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Syllepse

  • Un système alimentaire à transformer Nouv.

    Plus d'une décennie après la dernière crise alimentaire, la pandémie de Covid-19 a de nouveau mis en lumière les dysfonctionnements et l'extrême vulnérabilité du système agro-industriel mondialisé.
    En dépit des engagements de la communauté internationale à éradiquer la faim dans le monde, le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire augmente, les disparités se creusent et la crise écologique s'aggrave, à mesure que le modèle d'agriculture commerciale et productiviste se généralise.
    Face à ce constat d'échec, un consensus se fait jour sur la nécessité et l'urgence d'une révision en profondeur des systèmes alimentaires. Mais l'orientation d'une telle transformation fait débat.
    Reprenant à leur compte la rhétorique du changement, les grandes firmes agro-industrielles entendent garder le contrôle. Fortes du soutien des puissances agro-exportatrices, elles comptent imposer leur modèle de « révolution verte », c'est-àdire leur approche techno-productiviste rebaptisée « durable », comme seule réponse possible au triple défi de la faim, du changement climatique et de la croissance démographique.
    Les mouvements paysans et leurs alliés dénoncent cette mainmise. Contre les nouvelles logiques d'accumulation à l'oeuvre, ils en appellent une démocratisation de la gouvernance internationale et à un changement radical de paradigme :
    La transition vers un modèle de souveraineté alimentaire qui s'appuie sur des modes de production agroécologiques et fasse du droit à l'alimentation une réalité.

  • Dans l'imaginaire collectif, les violences de genre - au même titre que la pauvreté - sont souvent considérées avec fatalisme. Phénomène social banalisé, elles renvoient à l'ordre «?naturel?» des choses, réduites au seul fait d'«hommes violents». De la sorte, on oublie l'essentiel. Féminicides, viols, harcèlements ne résultent pas seulement de comportements isolés ou «déviants», ils témoignent de ressorts patriarcaux profonds et indiquent une même représentation de l'infériorité des femmes.
    Ces agissements s'inscrivent dans un continuum de violences qui se déploie à toutes les étapes de la vie, dans les espaces privés ou publics et sous de multiples formes - physiques, symboliques, institutionnelles... -, afin de conforter l'emprise masculine.
    La violence patriarcale a ses propres spécificités, mais pour l'aborder dans sa complexité, elle doit être articulée à d'autres structures de domination telles que le mode de production capitaliste - particulièrement abusif pour les femmes - et la matrice coloniale, qui exerce des effets concrets et durables sur les territoires et les corps - principalement ceux des travailleuses pauvres racisées.
    Dans un climat délétère pour les droits des femmes - crise sanitaire et économique, campagnes antigenre, offensives réactionnaires -, un renouveau féministe s'est affirmé ces dernières années, à partir de l'Amérique latine, autour de l'enjeu central de la violence. Et s'est amplifié, en Asie et en Afrique, par son articulation avec d'autres luttes sociales et politiques.

  • La crise sanitaire a achevé de dédiaboliser la démondialisation, soit l'idée d'un recul de l'interdépendance des économies, longtemps accaparée par la droite populiste.
    La nécessité de récupérer des formes de souveraineté politique sur la production et l'échange de biens met désormais tout le monde d'accord, ou presque.
    Si, derrière la rhétorique, la plupart des dirigeants envisagent des ajustements pragmatiques, soit le rapatriement des secteurs industriels jugés stratégiques, une défiance plus forte vis-à-vis du libre-échange s'est installée dans l'opinion occidentale.
    Elle est alimentée par les délocalisations, la paupérisation des classes populaires et la conversion au « local » d'une classe moyenne « ouverte sur le monde », mais tourmentée par la crise environnementale.
    Le rôle de champions du libre-échange a-t-il dès lors été récupéré par les pays émergents, que d'aucuns présentent comme les gagnants de la mondialisation ?
    En partie seulement, comme le montre la décision de l'Inde de tourner le dos à l'immense zone de libreéchange asiatique.
    Plus largement, l'intégration aux chaînes de valeur internationales coexiste avec la volonté de se recentrer sur les marchés intérieurs et de protéger des importations certains secteurs productifs.
    Dans le même temps, la prétention des États au monopole du contrôle sur les territoires, au nom du développement national, est contestée par des acteurs paysans et indigènes, qui défendent une conception plus populaire et locale de la souveraineté.

  • De Haïti au Soudan, en passant par les rues d'Alger et de Hong Kong, une vague contestataire mondiale vue du Sud.
    La simultanéité, l'ampleur et la radicalité des soulèvements populaires de l'automne 2019 au Chili, en Équateur et au Liban surprennent. Elles obligent à réévaluer d'autres mouvements, débutés plus tôt et toujours en cours - en Haïti, au Soudan, en Algérie, à Hong Kong... -, et à porter un regard plus attentif sur la conflictualité sociale dans le monde.
    Au-delà des affinités relevées, la coïncidence dans le temps et la diffusion dans l'espace marquent-elles un nouveau «printemps des peuples»?
    Si les revendications et les modes d'action convergent jusqu'à un certain point, le développement des luttes demeure tributaire du mode de gestion étatique de la contestation et de la cohésion des élites au pouvoir. Et les soubassements politiques et moraux de ces mobilisations sont ancrés dans des histoires nationales, dont l'héritage est revendiqué.
    Le visage des révoltes - celui d'une jeunesse urbaine précarisée au sein de laquelle les femmes jouent un rôle important -, ainsi que l'évidence médiatique de ressorts communs - l'utilisation des réseaux sociaux, le recours aux cultures populaires, la spontanéité et l'horizontalité des modes d'organisation... - méritent d'être interrogés.
    Ces soulèvements répondent à des contextes particuliers, mais traduisent aussi de nouvelles circulations internationales des luttes. Assiste-t-on dès lors à une mondialisation de la protestation sociale??

  • L'essor de la Chine ne date pas d'hier. Les inquiétudes qu'il soulève non plus, surtout dans le camp occidental.
    Mais l'histoire s'accélère depuis une dizaine d'années.
    Aujourd'hui, les États-Unis n'hésitent plus à faire de la Chine leur principal adversaire stratégique.
    Ailleurs, et en particulier dans les pays du Sud, les réactions sont plus contrastées. En effet, la Chine a beau être devenue une puissance capitaliste de premier plan, elle joue selon des règles qui diffèrent de celles que suivent les Occidentaux. Pour le meilleur...
    Comme pour le pire.
    Analyser l'essor international de la Chine sous le seul angle de la « menace » se révèle donc doublement trompeur.
    D'abord, parce que celle-ci porte sur un ordre mondial dont les bénéfices historiques sont loin d'avoir été équitablement répartis.
    Ensuite parce que ce faisant, on sous-estime la pluralité des intérêts et des contradictions qui existe entre la Chine et les autres régions du monde, mais aussi au sein même de la société chinoise.

  • Pourquoi et comment un médiocre parlementaire d'extrême droite, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe a-t-il pu se hisser à la tête du plus grand pays d'Amérique latine??
    L'arrivée de Bolsonaro à la présidence du Brésil n'est ni un événement fortuit, ni une parenthèse sans lendemain. Portée par une lame de fond, elle est à la fois le produit des circonstances et la conséquence d'un travail de conquête et de formatage de l'opinion par de nouvelles droites radicales et militantes.
    Dans un contexte marqué par une profonde crise économique, morale et institutionnelle, ces courants ont exploité les frustrations et les ressentiments de la société brésilienne, pour s'imposer aux affaires.
    Avec l'appui des vieilles oligarchies et des secteurs les plus conservateurs, ils entendent aujourd'hui solder l'héritage du «?lulisme?» et dicter leur agenda ultralibéral, rétrograde et autoritaire.
    Révision des droits sociaux, démantèlement des protections environnementales, privatisation des entreprises publiques, réalignement de la politique étrangère sur les États-Unis, croisade morale et sécuritaire..., le tournant engagé risque de réduire à néant les progrès démocratiques engrangés au terme de plusieurs décennies de luttes.
    Sonnée et divisée, la gauche s'est jusqu'à présent montrée impuissante à contrer la vague réactionnaire.
    Elle devra, coûte que coûte, retrouver son unité et proposer un nouveau projet mobilisateur pour éviter que le pays, champion toutes catégories des inégalités, ne s'enfonce dans l'abîme.

  • L'ampleur du désastre écologique, chiffrée à l'envi, sidère. Scientifiques et acteurs de la société civile auront mis cinquante ans à agiter les consciences, avant que l'évidence s'impose.
    Ses causes sont connues, enfin admises. Ou presque.
    Principaux responsables du gâchis environnemental, le productivisme et le consumérisme des grands producteurs et des gros consommateurs. Un mode d'exploitation séculaire de la nature, irresponsable, sans limites, mû par l'appât du gain et la logique de l'accumulation.
    Et dont les effets délétères s'accélèrent et réactualisent la sentence de Victor Hugo - « c'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches » -, la vulnérabilité des premiers étant sans commune mesure avec celle des seconds.
    Les pollueurs majeurs tardent à passer à la caisse, tandis que les secteurs populaires et les pays non industrialisés en font les frais.
    Comment les États du Sud, « émergents » ou « moins avancés », se positionnent-ils dans les négociations climatiques internationales ?
    Quelles politiques mener en vertu du principe des « responsabilités communes mais différenciées » ? Green Deal velléitaire ou System Change assumé ?
    Les concepts d'éco-impérialisme, de justice verte, d'écologie décoloniale convoqués par les mouvements qui, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, à rebours des opinions publiques, se mobilisent sur des enjeux environnementaux, apportent des réponses.
    Au carrefour des luttes sociales, des combats indigènes, du féminisme et des luttes multiples des peuples du Sud, la question écologique est devenue un prisme indispensable pour qui veut comprendre l'avenir et les possibles de l'humanité.

  • « Nous avons dit aux puissants "Nous voici" et à notre pays et au monde nous avons crié "Nous voici"... et pour être vus, nous avons caché nos visages, et pour être nommés, nous avons nié notre nom. » Le 1er janvier 1994, un claquement de fusils a retenti dans les montagnes du Chiapas pour annoncer une tempête et une prophétie. De Zapata à Porto Alegre, de Che Guevara à Pancho Villa, de Santiago du Chili à Caracas, la révolte ouvre la voie à l'émancipation. Une longue histoire qui enchante nos mémoires.

  • Huit ans plus tard, que reste-t-il des « printemps arabes » ?
    Une situation de guerre et de contre-révolu- tion domine la région. Au premier chef, en Syrie, au Yémen et en Libye, bien sûr. Mais, en réalité, sous une forme menaçante, larvée ou discontinue, aucun pays n'y échappe complètement.
    Instrumentalisés par les grandes puissances, ces conflits deviennent également, et de plus en plus, la scène où s'affirment et s'entrechoquent les intérêts et rivalités des puissances régionales émergentes (Iran, Arabie saoudite, Turquie...).
    Le risque, toutefois, est de s'en tenir à une lecture uniquement géopolitique et occidentalo-centrée, au- tour des stéréotypes que les révolutions arabes avaient justement fait voler en éclats, pour se figer dans le (faux) dilemme de la dictature ou du chaos. Et d'oc- culter les acteurs, les enjeux et la dynamique des luttes sociales à l'oeuvre.
    La déclinaison des guerres actuelles renvoie moins aux effets qu'aux causes et revendications des soulè- vements de 2010-2011, dont l'onde de choc se fait encore ressentir aujourd'hui.
    Ainsi, ces dernières années, du Rif marocain à l'Iran, de Kobané à Gaza, en passant par la Jordanie, de fortes mobilisations sociales ont secoué une région, marquée par les inégalités et la jeunesse de sa popu- lation... et continueront de la secouer à hauteur de la demande de « pain, liberté et justice sociale ».

  • Une nouvelle et terrible « révolution verte » gagne le monde, l'agrobusiness.
    Dopée par une demande alimentaire croissante, elle gagne du terrain au Sud et dévaste tout sur son passage.
    Son modèle commercial et productiviste colonise de nouveaux territoires, du bassin amazonien aux confins de la Papouasie-Occidentale en passant par le continent africain, l'« ultime frontière ».
    Avec l'appui de gouvernements, d'institutions inter na tio nales, d'agences de coopération et d'une poignée de fondations philanthropiques, ce nouveau mode de production et de commercialisation agricole s'impose peu à peu sur la planète.
    Pointées du doigt pour leur responsabilité dans la crise alimentaire de 2008 et dans le mouvement d'ac- caparement des terres qui a suivi, les grandes firmes de ce secteur ont renouvelé leur discours et remodelé leurs stratégies. Comble ! Elles se veulent désormais actrices « incontournables » de la lutte contre la faim.
    Épousant le langage onusien de la sécurité alimen- taire et nutritionnelle, elles se positionnent comme les garantes d'une transition durable et inclusive, axée sur la modernisation des agricultures familiales.
    Séduits par leurs promesses financières et techno- logiques, les pays en développement leur déroulent le tapis rouge et scellent avec elles des alliances décisives.
    Tandis que les organisations paysannes dénoncent l'imposture, les recettes proposées, prétendument « ga- gnant-gagnant » risquent d'aggraver le morcellement des communautés rurales, d'accentuer la dépendance des petits producteurs et d'accélérer le processus de privatisation des ressources au profit des acteurs do- minants.
    Fort de la contribution de plusieurs spécialistes de différents pays du Sud, l'ouvrage offre toutes les don- nées factuelles et éclaircit les enjeux actuels et futurs de cette folie agricole et écologique.

  • Affirmons-le d'emblée, le genre n'est pas un concept éthéré, délié des contextes de son émergence ou de son importation.
    Il est ouvertement politique, pour le meilleur et quelques fois pour le pire. Conçu comme un outil d'analyse critique, il a dénaturalisé et révélé le ca- ractère socialement construit de l'ordre traditionnel des sexes, ouvrant de nouvelles voies aux luttes des femmes.
    Le succès de la notion a néanmoins un prix, celui de sa reprise par des acteurs dominants, dont beau- coup l'ont réduite à un outil technocratique de ges- tion et plus encore, de contrôle social et de pouvoir.
    Le recours aux droits des femmes, devenu emblème de la modernité démocratique, a ainsi servi de caution morale à l'entreprise coloniale, aux guerres « humani- taires » et au racisme institutionnel.
    Il est un des discours légitimateurs de la mondiali- sation néolibérale. Les usages « impérialistes » du genre, tout comme son instrumentalisation pour masquer d'autres enjeux, ou encore sa politisation réactionnaire témoignent de l'ambiguïté de l'expression.
    Tantôt au service d'un « communautarisme majo- ritaire », tantôt d'une élite soucieuse de ses intérêts et privilèges.
    Pour inverser la tendance et rendre au genre sa force politique originale, des espaces de mobilisation se réinventent. L'« intersectionnalité » des luttes, en cherchant à aborder de manière égalitaire et imbri- quée, critique et dynamique, les rapports sociaux de classe, de race et de sexe, offre de nouvelles perspec- tives et rend possible de nouvelles alliances.

  • TTIP, CETA, NAFTA, TPP, RCEP... Autant de sigles qui soulèvent une opposition grandissante, y compris depuis peu en Europe.
    Ce rejet vise ce que l'Union européenne met en place, depuis des années, dans le Sud.
    Au vu des limites et de l'impasse des négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les accords de libre-échange se sont, en effet, multipliés. Ils permettent de faire progressser le libé- ralisme en contournant les oppositions, en divisant les blocs régionaux et en accentuant les rapports de force inégalitaires.
    Cette multiplication s'est doublée d'une reconfi- guration : sont ainsi apparus les méga-accords, qui couvrent une surface géographique plus étendue et un champ qui va bien au-delà de celui de l'économie.
    Ces accords soulèvent nombre de questionne- ments. Les tribunaux privés d'arbitrage constituent ainsi la partie la plus évidemment contestable d'un montage politico-économique. Ils sont les lieux et les instruments d'une néolibéralisation du monde.
    C'est à la fois le processus même de ces ac- cords - négociés dans le secret, sous la forte pres- sion combinée d'États et de lobbies privés -, leurs impacts - l'accès aux ressources naturelles, aux ser- vices sociaux de base, aux médicaments et aux se- mences - et leur logique - la subordination de l'es- pace public et de la souveraineté politique -, qui sont contestés.
    Certains acteurs sociaux - les paysans, les indi- gènes, les femmes et les travailleurs en général -, frap- pés de plein fouet, sont aussi celles et ceux qui portent la résistance et l'espoir d'une alternative.

  • Toujours rebelle, l'Amérique latine ?
    L'analyse pays par pays donne des clés pour ré- pondre à cette question.
    Pour comprendre aussi, avec une distance critique, les ressorts de la contestation, les logiques des mobili- sations, le renouvellement des revendications.
    Leurs formes oscillent entre singularités nationales et tendances continentales.
    La couleur des pouvoirs - conservateurs ou pro- gressistes - et l'orientation des politiques - libérales ou souverainistes - surdéterminent le ton des mou- vements sociaux.
    Face à la poussée « extractiviste » qui a boosté les économies nationales, de droite comme de gauche, en période d'enchérissement des matières premières, la protestation ne s'est pas unifiée.
    Elle s'est manifestée tantôt pour la redistribution des gains, contre la pauvreté et les écarts sociaux ; tan- tôt pour le buen vivir (vivre bien) et le respect de l'en- vironnement, contre l'accaparement des territoires et des ressources.
    L'enjeu qui s'impose est de surmonter les princi- paux facteurs de division des « gauches sociales » lati- no-américaines, sur fond de crise du « socialisme du 21 e siècle » et de retour des oligarchies à la tête de plusieurs États. Luttes contre l'ordre établi, mises en cause syndicales du néolibéralisme, voire du capita- lisme, résistances indigènes au saccage des forêts, ex- pressions citoyennes antiracistes, alternatives pratiques au modèle de développement dominant, affirmations féministes, dynamiques sociales et politiques émanci- patrices, actions en faveur de la démocratisation des institutions et des sociétés...
    L'agitation rebelle n'a pas fini de hanter le conti- nent des inégalités extrêmes.

  • « Fait social total », le marché touristique interna- tional s'apparente aussi à un rapport de domination.
    Il met en présence - asymétrique - opérateurs, visiteurs et visités. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s'imitent ou se dis- tinguent, les derniers se précipitent ou se retirent.
    Si la croissance continue du secteur repose sur sa massification et sa diversification, le droit à la mobi- lité récréative - 1,4 milliard de séjours à l'étranger en 2018 - reste un privilège, dont la démocratisation réelle déborderait les capacités d'absorption écolo- gique du globe.
    Pour l'heure, moins d'un humain sur quinze est en position politique, culturelle et économique de visiter les quatorze restants.
    Migrations d'agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices.
    La mise en tourisme d'une destination induit des recompositions socio-économiques, culturelles et ter- ritoriales.
    Participent-elles d'une amélioration ou d'une dé- gradation des conditions de vie des populations lo- cales ?
    Le bilan est problématique : les coûts et bénéfices engendrés par les flux de vacanciers se répartissent injustement. Et tendent à creuser les écarts.
    L'Organisation mondiale du tourisme et quan- tité d'acteurs conscients des dégâts plaident pour l'adoption de pratiques éthiques et durables. Laissant indemnes toutefois les mécanismes mêmes de l'intru- sion : dérégulation, libéralisation et marchandisation des lieux et des comportements, au service de la « tou- ristification » du monde.
    Cet ouvrage propose une critique transversale de la domination touristique (tourisme de masse, éco- tourisme, tourisme solidaire, tourisme et droits des femmes...), ainsi que des focus régionaux (Inde, Maroc, Népal , Mexique, Indonésie, Haïti...) par des analystes du Sud (économistes, sociologues, anthropologues, « touristologues » d'Asie, d'Afrique et d'Amérique la- tine).

  • Au tournant du 21e siècle, l'Asie affichait des résultats de croissance parmi les plus rapides au monde et des avancées politiques qui donnaient corps à l'idée de «?troisième vague de démocratisation?».
    Les sociétés civiles, plus encore que les États, apparaissaient comme les chevilles ouvrières des transitions en cours et leurs résistances étaient auréolées de légitimité.
    Vingt ans plus tard, l'optimisme a cédé la place au désenchantement.
    Une majorité de pays du continent sont en «?récession démocratique?».
    Glisser son bulletin de vote dans l'urne n'a pas suffi à produire les changements escomptés en termes de droits sociaux et politiques.
    Au contraire. De Rangoun à Manille, de Bangkok à Delhi, ces processus ont plusieurs fois conduit à l'avènement de forces politiques régressives et autoritaires, porteuses de nationalismes populistes et liguées aux minorités économiquement dominantes.
    Là où il y a domination, il y a résistance.
    Si cette affirmation se vérifie souvent, les offensives réactionnaires sapent néanmoins les oppositions en réduisant leurs champs de manoeuvre et leurs ressources.
    Elles jettent en outre une lumière crue sur les tensions qui les traversent.
    Les manifestations anti-blasphèmes en Indonésie, l'appui des chemises jaunes aux coups d'État militaires en Thaïlande, les exactions des organisations intégristes hindoues en Inde ou bouddhistes en ­Birmanie démontrent la plasticité des acteurs sociaux qui peuvent autant défendre que s'opposer aux idées démocratiques et progressistes.
    Une vingtaine d'auteur·es asiatiques, au profil universitaire ou acteurs de terrain, analysent dans ce livre les dynamiques sociales à l'oeuvre dans leur pays, ainsi que les principaux enjeux rencontrés par les sociétés civiles dans des contextes marqués par la croissance des inégalités et la poussée des forces politiques conservatrices et réactionnaires.

  • Continent en mouvement, l'Asie se transforme, accentuant les contrastes existants. La variété des régimes politiques, des trajectoires historiques, des niveaux de développement, des traditions culturelles et religieuses témoigne de la complexité de cet espace et des tensions qui le traversent. Des foyers de croissance côtoient des économies exsangues, des démocraties - perfectibles ou en crise - jouxtent des régimes autoritaires, des majorités de pauvres cohabitent avec les "nouveaux riches".
    Les contradictions régionales et les facteurs internes d'instabilité génèrent des climats sociaux tendus, susceptibles de mettre en péril la légitimité nationale et les ambitions politiques et économiques de plusieurs pays asiatiques. Sur l'échiquier de ces sociétés en mutation, l'acteur étatique continue à s'affirmer comme une pièce maîtresse. Les oppositions intérieures existent, mais elles peinent à s'affirmer en raison de marges d'action limitées.
    Des mesures compensatoires ou dissuasives sont ainsi déployées par des autorités attachées à leurs prérogatives et soucieuses de contenir la grogne populaire. Les mouvements de contestation sont légion aux quatre coins du continent - revendications ethniques en Birmanie et en Malaisie, clivages religieux en Inde et aux Philippines, conflits socio-environnementaux en Indonésie, en Chine, en Mongolie..., mais l'émergence de soulèvements sociaux et politiques d'envergure, sur le mode du "printemps arabe", demeure très incertaine.

  • - Venir à bout de l'emprise du crime organisé sur le trafic - La « guerre aux drogues » une politique néocoloniale - La tolérance zéro est inefficace Comme ce fut le cas aux États-Unis avec la prohibition de l'alcool dans les années 1920, la prohibition conduit aujourd'hui à une intensification de la violence liée au commerce des drogues dans le monde entier. Plus de 50 000 personnes auraient perdu la vie depuis le début de l'offensive militaire du gouvernement mexicain contre les cartels de la drogue.

  • La fiscalité joue théoriquement trois rôles dans les économies modernes : financer la dépense publique, redistribuer les richesses et orienter les comporte­ ments économiques.
    Aujourd'hui, ces trois rôles sont en crise. L'évasion fiscale prive les gouvernements de recettes vitales.
    L'évitement de l'impôt par les plus riches creuse les inégalités. Et les politiques fiscales récompensent de plus en plus, de facto, les comportements les plus prédateurs.
    La situation se révèle particulièrement critique pour les populations du Sud.
    En 2017, 82 % de la croissance a profité aux 1 % les plus riches de la planète alors que les 50 % les plus pauvres n'en ont récupéré que des miettes Les sociétés multinationales ont ainsi sans vergogne fait pression sur les gouvernements des pays pauvres afin d'obtenir des trêves fiscales et des traitements fis­ caux spéciaux dans l'exploitation des ressources tels que le pétrole, le gaz, le thé, le café, le cacao ou en­ core le coton.
    Premières victimes d'une économie « offshore » dont les architectes et les principaux bénéficiaires se trouvent au Nord, elles subissent également les fisca­ lités nationales les plus régressives.
    La « justice fiscale » y apparaît dès lors ré gu liè­ rement comme une revendication majeure.
    Mais avec quel contenu exactement ?
    Est­elle conçue comme une fin ou un moyen ?
    Comment en articuler les dimensions constitutives :
    Sociale, écologique, de genre, etc. ?
    À quelle échelle d'action la poursuivre en priorité ?
    Ces questions n'ont rien de rhétorique. À l'heure où même le FMI, l'OCDE ou encore le Forum éco­ nomique de Davos commencent à revendiquer une fiscalité plus juste, elles permettent de réfléchir aux contours et aux conditions de possibilité d'une « jus­ tice fiscale » réellement émancipatrice.

  • Aujourd'hui, le «numérique» est partout.
    Du transport à l'alimentation en passant par la santé ou le logement, difficile de trouver une sphère d'activité qui échappe encore à son emprise. Du moins dans les pays du Nord.
    Au Sud, les progrès de la numérisation restent plus inégaux. Ils n'en posent pas moins question.
    D'abord, parce que les technologies numériques reposent sur une exploitation massive des ressources de la nature - ce qu'on appelle l'«extractivisme» - et une fuite en avant écologique dont le Sud est la première victime à l'échelle mondiale.
    Ensuite, parce que leur déploiement profite avant tout à une poignée de multinationales qui concentrent un pouvoir inédit grâce à l'exploitation de quantités toujours croissantes de «?données?».
    Enfin, parce que la gouvernance et l'infrastructure globales du numérique sont aujourd'hui dominées par le Nord et le secteur privé, avec à la clé de nouvelles formes de dépendance et d'exploitation. Mais les résistances s'organisent.
    Des États cherchent à promouvoir leur «industrialisation numérique» ou plus largement leur «souveraineté technologique».
    En parallèle, des mouvements sociaux défendent un usage démocratique, écologique et émancipateur du numérique, face aux instrumentalisations du capitalisme de plateforme, mais aussi de la surveillance étatique.

  • Les femmes du tiers-monde revendiquent un agenda socio-politique spécifique qui soit sensible aux spécificités de leur contexte social, économique, culturel et historique.
    Les femmes luttent pour arracher de nouveaux droits individuels et collectifs, et pour mettre fin à des situations de violence et de discrimination.
    Les femmes du Sud, avec leur grande variété de formes et types de contestation, sont des actrices à part entière du changement social.
    Le féminisme comme système d'action et de réflexion non seulement pour l'égalité entre femmes et hommes, pour l'élargissement des droits et pour mettre en question tous les systèmes sociaux producteurs de subordination des femmes.

  • La Chine prend pied en Afrique. Bousculant l'agenda du développement et redéfinissant les équilibres géostratégiques, elle s'impose comme l'un des principaux partenaires commerciaux, fournisseurs d'aide et investisseurs du continent.
    Menace ou opportunité, cette présence croissante et multiforme suscite la polémique.
    La Chine sape-t-elle les efforts de la «communauté internationale » en faveur de la «bonne gouvernance », des «droits de l'homme» et de la «démocratie» ? N'oeuvre-t-elle pas, derrière un discours de solidarité Sud-Sud, à la seule poursuite de ses intérêts : accaparement des ressources, conquête de nouveaux marchés, élargissement de ses appuis diplomatiques ?
    Ne reproduit-elle pas en Afrique les formes de dépendance et de division internationale du travail héritées de la période coloniale ?
    A l'inverse, n'offre-t-elle pas plutôt une alternative salutaire au modèle de développement occidental et à la « tyrannie de la dette et des conditionnalités », après trois décennies d'ajustements structurels désastreux sur le plan économique et social ?
    Quels sont les véritables enjeux et les implications de l'engagement chinois en Afrique ?
    Au-delà de la diabolisation a priori ou de l'acceptation béate, quel est le regard porté par les premiers concernés, sur la nature de ce nouveau rapprochement sino-africain, sur ses effets et sur les défis qu'il pose aux populations locales ?

  • Au terme du deuxième et dernier mandat présidentiel de Lula, et au-delà de son extraordinaire popularité, quel bilan tirer de ses huit années à la tête du Brésil ? Les commentateurs ne manqueront pas de souligner les acquis du « lulisme » : une santé économique impressionnante, des indices de développement humain en hausse et un activisme diplomatique tous azimuts qui a promu ce pays-continent au rang d'acteur global incontournable. Pour autant, ces succès ne doivent pas masquer les errements et les renoncements du gouvernement Lula par rapport au projet populaire incarné historiquement par le Parti des travailleurs.

    Certes, il a mis un point d'arrêt au cycle de privatisations, réaffi rmé très nettement le rôle de l'Etat dans le pilotage de l'économie, élargi les programmes de lutte contre la pauvreté et manifesté une tolérance sans commune mesure avec celle de ses prédécesseurs à l'égard des mouvements sociaux.

    Parallèlement, trahison pour les uns, mal nécessaire pour les autres, la réforme agraire et l'indispensable redistribution des richesses ont été sacrifi ées sur l'autel de la croissance, dans la poursuite d'une politique économique bienveillante à l'égard des marchés fi nanciers et favorable aux secteurs agroexportateurs. A quel coût social et environnemental ? Quelle que soit l'appréciation des années Lula, cette dynamique « possibiliste », faite de continuités, de compromis et d'infl exions davantage que de ruptures, manifeste aussi l'étroitesse du champ d'action politique qui caractérise le système institutionnel brésilien.

  • Continent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d'inégalités extrêmes, l'Amérique latine est aussi traversée d'une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées.
    Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd'hui pour continuer à exister, à peser sur le politique. Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du « consensus de Washington » ; menacée d'instrumentalisation, de cooptation ou d'institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et à redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel.
    Un double clivage prévaut d'ailleurs au sein de la « gauche sociale » latino-américaine. Celui - de fond - qui divise tenants et opposants du neodesarrollismo, nationalisme populaire d'un côté, écosocialisme de l'autre.
    Et celui - plus stratégique - qui oppose les partisans d'un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social.
    Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l'Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l'Amérique latine, les mouvements sociaux - paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. - influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique.

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