Symetrie

  • Cristóbal de Morales, « Lumière de l'Espagne en musique », est sans doute l'un des compositeurs les plus fascinants de la Renaissance. Auteur d'une oeuvre saisissante par sa densité et sa subtilité, bien que relativement peu abondante, sa musique continue encore à captiver les auditeurs d'aujourd'hui.

    Cet ouvrage vient combler le grand vide qui jusqu'à présent régnait sur l'une des périodes créatrices les moins connues du compositeur : celle qui a précédé son séjour romain, que l'on devine, grâce aux oeuvres du manuscrit de Valladolid, beaucoup plus riche et féconde que ce que nous imaginions auparavant.

    L'auteur tente de relever les défis de cette personnalité complexe et de décrypter à la fois ses premières données biographiques et les controverses dont il a été l'objet au fil des siècles, et offre au lecteur des transcriptions et analyses des musiques de sa toute première période, dont un motet et un magnificat inédits à ce jour.

    Trois partitions à l'usage des choeurs seront publiées simultanément.

  • Lorsque l'opéra-comique apparaît au début du xviiie siècle, il est apparenté à la farce et à la comédie. Cependant, les travaux consacrés à l'étude du genre soulignent l'ambiguïté du terme « comique » : en effet, si le caractère comique semble initialement constituer un trait définitoire, l'évolution de la forme suggère bientôt une redéfinition voire une éviction du rire. Cet ouvrage a pour objectif de reconsidérer la dimension comique du genre aux xviiie et xixe siècles, examinant tant l'apport de compositeurs comme Auber, Bizet, Duni, Grétry et Ildefonse Luce, que l'enracinement de l'opéra-comique dans le vaudeville et la parodie, ou encore l'évolution des conventions à l'époque d'Offenbach et de Delibes. Entre musicologie, littérature et arts du spectacle, l'ouvrage rend compte de la variété de l'expression comique, qu'il s'agisse d'oeuvres fondatrices ou de manifestations plus originales, des procédés suscitant le rire et le sourire, de l'interprétation et du jeu sur la scène, des échanges avec d'autres scènes/formes, ou des questions théoriques soulevées - de la censure aux usages de l'institution. Ces approches croisées interrogent en filigrane la définition même de l'opéra-comique, et incitent à mettre l'accent sur des principes clés du genre, comme la notion d'emploi. Il en émerge un panorama assez nouveau qui invite à revaloriser le comique comme une composante essentielle du genre.

  • Le fait d'être une femme a-t-il eu, historiquement, une incidence sur les pratiques des musiciennes ? S'il est aujourd'hui avéré que le genre du musicien n'influe pas directement sur le son produit - à l'exception évidente de la voix -, les interdits sociaux ou culturels qui pesaient et pèsent encore sur les pratiques musicales féminines ont nécessairement eu des conséquences sur ces dernières, qu'il s'agisse du choix de l'instrument, de la position de l'instrumentiste ou de l'accès même des femmes à l'apprentissage de la musique.
    Les différentes contributions envisagent ces questions en examinant un large spectre de pratiques musicales, allant de la composition à l'interprétation instrumentale et vocale, en passant par le professorat et le mécénat, les activités rémunérées ou non, les performances privées, publiques ou semi-publiques. Différents espaces sont ainsi pris en considération?: le foyer, la cour, le couvent, l'académie, la ville, le conservatoire, la scène, autant de lieux qui, de la Renaissance à la fin du xixe siècle, ont joué un rôle ambivalent pour les pratiques musicales des femmes en Europe occidentale.
    À travers ces études de cas, on mesure les mutations et les constantes des attendus de la féminité, ainsi que la redéfinition permanente des contours du licite et de l'illicite, de la décence et de l'inconvenance, en fonction des époques et des contextes sociaux et culturels. À la croisée de l'histoire culturelle de la musique, de l'histoire des femmes et de l'histoire du genre, cet ouvrage place les femmes au centre de l'histoire de la musique tout en mettant en lumière le rôle des pratiques musicales dans la constitution des normes de genre et leurs perpétuelles transformations.

  • Cet ouvrage n'a pas tant pour but de se pencher une fois de plus sur les oeuvres de Mozart en tant que telles que de poser un problème nouveau : de son vivant et dans les années qui suivirent sa mort, « quel Mozart » a-t-on connu ? Quelle image du compositeur a peu à peu émergé ? Comment, concrètement, s'est formé « notre » Mozart ?

    Peut-on tenter d'esquisser à grands traits ce que fut la réception de Mozart en France, jusque vers 1830 ? Il apparaît clairement que, dans les quelque vingt premières années du xixe siècle, celle-ci accède à une dimension nouvelle, dont témoignent tant les programmes de concert que l'activité des éditeurs de musique : le passé s'introduit dans l'écoute et la pratique de la musique. Bénéficiaire de cette mutation capitale, la musique de Mozart en est aussi le moteur.

    Cependant, en ce qui concerne Mozart, le véritable changement a déjà commencé quelques années auparavant. 1801 marque un « tournant décisif », avec trois événements d'une importance capitale : la première représentation des Mystères d'Isis, l'installation à Paris d'une troupe allemande qui donne Die Entführung aus dem Serail en langue originale et enfin la publication des premières biographies de Mozart en français (Winckler, Cramer). Celles-ci jouent un rôle essentiel dans la formation du « mythe Mozart » : nourri d'« anecdotes miraculeuses », celui-ci mettra en valeur tant « l'enfant prodige » qu'une nouvelle conception du « génie ».

  • Fondée en 1890 par des musiciens du Grand-Théâtre et par une poignée de notables montpelliérains amateurs de musique, la Société des concerts symphoniques de Montpellier propose chaque année six à huit manifestations dans la salle de concerts du théâtre. De 1890 à 1903, elle en organise soixante-dix-neuf dont la programmation exemplaire laisse deviner une activité artistique ambitieuse à la hauteur des aspirations de la cité languedocienne, période durant laquelle celle-ci fête le sixième centenaire de l'Université, fonde l'hôpital Saint-Éloi et redonne vie à son GrandThéâtre (incendié en 1882 et reconstruit en 1888). La Société profite de sa proximité avec l'orchestre du Grand-Théâtre dirigé par Armand Granier, premier président de la S.C.S.M., et avec l'École de musique, située au premier étage du même bâtiment.

    Son activité étend le réseau des sociétés de concert fondées depuis le Second Empire à Toulouse, Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Rennes ou Angers, dont l'objectif est de diffuser la musique classique auprès des masses, suivant le modèle parisien initié par Jules Pasdeloup. Organisée selon le principe de la souscription et pratiquant une tarification modeste, la S.C.S.M. cherche son identité entre concert populaire d'une part et concert semi-public fondé et soutenu par une élite fortunée, sans recourir à la subvention, d'autre part.

    Sa dissolution en 1903 coïncide avec la crise de l'industrie viticole régionale et met momentanément fin à une activité symphonique du plus haut niveau, faisant de la S.C.S.M. l'ancêtre, tardif mais parmi les plus remarquables, de l'Orchestre de Montpellier fondé en 1979.

  • Quel a été l'impact de l'invention de l'imprimerie sur la culture musicale du xvie siècle ? Telle est la question à laquelle ce livre tente d'apporter une réponse en abordant tous les aspects du phénomène. En retraçant l'histoire des débuts de l'imprimerie musicale et ses fondements technologiques, économiques et sociaux, l'auteur présente le marché des éditions musicales qui s'est ainsi formé, analyse la relation entre le contenu et la forme extérieure des éditions ainsi que les conditions économiques dans lesquelles celles-ci ont circulé. Les liens de concurrence entre les ateliers d'imprimeurs sont également détaillés, avec pour toile de fond le milieu du mécénat qui a permis leur floraison.
    La typographie a participé au développement de la culture musicale en permettant l'unification d'un répertoire européen, mais elle a également contribué à accentuer les différences entre genres et styles musicaux. Garante de la longévité de certains types d'expression musicale, elle s'est également fait le véhicule promotionnel de nouvelles oeuvres ainsi que des réactions des compositeurs face aux événements religieux ou politiques du moment. Le nouveau médium a influencé non seulement la circulation du répertoire mais également la conscience des compositeurs, leur sens de l'autorité et de l'individualité.
    L'auteur du livre défend l'idée d'un vaste élargissement de l'horizon social et esthétique de la culture musicale grâce à la révolution de l'imprimerie. De nouveaux types de composition musicale sont apparus et le public de la musique imprimée s'est lui aussi considérablement élargi. Cet ouvrage montre comment ces divers phénomènes se trouvent, à la naissance de l'ère moderne, liés entre eux, en observant comment certains - initiés au xvie siècle - sont toujours sensibles au sein la culture d'aujourd'hui.

  • Par leur longévité - plus de quarante ans -, par le nombre des concerts - entre un et trois par semaine en moyenne -, par le faste des moyens humains et financiers et par la diversité des lieux qui les accueillirent (Versailles, Marly, Fontainebleau, Compiègne.), les concerts de la reine Marie Leszczynska furent incontestablement l'une des plus importantes structures permanentes de concerts de l'Europe du xviiie siècle.
    Inscrits dans la continuité des concerts d'appartement institués sous le règne de Louis XIV, les concerts de la Reine programmèrent essentiellement des actes d'opéra exécutés indépendamment de la scène lyrique. Si le choix de mettre une oeuvre au programme des concerts de la Reine peut s'interpréter comme une démarche d'ordre artistique ou esthétique mettant en mouvement des acteurs multiples et conduisant à promouvoir un goût musical spécifique, on ne doit cependant jamais perdre de vue qu'il s'agissait d'abord d'un acte dont la portée était clairement d'ordre symbolique et politique. En ce sens, ces manifestations constituèrent un creuset totalement singulier dans le monde du concert au siècle des Lumières, creuset où l'affirmation d'une tradition nationale se conjugua avec l'émergence du concept nouveau de musique classique.

  • Pionnier de l'ultrachromatisme et de la musique microtonale, Ivan Wyschnegradsky se distingue par une proposition esthétique et théorique d'une exceptionnelle originalité, contemporaine des courants symbolistes, futuristes et constructivistes : "l'espace pansonore".
    Né en 1893 à Saint-Pétersbourg, Wyschnegradsky a émigré en France en 1920 et a vécu à Paris jusqu'à sa mort, en 1979. Si ses années d'études et l'éclosion de sa vocation se déroulent en Russie, l'ensemble de son oeuvre de maturité voit le jour sur le sol français. Plus d'un siècle après sa naissance - et trente ans après sa mort -, nous avons voulu relier les pans d'une histoire dispersée et restituer les échanges esthétiques qui marquent, au début du XXe siècle, les relations entre la Russie et l'Europe. Cette époque, largement décrite et commentée dans les domaines de la peinture (de Malévitch à Kandinsky), du cinéma, de la danse et de la littérature, n'a pas encore fait l'objet d'une analyse approfondie dans le domaine de la musique. En rassemblant en un seul volume les écrits inédits de la période russe (1916-1925) ainsi que les nombreuses contributions de Wyschnegradsky à des revues musicales dans les décennies ultérieures, cette édition critique et commentée des écrits du compositeur permet de rendre lisible la continuité de sa pensée esthétique et théorique et de réinterroger le contexte artistique dans lequel son oeuvre a été élaborée

  • André Hodeir (1921-2011) est une figure multiple et paradoxale : élève au Conservatoire de Paris et violoniste au Hot Club de France, stagiaire chez Pierre Schaeffer et compositeur de musiques de films, homme de radio au Club d'Essai et de presse à la tête de la revue Jazz hot, simultanément auteur du célèbre essai Hommes et problèmes du jazz et d'un « ?Que sais-je ? ?» sur La Musique étrangère contemporaine, admirant d'un même élan Thelonious Monk et Jean Barraqué. En surplomb pourtant de tous ces visages, André Hodeir était d'abord un compositeur. Fondateur du Jazz Groupe de Paris, compagnon de route de Martial Solal, auteur de partitions essentielles telles que Jazz cantata ou Anna Livia Plurabelle (d'après James Joyce), Hodeir laisse derrière lui une oeuvre musicale importante et singulière : « Une sorte d'autre jazz possible, un jazz imaginaire, fragile édifice rêvé un instant hors de l'histoire réelle », comme l'écrivit un critique au seuil des années 1980. Un double du jazz, en somme, dont ce livre retrace aussi bien les fondements que les réalisations.
    Pierre Fargeton offre tout à la fois une biographie méticuleuse, une discussion des soubassements théoriques et une analyse fouillée des oeuvres mettant en lumière des concepts musicaux originaux. Si Hodeir est souvent cité comme «?passeur?» entre deux cultures musicales qui coexistaient dans la France d'après-guerre (le jazz et la musique contemporaine), ce sont ici la singularité et la diversité de son invention qui éclairent d'un jour nouveau de larges pans de l'­histoire de la musique, du sérialisme à l'appropriation française du jazz américain en passant par le développement de la figure du compositeur-écrivain, sur une période allant des années 1940 aux années 1980.

  • Figure majeure de la création musicale au cours de la seconde moitié du xxe siècle, Toru Takemitsu (1930-1996) attachait aussi une grande importance à l'écriture qu'il a pratiquée tout au long de sa vie, passant du manifeste esthétique au récit littéraire, de l'analyse musicale au portrait, de l'aphorisme à l'essai développé.
    Proche de personnalités telles qu'Isamu Noguchi, Akira Kurosawa, Jasper Johns ou Kenzaburo ?, Takemitsu ne se limite pas au cadre musical dans ses écrits?: on est frappé par la variété et la richesse des centres d'intérêt du compositeur, bien au-delà de la confrontation entre Orient et Occident à laquelle son nom a souvent été associé. Les textes de Takemitsu sont une traversée de la mémoire, des émotions, des mondes artistiques et musicaux. Son art de la métaphore, ancré dans la perception, réticent à la généralisation théorique, résonne aujourd'hui avec force. Ces écrits témoignent aussi bien de la vie créative du compositeur que d'une grande richesse culturelle et artistique du Japon de la seconde moitié du xxe siècle.
    La sélection minutieuse des textes présentés, traduits et annotés dans cet ouvrage permettra au lectorat francophone de découvrir sous un nouveau jour l'univers esthétique d'un compositeur qui, bien que joué et célébré depuis longtemps en Occident, s'avère mal connu.

  • François-Henri-Joseph Blaze (1784-1857), dit Castil-Blaze - surtout connu aujourd'hui pour ses adaptations françaises particulièrement libres d'ouvrages de Mozart, Weber, Donizetti et Rossini - fut également critique, compositeur et historien de la scène lyrique française. Dans la continuité de ses ouvrages sur les grandes institutions musicales parisiennes (Chapelle royale et impériale, Opéra, Théâtre-Italien), il se pencha sur l'histoire de l'opéra-comique ; étude que son décès laissa à l'état de manuscrit. Depuis la création des théâtres de la Foire jusqu'à la fin des années 1830, Castil-Blaze propose - en compilant sources anciennes et connaissances personnelles - l'analyse d'un genre musical où se mêlent reconstitution du répertoire, récits anecdotiques et réflexions esthétiques. Cette première édition du texte est complétée par une série d'index (personnes, ?uvres, incipit, notions, lieux et institutions) corrigeant certaines erreurs de l'auteur et facilitant la lecture de ce texte riche et foisonnant.

  • Les paraphrases poétiques sur les psaumes font l'objet, dans la France du xviie siècle, d'un véritable engouement, dont témoigne en particulier le nombre élevé d'éditions pourvues d'une notation musicale. Cette publication aborde l'un des aspects éditoriaux les plus singuliers de ce vaste corpus, représenté par cinq psautiers complets parus entre 1624 et 1663 avec l'adjonction de mélodies à voix seule. Dans leur présentation et la disposition même de la musique, ces psautiers semblent adopter un modèle rendu courant depuis le milieu du xvie siècle, et dont la diffusion la plus large fut assurée à partir de 1562 par le psautier dit « de Genève ». En pleine époque d'exercice de l'Édit de Nantes, il s'agira d'examiner comment ces cinq psautiers du xviie siècle, initialement conçus au sein de milieux catholiques, définissent leur identité mélodique. Entre des tournures relevant d'un écho calculé du psautier réformé, et des procédés au contraire conçus dans le sens d'un éloignement, l'examen des écarts ou des similitudes mélodiques permettra de faciliter la lisibilité d'une véritable cartographie musicale du psautier en vers français au xviie siècle, dont il n'existe jusqu'à présent aucun état dans les rares études abordant le sujet.

  • Le XXe siècle musical n'a eu de cesse de renouveler les langages, les techniques d'écriture et les outils technologiques, mais aussi d'en observer les principes, voire d'en prescrire les règles. Comme Baudelaire l'avait annoncé, avec la modernité naît l'exigence de l'artiste raisonnant son art et découvrant les lois en vertu desquelles il crée.
    Nourris d'expériences littéraires ou plastiques, de concepts philosophiques et des avancées de la science (mathématique, physique, acoustique...), les compositeurs du siècle dernier nous ont ainsi légué nombre d'articles, d'entretiens, de lettres, de manifestes, de livres, de documents divers et de recherches parfois inédites, mais transmises par une tradition orale ou leur propre pédagogie. Ils y traitent de la musique, de ses fondements, ainsi que de leurs oeuvres déjà écrites ou encore en devenir, pour en dévoiler les arcanes ou accompagner leur projet.
    Beaucoup de ces théories, individuelles ou collectives, explicites ou plus secrètes, ont été commentées par la musicologie, mais il n'en existait à ce jour aucun panorama synthétique destiné au mélomane, à l'étudiant ou au musicien. Théories de la composition musicale au XXe siècle entend combler cette lacune et montrer la vigueur de ces théories, de Schoenberg aux contemporains en passant par le minimalisme. Rédigé par les meilleurs spécialistes, ravivant sans cesse les équilibres entre idées, faits historiques et analyses de partitions, il présente plus d'une soixantaine de chapitres de référence introduisant à des corpus d'écrits de compositeurs ou à des notions plus transversales, qui ont architecturé la musique occidentale tout au long du siècle passé.

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