Sens Et Tonka

  • Thomas More, Walter Benjamin ? La réunion de ces deux noms dans une constellation insolite a de quoi surprendre. Rares sont les éléments qui
    semblent les rapprocher, sinon peut-être l'essentiel, à savoir l'utopie. Il ne s'agit pas pour autant de découvrir une filiation inconnue, ni de prétendre écrire une histoire de l'utopie dont Thomas More figurerait le commencement et Walter Benjamin l'achèvement. S'il est vrai que Thomas More est bien l'inventeur avec L'Utopie d'un nouveau dispositif rhétorique et qu'il tente ainsi une intervention inédite dans le champ politique, Walter Benjamin ne représente nullement l'achèvement de la tradition.

  • Pour reprendre les arguments de Jean-Pierre Otte, à près de soixante années d'intervalle, il n'est pas inutile de retrouver l'esprit juste et fertile de Julien Gracq dans La Littérature à l'estomac, à présent que les choses ont autrement progressé ou se sont différemment aggravées. Ainsi qu'il le prononce, une nouvelle espèce est apparue, que l'on nomme dans les maisons d'édition "auteurs", nouvelle espèce qui a la caractéristique de prôner l'absence d'écriture, de substance, de philosophie, et même d'univers personnel. En conséquence d'une telle platitude, le cercle des lecteurs s'est resserré, le nombre continue de s'en réduire avec le paradoxe toutefois, depuis ces trois dernières décennies, de "fabriquer", en ayant recours aux moyens techniques de la contamination et du moutonnement, un public obligé d'acquérir l'ouvrage dont tout le monde parle, celui qu'il faut avoir lu, en créant l'illusion d'une nécessité personnelle que l'on pourrait, en quelque sorte, dénommer comme alibi culturel. Jean-Pierre Otte, dans ce livre, met le doigt sur les dangers d'une culture aujourd'hui mâtinée d'insignifiance,voire de médiocrité, masquant, si l'on y prend garde, l'autre réalité de l'art.

  • En France, Heidegger passe pour "le plus grand philosophe du XXe siècle".
    Sectateurs et coryphées sont innombrables, et les rares voix discordantes sont vite réduites au silence. Or, le système de Heidegger est non seulement très pauvre (a-t-on vraiment entendu ce que le philosophe dit de l'homme, de l'histoire et du temps ?), mais encore il est en profonde sympathie avec la barbarie nazie. Qu'importe ! Quand le roi Heidegger passe dans la rue, la foule se prosterne. Soudain, au milieu de ce silence religieux, Günther Anders s'écrie : " Le roi est nu ! "

  • Quelques réflexions sur cette activité très spéciale qui consiste à poser dans l'espace urbain, ouvert à tous et plus généralement à l'extérieur (bien que des espaces répondant aux mêmes critères puissent également être intérieurs) des objets généralement dénommés " sculptures".
    Ces objets sont-ils d'un type défini, reconnaissables parmi les autres objets de la ville? Quelles significations ces objets ont-ils? Si le même objet se trouve au Musée, sa signification est-elle identique? Qui les permet dans la ville? Où se trouvent-ils placés? Qui choisit le lieu? Ce sont là quelques questions, et des dizaines d'autres, qui m'intéressent au premier chef depuis une trentaine d'années dans le domaine des travaux exclusivement urbains et s'effectuant en dehors des lieux spécialisés que je vais tenter d'aborder, succinctement, ici.
    D. B.

  • Nous venons de Dakar, Sénégal, où nous nous préoccupons de l'errance des enfants, de l'errance de quelque 3000 enfants laissés à survivre dans les rues de Dakar, définitivement livrés à eux-mêmes.
    La plupart d'entre eux sont issus des villes improvisées qui, dans les dernières décennies, n'ont pas cessé d'étendre leurs constructions précaires tout autour de la capitale. Les mauvais traitements, la violence, l'alcoolisme souvent, l'inceste quelquefois, déclenchent la fuite des enfants loin des cercles familiaux, mais la dégradation affective et morale des familles est elle-même directement conséquente de l'extrême pauvreté qui gangrène les ghettos de l'immigration rurale.

  • "Canjuers", nom d'emprunt, mode de l'époque (les années soixante), d'un jeune diplômé en géographie qui prend le nom d'un vaste plateau qui devient l'une des bases militaires les plus célèbres, premier camp de la guerre moderne des fusées.
    P. Canjuers a commis avec Guy-Ernest Debord Les Préliminaires pour une définition de l'unité révolutionnaire qui fut l'un des textes fondateurs de la tendance politique qui bientôt dominera l'I.S. (même si elle se révélera plus un jeu qu'un enjeu...). Canjuers-Blanchard jusqu'alors plutôt inconnu du brouhaha situationniste (hormis d'un groupe quelque peu initié) n'a jamais eu un quelconque démêlé ni avec G.-E. D. ni avec quiconque de l'I.S., un peu à la manière d'Asger Jorn. Il connut G.-E. D. à Socialisme ou Barbarie, la future bête noire de l'I.S. C'était la période pétillante, fondatrice du mouvement. Il s'en éloigna sans se renier, ce qui en quelque sorte lui permet aujourd'hui d'être toujours le même. Pour la première fois depuis qu'il cessa le compagnonnage avec l'I.S. Blanchard dit qu'il est Canjuers, et à sa façon, ce que fut et reste Debord. H. T.

  • Cet essai, initialement paru en nos éditions en 1997 et que nous rééditons aujourd'hui, explore une relation entre certaines formes d'architecture et les expériences totalitaires du siècle dernier. En s'appuyant sur l'emblématique totalitarisme nazi incarné par deux hommes, Hitler et Speer, Miguel Abensour sonde les profondeurs, les connivences, les avatars des dirigeants dans l'oeuvre de domination. L'auteur laisse en filigranes d'autres totalitarismes aux résolutions esthétiques semblables.
    Par un regard attentif sur le passé, M. Abensour pointe en réalité, cruellement, notre présent.

  • Cet entretien entre Jean Baudrillard et Jean-Louis Violeau.
    Date de 2001. Dans le cadre de sa thèse d'État Jean-Louis Violeau étudie les groupes radicaux des années soixante-dix, notamment en France ceux de la mouvance conseilliste, dont le groupe Utopie dont fit partie Jean Baudrillard, qui n'avait jamais commenté son adhésion à ce groupe dont il était l'un des cinq fondateurs (pas plus d'ailleurs qu'il n'a jamais expliqué ses engagements dans ceci ou dans cela, Jean Baudrillard accompli plus qu'il ne commente).

  • Dans le contexte de notre modernité, autour de la table, comme un rituel, l'incontournable déjeuner familial du dimanche, un huis clos cruel où chacun des personnages se révèle dans le caractère d'une bourgeoisie soumise aux lois de sa conformité. Un jeune homme décrit ce repas cauchemardesque, au cours duquel, pense-t-il, ils vont l'exécuter. Il recompose le fil des circonstances historiques et familiales qui ont conduit à ce moment-là, tandis que sa femme, ses beauxparents, ses beaux-frères et quelques convives affûtent des couteaux. Quelle faute a-t-il commise ? Pour la première fois, depuis des années, il a coupé la parole à son beau-père, troublant ainsi ce "repas du dimanche" où il a tenté d'exister... Il raconte cette scène unique "les minutes qui précèdent son exécution" sous une multiplicité d'angles, comme dans un jeu vidéo.

  • Au-delà de la fin, à l'ère du transpolitique, du transesthétique, du transsexuel, toutes nos machines désirantes deviennent de petites machines célibataires, épuisant leurs possibilités dans le vide. Le compte à rebours, ainsi celui qui décompte le temps sur la Tour Effeil de Paris, cette fin là n'est plus le terme symbolique d'une histoire, mais la marque d'un épuisement potentiel, d'une comptabilité dégressive, c'est le code de disparition automatique du monde. Réédition d'un texte indisponible depuis plusieurs années.

  • Bivouac : spectacle de rue - dix ans de parcours dans le monde entier - est une création de la Générik Vapeur.
    Une histoire simple, 16 comédiens qui se multiplient à l'envi jusqu'à grossir la troupe de 20 voire 50, voire une centaine de personnages supplémentaires, 102 bidons, 4 musiciens... Et la fin d'une journée ordinaire en centre ville, quand, soudain, sur étendard sonore, un déboulé de petits hommes et femmes bleus... " ils prennent la ville à revers et détournent les rues, les fontaines, les bancs publics et les statues.
    Ils cherchent un lieu qui leur ressemblent, une pyramide, quelque part, signalétique du rassemblement puis du dépassement. Ils s'évanouissent comme ils sont arrivés, dans la musique. "

  • WYSIWYG (What you see is what you get - ce que je vois est fait) est un recueil de contes à l'usage exclusif des ordinateurs.
    Ce sont des pages d'écriture pure dotées d'effets spéciaux. Ces récits ni faux, ni vrais, sont falsifiables et vraisemblables : il s'agit des premiers textes composés avec des images littéraires de synthèse. Lisibles sur écrans mono ou polychrome. Ils assurent aux machines informatiques le sommeil réparateur du juste pixel. Ajoutons enfin que l'auteur de ces contes, déjà inventeur de l'idiotie artificielle et du maltraitement de textes, est entièrement compatible.

  • Un très bref texte de J. B. écrit en 1949, il avait vingt ans. Beaucoup de gens ignorent que J. B. a fait partie du Collège quand il avant 18, 20 ans.
    Il vient de devenir satrappe.

  • " Si votre espoir est que vos enfants fassent mieux que vous, faites-les adopter par votre chien : ils seront entre de meilleures pattes.
    " " Ne pratiquez jamais la levrette après un cassoulet ou le missionnaire après la soupe à l'oignon. En revanche, n'hésitez pas à lire de la philosophie après avoir vu un Tex Avery. "

  • Dans à peu près chaque ville ou commune de France se trouve une rue ou une avenue Gabriel-Péri. L'auteur, au cours de ses déambulations en a répertorié quelques-unes situées essentiellement dans les banlieues proches de Paris. Il en a fait un carnet de voyages qui se lit comme on feuillette un album de photos ou de cartes postales créant non pas les images imposées et fixées dans l'instantané de l'oeil photographique mais celles, poétiques et humoristiques qui élargit le champ de l'interprétation. 108 rues Gabriel-Péri n'est pas une adresse, il s'agit là de cent huit rues imprégnées de l'histoire de quartiers où simplement vivent des gens, de lieux émaillés de détails anecdotiques plaqués à des figures du passé. Nos propres souvenirs souvent se forgent de ceux que l'on nous a racontés et malgré nous se confron-tent au temps du présent.

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