    Ce numéro de la REMMM montre que les historiens envisagent désormais ce désert comme une aire culturelle autonome et cohérente, en questionnant notamment le modèle de l'archipel, concept tiré de la géographie maritime, pour éclairer la spécificité de cette région et notamment les tensions qui existent au Sahara entre peuplements insulaires et sociétés cosmopolites, entre discontinuité géographique et cohésion socio-culturelle et entre pratiques vernaculaires et économies de l'échange.

  • Entre 2005 et 2007, la Palestine connaît l'élection d'une nouvelle figure présidentielle, la fin de la seconde Intifada, le retrait unilatéral de Gaza et des élections législatives qui débouchent sur l'éclatement de l'ordre politique qui prévalait depuis la signature des accords d'Oslo (1993). La division en deux autorités distinctes, à Ramallah et Gaza, vient conclure cette période.
    Ce numéro réunit des enquêtes explorant les formes de mobilisations, la production culturelle, les imaginaires, l'économie politique et les pratiques de pouvoir qui singularisent la période ouverte par ce « moment 2005 ». Ce faisant, elles contribuent à réincarner et restituer des expériences palestiniennes qui viennent contredire le discours commun sur la « disparition » de la Palestine.

  • A u tournant du XXIe siècle, la notion de féminisme islamique, forgée à partir de la situation iranienne du début des années 1990, est en pleine transformation.
    Si le débat politique et polémique mondialisé, trop souvent ignoré. que le mouvement intellectuel du féminisme islamique a suscité se fait toujours entendre, ce numéro porte le regard sur les mutations à l'oeuvre. Des changements qui invitent à se poser une question renouvelée du féminisme islamique, ou plutôt aujourd'hui, des féminismes islamiques. Vingt ans après, il convient en effet de se demander si le féminisme islamique, né comme un discours intellectuel et militant et diffusé d'abord au sein du monde musulman non arabe, s'est au fil du temps incarné ou inventé dans des pratiques et des mouvements sociaux.
    Les textes réunis ici abordent les enjeux de ces transformations à partir d'une diversité de contextes nationaux et régionaux : du Proche-Orient (Liban. Palestine, Jordanie), à l'Iran en passant par le Koweit, l'Indonésie, puis le Maghreb (Maroc, Tunisie) et la France. Ils envisagent tout particulièrement le rôle d'un islam politique, lui aussi en plein aggiornamento, dans cette nouvelle cartographie des féminismes islamiques.
    L'approche sociologique amorcée dans ces pages contribue à redessiner, voire à dépasser parfois la notion même de féminisme islamique. Elle montre un pragmatisme militant féminin hybride, différemment politique, inscrit dans un paradigme post-idéologique. Elle décrit la subversion des assignations au séculier, puis au religieux des décennies précédentes et envisage autrement la troisième vague féministe dans les mondes arabe et musulman.

  • Construites sur l'idée que les peuples « s'étaient endormis » pendant des siècles de domination ottomane avant de se réveiller au son d'une modernité tardive, les historiographies du Moyen-Orient ont présenté la sortie de l'Empire ottoman comme une rupture. Il apparaît pourtant que le legs ottoman a été entretenu, par un attachement non délibéré à des formes connues ou par une réappropriation intentionnelle du reliquat ottoman. Ce volume s'intéresse aux expressions socio-politiques, culturelles, linguistiques et littéraires de l'hybridation des référents ottomans dans les espaces turcs et arabes après 1918.

  • Le processus de décolonisation au Maghreb et au Moyen-Orient s'est accompagné d'une profonde mutation, avec la conscience de l'absolue nécessité de se départir d'un point de vue orientaliste sur les productions artistiques d'un espace longtemps placé plus ou moins directement sous la domination de puissances étrangères, et aspirant à s'en libérer. Se pose ainsi la question du regard que nous portons sur les arts visuels de la région tels qu'ils se sont développés depuis plus d'un siècle.
    L'attention portée au contexte dans lequel se sont développés ces arts permet de dépasser des catégorisations restrictives (art islamique ou art arabe, par exemple) et des grilles de lectures inadéquates, élaborées pour d'autres espaces et d'autres objets. En inscrivant l'analyse de l'art dans le champ des sciences sociales, comme y ont invité les Visual Studies, les recherches qui composent ce dossier recourent à différentes approches disciplinaires, en partant de l'étude des oeuvres, des artistes et de leurs parcours, des terrains de recherche et de leurs difficultés, des institutions politiques et des cadres sociaux.
    Elles permettent ainsi d'envisager les oeuvres et les acteurs des mondes de l'art dans leur relation avec les cultures visuelles, les sociétés et les structures politiques où ils se déploient.

  • En quelques décennies, l'absence est passée d'une expérience structurante des mobilités à une notion défaite. En posant comme hypothèse la nécessité de sonder la densité de l'expérience relationnelle que l'absence révèle, les auteurs ont relevé le double défi de montrer que celle-ci n'est pas le contraire de la présence mais bien une autre expérience du social au coeur de laquelle résident les effets de  a distance et de la séparation. En réunissant onze contributions de spécialistes, ce dossier entend ainsi contribuer au renouvellement des recherches sur les questions migratoires en faisant de l'absence un poste d'observation inédit des transformations à l'oeuvre dans le monde méditerranéen dont certaines sont mises à l'épreuve des contextes sociaux apparus depuis les révoltes dans le monde arabe.

  • De l'islam politique chiite, on ne connaît que les incarnations les plus visibles :
    La République islamique d'Iran et le Hezbollah libanais. Tout au long de leur construction au xx e siècle, cependant, les usages politiques de la référence religieuse chiite ont donné lieu à des expressions différenciées. La chute de Saddam Hussein, puis l'internationalisation du conflit qui a ravagé la Syrie ces dernières années, ont ainsi contribué à la fois à façonner et affermir un univers symbolique chiite partagé, et à mettre en évidence la variété des façons dont celui-ci est mobilisé et traduit en pratiques politiques.
    Ce numéro de la REMMM réunit les enquêtes de terrain de sociologues, anthropologues et politistes autour de quelques expressions actuelles de ces chiismes politiques, de la Turquie à l'Iran, en passant par le Liban, l'Irak, la Palestine, le Yémen et la France.

  • Dans les pays musulmans, avant l'instauration de l'état civil, les gens déclinaient leur identité de manière différente selon l'interlocuteur et la situation.
    De ces variations complexes un seul aspect avait fait l'objet jusqu'ici d'études savantes, l'onomastique, plus particulièrement l'étude des nombreux éléments qui composent le " nom arabe ", référent culturel prestigieux dans l'ensemble du domaine arabo-musulman. mais non exclusif. Le présent volume propose d'étendre l'enquête au plus large éventail possible de situations dans lesquelles ont été posées les questions par lesquelles on définira concrètement l'identification: qui es-tu? (interaction directe entre les personnes.
    à visée de reconnaissance): qui est-il/elle? (question qui implique une norme) ; qui est qui? (avec un objectif de classement et de hiérarchie). Les études historiques réunies ici visent à éclairer les situations d'identification et les réponses qui y étaient apportées, en étudiant les intervenants, leur position respective et les enjeux souvent complexes qui se dissimulaient derrière ces questions apparemment simples.
    C'est à ce voyage conceptuel, plutôt qu'à une histoire linéaire, qu'invite ce volume. Avant même d'être individualisées, les personnes étaient caractérisées par des marqueurs identitaires, parfois accumulés de manière redondante dans les éléments du nom, le titre, l'habillement, la gestuelle, la langue et la manière de l'utiliser, etc. Ces signes, perçus comme immuables et essentiels dans un univers où l'habit faisait le moine, étaient en fait changeants comme les enjeux qui les justifiaient, et leur sens en était affecté.
    L'individuation, plus ou moins poussée, était requise dans certaines situations. notamment par le droit musulman attentif à qualifier et valider les actions et les personnes. Elle se heurtait à mille limites, y compris au coeur du droit; et l'incertitude sur l'identité réelle des personnes, hantise des juristes et des juges, pouvait selon les occasions et les intérêts être vécue sans grand embarras.
    Pouvoirs et dominants faisaient de la prescription des identités un instrument de leur domination, en particulier aux deux extrémités de l'échelle sociale, vis-à-vis des esclaves comme des privilégiés - c'étaient parfois les mêmes. Ces prescriptions, dont une grande partie de la société pouvait s'accommoder ou les ignorer, n'avaient de toute façon pas la visée simplificatrice et unificatrice que les Etats en voie de modernisation ont développée à partir du XIXe siècle, terme chronologique de ce dossier.

  • La nationalité est devenue une clé d'accès à des droits sociaux. économiques et politiques : marchés du travail, élections, possibilité de se déplacer dans le monde... Du fait de cette centralité dans nos vies contemporaines, la nationalité a surtout suscité pour le monde arabe des études juridiques de sociologie voire de sciences politiques tandis que l'écriture de son histoire a longtemps été reléguée, éclipsée par celle de la nation, jugée plus fascinante.
    Dans la lignée de récentes recherches sur la nationalité dans le monde arabe, ce présent dossier propose d'explorer les dimensions historiques de cette notion comme lien légal noué entre des Etats et des individus. Les études ici réunies permettent de confronter les appréhensions et usages de la nationalité au Maghreb et au Proche Orient des années 1830 au cours des années 1960, de la fin de l'emprise ottomane aux lendemains des temps coloniaux.
    Deux premiers articles suivent des trajectoires de vie du second XIXe siècle selon les effets et usages du droit de la nationalité. Un second ensemble de contributions se situe à l'échelle des empires ottoman, britannique et français afin d'explorer les capacités d'actions de sujets et de groupes, dans des successions d'Etats, lorsque des normes juridiques d'appartenance aux Etats sont transformées ou renégociées.
    Un troisième et dernier volet explore enfin l'enjeu qu'ont constitué les migrants et la migration pour les Etats, pour la définition de leur souveraineté et de leurs limites d'action.

  • Parmi les courants qui composent l'islam, l'ibâdisme est l'un des plus méconnus. Aujourd'hui réduit à une minorité infime - sans doute pas plus de trois millions de personnes -, il n'a survécu qu'à Oman, le seul pays où il est dominant, sur la côte orientale de l'Afrique (principalement Zanzibar) et au Maghreb. En Libye, les Ibâdites sont implantés dans le Djebel Nafûsa, en Tunisie sur l'île de Djerba, et en Algérie à Ouargla et dans le Mzâb, leur principal bastion.
    Des flux migratoires parfois anciens ont rajouté des points d'ancrage à cet archipel dynamique, à la fois sincèrement attaché à ses îlots de culture traditionnelle et profondément soucieux de développer son insertion dans des réseaux internationaux. Bien qu'ils récusent cette parenté, les Ibâdites sont les derniers descendants de la troisième branche de l'islam, le khârijisme, naguère singularisée par sa contestation d'un califat héréditaire et absolutiste réservé aux seuls Quraysh.
    L'apparition de l'ibâdisme à Basra, vers la fin du VIIe siècle, est indissociable de la recherche d'une solution de compromis et de coexistence avec les autres courants de l'islam. Ses pères fondateurs - parmi lesquels figurait peut-être le mystérieux Ibn Ibâd - récusaient en effet l'intransigeance des Azraqites, dont la politique de terreur et l'activisme militaire sont à l'origine de la légende noire qui entoure le khârijisme.
    L'ibâdisme n'en a pas moins hérité du khârijisme une vision élective et collégiale du pouvoir qui met en avant le choix de la communauté et l'exemplarité religieuse du gouvernant, dont la destitution est jugée légitime en cas de rupture du pacte initial. Dans le contexte actuel des révolutions arabes, les Ibâdites aiment d'ailleurs à se définir comme des "démocrates de l'Islam". Au Maghreb, l'historiographie communautaire rappelle volontiers la participation du mouvement aux révoltes qui secouèrent l'empire omeyyade finissant, son rôle actif dans la propagation de l'islam en milieu berbère et en Afrique noire, l'engagement de ses intellectuels dans la Nanda et la contestation anticoloniale dès la fin du XIXe siècle, ainsi que la lutte contre le "tyran" Kadhafi.
    Du côté d'Oman, pays devenu la vitrine mondiale de l'ibâdisme, l'historiographie officielle vante la "renaissance" impulsée, grâce aux ressources de l'or noir, par le sultan Qâbûs, mais aussi l'esprit de "tolérance" qui caractériserait la société locale. Ce volume tisse une réflexion sur la façon dont cette minorité s'est façonnée au coeur de l'Islam et met l'accent sur ses modèles fondateurs, des origines à l'époque contemporaine, et sur ses lieux et enjeux de mémoire.

  • Les conversions des khans Berke (1257-67) et Özbeg (1312-41) eurent un immense retentissement dans le dar al-islam et au-delà de ses frontières. Les souverains de la Horde d'Or furent les premiers descendants de Gengis Khan à prendre le titre de sultan. Leurs orientations politiques et religieuses eurent des conséquences à long terme en Asie Centrale, en Russie et en Europe, où l'islamisation de nombreuses communautés date de la période mongole. Le passage à l'islam alla de pair avec des rituels et des règles de vie collective, l'acceptation d'un système économique et monétaire, et la construction d'une histoire commune. En milieu nomade, les récits de conversion se substituèrent aux récits d'origine en tant que narration du moment fondateur de la communauté.
    /> Quelles furent les conséquences politiques de la tolérance religieuse des Mongols ? Peut-on parler d'un islam des steppes, associé à des pratiques funéraires particulières ? Qui furent les acteurs de la transmission de l'islam et quels étaient leurs modes de prosélytisme au sein de la Horde d'Or ? Les artisans, les lettrés, et les bénéficiaires de privilèges impériaux ont-ils joué un rôle plus important que les soufis? Enfin, doit-on établir un lien entre turquisation et islamisation ?
    Ce numéro de la Remmm, qui réunit quatorze historiens, historiens d'art et archéologues d'une dizaine de pays, apporte des réponses concrètes à ces questions et propose de nouvelles pistes de recherche à la lumière de sources méconnues. Il offre un éclairage inédit sur un phénomène complexe touchant des régions qui s'étendent de la Chine à la Bulgarie.

    Marie Favereau, dir.

  • L'étude des premiers siècles de l'islam se heurte à des défis méthodologiques formidables, en particulier en raison de la nature même des sources disponibles pour appréhender la période.
    Les sources historiques musulmanes présentent en effet l'inconvénient d'un important décalage chronologique avec la période formative de l'islam, tandis que l'utilisation du Coran et plus largement de la tradition scripturaire ne manque pas de faire débat. Les contributions réunies dans ce volume explorent diverses approches pertinentes pour aborder ces sources et contourner les écueils épistémologiques propres à la tradition et à l'histoire musulmanes.
    Elles invitent ainsi à une histoire des textes, de leur genèse jusqu'à d'éventuels processus de canonisation, en passant par les différentes étapes d'élaboration, de sélection et de transmission. Résolument international, ce volume se veut en outre un hommage à Alfred-Louis de Prémare (1930-2006) en poursuivant l'exploration de thèmes qui lui étaient chers.

  • Quête individuelle ou collective d'un mieux-être physique, psychologique, spirituel, social, la guérison du corps et de l'âme concerne la médecine savante aussi bien que populaire ; elle peut relever d'actes magiques, de pratiques religieuses, produire de l'architecture ou encore se formuler dans des expressions artistiques.
    À la polysémie et à l'ambiguïté de cette notion, qui désigne à la fois un processus et un terme, un développement et un aboutissement, s'ajoute la diversité des domaines qu'elle touche. Le colloque organisé en septembre 2004 à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme (MMSH) d'Aix-en-Provence, regroupant des chercheurs français et étrangers, reflète cette richesse et cette variété. Les approches pluridisciplinaires (médecine, philosophie, religion, littérature, arts, sociologie, anthropologie...) qu'il a suscitées couvrent des aires culturelles multiples et un cadre temporel assez vaste pour favoriser la mise en perspective et la comparaison des analyses de textes à caractère médical et religieux, des études de créations artistiques et architecturales et des enquêtes sur le vécu.

  • L'histoire de l'esclavage en Méditerranée médiévale et moderne est souvent appréhendée comme celle d'un phénomène résiduel et presque anecdotique. En résumé, on a soutenu que, avant et après l'éclosion de la traite négrière atlantique et son impact sur le Nouveau monde, l'esclavage dans l'espace méditerranéen était limité à l'arrivée d'un nombre relativement réduit d'hommes et de femmes prioritairement employés comme domestiques.
    L'objectif de ce dossier est d'étudier la question de l'esclavage du point de vue de sa complexité économique, en analysant son impact sur le marché du travail dans les régions qui ont fait appel à une main-d'oeuvre servile, ainsi que son rôle de premier plan dans l'articulation des circuits économiques régionaux et internationaux.

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