Supernova Project

  • Puisant ses études de cas dans les fictions littéraires et filmiques issues des « mauvais genres » de l'horreur, du fantastique et de la science-fiction, Émilie Notéris développe un usage inédit de la notion de réparation donnant naissance à une forme de réflexion nouvelle, positive et prospective, résolument inspirée de la théorie queer.

    Déjouer le genre de nos imaginaires est l'un des projets des Cultural Studies dans la perspective de laquelle s'inscrit La Fiction réparatrice. Il ne s'agit plus seulement de dire que les manières de penser et les représentations diffèrent en fonction des socialisations genrées mais de saisir la façon dont les images, les mythes et les récits agissent sur la texture affective du monde social. Imaginaire et fiction ne constituent pas des univers parallèles, mais sont le réel par lequel se recompose et se légitime l'ordre, la norme ou, comme l'invite Émilie Notéris, le désordre.
    Mettant au travail un concept esquissé par la théoricienne Eve Kosofsky Sedgwick (qui opère la distinction entre lecture paranoïaque et lecture réparatrice, cette dernière refusant de séparer le blanc des faits du jaune de l'imagination), ce livre se soutient d'une conviction : lorsqu'elle entend partir de la non-effectivité sexe-genre pour libérer, non seulement notre manière d'envisager les identités sexuelles, mais bien la façon de penser le monde, la théorie queer communique avec de multiples avancées parallèles qui, dans les sciences sociales et la philosophie contemporaines, entendent de même se frayer un chemin à travers les clivages et les dualismes entre nature et culture, corps et esprit, monde imaginaire et monde réel, individu et communauté.
    De l'anthropologie telle que la pratiquent des auteurs comme Tim Ingold, Philippe Descola, Roy Wagner ou Eduardo Viveiros de Castro, à la réflexion sur les sense data ou le mind-body problem qui traverse la philosophie analytique (de Russell à Austin) en passant par la théorie féministe et queer, les ressources et les convergences sont nombreuses. Cet ouvrage propose de mettre en jeu cette intertextualité en assemblant les textes comme autant de pièces à recomposer suivant l'esprit du Kintsugi japonais, dans l'optique d'une réparation qui mobiliserait les affects positifs.
    Au coeur de cette mosaïque, la coupure entre théorie et fiction est ici l'objet d'un réassemblage dont la formule se résumerait ainsi : si la théorie queer est une science-fiction, une SF au sens de Donna Haraway (Speculative Fabulation, String Figures, So Far...), réciproquement c'est dans la science-fiction, de la culture visuelle et des mythologies contemporaines que se tressent hypothèses, pistes et figures en réponse aux interrogations théoriques et politiques de notre temps. Ce n'est pas un hasard sans doute si Ex Machina, version futuriste de Barbe-Bleue, cite Ludwig Wittgenstein et son Blue Book : de Mary Shelley à Barbarella, de Lady Vanishes à Gone Girl, de Game of Thrones aux Wachowski, l'apprivoisement des dragons ou les hybridations alien et cyborg renouvellent d'un même trait l'investigation intellectuelle et le répertoire de nos existences possibles. Il s'agit donc, non de faire de quelques histoires le prétexte ou l'illustration de théories préexistantes, mais de penser à même les images, à même les récits et les personnages qu'elles-ils déploient, pour soigner les coupures que nous infligent les idées. Non que cette réparation soit toujours rassurante, tant elle doit convoquer contre la férocité des assignations identitaires des puissances étranges ou fantomatiques : après tout, lorsque Philippe Descola évoque ce qui résiste au naturalisme épistémologique des modernes, c'est un film fantastique qu'il projette sur l'écran de la théorie (« De la multitude des chambrettes abritant des cultures particulières dégouttent au rez-de-chaussée des infiltrations bizarres, fragments de philosophies orientales, débris de gnoses hermétiques ou mosaïques d'inspiration New-Age, assurément sans gravité, mais qui polluent ça et là des dispositifs de séparation entre humains et non-humains »). Si l'on ira chercher souvent du côté des fictions inquiétantes et des films de terreur, ce n'est donc pas par fascination pour la destruction qu'ils mettent en scène, au contraire : il s'agit de chercher, dans les tressaillements de la sensibilité, un levier pour faire bouger les identités de genre et les partages conceptuels institués.

    Après avoir apprivoisé textuellement des meutes de loups-garous anarchistes et des clans de vampires stylistiques dans Cosmic Trip (IMHO, 2008), Émilie Notéris s'est écrasée au sommet d'un séquoia californien marxiste pour Séquoiadrome (Joca Seria, 2011). Le personnage principal du roman, Robinson, survit en mangeant des champignons hallucinogènes ; l'auteure n'a pas privilégié la méthode flaubertienne pour mener à bien l'écriture de ce second roman, préférant réaliser les meilleurs sandwichs du monde aux shitakés, suivant une recette d'Alice Toklas. L'écriture d'un essai sur le Fétichisme Postmoderne (La Musardine, 2010) lui vaut d'être contactée occasionnellement pour des dossiers sur le fétichisme du latex, domaine qui ne relève nullement de sa compétence. Elle tombe amoureuse, en 2012, du défunt théoricien des médias canadien Marshall McLuhan, en traduisant son premier ouvrage inédit en français, La Mariée mécanique (è®e, 2012), qui lui permet d'embrasser ensuite une carrière de traductrice (Malcolm Le Grice, Eduardo Viveiros de Castro & Deborah Danowski, Slavoj Žižek, Hakim Bey, Vanessa Place, Eileen Myles, Gayatri Chakravorty Spivak, Uzma Z. Rizvi, Sudipta Kaviraj...). Elle préface les anarchistes Voltairine de Cleyre et Emma Goldman (Femmes et Anarchistes, éditions Blackjack, 2014), traduit des écoféministes (Reclaim !, Cambourakis, 2016) et invite des xénoféministes (week-end Eco-Queer, Bandits-Mages, Bourges, 2015). Diplômée des Arts-Décoratifs de Paris en 2005, elle est sans cesse rattrapée par le monde de l'art, comme Le Prisonnier par sa boule blanche, et intervient en workshops comme en conférences un peu partout en France (CAPC de Bordeaux, Beaux-Arts de Lyon et de Dijon...) et parfois à l'étranger (New School à New York, Halle 14 à Leipzig, Centre de la photographie à Genève...). Cette biographie est une des narrations possibles.

  • Un travail d'écriture autour de la poétesse et dramaturge anglaise Aphra Behn (1640-1689), figure contestataire et féministe avant l'heure, qui fut l'une des premières écrivaines à vivre de sa plume et à s'imposer sur la scène théâtrale londonienne.
    Dans un poème célèbre, Aphra Behn s'inquiète de sa postérité et demande qu'on « accorde à ses vers l'immortalité ». Pourtant la poétesse et dramaturge a eu beau être reconnue et avoir du succès en son temps, elle n'en fut pas moins oubliée et dédaignée jusqu'à ce que Virginia Woolf puis les féministes anglo-saxonnes des années 1970 rendent hommage à cette pionnière. Espionne aux Pays-Bas, aventurière, savante, voyageuse, elle rencontre les Amérindiens d'Amazonie et assiste à une révolte d'esclaves au Surinam.
    Aphra Behn est surtout l'une des premières écrivaines à vivre de sa plume et à s'imposer sur la scène théâtrale londonienne. Ce succès lui coûta entre autres un libellé sarcastique qui la qualifie de « pute et poétesse » (Punk and Poetess), rappelant ainsi qu'une femme qui s'exprime sur la scène publique était aussi perçue comme une femme publique.
    Libre, indépendante, contestataire et féministe avant l'heure, Aphra Behn n'est pas seulement une épigone singulière, elle pose aussi la question de la légitimité, de la possibilité de créer et de la nécessité de se positionner parfois à la marge des courants idéologiques dominants.

  • Recueil de poésie influencé par la poésie expérimentale (Tarkos, Pennequin, Quintane...).
    Le recueil Basalte et Javel traverse le sens dans une sorte de dysfonction de la machine symbolique (bien loin des recherches surréalistes). Il cherche par ce biais à construire des poèmes a priori, c'est-à-dire qui n'ont de sens qu'au-dedans de l'idée (non du concept), sans référence au monde réel si ce n'est que pour mieux agencer le poème dans une parole parlée, but qui n'a de référent qu'elle-même.
    Ce qui frappe dans Basalte et Javel, en premier lieu, c'est sa force d'émergence quasi paradoxale, parce qu'elle est à la fois affirmation et questionnement. Il y a là, dans cette tension pleine de doute et d'incertitude, de belles intuitions : « Mais je me pose la question / Parce qu'un texte ça doit se poser des questions / En revenant un peu en arrière ». Ou encore : « Je sais que le fort c'est de dire / Avec des forces que l'on a pas ». On perçoit une sensibilité en éveil, encore frémissante, qui trouve peut-être son expression la plus sincère lorsque le poète évoque la « mère lorsqu'elle a bu ». Aussi quelque chose comme une rage douloureuse, fiévreuse plutôt, mais très nécessaire, qui cherche et trouve sa voie (et sa voix) dans l'écriture. Ainsi, oui, il semble bien que rien de ce qui est humain ne lui soit étranger.

  • Une plongée dans l'univers du réalisme fantastique à travers les oeuvres d'une vingtaine d'artistes contemporains, des textes de fonds et un texte de « narrative non-fiction ».
    UN AUTRE MONDE///DANS NOTRE MONDE - Évocation contemporaine du réalisme fantastique questionne tous azimuts notre rapport au réel à travers de nombreux secteurs de la connaissance, aux frontières de la science, de la tradition, du fantastique, de la science-fiction et, in fine, du réel.
    Dans la lignée du réalisme fantastique, mouvement contre-culturel majeur des années 1960 lancé par Louis Pauwels et Jacques Bergier avec l'ouvrage Le Matin des magiciens et la revue Planète, qu'il ambitionne de faire redécouvrir et de réactualiser, l'ouvrage vise à dépasser l'apparente contradiction entre matérialisme et spiritualisme, mettant également en lumière les nombreux échos que les thématiques phares de ce mouvement suscitent au sein de la création contemporaine, afin de nous faire percevoir de manière sensible à quel point, comme le disait Theilhard de Chardin : « À l'échelle du cosmique, seul le fantastique a des chances d'être vrai. »

  • L'eau du bain

    Rim Battal

    Un recueil de pensées, fragments, poèmes sertis dans un texte en prose, à la lisière du journal, écrit au jour le jour, de l'essai et de l'autobiographie.
    Le texte se définit lui-même comme un monstre : « Le monstre s'est appelé d'abord Putain, maman ! Puis Corps à corps, puis Feu ! Pour devenir enfin L'eau du bain ». Le poète plonge le lecteur dans les méandres de la maternité avec une liberté, un humour et une audace entièrement inédits. L'écriture brève, fragmentaire, la recherche du discontinu et de la cassure permettent le jaillissement d'intuitions toujours mises à l'épreuve de l'expérience. Usant de véhémence, la succession de petites phrases, la menace, le sarcasme produisent l'impression de la mitraille. Rim Battal n'hésite pas à user de syllogisme pour créer une alliance entre poème et théorème proche de la rhétorique classique. A la manière des Essais, la poète, Sisyphe en escarpin, constate, tente de comprendre et de trouver le mot juste pour dire le corps, le désir, la colère, le tire-lait, le placenta, les boulettes de Kefta, la génétique, l'épuisement...
    La maternité est politique et le poème seul permet cette union de l'intime et de l'universel. Comme un rap abrasif, l'écriture acide de Rim Battal délivre une pensée dont la singularité appelle les métaphores pour pouvoir éclore et se sublimer. « Première hâte de grossesse : voir se défaire ce noeud que ma mère a noué il y a trente ans. Le nombril du neuvième mois est une nudité totale » Les coupures brillent d'un éclat minéral et révèlent la nécessité pour le poète de dépasser l'ordre biologique et l'éternel retour de toutes choses en donnant naissance à un texte nécessairement monstrueux, dionysiaque, inactuel, intempestif, grotesque et sublime.

    « L'oeuvre de Rim Battal est comme un gigantesque puzzle. Ou, disons : un vase Ming foutu en l'air par un chat obèse, dont les morceaux auraient été récupérés et stockés dans une jarre. Quand on la secoue, la jarre rend une musique immédiatement reconnaissable. Il y a un moment où il faut déboucher la jarre - ouvrir le livre - et recoller les morceaux. Il faut faire gaffe à ne pas se couper, mais le décor vaut le coup. C'est plein de va-et-vient schizoïdes entre Paris et Marrakech, de ruelles, de fête, d'alcool, de cul, de désenchantement, d'espoir, d'amour, de haines rentrées, de mendiants, de bourgeois flippés planqués derrière leurs lunettes noires, de névroses familiales.
    L'Eau du bain invite à assembler 127 fragments non numérotés, avec une unité thématique jamais encore vue chez l'auteure [...]. Au bout du compte, la vie étant ce qu'elle est, bien peu des questions évoquées [...] trouveront une réponse définitive [...].. Et c'est magnifique : c'est la possibilité de plein d'autres livres. ».
    Grégoire Damon, Sitaudis

  • Spermogramme

    Pierre Escot

    Le tout premier livre écrit par Pierre Escot à l'orée des années 1980, jamais publié auparavant, entrelace plusieurs histoires en fragments poétiques et narratifs.
    Spermogramme est le huitième livre de l'écrivain et photographe Pierre Escot. Entre réalité et digression, phantasmes et souvenirs, Spermogramme est écrit sous l'impulsion d'un esprit libre qui contorsionne l'espace et le temps.
    Plusieurs histoires se succèdent et s'entrelacent en fragments poétiques et narratifs. On en sort conquis, essoufflé et différent.
    Premier livre, premier roman, premier poème écrit à l'orée des années 1980, Spermogramme nous entraîne dans un flux puissant et halluciné.

  • Croyance, magie et illusion croisent dans cet essai les sciences et les technologies. Par l'étude de textes anciens et de phénomènes historiques, l'observation de développements scientifiques et techniques contemporains, ou la mise en perspective d'éléments de la culture, artistique ou populaire, l'auteure montre comment l'imaginaire et la fiction se mêlent à la rationalité et à l'ingénierie. C'est cette hybridation de deux espaces de pensée réputés irréconciliables qui permet l'actualisation dans des objets technologiques de ce qui était fantasmes d'occultistes. Manuela de Barros montre que c'est également le résultat de choix idéologiques, politiques et économiques dont on doit remonter la genèse pour comprendre les processus de société à l'oeuvre actuellement. La puissance économique et politique de notre société technologique s'appuierait-elle sur la manipulation, le bluff et la désinformation telle que les ont théorisés les philosophes magiciens dès le XVIè siècle ?

  • Extrait de la préface de Fina Llorca "Cau de llunes, 40 ans après, en français" Cau de llunes, récompensé par le prix Carles Riba en décembre 1976, révèle Maria-Mercè Marçal, qui vient d'avoir 24 ans. Ce livre rassemble les poèmes écrits depuis ses 21 ans, comme nous l'informe l'édition de ses oeuvres complètes publiées de son vivant sous le titre Llengua Abolida. La femme de basse classe et de nation soumise qu'on découvre à travers la «Divisa» («Devise») laquelle devint sa carte d'identité, était professeure de catalan au lycée de Sant Boi de Llobregat, dans ce lieu qu'on appelait le «Cinturo roig de Barcelona» («Ceinture rouge de Barcelone»).

    Quarante ans après la remise du prix, la traduction en français est prise en charge par quelqu'un, une femme, poète aussi, qui a senti l'écho des mots et des expériences vécues avec la fraîcheur renouvelée d'une lecture faite avec des yeux nouveaux et avec d'autres expériences. Il est vrai que nous sommes loin déjà de la nuit du franquisme. La lutte d'une nation soumise en est à une autre étape.
    Nous ne saluons pas le début du féminisme, étant bien dans un autre monde avec une autre conscience de femme, dans un autre pays, un autre monde. Le «dur desig» eluardià («le dur désir» éluardien) de durer qu'évoquait Marçal, n'était pas vraiment celui de passer à la postérité, mais plutôt le désir que les mots continuent de créer de nouvelles significations et c'est justement cela que nous voyons arriver, arriver et arriver sans cesse dans l'oeuvre de Marçal. Que pouvons-nous saisir en 2016 de la poésie de Cau de llunes?

    Anna Serra en a saisit la magie du langage qui évoque une tradition qui peut-être n'a jamais été, qu'en tout cas Marçal construit pour libérer le corps et la vie de la tyrannie, de toutes les tyrannies, de la négociation avec sa propre langue, de la soumission et de l'aliénation. Pour que tout ceci puisse retourner vivre quarante ans après, après l'année 1976.

  • Rosalie Bribes approfondit dans son troisième recueil poétique les thématiques abordées dans les deux volumes précédents : critique de la société de consommation, des illusions, des faux-semblants ; recherche d'une vérité qui puisse donner du sens à l'existence humaine.
    Ce recueil résulte d'une commande de la Maison de la poésie de Nantes à l'occasion du festival de poésie Midi-Minuit d'octobre 2019. Dans son troisième recueil, la poète, à la recherche d'une vérité, d'un infini perdu, d'une immensité spatiale dont elle cherche à se remplir, est en contemplation permanente des étoiles qu'elle rêve d'absorber.
    Dans Ultime Atome, elle mitraille ses intuitions comme un philosophe à coup de marteau « L'adulte n'existe pas ». Du Zénith au Nadir radicalise cette mise en abime sous la forme d'un long chant tourné vers l'être aimé, l'astre perdu. L'expérience du deuil est au coeur du poème et lui confère une dimension élégiaque. La mort renforce la vanité de toutes choses, elle oblige à un véritable décentrement, « Tout est faux, rien n'existe ». « La ville est un théâtre à ciel ouvert observé par toutes les étoiles de l'univers ».
    Le Nadir ne dit pas uniquement l'absence de lumière mais il dit aussi les profondeurs de l'âme, les fondations, la naissance d'autre chose, la possibilité pour Orphée de retrouver à travers le chant, cet astre perdu « dans un quartier de lune ».
    Le lyrisme de Rosalie Bribes se caractérise par la métamorphose liée à l'interaction des différents individus dans la matière interstellaire « pendant que le monde continue de tourner, une chrysalide sans cesse se réinvente dans l'immensément grand avant de redevenir atome ».
    A l'ouverture du recueil, l'Autre permet d'accoucher de soi-même. La maïeutique opère un renversement dialectique du désir comme manque, mélancolie au désir comme élan vital qui permet de faire accoucher les âmes dans la beauté afin qu'elles donnent naissance à une parole nouvelle.
    Le poème apparait ainsi comme un long chant traversé de fulgurances magnifiques, de doutes, de douleurs, de rire et de sourires qui signifient que la vie a du sens avec et pour autrui car si l'écriture est un acte d'amour, le chant est celui d'un dialogue, d'une intersubjectivité poétique, d'un grand rire cosmique : « c'est bien à l'échelle du cosmos que nos rires deviennent ce qu'ils sont, le véritable trésor. »

  • En pleine crise démographique, le monde voit émerger une nouvelle forme de vie humaine, la Nouvelle Eve, dont la particularité est d'être transsexuelle... Un roman tragi-comique offrant une réflexion inédite sur le genre et le totalitarisme.

    Face au monde saturé de l'humanité, face à une terre qui s'auto-détruit sous la pression démographique des milliards d'humains qui tournent en rond 24H/24, soudainement, une nouvelle forme de vie apparaît, se donnant comme mutation de l'homme. Cette nouvelle vie prend un nom : la Nouvelle Eve, qui n'est ni homme, ni femme, mais transsexuelle. Cette vie ne pouvant enfanter va contaminer la terre, amenant les hommes à se transformer à son contact en shemale. Récit tragi-comique, épopée d'une forme mutante, réflexion critique sur la question des politiques totalitaires, Vie et mort d'un transsexuel, donne à lire la naissance et la mort de cette Nouvelle Eve à travers une langue qui s'affranchit de toute convenance pour saisir en chaque plan séquence la cruauté des situations décrites.

  • Peloton

    Nicolas Richard

    Un recueil de textes poétiques qui expérimente et met en jeu différentes formes de la poésie contemporaine : poésie sonore, listes, logorrhées, glossolalie, ready-made, micro-narrations... La plupart de ces textes ont été lus en public dans le cadre de festivals de littérature ou de performances.

    Peloton, en dehors de l'exécution orale des textes qui le composent, met en scène et creuse jusqu'à l'absurde une parole qui s'enraye, qui bégaye, qui dérape et qui patine avec le risque de la solitude, du solipsisme, de l'adresse à soi-même comme seule adresse possible.
    Entre litanie dérisoire, engueulades et explosions triviales, la parole qu'elle soit excessive, voire abusive, ou monstrueuse semble vouée à l'échec. Texte manifeste, Elocutation raconte cet échec : « comment tu veux qu'on t'écoute si t'élocutes comme ça hein ».
    Le travail sur l'élocution crée des situations où l'absurdité et la solitude des personnages relie la poésie d'un Tarkos au théâtre d'un Beckett.
    Reste que le comique n'est jamais loin. Il naît d'une parole maladroite, syntaxiquement malmenée, révélant, à travers les répétitions, la mécanique inhérente à nos usages de la parole : « je voudrais un américain thon et un coca zéro je voudrais un menu filet o fish je voudrais un sandwich brioché et une évian je voudrais un menu royal deluxe normal frites coca je voudrais un kebab frites sauce blanche avec un peu de harissa mélangée sur le pain... ».
    Le poète ne cesse de la déformer et cette défiguration reflète finalement la folie de la norme et l'aspect chaotique du réel :
    « que les choses elles sont vrillées D'où qu'on soit ».
    Peloton, c'est entre le sprint et la course d'obstacle : un tour de France des spécialités régionales, des listes de sandwiches, une tentative d'hypnose, un auteur triste et des amis à embrasser...

  • Tantôt adresse, tantôt soliloque, l'écriture de Benoît Toqué tend à sortir de la page pour s'oraliser. Ce recueil rassemble des textes écrits pour la plupart entre 2014 et 2017, fruits de lectures publiques et de workshops.

    GLOIRE, subst. fém. II. B. Péj. Orgueil exagéré. Synon. suffisance, vanité. Fausse, sotte, vaine gloire. La gloire le perdra. Gloire gouaille gosier est un recueil qui sonne, mais qui dit qu'il sonne pas. GOUAILLE, subst. fém. Fam. Attitude moqueuse et insolente. Raillerie plus ou moins vulgaire. Un air de gouaille. Sa poésie est pétrie de jeux de sons et de sens. GOSIER, subst. masc. Cavité intérieure du cou à partir de l'arrière-bouche. Synon. gorge, arrière-gorge. Sa saveur est d'abord huileuse et aromatique, et ensuite piquante et irritante au gosier.

  • Dans un Paris inondé, les portes de l'extinction ouvrent un jour menaçant sur l'espèce humaine. Entre les corps déchus et les intrigues barbares, une figure est choisie : Eddie Bombackir dit « La Main », vieille détective sur le déclin, tirée des eaux par une dernière affaire. Francis Lamodière signe ici son premier roman.

    Co-fondateur du bar Zero Zero et du label Rose et Rosée, Francis Lamodière se spécialise d'abord dans le livret musical en accompagnant de ses nouvelles les EP de Polar Inertia ou des projets du label Silicate Musique. Il publie la nouvelle « Hibakusha » dans Jungle Juice 6.1/2, récit d'un accident nucléaire par précognition puisque le 9 février 2017, jour de la parution de la revue, un incendie devait se déclarer dans la centrale de Flamanville qui est au coeur de l'histoire. En 2018, son premier roman Enchâssés paraît aux éditions Supernova.

  • L'oiseleur

    Emmanuelle K.

    Placé sous le patronage surréaliste de Benjamin Péret, L'oiseleur est un singulier conte courtois qui prend la forme de poèmes en prose. Écrit par Emmanuelle K., poétesse, conteuse, vidéaste et compagne de lutte de l'Internationale Situationniste.

    C'est un soir d'automne, à Paris.
    Sur ma table il y a un livre, abandonné là par un ami peintre : « Mort aux vaches et au champ d'honneur » de Benjamin Péret.
    Ce livre, je l'avais rencontré bien des années auparavant. Un premier écrit de r.volte, publié au sein de l'agitation anarcho-situationniste, sous le titre prometteur de « Prolégomènes à un manifeste pour une internationale anarchiste » portait en exergue deux petites phrases sibyllines, tirées de ce même livre.
    Les deux petites phrases disaient ceci :
    « Monsieur Charbon se lamenta :
    Nous avons laissé échapper le coeur. Maintenant, nous ne le reverrons plus et il sera plus difficile que jamais de le prendre ce soir ; il se méfiera. » Le texte qui suivait cet exergue de Péret était intitulé :
    « Lavez le pont, Hissez les voiles ! ».
    Il connut une gloire étrange, inattendue : certaines des phrases qu'il contenait furent rééditées, un an plus tard par les murs de Paris.
    Ce soir d'automne là, face à ce livre sur ma table, j'eus le désir de revoir les deux petites phrases restées enfouies là-bas, à l'orée de ma vie de paroles, de ma vie d'écriture.
    Je les cherchais, un peu émue, curieuse de ce qu'il y avait avant, après, autour et les trouvai dans « Qui perd gagne ».
    ... Qui perd gagne ?
    J'eus tout soudain envie de les écrire, ces petites phrases, avec ma main de maintenant, vivre le geste de les écrire, d'aller y voir.
    Ce que j'y ai vu m'a offert « l'Oiseleur ».

  • Le premier recueil de Sofiane Delière, composé de poèmes, de textes et de fragments issus de feuilles volantes et de carnets noircis depuis quinze ans, reflète avec intensité l'âme multiple des éditions Supernova qui oeuvrent à faire émerger et mettre en lumière des paroles à contre-courant.
    Quatrième livre de la collection « Dans le vif », aux côtés de Benoît Toqué, Francis Lamodière et Philippe Boisnard, le recueil de Sofiane Delière transpire la vie, déborde le désespoir lucide, doux et rageux. Les textes qui composent Fièvres en ville sont issus de carnets qu'il noircit depuis plus de quinze ans et qu'il n'a pas oubliés quelque part. Stéphanie Boubli archive poèmes, textes, fragments, feuilles volantes, carnets rescapés de Sofiane depuis leur rencontre il y a quatre ans dans le studio de Pan European Recording au Point Éphémère.

    « Il s'était amouraché de la strip-teaseuse qui vivait au 2ème étage de son immeuble et il aurait bien voulu prendre l'ascenseur avec elle, il aurait kiffé même. Mais elle habitait au 2ème et ne prenait pour ainsi dire jamais l'ascenseur, à moins que l'escalier ne tombe en panne, mais ce n'était jamais arrivé (...) ».

  • SW1, sécurite du premier monde Nouv.

    Un recueil de textes écrits de nuit sur une quinzaine d'années, introduits par une série photographique de Jacques Patillot, entre réalité, portraits d'amies, poésie, fiction et insert autobiographique.
    Le livre noir SW1 - Sécurité du premier monde - Tracteur directrice de l'A.S.M.A est constitué de textes écrits entre 2007 et 2021 et tous produits de nuit.
    Ils ont été chaînés les uns aux autres de façon aléatoire, empirique et sans ponctuation particulière ni chapitrage.
    Sa maquette, contrainte par le format défini par l'édition pour la collection Dans le vif, n'a pu préserver le rythme initial des textes.
    Les images d'archives incluses au livre ont été posées au hasard des pages et n'ont donc aucun rapport prédéfini au texte environnant.
    Elles sont toutes issues de la collection privées de l'auteur glanées au fil de ces 23 dernières années.
    La série photographique présente à l'ouverture du livre noir intitulée Les géantes (servant de clef au texte qui suit) a été réalisée par le photographe Jacques Patillot durant ses multiples périples aux quatre coins du monde.
    Le résultat dans son ensemble oscille entre réalité, portraits d'amies, poésie, fiction et insert autobiographique.

  • Habiter outre

    Benoît Toqué

    Un recueil de textes narratifs articulés autour de l'étroitesse d'un logement parisien et du quotidien de son occupant.
    L'humour de Benoît Toqué réside autant dans les situations grotesques qu'il met en scène que dans les mots, le mélange des niveaux de langue, sa capacité à dire l'obscène, la haine avec délicatesse, bienveillance et courtoisie. Au-delà du récit, l'on est emporté par la gouaille du poète, la musique de la langue, ses phrases courtes et percutantes comme les murs de son appartement. Et si l'on entend finalement la voix du narrateur-personnage résonner à travers ce récit, ce premier roman illustre ainsi parfaitement, et pour notre plus grand bonheur, la capacité de la poésie à habiter outre le poème.
    Dans Habiter Outre, Benoît Toqué joue avec les différents registres et chaque chapitre est le lieu d'un petit drame, d'un conflit, d'une tension qui nait de cette insupportable proximité. Mais si la folie gagne chaque personnage, le rire emporte le lecteur confronté à des scènes où se mêle la comédie physique gracieuse et un comique de situation bien réfléchi.
    Le monologue intérieur d"Habiter Outre nous plonge d'emblée dans les pensées d'un personnage dont l'inquiétante étrangeté imprègne l'espace tout en le resserrant.
    Habiter Outre c'est ne pas avoir de chambre à soi, refuge de la pensée et condition de possibilité du sujet.
    La folie ordinaire du personnage principal reflète cet au-delà : au-delà de soi-même, il y a les autres, l'enfer et la folie. Les pensées du personnage-narrateur se divisent entre monologue intérieur, dialogue imaginaire avec les voisins, paroles rapportées, pensées, poèmes, et perversions.

  • Vitesse Photon Target est un poème au long cours mêlant la déconstruction du langage et les expérimentations typographiques à la thématique de la recherche spatiale. Avec une postface du philosophe et sociologue Jacques Leenhardt, ainsi qu'un film réalisé par Susana Sulic (Photon Nageur) à visionner en ligne.

    Susana Sulic explore les phénomènes vibratoires et ondulatoires dans leur essence énergétique pour mettre en lumière leur nature mutante, donner vie à l'inaperçu, plonger dans les profondeurs de la matière et explorer la dilatation du temps. Susana Sulic modèle les signes et sculpte dans la phrase pour aller au delà de la structure du langage.

    « N'attendez pas que je vous explique les fondements mathématiques et linguistique du travail plastique que présente Susana Sulic : ils excèdent mon entendement. Ils le dépassent dans l'exacte mesure où les mathématiques nous ont fait sortir de la géométrie euclidienne, si bien adaptée et conforme à nos représentations optiques. Depuis leur avènement, ces spéculations algébriques produisent des entités qui échappent à nos capacités de représentation, à nous qui ne sommes pas mathématiciens. Il y a toutefois une dimension poétique à ces recherches, dont Marcel Duchamp n'a pas été le dernier à tenter de nous faire approcher les mystères, par exemple ceux de la 4e dimension. (...) Nous savons aujourd'hui, intellectuellement, que l'univers ne ressemble pas à ce que nous voyons. Toutefois ce savoir abstrait se traduit difficilement dans notre perception visuelle. Cette difficulté ne devrait cependant pas nous empêcher d'exercer notre regard aux limites de ses capacités. En s'affrontant à de tels paradoxes, Susana Sulic nous invite à capter, dans les registres qui nous sont disponibles, les formes et les jeux de formes des univers produits par les mathématiques, bien qu'ils échappent inexorablement, et là est le paradoxe, à notre perception optique. (...) Cet ouvrage est donc une joyeuse invitation à nous confronter à des images «analogues» aux équations fondatrices de la science actuelle, ce qui exige évidemment, et tant mieux, de bousculer les cadres de notre imagination spatiale. » Extrait de la préface de Jacques Leenhardt

  • SNI Nouv.

    SNI

    Julie Coutureau

    Dans le texte poétique le SNI n'est pas élucidé, on ne sait qui il est, d'où il vient. Une sorte d'expatrié apatride. Il reste une énigme, un trou noir, un trou de mémoire, un souvenir diffus confus, sans corps, qui cherche un corps. Peut-être. Il n'est circonscrit que par ses symptômes. Il est innommable. Mais pas intouchable. Innommable conceptuellement, mais palpable. Car il s'agit bien là de palpations.S, N, et I sont les corps dissociés du corps d'origine du SNI. Chaque corps existe pour activer/désactiver le trou noir qu'est le SNI. Il fut un temps où ces corps dissociés n'étaient qu'un. L'un d'eux sera le poète. Le « I », assurément c'est-à-dire Julie Coutureau.Le sni, le S-N-I, c'est une charade, une aventure poétique expérimentale et phonétique, un rhizome littéraire, une enquête abusive, une lecture auditive, des sons dans le sens et des sens dans le son, une crise auditive, un Que-sais-je en choeur, une anarchie en forme, un défi à la case, un trop-plein en dérive, des racines de flux émotionnels, de la mémoire charcutière dans une culture de jachère, un poussoir à rester vivant, du jambon, des guêpes, des trous noirs de corps et d'arbres, un essai en forêt dans l'hippocampe, l'amygdale à ses trousses, c'est l'arbre de la forêt poussant dans la plaie, de la vie dans la plaie, et du rire au sommet et du rire dans les creux des patates en forme de coeur et dans les creux des fesses et des montagnes.Ce livre est un jardin, en somme. Une dé-culture multi-culture dans un état revendiqué de jachère géante. Que ça pousse. Coûte que coûte.

  • Jean-Luc Poivret Nouv.

    Quelques temps après le décès de leur ami et complice le peintre Jean-Luc Poivret, Albert Clermont (artiste et enseignant à l'École régionale des Beaux-Arts de Dunkerque), Delphine Riche (documentaliste de l'école supérieure d'art de Dunkerque) et Christelle Mally (artiste et responsable de La Plate-Forme Dunkerque) découvrent l'émouvant trésor qui reposait à l'intérieur des milliers de livres de la bibliothèque dont il a fait don à l'école des Beaux-Arts de Dunkerque. Ils décident de voyager en contre-plongée dans les notes que contenaient ses livres pour en extraire la substantifique poésie qui donnera naissance à cet ouvrage coédité par La Plate-Forme Dunkerque et les éditions Supernova.Dans la collection personnelle de Jean-Luc Poivret, des livres d'art, de cuisine, de philosophie, de sciences, de littérature, dans lesquels figurent dans les marges ou en plein milieu de la page, des mots, des croquis et des analogies récurrentes qui deviennent comme le sous-texte de sa pensée.Tout peindre, livre-testamentaire, puisque né d'un legs que l'artiste fit aux Beaux-Arts de Dunkerque, mais livre-vivant car secoué des pulsations et des fulgurances de l'artiste en pleine lecture, livre-de-l'intime car quoi de plus intime qu'un livre ? Un livre annoté par un compagnon de route disparu.

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