Sindbad

  • Jawad est le fils cadet d'une famille chiite de Bagdad. Son père le prépare à exercer la même profession rituelle que lui, celle de laver et de préparer les morts avant leur enterrement. Mais Jawad s'y refuse et rêve de devenir sculpteur «pour célébrer la vie plutôt que vivre avec les trépassés».

  • Sous ce nom (le Fou, ou le Fou de Laylâ : Majnûn Laylâ) se cache un jeune homme, Qays ibn al-Mulawwah, qui n'a peut-être jamais existé. D'entrée de jeu, il s'agit d'un inextricable duo entre histoire et légende. La première nous dit qu'au désert d'Arabie, dans la seconde moitié du VIIe siècle, circulent des poèmes chantant un amour parfait et impossible. Leurs auteurs, sous divers noms, se veulent, d'une tribu à l'autre, les meilleurs dans le genre, et pour avoir vécu cet amour, et pour le dire.
    La légende, elle, nous parle d'un jeune homme, Qays, de la tribu des Banû 'Amir, qui tombe amoureux de sa cousine Laylâ. Tout devrait concourir à leur bonheur : ils n'ont aucune crainte quant à l'accord de leurs familles, portées, comme les autres, à ce type de mariage entre cousins. Mais voilà... Qays est poète, et il décide de chanter son amour à tous vents. Ce faisant, il enfreint une règle majeure du code bédouin. Dès lors, tout s'enchaîne : le refus de la famille, le mariage forcé de Laylâ, son départ de la tribu, Qays sombrant dans la folie et allant vivre avec les bêtes du désert, sa mort enfin, d'épuisement et de douleur.
    Quel qu'en soit l'arrière-plan social, la légende crée un mythe : celui de l'amour parfait et impossible. De tous les poètes qui l'ont chanté dans l'Arabie de ce temps, Majnûn est sans doute le plus grand. Homme de chair et de sang, ou personnage inventé, il fixe au poème un unique sujet : l'amour dans toutes les variations possibles.

  • Ravi par les histoires que Schéhérazade lui a racontées pendant mille et une nuits, le sultan Schahriar décide de la garder comme épouse.
    Les habitants de la grande ville - Le Caire, sans doute - célèbrent dans la liesse l'heureux dénouement, sans savoir qu'ils vont désormais assister, dans leur vie quotidienne, à des événements aussi étranges et merveilleux que les contes de Schéhérazade... Il fallait toute la verve de Naguib Mahfouz pour prolonger ainsi les Mille et Une Nuits, en une succession vertigineuse de faits divers où s'abolissent les frontières entre le rêve et la réalité, la folie et la sagesse, le bien et le mal.

  • Publié à New York en 1908, alors que, Gibran avait à peine vingt-cinq ans, ce recueil de quatre nouvelles préfigure déjà la vision du monde, la thématique et le style du futur auteur du Prophète.
    Gibran dénonce avec violence l'hypocrisie sociale, s'insurge contre le sort réservé aux femmes dans la société traditionnelle, s'interroge sur les fondements éthiques de la loi, dépeint cruellement les coutumes ancestrales de son pays natal, le Liban, avant de se livrer, au nom du véritable amour chrétien, à une violente charge contre l'Eglise.
    C'est surtout ce dernier aspect du livre qui a provoqué à l'époque les milieux conservateurs au point de vouloir l'interdire à la diffusion en Syrie et en Egypte.
    Sur le plan littéraire, il s'agit de l'une des premières manifestations du romantisme en langue arabe, où se conjuguent, dans la tonalité prophétique Propre à Gibran, son esprit de révolte et sa veine métaphysique..

  • Après six ans de séjour en France, où il a obtenu un diplôme d'études cinématographiques, le narrateur décide de rentrer au pays. Dès son arrivée à l'aéroport de Damas, il est arrêté par la police politique et conduit dans un bâtiment sinistre du centre-ville, appartenant aux Services de renseignements. Là, il est violemment frappé avant d'être accusé contre toute vraisemblance, lui, le chrétien grec-catholique, d'être membre du mouvement des Frères musulmans. Quelques jours plus tard, il se retrouve dans la gigantesque et terrible prison du désert, en compagnie de milliers de détenus. Commence alors son calvaire qui va durer treize ans... Ce récit, qui se présente comme un journal, restitue sous une forme légèrement romancée les choses vues et entendues par Moustafa Khalifé durant son long enfermement dans les prisons syriennes. Les scènes se succèdent, d'autant plus insoutenables qu'elles sont décrites sobrement sans vaine rhétorique ni pathos. Elles donnent à voir, non seulement la barbarie des geôliers, mais aussi le processus de déshumanisation des détenus et, au-delà, de toute la société.

  • On commence désormais à bien connaître, en france, l'imposante oeuvre romanesque de naguib mahfouz, prix nobel de littérature 1988 : plus de trente romans, dont une bonne moitié a été ou est en passe d'être traduite en français.
    Mais qui, en dehors des spécialistes, sait qu'il a également signé plus de deux cents nouvelles, réunies en quinze recueils, oú l'on trouve quelques-unes des plus belles pièces du genre qu'ait produites la littérature arabe moderne ? tour à tour mystiques, désabusées, absurdes, nostalgiques, réalistes, drôles, les quatorze nouvelles retenues ici offrent une vision kaléidoscopique de l'egypte contemporaine.
    Choix guidé d'abord par le plaisir de la lecture, qui révèle en même temps la grande diversité thématique de l'auteur, sa maîtrise technique jamais en défaut et son étonnante capacité à se renouveler.

  • Panorama historique, magistrale synthèse et savante vulgarisation, ce livre veut faire l'inventaire de ce que la culture doit aux Arabes d'Espagne. Ici, le mot arabe renvoie à une langue : celle qu'employèrent des Arabes certes, mais aussi des Persans, des Turcs, des Juifs et des Espagnols. Langue de la transmission des savoirs les plus divers de l'Antiquité, de l'Orient ancien et du monde musulman au Moyen Age occidental. Ces savoirs, l'Islam les accrut d'apports décisifs, qu'il s'agisse de la philosophie, des sciences (de la médecine à la géologie, du nautisme à l'astronomie), des arts (de la narrativité à la musique, du vêtement à l'architecture). L'analyse minutieuse du mouvement des traductions est admirablement cernée. Les pages sur la littérature et l'art lyrique nous amènent tout naturellement à Dante et aux troubadours. Car cet héritage andalou a changé l'Europe médiévale et sa conception de l'amour, avant de nourrir le majestueux déploiement scientifique de la Renaissance. Dans la polémique déclarée ou implicite sur le rôle historique des Arabes, ce livre a, assurément, sa place

  • Khaled Khalifa explore en profondeur la vie d'une famille alépine ballottée par l'histoire. À travers elle, il restitue les moments les plus douloureux des cinquante dernières années en Syrie, marqués autant par la répression policière que par la corruption, mais aussi par tes peurs et les méfiances communautaires, le fanatisme religieux et une profonde crise morale,

  • Mystiques, intrigantes, désabusées, absurdes, nostalgiques, réalistes ou drôles, ces nouvelles de Mahfouz extraites d'une dizaine de recueils frappent par la maîtrise technique de l'auteur, par son étonnante capacité de renouvellement et par la vision kaléidoscopique qu'il offre de l'Égypte contemporaine.

  • Abbas Karam, un dramaturge cairote débutant, a écrit une pièce intitulée Les Noces du Palais qui est promise à un grand succès de scandale car il y raconte à sa manière les turpitudes de sa famille.
    Quatre personnages se relaient pour apporter chacun sa version de l'histoire : l'acteur principal, amoureux de la femme de l'auteur, qui l'accuse d'avoir dénoncé à la police la vie dissolue de ses propres parents et causé la mort de sa femme et de son fils ; le père d'Abbas, metteur en scène toxicomane et véreux, qui accrédite dans ses grandes lignes la charge de l'acteur contre son fils ; la mère, caissière du théâtre, qui évoque son existence malheureuse, fustige la veulerie de son mari et n'arrive pas à croire que son fils bien-aimé ait pu la dépeindre sous des traits aussi sombres ; enfin, l'auteur lui-même qui s'applique à démêler le vrai du faux, soulignant notamment la différence entre la réalité et la fiction.

  • Othmân Bayyoumi est un fonctionnaire assidu et pieux, un serviteur zélé de l'Etat- cet Etat égyptien aussi vieux que le monde, et qu'il considère comme " le souffle de Dieu sur terre ". Toute sa carrière, du huitième au premier échelon, se déroule sous nos yeux, aride et solitaire, comme s'il s'agissait de la " voie " que doit parcourir un soufi, station après station, pour accéder à la lumière divine. Mais cette ascension dans la hiérarchie est aussi une descente aux enfers. Othmân lui a sacrifié toutes les joies de l'existence, traitant avec mépris Saïda, son premier amour, puis Saniya et Assila, toutes indignes, selon lui, d'épouser un futur directeur général. Seule lui convenait sa liaison secrète et sordide avec la prostituée Qadriya, qui ne risquait pas de le détourner de son ambition sacrée... En campant un antihéros à la fois pathétique et vil, Naguib Mahfouz révèle les rouages d'une administration qui se perpétue en marge de l'histoire, insensible aux bouleversements politiques et sociaux qu'a connus l'Egypte depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

  • Les Arabes, musulmans et chrétiens, que l'on imagine, en Occident, austères, puritains et rigides, peu enclins au rire et à la plaisanterie, ont accumulé, en la matière, tout au long du Moyen Age, un patrimoine qui n'a rien à envier aux autres civilisations.
    A travers cette anthologie, on constate l'existence d'une grande liberté de ton parmi les hommes et les femmes des sociétés arabes de l'époque, d'un sens aigu des relations directes et franches et d'un grand attachement à l'esprit, au-delà des hiérarchies et des barrières sociales. La légèreté et la grivoiserie, ajoutées au sens de la répartie et de la dérision, sont les éléments caractéristiques de cet humour.
    Les ouvrages dans lesquels ont été puisées ces anecdotes comptent parmi les plus célèbres du genre adab (ou culture générale), qui consiste pour les Arabes à mêler le sérieux au plaisant, sans ordre strict, et à permettre tout à la fois d'amuser et d'instruire. Le lecteur pourra ainsi "folâtrer" librement dans ce livre, l'ouvrir à n'importe quelle page, avec la certitude de tomber sur une histoire drôle qui le fera rire - ou sourire.

  • Voici le récit de voyage d'un chrétien maronite d'Alep, Hannâ Dyâb, effectué lorsqu'il avait environ vingt ans, en compagnie du voyageur français Paul Lucas qui l'avait embauché lors de son passage en Syrie en 1707. C'est sous la forme d'un manuscrit unique conservé dans la collection Paul Sbath de la Bibliothèque Apostolique Vaticane, que nous parvient le récit de son périple qui l'a conduit à Nicosie, Alexandrie, Tunis, Gênes et Marseille jusqu'à son séjour prolongé à Paris et sa réception à Versailles dans les appartements de Louis XIV.

  • C'est un scorpion tatoué au dos d'une jeune Française que le narrateur a rencontrée un soir, dans un dancing, sur la côte israélienne.
    Il hante chaque nuit ses rêves, tente d'escalader le miroir de sa chambre, n'y parvient pas, tombe et recommence sans cesse, ruisselant de sueur. Mais un scorpion, qui ne boit pas d'eau, qui n'a pas de pores, peut-il transpirer ? Et s'il transpire, reste-t-il le même, ne perd-il pas tout son venin ? Construit de bout en bout sur cette métaphore, ce roman d'Akram Musallam dénonce la situation issue des accords d'Oslo et de l'échec de la deuxième intifada.
    Et il le fait avec beaucoup de lucidité et d'amertume, et avec cette autodérision qui est l'une des principales caractéristiques de la littérature palestinienne. L'impuissance du scorpion est aussi celle du père du narrateur, qui a perdu une jambe, et sa virilité avec, non du fait de l'occupant mais tout simplement d'un clou rouillé. Il demande néanmoins à son fils de lui masser la jambe amputée ou de la laver, ne pouvant reconnaître la perte ni l'accepter.
    D'autres figures apparaissent au fil du récit pour aussitôt disparaître, dont celle d'un prisonnier, "mulet de la révolution", qui vient d'être libéré après dix-huit ans d'incarcération, et qui se trouve contraint de se remettre au service de ceux qui l'ont toujours considéré comme un vrai mulet... En campant de tels personnages, dotés chacun d'une forte charge symbolique, et grâce à une écriture à la fois sobre et dense, Akram Musallam se place parmi les plus talentueux écrivains palestiniens d'aujourd'hui.

  • Anat Ismaïl travaille à l'ambassade du Canada à Damas comme traductrice-interprète de Jonathan Green, représentant au Moyen-Orient du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Attendant désespérément le retour de son ami Jawad, jeté en prison à cause de son appartenance à une organisation communiste clandestine, elle tient à lui rester fidèle en dépit de sa lancinante frustration sexuelle, mais finit par succomber au charme d'un chercheur canadien. Deux de ses amies se trouvent dans la même situation, leurs maris étant depuis longtemps en prison, mais l'une d'elles, Mayyassa, résiste fièrement à la tentation d'avoir un autre homme dans sa vie, alors que sa soeur n'hésite pas, elle, à divorcer pour se remarier avec un riche commerçant.
    Les histoires intimes de ces jeunes femmes, leurs déchirements et leurs égarements, s'articulent à celles qu'Anat traduit quotidiennement pour les demandeurs d'asile, la plupart appartenant à des minorités ethniques ou confessionnelles laminées par le despotisme des régimes en place, du Soudan à l'Irak. Et dans ce champ de ruines, la sortie de prison des anciens militants, naguère porteurs d'un idéal collectif, est un moment de vérité particulièrement douloureux. Où la survie ne réside que dans l'évasion, vers un pays étranger ou vers un paradis artificiel.

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