Somogy

  • L'arrivée au musée du Louvre d'un objet ayant appartenu aux collections royales est toujours un événement singulier, une sorte de retour, puisque le musée fut constitué à la Révolution à partir des trésors de la Couronne. Elle est ici particulièrement émouvante, car il ne s'agit pas de l'une de ces peintures ou sculptures collectionnées par les souverains pour être admirées, mais d'un objet précieux et intime, dont la préservation tient du miracle.
    Acquis par François Ier, passé en Angleterre pendant plus de trois siècles, le livre d'heures retrouve au musée les très rares oeuvres des collections des Valois qui nous soient parvenues et permet de faire revivre un peu de la splendeur de cette période faste. Cet extraordinaire objet est passé entre les mains des plus grands collectionneurs.
    Philippe Malgouyres nous conte les pérégrinations au terme desquelles le livre revint à Paris, et nous invite à nous pencher sur ce joyau unique afin de comprendre comment il fut conçu et de découvrir qui le reçut des mains de François Ier.

  • Les deux retables provenant de la Sainte-Chapelle de Paris, exécutés pour le roi Henri II en 1553 par l'émailleur Léonard Limosin, comptent au nombre des chefs-d'oeuvre de la Renaissance française exposés au musée du Louvre.

    Ils ont pour thèmes la Crucifixion et la Résurrection du Christ, accompagnées des portraits de François Ier et Claude de France sur l'un, Henri II et Catherine de Médicis sur l'autre, ainsi que de scènes de la vie du Christ et de huit anges portant les instruments de la Passion. Ils constituent un cas unique de commande royale pour des retables en émail peint de Limoges et témoignent à ce titre du prestige atteint par cet art au milieu du XVIe siècle.

    Au-delà de leur valeur artistique et de la prouesse technique qu'ils représentent, ces retables sont également exceptionnels par l'importance de la documentation conservée à leur sujet, depuis leur création jusqu'à leur entrée au musée du Louvre en 1816, sans oublier l'histoire mouvementée qu'ils connurent pendant la Révolution.

    Cette publication offre l'occasion de réunir tous ces documents et de présenter l'étude historique et l'opération de restauration dont les retables ont fait l'objet en 2016

  • Un nouveau Cranach pour les collections du Louvre : Les Trois Grâces, acquises à la suite d'une souscription publique au succès sans précédent, entrent aussi dans la collection Solo, consacrée aux oeuvres majeures du musée du Louvre.
    Resté jusqu'à une date récente inaccessible, et de ce fait fort peu connu, ce tableau, signé du dragon ailé, la marque de l'artiste, et daté de 1531, s'avère une oeuvre capitale de ce peintre majeur de la Renaissance allemande, proche du réformateur Martin Luther. Elisabeth Foucart-Walter entreprend ici de donner une analyse iconographique et stylistique de ce chef- d'oeuvre de Lucas Cranach l'Ancien, venu enrichir si opportunément les collections du musée.

  • Le 7 avril 1806, Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de Napoléon 1er, et le prince héritier de Bade se marient aux Tuileries, a Paris.
    La cérémonie est fastueuse, à la mesure de l'importance stratégique et diplomatique de cette union qui consacre l'introduction de la famille impériale dans le cercle fermé des vieilles dynasties européennes. La Manufacture impériale de Sèvres, selon la tradition, est sollicitée pour fournir les cadeaux destinés aux personnalités invitées a la cérémonie. Le secrétaire d'Etat Maret, qui a rédigé le contrat de mariage, reçoit ainsi un service de dessert exceptionnel : chacune des assiettes est décorée dune petite scène de genre exécutée en grisaille par le peintre Swebach d'après les gravures de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert, publié de 1751 à 1772.
    Aujourd'hui conservé au département des Objets d'art du musée du Louvre, cc service Encyclopédique est un des rares services complets témoignant de l'excellence de la production de Sèvres sous le Premier Empire.

  • C'est une figure effilée, puissante et acérée comme une épée, les yeux exorbités, la bouche hurlant un cri immense et vide, littéralement inaudible : Lady Macbeth marchant dans son sommeil a conquis ces dernières années une place de choix dans notre patrimoine visuel contemporain avide d'excès et de frissons.
    En 1784, Johann Heinrich Füssli (1741-1825), intellectuel précoce, grand admirateur de Rousseau et de Lavater, et assez tardivement converti à la peinture, investissait avec ce morceau de bravoure les champs d'inspiration les plus spécifiques de l'Angleterre, sa patrie d'adoption, à l'avant-garde de l'art européen : le genre sublime et le théâtre de Shakespeare. Guillaume Faroult donne ici des pistes de lisibilité pour cette image foudroyante d'obscurité.
    Lady Macbeth est une oeuvre stratégique et magistrale, faite d'exagérations et de petites licences calculées, conçue comme le porte-étendard d'une sensibilité nouvelle, d'une esthétique fantastique et déraisonnable, " romantique " bientôt, en parfaite rupture avec la beauté harmonieuse et sereine instaurée depuis la Renaissance.

  • En 2009, la Société des Amis du Louvre acquérait pour le musée un délicat portrait en miniature de Louis XIV, exécuté en émaux peints et entouré de quatre-vingt-douze diamants. Inspiré d'un usage privé, voire sentimental, véritable joyau - remarquable par son état de conservation -, l'objet, conçu au XVIIe siècle et nommé à l'époque « boîte à portrait », frappe d'emblée par sa taille réduite, qui s'explique par sa fonction même : il s'agit là d'un présent diplomatique parmi ceux que le souverain faisait offrir par centaines aux alliés de la France, aux diplomates étrangers, aux souverains alliés, aux serviteurs méritants, aux artistes et, même, aux plus valeureux adversaires combattus sur les champs de bataille. La richesse de ces boîtes aisément transportables, ornées d'un portrait du roi auréolé de diamants, en ont fait un moyen privilégié de propagande politique. C'est aussi la présence des précieuses gemmes qui fut la raison principale de leur disparition.

    Aujourd'hui, en effet, seulement trois de ces objets précieux subsistent. L'entrée dans les collections du Louvre d'une oeuvre aussi rare et chargée de sens invite à une étude approfondie de sa conception et de son histoire. L'étude gemmologique nous éclaire sur les différents modes de taille des diamants, exceptionnellement préservés, ainsi que sur le génie des lapidaires et orfèvres qui les ont subtilement mis en oeuvre pour nimber de lumière la délicate image du souverain.

  • Les armes de la Renaissance sont volontiers bavardes et sentencieuses. Ce bouclier, attribué à Antonio del Pollaiuolo, qui représente le malheureux héros Milon de Crotone victime de sa rage impuissante, en est un bel exemple. La longue inscription latine qui l'accompagne parachève cette leçon en forme de vanité.
    Ce chef-d'oeuvre relève aussi bien de la peinture que de la sculpture : c'est cette complexité, ce dialogue apparemment contradictoire entre la forme de l'objet et son décor que Philippe Malgouyres nous invite ici à comprendre.
    L'activité protéiforme des ateliers de la Renaissance est souvent évoquée : elle est abondamment documentée, mais il ne reste presque rien de tous ces objets « d'art décoratif » conçus et réalisés par de grands peintres ou de grands sculpteurs. C'est donc un témoignage exceptionnel, voire unique, une oeuvre hardie et exploratoire par sa technique et son iconographie qui doit reprendre sa place parmi les oeuvres phares de la Renaissance conservées en France.

  • Depuis 1975, le Louvre conserve une lumineuse peinture de Thomas Cole (1801-1848), La Croix dans la contrée sauvage, qui marque l'aboutissement de sa réflexion autour de la représentation d'un certain type de paysage américain, la Wilderness, archétype mythique d'une nature grandiose et intacte.
    Il suivait en cela la jeune littérature américaine, dont Le Dernier des Mohicans, paru en 1826. Cette peinture est riche aussi de ses références à l'art du vieux continent, dont Cole, né en Angleterre et plusieurs fois retourné en Europe, connaît bien les différentes écoles. Elle est un jalon dans son oeuvre, pénétré de l'art de Claude Lorrain et de Turner en particulier, tant par sa délicate analyse de la lumière que par sa scénographie, particulièrement originale.
    Guillaume Faroult entend ici dénouer le faisceau complexe de solutions variées qui féconde l'oeuvre sous son apparente et lumineuse simplicité.

  • L'intendant Ebih II

    Sophie Cluzan

    L'hiver 1933-1934 voit la mission archéologique française s'installer sur le site de Tell Hariri, en Syrie.
    André Parrot, qui dirige l'expédition, s'attache à explorer un nouveau secteur lorsqu'il découvre deux statues. La première, représentant un souverain, porte inscrits son nom et son royaume : Mari. Une inscription sur la seconde révèle le nom et le titre d'un personnage, "Ebih-Il, intendant". Assis sur un siège de roseaux, Ebih-I1 se présente à la divinité, Istar virile, les mains contre la poitrine, le regard tendre et profond posé sur ce lointain supérieur dont l'aura l'illumine au point qu'il en esquisse un sourire d'émerveillement.
    La qualité de la statue indique la place exceptionnelle réservée au sein de la communauté de Mari à ce personnage, dont la fonction exacte semble à l'évidence dépasser le simple titre d'intendant. C'est ce que démontre l'étude toute récente de Sophie Cluzan et Camille Lecompte, qui offre ainsi à notre curiosité l'élucidation d'un passionnant mystère.

  • Princesse de Bactriane

    Collectif

    D'une qualité et d'une beauté exceptionnelles, la statuette étudiée ici fait partie d'un groupe homogène de sculptures féminines communément appelées "princesses de Bactriane".
    Ces oeuvres en pierre, créées entre 2301 et 1800 av. J-C en Asie centrale, furent longtemps assimilées à des représentations de l'aristocratie locale. Elles se distinguent en effet par un port majestueux, une coiffure complexe et un costume élaboré, autant d'indices d'appartenance à une caste élevée. Les recherches archéologiques de ces dernières trente-cinq années ont permis de dessiner avec une plus grande précision les contours d'une civilisation, dite de l'Oxus, dont le raffinement était jusque-là ignoré des savants, et dont ces statuettes seraient l'une des manifestations.
    L'étude approfondie de l'exemplaire du Louvre, offert en 2003 au département des Antiquités orientales par la Société des Amis du Louvre, a permis d'avancer des hypothèses relatives à l'identité de cette oeuvre, ainsi que de l'ensemble statuaire auquel elle appartient.

  • En 1864, Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875) expose au Salon un paysage recomposé d'après des études et esquisses réalisées quelques années auparavant dans le parc de Mortefontaine.
    Un sous-bois au bord de l'étang, la présence évidente de l'eau et du ciel, une pénombre calculée de matinée fraîche et de soirée brumeuse constituent les éléments de ces paysages dont Corot, par sa sensibilité et son sens (le la mise en espace, a su tirer des chefs-d'oeuvre. Le sujet du tableau, celui de la cueillette, est un thème récurrent dans l'oeuvre de Corot, et, par sa simplicité même, permet au peintre de se concentrer sur des recherches plastiques et esthétiques pures, d'exprimer une sensibilité, d'entraîner le spectateur dans un monde de poésie, de rêverie nostalgique, dans un univers quasi musical.
    Corot demeure - sans rival possible en dehors, peut-être, des impressionnistes - le paysagiste du XIXe siècle dont l'oeuvre a connu le plus grand rayonnement dans le monde. Admiré de son vivant par les collectionneurs français ou anglais, qui appréciaient la poésie et le sens de l'harmonie de ses paysages savamment construits, il a conquis, à la fin du XIXe siècle, le public américain, puis japonais.
    Les artistes des années 1860 à 1880 ont, quant à eux, retenu sa sensibilité et sa technique visionnaires, qui devaient marquer définitivement l'art du paysage. Etudier Souvenir de Mortefontaine et explorer la genèse de ce tableau éclaire non seulement l'oeuvre entier de Corot, mais aussi, plus généralement, le rôle de la représentation de la nature dans l'évolution de la peinture du XIXe siècle et dans les innovations du XXe.

  • Le thème de la Vierge et l'Enfant en relief connaît à Florence avec Donatello, dont les oeuvres dominent le paysage artistique toscan et même italien de la première moitié du Quattrocento, une de ses floraisons les plus brillantes. Les deux sculptures en terre cuite conservées au Louvre permettent de suivre l'évolution des recherches artistiques de Donatello, tant dans le domaine de la mise en espace des personnages que dans la détermination d'une nouvelle densité plastique accordée aux figures. Elles sont traitées avec des matériaux variés qui soulignent l'intérêt de Donatello pour l'expérimentation de techniques complexes: polychromies somptueuses, usage de cires colorées et de verre. Ces reliefs sont comparés à des pièces similaires de l'artiste ou à des oeuvres de ses contemporains (sculpteurs ou peintres) et sont resitués dans le contexte de la création et de la culture florentine des années 1430-1450. L'importance et la diversité de ces reliefs en marbre, en terre cuite ou en stuc démontrent l'existence d'un goût continu à Florence pour ce genre d'oeuvres, que les générations futures continueront d'aimer et de vénérer. A Padoue, Andrea Mantegna emprunte à Donatello cette intensité expressive et cette sévérité dans le rendu des formes qui sont largement redevables à celui dont Vasari disait qu'il avait " rendu à la sculpture sa perfection et son pouvoir d'émerveillement ".

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