Sciences humaines & sociales

  • Violences de genre et résistances : points de vue du Sud

    Aurélie Leroy

    • Syllepse
    • 9 Septembre 2021

    Dans l'imaginaire collectif, les violences de genre - au même titre que la pauvreté - sont souvent considérées avec fatalisme. Phénomène social banalisé, elles renvoient à l'ordre « naturel » des choses, réduites au seul fait d'«hommes violents». De la sorte, on oublie l'essentiel. Féminicides, viols, harcèlements ne résultent pas seulement de comportements isolés ou «déviants», ils témoignent de ressorts patriarcaux profonds et indiquent une même représentation de l'infériorité des femmes.
    Ces agissements s'inscrivent dans un continuum de violences qui se déploie à toutes les étapes de la vie, dans les espaces privés ou publics et sous de multiples formes - physiques, symboliques, institutionnelles... -, afin de conforter l'emprise masculine.
    La violence patriarcale a ses propres spécificités, mais pour l'aborder dans sa complexité, elle doit être articulée à d'autres structures de domination telles que le mode de production capitaliste - particulièrement abusif pour les femmes - et la matrice coloniale, qui exerce des effets concrets et durables sur les territoires et les corps - principalement ceux des travailleuses pauvres racisées.
    Dans un climat délétère pour les droits des femmes - crise sanitaire et économique, campagnes antigenre, offensives réactionnaires -, un renouveau féministe s'est affirmé ces dernières années, à partir de l'Amérique latine, autour de l'enjeu central de la violence. Et s'est amplifié, en Asie et en Afrique, par son articulation avec d'autres luttes sociales et politiques.

  • Fuir l'Amérique centrale : points de vue du Sud

    Bernard Duterme

    • Syllepse
    • 10 Mars 2022

    Quelque 500?000 personnes - dont de plus en plus de femmes et d'enfants - tenteraient d'atteindre les États-Unis chaque année. Pour pouvoir de là-bas, aider financièrement leur famille restée au pays. Les sommes envoyées représenteraient un huitième à un quart du PIB de leur contrée d'origine.
    Le phénomène, en croissance depuis les conflits politico-militaires qui ont déchiré l'isthme et les «ajustements» néolibéraux qui ont suivi, dévoile d'abord le bilan d'un modèle de développement inique.
    Guatemala, Honduras, Nicaragua, Salvador... Autant d'États de non-droit où la concentration des pouvoirs le dispute à la corruption et à l'impunité. L'exportation dérégulée de matières premières et la sous-traitance dans les zones franches restent la colonne vertébrale de ces économies.
    L'insécurité alimentaire, la précarité sociale et la vulnérabilité climatique qui en résultent sont à l'origine de l'envie de fuir. La violence sans frein des gangs - l'ONU qualifie l'Amérique centrale de «région la plus dangereuse au monde» - précipite cet exode. Et ce alors que, sur les routes de l'exil, les écueils se multiplient au gré des politiques migratoires des pays à franchir ou à atteindre.

    Les États-Unis accueillent les migrant·es au compte-gouttes, expulsent ou refoulent à tour de bras. Et externalisent leur frontière en contraignant le Mexique et l'Amérique centrale à fermer les leurs. À rebours des droits des migrant·es et sans égard pour l'indispensable démocratisation des sociétés centro-américaines.

  • Soulèvements populaires ; points de vue du Sud

    ,

    • Syllepse
    • 7 Janvier 2021

    De Haïti au Soudan, en passant par les rues d'Alger et de Hong Kong, une vague contestataire mondiale vue du Sud.
    La simultanéité, l'ampleur et la radicalité des soulèvements populaires de l'automne 2019 au Chili, en Équateur et au Liban surprennent. Elles obligent à réévaluer d'autres mouvements, débutés plus tôt et toujours en cours - en Haïti, au Soudan, en Algérie, à Hong Kong... -, et à porter un regard plus attentif sur la conflictualité sociale dans le monde.
    Au-delà des affinités relevées, la coïncidence dans le temps et la diffusion dans l'espace marquent-elles un nouveau «printemps des peuples»?
    Si les revendications et les modes d'action convergent jusqu'à un certain point, le développement des luttes demeure tributaire du mode de gestion étatique de la contestation et de la cohésion des élites au pouvoir. Et les soubassements politiques et moraux de ces mobilisations sont ancrés dans des histoires nationales, dont l'héritage est revendiqué.
    Le visage des révoltes - celui d'une jeunesse urbaine précarisée au sein de laquelle les femmes jouent un rôle important -, ainsi que l'évidence médiatique de ressorts communs - l'utilisation des réseaux sociaux, le recours aux cultures populaires, la spontanéité et l'horizontalité des modes d'organisation... - méritent d'être interrogés.
    Ces soulèvements répondent à des contextes particuliers, mais traduisent aussi de nouvelles circulations internationales des luttes. Assiste-t-on dès lors à une mondialisation de la protestation sociale??

  • Démondialisation ? points de vue du Sud

    François Pollet

    • Syllepse
    • 17 Juin 2021

    La crise sanitaire a achevé de dédiaboliser la démondialisation, soit l'idée d'un recul de l'interdépendance des économies, longtemps accaparée par la droite populiste.
    La nécessité de récupérer des formes de souveraineté politique sur la production et l'échange de biens met désormais tout le monde d'accord, ou presque.
    Si, derrière la rhétorique, la plupart des dirigeants envisagent des ajustements pragmatiques, soit le rapatriement des secteurs industriels jugés stratégiques, une défiance plus forte vis-à-vis du libre-échange s'est installée dans l'opinion occidentale.
    Elle est alimentée par les délocalisations, la paupérisation des classes populaires et la conversion au « local » d'une classe moyenne « ouverte sur le monde », mais tourmentée par la crise environnementale.
    Le rôle de champions du libre-échange a-t-il dès lors été récupéré par les pays émergents, que d'aucuns présentent comme les gagnants de la mondialisation ?
    En partie seulement, comme le montre la décision de l'Inde de tourner le dos à l'immense zone de libreéchange asiatique.
    Plus largement, l'intégration aux chaînes de valeur internationales coexiste avec la volonté de se recentrer sur les marchés intérieurs et de protéger des importations certains secteurs productifs.
    Dans le même temps, la prétention des États au monopole du contrôle sur les territoires, au nom du développement national, est contestée par des acteurs paysans et indigènes, qui défendent une conception plus populaire et locale de la souveraineté.

  • Pourquoi et comment un médiocre parlementaire d'extrême droite, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe a-t-il pu se hisser à la tête du plus grand pays d'Amérique latine??
    L'arrivée de Bolsonaro à la présidence du Brésil n'est ni un événement fortuit, ni une parenthèse sans lendemain. Portée par une lame de fond, elle est à la fois le produit des circonstances et la conséquence d'un travail de conquête et de formatage de l'opinion par de nouvelles droites radicales et militantes.
    Dans un contexte marqué par une profonde crise économique, morale et institutionnelle, ces courants ont exploité les frustrations et les ressentiments de la société brésilienne, pour s'imposer aux affaires.
    Avec l'appui des vieilles oligarchies et des secteurs les plus conservateurs, ils entendent aujourd'hui solder l'héritage du «?lulisme?» et dicter leur agenda ultralibéral, rétrograde et autoritaire.
    Révision des droits sociaux, démantèlement des protections environnementales, privatisation des entreprises publiques, réalignement de la politique étrangère sur les États-Unis, croisade morale et sécuritaire..., le tournant engagé risque de réduire à néant les progrès démocratiques engrangés au terme de plusieurs décennies de luttes.
    Sonnée et divisée, la gauche s'est jusqu'à présent montrée impuissante à contrer la vague réactionnaire.
    Elle devra, coûte que coûte, retrouver son unité et proposer un nouveau projet mobilisateur pour éviter que le pays, champion toutes catégories des inégalités, ne s'enfonce dans l'abîme.

  • L'urgence écologique vue du Sud

    Bernard Duterme

    • Syllepse
    • 24 Septembre 2020

    L'ampleur du désastre écologique, chiffrée à l'envi, sidère. Scientifiques et acteurs de la société civile auront mis cinquante ans à agiter les consciences, avant que l'évidence s'impose.
    Ses causes sont connues, enfin admises. Ou presque.
    Principaux responsables du gâchis environnemental, le productivisme et le consumérisme des grands producteurs et des gros consommateurs. Un mode d'exploitation séculaire de la nature, irresponsable, sans limites, mû par l'appât du gain et la logique de l'accumulation.
    Et dont les effets délétères s'accélèrent et réactualisent la sentence de Victor Hugo - « c'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches » -, la vulnérabilité des premiers étant sans commune mesure avec celle des seconds.
    Les pollueurs majeurs tardent à passer à la caisse, tandis que les secteurs populaires et les pays non industrialisés en font les frais.
    Comment les États du Sud, « émergents » ou « moins avancés », se positionnent-ils dans les négociations climatiques internationales ?
    Quelles politiques mener en vertu du principe des « responsabilités communes mais différenciées » ? Green Deal velléitaire ou System Change assumé ?
    Les concepts d'éco-impérialisme, de justice verte, d'écologie décoloniale convoqués par les mouvements qui, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, à rebours des opinions publiques, se mobilisent sur des enjeux environnementaux, apportent des réponses.
    Au carrefour des luttes sociales, des combats indigènes, du féminisme et des luttes multiples des peuples du Sud, la question écologique est devenue un prisme indispensable pour qui veut comprendre l'avenir et les possibles de l'humanité.

  • Moyen-Orient et Afrique du Nord ; état des luttes

    Frédéric Thomas

    • Syllepse
    • 3 Janvier 2019

    Huit ans plus tard, que reste-t-il des « printemps arabes » ?
    Une situation de guerre et de contre-révolu- tion domine la région. Au premier chef, en Syrie, au Yémen et en Libye, bien sûr. Mais, en réalité, sous une forme menaçante, larvée ou discontinue, aucun pays n'y échappe complètement.
    Instrumentalisés par les grandes puissances, ces conflits deviennent également, et de plus en plus, la scène où s'affirment et s'entrechoquent les intérêts et rivalités des puissances régionales émergentes (Iran, Arabie saoudite, Turquie...).
    Le risque, toutefois, est de s'en tenir à une lecture uniquement géopolitique et occidentalo-centrée, au- tour des stéréotypes que les révolutions arabes avaient justement fait voler en éclats, pour se figer dans le (faux) dilemme de la dictature ou du chaos. Et d'oc- culter les acteurs, les enjeux et la dynamique des luttes sociales à l'oeuvre.
    La déclinaison des guerres actuelles renvoie moins aux effets qu'aux causes et revendications des soulè- vements de 2010-2011, dont l'onde de choc se fait encore ressentir aujourd'hui.
    Ainsi, ces dernières années, du Rif marocain à l'Iran, de Kobané à Gaza, en passant par la Jordanie, de fortes mobilisations sociales ont secoué une région, marquée par les inégalités et la jeunesse de sa popu- lation... et continueront de la secouer à hauteur de la demande de « pain, liberté et justice sociale ».

  • Zapatisme : la rébellion qui dure

    Collectif

    • Syllepse
    • 27 Mai 2014

    « Nous avons dit aux puissants "Nous voici" et à notre pays et au monde nous avons crié "Nous voici"... et pour être vus, nous avons caché nos visages, et pour être nommés, nous avons nié notre nom. » Le 1er janvier 1994, un claquement de fusils a retenti dans les montagnes du Chiapas pour annoncer une tempête et une prophétie. De Zapata à Porto Alegre, de Che Guevara à Pancho Villa, de Santiago du Chili à Caracas, la révolte ouvre la voie à l'émancipation. Une longue histoire qui enchante nos mémoires.

  • Amérique latine ; état des résitances,dans le Sud

    Bernard Duterme

    • Syllepse
    • 4 Janvier 2018

    Toujours rebelle, l'Amérique latine ?
    L'analyse pays par pays donne des clés pour ré- pondre à cette question.
    Pour comprendre aussi, avec une distance critique, les ressorts de la contestation, les logiques des mobili- sations, le renouvellement des revendications.
    Leurs formes oscillent entre singularités nationales et tendances continentales.
    La couleur des pouvoirs - conservateurs ou pro- gressistes - et l'orientation des politiques - libérales ou souverainistes - surdéterminent le ton des mou- vements sociaux.
    Face à la poussée « extractiviste » qui a boosté les économies nationales, de droite comme de gauche, en période d'enchérissement des matières premières, la protestation ne s'est pas unifiée.
    Elle s'est manifestée tantôt pour la redistribution des gains, contre la pauvreté et les écarts sociaux ; tan- tôt pour le buen vivir (vivre bien) et le respect de l'en- vironnement, contre l'accaparement des territoires et des ressources.
    L'enjeu qui s'impose est de surmonter les princi- paux facteurs de division des « gauches sociales » lati- no-américaines, sur fond de crise du « socialisme du 21 e siècle » et de retour des oligarchies à la tête de plusieurs États. Luttes contre l'ordre établi, mises en cause syndicales du néolibéralisme, voire du capita- lisme, résistances indigènes au saccage des forêts, ex- pressions citoyennes antiracistes, alternatives pratiques au modèle de développement dominant, affirmations féministes, dynamiques sociales et politiques émanci- patrices, actions en faveur de la démocratisation des institutions et des sociétés...
    L'agitation rebelle n'a pas fini de hanter le conti- nent des inégalités extrêmes.

  • De l'usage du genre ; état des résistances dans le Sud

    Aurélie Leroy

    • Syllepse
    • 14 Juin 2018

    Affirmons-le d'emblée, le genre n'est pas un concept éthéré, délié des contextes de son émergence ou de son importation.
    Il est ouvertement politique, pour le meilleur et quelques fois pour le pire. Conçu comme un outil d'analyse critique, il a dénaturalisé et révélé le ca- ractère socialement construit de l'ordre traditionnel des sexes, ouvrant de nouvelles voies aux luttes des femmes.
    Le succès de la notion a néanmoins un prix, celui de sa reprise par des acteurs dominants, dont beau- coup l'ont réduite à un outil technocratique de ges- tion et plus encore, de contrôle social et de pouvoir.
    Le recours aux droits des femmes, devenu emblème de la modernité démocratique, a ainsi servi de caution morale à l'entreprise coloniale, aux guerres « humani- taires » et au racisme institutionnel.
    Il est un des discours légitimateurs de la mondiali- sation néolibérale. Les usages « impérialistes » du genre, tout comme son instrumentalisation pour masquer d'autres enjeux, ou encore sa politisation réactionnaire témoignent de l'ambiguïté de l'expression.
    Tantôt au service d'un « communautarisme majo- ritaire », tantôt d'une élite soucieuse de ses intérêts et privilèges.
    Pour inverser la tendance et rendre au genre sa force politique originale, des espaces de mobilisation se réinventent. L'« intersectionnalité » des luttes, en cherchant à aborder de manière égalitaire et imbri- quée, critique et dynamique, les rapports sociaux de classe, de race et de sexe, offre de nouvelles perspec- tives et rend possible de nouvelles alliances.

  • La domination touristique

    Bernard Duterme

    • Syllepse
    • 13 Septembre 2018

    « Fait social total », le marché touristique interna- tional s'apparente aussi à un rapport de domination.
    Il met en présence - asymétrique - opérateurs, visiteurs et visités. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s'imitent ou se dis- tinguent, les derniers se précipitent ou se retirent.
    Si la croissance continue du secteur repose sur sa massification et sa diversification, le droit à la mobi- lité récréative - 1,4 milliard de séjours à l'étranger en 2018 - reste un privilège, dont la démocratisation réelle déborderait les capacités d'absorption écolo- gique du globe.
    Pour l'heure, moins d'un humain sur quinze est en position politique, culturelle et économique de visiter les quatorze restants.
    Migrations d'agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices.
    La mise en tourisme d'une destination induit des recompositions socio-économiques, culturelles et ter- ritoriales.
    Participent-elles d'une amélioration ou d'une dé- gradation des conditions de vie des populations lo- cales ?
    Le bilan est problématique : les coûts et bénéfices engendrés par les flux de vacanciers se répartissent injustement. Et tendent à creuser les écarts.
    L'Organisation mondiale du tourisme et quan- tité d'acteurs conscients des dégâts plaident pour l'adoption de pratiques éthiques et durables. Laissant indemnes toutefois les mécanismes mêmes de l'intru- sion : dérégulation, libéralisation et marchandisation des lieux et des comportements, au service de la « tou- ristification » du monde.
    Cet ouvrage propose une critique transversale de la domination touristique (tourisme de masse, éco- tourisme, tourisme solidaire, tourisme et droits des femmes...), ainsi que des focus régionaux (Inde, Maroc, Népal , Mexique, Indonésie, Haïti...) par des analystes du Sud (économistes, sociologues, anthropologues, « touristologues » d'Asie, d'Afrique et d'Amérique la- tine).

  • Asie : des pouvoirs et des luttes ; points de vue du Sud

    Aurélie Leroy

    • Syllepse
    • 9 Janvier 2020

    Au tournant du 21e siècle, l'Asie affichait des résultats de croissance parmi les plus rapides au monde et des avancées politiques qui donnaient corps à l'idée de «?troisième vague de démocratisation?».
    Les sociétés civiles, plus encore que les États, apparaissaient comme les chevilles ouvrières des transitions en cours et leurs résistances étaient auréolées de légitimité.
    Vingt ans plus tard, l'optimisme a cédé la place au désenchantement.
    Une majorité de pays du continent sont en «?récession démocratique?».
    Glisser son bulletin de vote dans l'urne n'a pas suffi à produire les changements escomptés en termes de droits sociaux et politiques.
    Au contraire. De Rangoun à Manille, de Bangkok à Delhi, ces processus ont plusieurs fois conduit à l'avènement de forces politiques régressives et autoritaires, porteuses de nationalismes populistes et liguées aux minorités économiquement dominantes.
    Là où il y a domination, il y a résistance.
    Si cette affirmation se vérifie souvent, les offensives réactionnaires sapent néanmoins les oppositions en réduisant leurs champs de manoeuvre et leurs ressources.
    Elles jettent en outre une lumière crue sur les tensions qui les traversent.
    Les manifestations anti-blasphèmes en Indonésie, l'appui des chemises jaunes aux coups d'État militaires en Thaïlande, les exactions des organisations intégristes hindoues en Inde ou bouddhistes en ­Birmanie démontrent la plasticité des acteurs sociaux qui peuvent autant défendre que s'opposer aux idées démocratiques et progressistes.
    Une vingtaine d'auteur·es asiatiques, au profil universitaire ou acteurs de terrain, analysent dans ce livre les dynamiques sociales à l'oeuvre dans leur pays, ainsi que les principaux enjeux rencontrés par les sociétés civiles dans des contextes marqués par la croissance des inégalités et la poussée des forces politiques conservatrices et réactionnaires.

  • Asie ; état des résistances dans le sud

    Aurélie Leroy

    • Syllepse
    • 3 Janvier 2013

    Continent en mouvement, l'Asie se transforme, accentuant les contrastes existants. La variété des régimes politiques, des trajectoires historiques, des niveaux de développement, des traditions culturelles et religieuses témoigne de la complexité de cet espace et des tensions qui le traversent. Des foyers de croissance côtoient des économies exsangues, des démocraties - perfectibles ou en crise - jouxtent des régimes autoritaires, des majorités de pauvres cohabitent avec les "nouveaux riches".
    Les contradictions régionales et les facteurs internes d'instabilité génèrent des climats sociaux tendus, susceptibles de mettre en péril la légitimité nationale et les ambitions politiques et économiques de plusieurs pays asiatiques. Sur l'échiquier de ces sociétés en mutation, l'acteur étatique continue à s'affirmer comme une pièce maîtresse. Les oppositions intérieures existent, mais elles peinent à s'affirmer en raison de marges d'action limitées.
    Des mesures compensatoires ou dissuasives sont ainsi déployées par des autorités attachées à leurs prérogatives et soucieuses de contenir la grogne populaire. Les mouvements de contestation sont légion aux quatre coins du continent - revendications ethniques en Birmanie et en Malaisie, clivages religieux en Inde et aux Philippines, conflits socio-environnementaux en Indonésie, en Chine, en Mongolie..., mais l'émergence de soulèvements sociaux et politiques d'envergure, sur le mode du "printemps arabe", demeure très incertaine.

  • Impasses numériques ; points de vue du Sud

    Cédric Leterme

    • Syllepse
    • 19 Mars 2020

    Aujourd'hui, le «numérique» est partout.
    Du transport à l'alimentation en passant par la santé ou le logement, difficile de trouver une sphère d'activité qui échappe encore à son emprise. Du moins dans les pays du Nord.
    Au Sud, les progrès de la numérisation restent plus inégaux. Ils n'en posent pas moins question.
    D'abord, parce que les technologies numériques reposent sur une exploitation massive des ressources de la nature - ce qu'on appelle l'«extractivisme» - et une fuite en avant écologique dont le Sud est la première victime à l'échelle mondiale.
    Ensuite, parce que leur déploiement profite avant tout à une poignée de multinationales qui concentrent un pouvoir inédit grâce à l'exploitation de quantités toujours croissantes de «?données?».
    Enfin, parce que la gouvernance et l'infrastructure globales du numérique sont aujourd'hui dominées par le Nord et le secteur privé, avec à la clé de nouvelles formes de dépendance et d'exploitation. Mais les résistances s'organisent.
    Des États cherchent à promouvoir leur «industrialisation numérique» ou plus largement leur «souveraineté technologique».
    En parallèle, des mouvements sociaux défendent un usage démocratique, écologique et émancipateur du numérique, face aux instrumentalisations du capitalisme de plateforme, mais aussi de la surveillance étatique.

  • Amérique latine ; état des résistances dans le Sud

    Bernard Duterme

    • Syllepse
    • 5 Janvier 2012

    Continent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d'inégalités extrêmes, l'Amérique latine est aussi traversée d'une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées.
    Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd'hui pour continuer à exister, à peser sur le politique. Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du « consensus de Washington » ; menacée d'instrumentalisation, de cooptation ou d'institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et à redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel.
    Un double clivage prévaut d'ailleurs au sein de la « gauche sociale » latino-américaine. Celui - de fond - qui divise tenants et opposants du neodesarrollismo, nationalisme populaire d'un côté, écosocialisme de l'autre.
    Et celui - plus stratégique - qui oppose les partisans d'un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social.
    Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l'Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l'Amérique latine, les mouvements sociaux - paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. - influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique.

  • La Chine prend pied en Afrique. Bousculant l'agenda du développement et redéfinissant les équilibres géostratégiques, elle s'impose comme l'un des principaux partenaires commerciaux, fournisseurs d'aide et investisseurs du continent.
    Menace ou opportunité, cette présence croissante et multiforme suscite la polémique.
    La Chine sape-t-elle les efforts de la «communauté internationale » en faveur de la «bonne gouvernance », des «droits de l'homme» et de la «démocratie» ? N'oeuvre-t-elle pas, derrière un discours de solidarité Sud-Sud, à la seule poursuite de ses intérêts : accaparement des ressources, conquête de nouveaux marchés, élargissement de ses appuis diplomatiques ?
    Ne reproduit-elle pas en Afrique les formes de dépendance et de division internationale du travail héritées de la période coloniale ?
    A l'inverse, n'offre-t-elle pas plutôt une alternative salutaire au modèle de développement occidental et à la « tyrannie de la dette et des conditionnalités », après trois décennies d'ajustements structurels désastreux sur le plan économique et social ?
    Quels sont les véritables enjeux et les implications de l'engagement chinois en Afrique ?
    Au-delà de la diabolisation a priori ou de l'acceptation béate, quel est le regard porté par les premiers concernés, sur la nature de ce nouveau rapprochement sino-africain, sur ses effets et sur les défis qu'il pose aux populations locales ?

  • Interventions humanitaires ?

    Collectif

    • Syllepse
    • 16 Novembre 2004

    Le surgissement de la controverse autour des concepts de " droit " ou de " devoir d'ingérence " date du début des années 1990 et de l'avènement du nouvel ordre mondial unipolaire.
    Aujourd'hui, les crises dites " humanitaires " et les guerres dites " préventives " ont replacé au coeur des débats internationaux la problématique d'un interventionnisme en quête de légitimation éthique ou juridique. Dans les conditions actuelles, l'ambiguïté de l'action humanitaire reste totale. Souvent instrumentalisés ou récupérés, ses promoteurs et leurs intentions apparaissent inféodés aux intérêts géostratégiques et aux politiques du " deux poids, deux mesures " des grandes puissances.
    Sur le terrain dès lors, l'amalgame entre interventions humanitaire et militaire prévaut. Dans d'autres situations, les ressorts et la logique du " complexe humanitaro-urgencier " continuent de poser question. L'organisation de la charité se substitue-t-elle aux programmes de développement ? L'ingérence humanitaire ne trahit-elle pas un aveu d'échec converti en urgence ? Comment s'articulent, dans les pays " assistés ".
    Intervenants extérieurs et acteurs locaux ? Et pour quels effets et résultats, en termes de durabilité et de reconstruction démocratique et égalitaire ?

  • Le Brésil de Lula ; un bilan contrasté

    Laure Delcourt

    • Syllepse
    • 25 Mars 2010

    Au terme du deuxième et dernier mandat présidentiel de Lula, et au-delà de son extraordinaire popularité, quel bilan tirer de ses huit années à la tête du Brésil ? Les commentateurs ne manqueront pas de souligner les acquis du « lulisme » : une santé économique impressionnante, des indices de développement humain en hausse et un activisme diplomatique tous azimuts qui a promu ce pays-continent au rang d'acteur global incontournable. Pour autant, ces succès ne doivent pas masquer les errements et les renoncements du gouvernement Lula par rapport au projet populaire incarné historiquement par le Parti des travailleurs.

    Certes, il a mis un point d'arrêt au cycle de privatisations, réaffi rmé très nettement le rôle de l'Etat dans le pilotage de l'économie, élargi les programmes de lutte contre la pauvreté et manifesté une tolérance sans commune mesure avec celle de ses prédécesseurs à l'égard des mouvements sociaux.

    Parallèlement, trahison pour les uns, mal nécessaire pour les autres, la réforme agraire et l'indispensable redistribution des richesses ont été sacrifi ées sur l'autel de la croissance, dans la poursuite d'une politique économique bienveillante à l'égard des marchés fi nanciers et favorable aux secteurs agroexportateurs. A quel coût social et environnemental ? Quelle que soit l'appréciation des années Lula, cette dynamique « possibiliste », faite de continuités, de compromis et d'infl exions davantage que de ruptures, manifeste aussi l'étroitesse du champ d'action politique qui caractérise le système institutionnel brésilien.

  • Mouvements de femmes

    Aurélie Leroy

    • Syllepse
    • 7 Janvier 2016

    Les femmes du tiers-monde revendiquent un agenda socio-politique spécifique qui soit sensible aux spécificités de leur contexte social, économique, culturel et historique.
    Les femmes luttent pour arracher de nouveaux droits individuels et collectifs, et pour mettre fin à des situations de violence et de discrimination.
    Les femmes du Sud, avec leur grande variété de formes et types de contestation, sont des actrices à part entière du changement social.
    Le féminisme comme système d'action et de réflexion non seulement pour l'égalité entre femmes et hommes, pour l'élargissement des droits et pour mettre en question tous les systèmes sociaux producteurs de subordination des femmes.

  • Droites militantes et mobilisations réactionnaires

    Laurent Delcourt

    • Syllepse
    • 22 Mars 2018

    L'inquiétante montée des ultra-droites et des mou- vements populistes conservateurs, de nouvelles droites militantes, identitaires, néolibérales ou ultra-conserva- trices, des ethno-nationalismes, des fondamentalismes religieux... n'est pas un phénomène propre aux pays du Nord.
    Conséquences de la destruction des sociabilités tra- ditionnelles, de la dissolution des repères culturels et du déclin des utopies politiques, sur fond d'une aggra- vation des inégalités, ces forces sociales réactionnaires prennent également racine dans le Sud, où elles sapent les fragiles bases de ses démocraties fragiles.
    Manifestations pro-impeachment au Brésil, mobili- sations monarchistes en Thaïlande ou encore montée des fondamentalismes en Inde, dans le monde arabe et ailleurs...
    À rebours des luttes émancipatrices qui ont fleu- ri dans le Sud au cours des dernières décennies, les mouvements réactionnaires ont aujourd'hui le vent en poupe.
    Gardiens de l'ordre moral, nostalgiques d'un passé fantasmé, pourfendeurs de l'universalisme des droits humains et adversaires de l'État social, ils ont consoli- dé leur assise populaire, au point d'être désormais en mesure de peser sur l'agenda politique, voire de faire et de défaire des gouvernements.
    Marqueurs de l'explosion des inégalités, de la dis- solution des tissus sociaux et du brouillage des repères culturels, religieux et identitaires, engendrés par l'ou- verture indiscriminée des marchés, ces « contre-mou- vements » sociaux exploitent les ressentiments des perdants de la mondialisation au profit d'intérêts par- ticuliers ou de groupes dominants.
    En ce sens, ils constituent un inquiétant indicateur des évolutions en cours et de l'état des rapports de force.
    Pour la première fois, ce volume d'Alternatives Sud s'intéresse à ces « contre-mouvements sociaux » ou « contre-sociétés civiles ».
    Quels sont leurs ressorts ?
    Comment expliquer leur succès ?
    Quelle est leur incidence sur les politiques natio- nales ?
    Telles sont les questions auxquelles entendent ré- pondre les analyses d'auteurs du Sud rassemblées ici.
    En croisant points de vue et éclairages nationaux sur cette offensive réactionnaire, l'idée est finalement de mieux cerner les tensions et les conflits qui tra- versent ces sociétés, dans un contexte international de concurrence exacerbée.
    Mais aussi de jauger l'état des rapports de forces sociales et politiques qui les modèlent, dans une pers- pective globale, critique et comparative.

  • Quêtes d'industrialisation au sud

    François Polet

    • Syllepse
    • 20 Juin 2019

    Transformer ses matières premières plutôt que les exporter à des prix vils ou instables. Longtemps consi- dérée comme la « voie royale du développement », l'in- dustrialisation est aujourd'hui un enjeu marginal au sein des discours internationaux sur le développement.
    Révolution néolibérale, lutte contre la pauvreté et urgence écologique sont passées par là. Autrefois clé du « nouvel ordre économique international » défendu par les forces se réclamant du « tiers-monde », elle a pris le rôle de « mère de tous les maux » - pollutions, exploitation des travailleurs et des travailleuses, expro- priations... - dans le plaidoyer d'une certaine société civile post-industrielle.
    Il existe, dans ce domaine comme dans tant d'autres, un déphasage Nord-Sud indéniable : davantage que ses effets négatifs potentiels, ce sont les ingrédients du décollage industriel qui sont au centre des préoccupa- tions des élites intellectuelles et politiques dans beau- coup de pays pauvres et émergents.
    En la matière, bonne gouvernance et libéralisation ne font plus recette, l'exemple est-asiatique démon- trant le rôle décisif des politiques industrielles et des marges de manoeuvre nationales.
    Si l'essor de la Chine fascine, il est aussi à l'origine du mouvement inquiétant de « désindustrialisation précoce » qui touche les économies latino-américaines et africaines. L'inversion de cette tendance est possible et ne dépend pas de la seule faculté des États à attirer les investisseurs étrangers en misant sur le moins-di- sant social, environnemental ou fiscal.

  • Le racisme a la peau dure mais il sait se faire élastique. Il résiste à sa condamnation en sacralisant le clivage entre « eux » et « nous » sur base d'attributs non plus uniquement physiques, mais culturels.
    La mondialisation, tout en diluant les particularismes dans le moule de la modernité, alimente les résurgences identitaires et renforce l'hétérogénéité culturelle des groupes sociaux sur fond de flux migratoires et d'accroissement de la mobilité. Comment articuler égalité et différence dans une perspective citoyenne et démocratique ? La question se pose dans les sociétés « accueillant » des populations immigrées, comme dans celles qui abritent des minorités ethniques et nationales. Des modèles « intégrateurs » aux variantes multiples ont vu le jour au Nord comme au Sud. Quels sont les enjeux de ces politiques ? Reconnaître la diversité dans la perspective d'un projet national commun ? Certaines expériences génèrent des liens collectifs nouveaux, certes conflictuels, imparfaits et inachevés, d'autres aboutissent au rejet parfois violent de pans entiers de la population.
    Si le racisme plonge ses racines dans les inquiétudes culturelles et les peurs identitaires, il a aussi partie liée avec l'exploitation économique et sociale. Discriminations et inégalités se confondent-elles pour autant ? Tantôt le combat pour le respect de la diversité et la lutte contre les dominations sociales vont de pair, tantôt ils s'ignorent, voire s'opposent, dans les principes, comme dans la pratique.

  • Luttes syndicales ; état des résistances dans le Sud

    Frédéric Thomas

    • Syllepse
    • 8 Janvier 2015

    - Un panorama des luttes syndicales dans les pays émergents.
    - La lutte des classes dans les pays du Sud par ceux qui la mènent.
    - Du Guatemala à l'Afrique du Sud : un état des luttes.
    Les luttes sociales et la conflictualité dans les pays du Sud sont rarement évoquées du point de vue des syndicalistes qui, dans des contextes souvent hostiles et répressifs, tentent de faire valoir des droits élémentaires et d'arracher des conquêtes sociales. De la lutte noyée dans le sang des mineurs sud-africains aux manifestations des ouvriers du textile dans le sous-continent indien, ce numéro livre un panorama global.

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