Verticales

  • Réparer les vivants

    Maylis de Kerangal

    • Verticales
    • 2 Janvier 2014

    «Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps.» Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

  • Un monde à portée de main

    Maylis de Kerangal

    • Verticales
    • 16 Août 2018

    Le monde à portée de main s'attache à la technique du trompe-l'oeil, en privilégiant le destin d'un personnage, Paula Karst, et son itinéraire d'apprentissage. Nous la découvrons au sortir de l'adolescence, alors qu'elle intègre en 2007 le fameux Institut supérieur de peinture, rue du Métal, à Bruxelles.
    Là-bas, elle va découvrir toutes les façons de reproduire des textures minérales, végétales, animales, et nouer une relation troublante avec son colocataire, Jonas - énigmatique jeune homme à casquette qui s'avère déjà un peintre en décor surdoué -, ainsi qu'une forte amitié avec une autre étudiante, Kate - grande gigue écossaise aussi débrouillarde qu'impulsive.
    Ensemble, ils forment un trio indéfectible qui nous initie aux mystères de la maille de chêne, aux veinules d'or du marbre noir Portor et aux écailles imbriquées d'une carapace de tortue.
    Une fois diplômée, Paula commence à exercer son métier à Paris, à Moscou, et surtout en Italie, en particulier au coeur de la « Fabbrica dei sogni » : Cinecittà. Elle va y déployer son savoir-voir notamment pour le décor du film Habemus Papam, avant de tomber sous le charme d'un « faussaire » aguerri, le Charlatan, qui lui fait découvrir les splendeurs et décrépitudes des studios romains. Au final, sept années épuisantes et ensorcelantes.
    Au terme de ces expériences, Paula reçoit en janvier 2015 une proposition de rêve, via Jonas qui a décliné l'offre : être embauchée dans le vaste projet de reconstitution de la grotte de Lascaux. La voilà qui migre en Dordogne, s'imprègne de l'archéologie des images rupestres pour participer au « fac-similé ultime », Lascaux IV. Les origines du monde sont « à portée de [sa] main ». Maintenant, elle se sent fin prête à peindre, comme aux premiers jours de l'humanité.
    Ce roman d'apprentissage esthétique et existentiel s'intéresse autant au parcours d'une jeune femme en devenir qu'aux enjeux majeurs d'un artisanat du faux, culminant dans la réplique à l'identique des oeuvres pariétales de nos lointains ancêtres. En consacrant sa fiction à un mode mineur, sinon méprisé, de la peinture, Maylis de Kerangal nous donne aussi la clef du matérialisme enchanté qui habite son écriture.

  • Ma cruauté

    François Bégaudeau

    • Verticales
    • 3 Mars 2022

    Ça s'ouvre sur un cadavre, livré par le narrateur à la "trop douce" Juliette. Elle qui d'habitude explique et guérit tout ne comprend pas. Comment l'étudiant bien éduqué qu'elle a aimé dix ans plus tôt en est arrivé là ?
    Il va raconter. Il y passera la nuit s'il le faut. Il parlera cru.
    Le prof de fac jadis humaniste va décrire un enchaînement nécessaire de faits arbitraires survenus à l'université de M., où victimes et bourreaux permutent, où le vengeur tombe dans la trappe qu'il a creusée. Où l'arroseur finit comme on sait.
    Il voulait jouer avec le pire de l'époque, avec la dinguerie survoltée des réseaux sociaux, avec la concupiscence vernie de morale. Il était autant le jouet que le joueur, autant la plaie que le couteau.
    Et maintenant il en rit.

  • Corniche Kennedy

    Maylis de Kerangal

    • Verticales
    • 25 Août 2008

    " les petits cons de la corniche.
    La bande. on ne sait les nommer autrement. leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept, et c'est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison. " le temps d'un été, quelques adolescents désoeuvrés défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche kennedy. derrière ses jumelles, un commissaire, chargé de la surveillance de cette zone du littoral, les observe.
    Entre tolérance zéro et goût de l'interdit, les choses vont s'envenimer. apre et sensuelle, la magie de ce roman ne tient qu'à un fil, le fil d'une écriture sans temps morts, cristallisant tous les vertiges.

  • Naissance d'un pont

    Maylis de Kerangal

    • Verticales
    • 26 Août 2010

    «À l´aube du second jour, quand les buildings de Coca montent, soudain perpendiculaires à la surface du fleuve, c´est un autre homme qui sort des bois, c´est un homme hors de lui, c´est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre et d´acier, irise les nappes d´hydrocarbures moirées arc-en-ciel qui auréolent la surface du fleuve, et les plaques de métal taillées en triangle qui festonnent le bordé de la pirogue, rutilant dans la lumière, dessinent une mâchoire ouverte.» Ce livre part d´une ambition à la fois simple et folle : raconter la construction d´un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire à partir des destins croisés d´une dizaine d´hommes et femmes, tous employés du gigantesque chantier. Un roman-fleuve, «à l´américaine», qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court.

  • Canoës

    Maylis de Kerangal

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    • 13 Mai 2021

    « J'ai conçu Canoës comme un roman en pièces détachées : une novella centrale, «Mustang», et autour, tels des satellites, sept récits. Tous sont connectés, tous se parlent entre eux, et partent d'un même désir : sonder la nature de la voix humaine, sa matérialité, ses pouvoirs, et composer une sorte de monde vocal, empli d'échos, de vibrations, de traces rémanentes. Chaque voix est saisie dans un moment de trouble, quand son timbre s'use ou mue, se distingue ou se confond, parfois se détraque ou se brise, quand une messagerie ou un micro vient filtrer leur parole, les enregistrer ou les effacer. J'ai voulu intercepter une fréquence, capter un souffle, tenir une note tout au long d'un livre qui fait la part belle à une tribu de femmes - des femmes de tout âge, solitaires, rêveuses, volubiles, hantées ou marginales. Elles occupent tout l'espace. Surtout, j'ai eu envie d'aller chercher ma voix parmi les leurs, de la faire entendre au plus juste, de trouver un «je», au plus proche. ».
    (M. de K.)

  • Certainement pas

    Chloé Delaume

    • Verticales
    • 3 Septembre 2004

    Dans le fumoir d'un pavillon de l'hôpital Sainte-Anne, tr ois hommes et trois femmes se confrontent à leur passé secrètement lourd d'abjections quotidiennes et de compromissions.
    Orchestrée par le fantôme du Docteur Lenoir, une étrange partie de Cluedo tiendra lieu de procès, laissant au fil des tours chacun se démasquer.
    Tous ont commis un crime : celui d'avoir cédé, de s'être adapté, de s'être fait les serviles serviteurs d'un système, d'avoir plié le genou devant les valeurs dominantes.
    Pour ces six personnages en quête de coeur, les pathologies ne sont que des refuges, ultime échappatoire après une trop tardive prise de conscience. Attachants dans leur aveuglement, ils n'en restent pas moins coupables. Représentatifs à l'extrême des travers de la société contemporaine ; victimes, ces personnages ne le sont certainement pas.
    Je ne vous rendrai pas ce qui fut dévoré. Je ne vous rendrai rien, ni mémoire, ni hommage, ni monnaie de la pièce. Je ne suis pas là pour ça. Même s'il est évident que je vous ai menti. J'ai dit à mon entrée : je ne suis pas là pour vous juger. Je suis bien là pour écouter, accoucher peut-être, constater, accompagner vos sales aveux. Je ne suis pas là pour vous juger, je persiste mais j'ajoute : nuance. Lorsque j'ai dit juger je ne songeais pas verdict, je pensais à la peine, il y en a assez, assez tellement de peine qu'on dirait du chagrin.

  • Croire aux fauves

    Nastassja Martin

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    • 10 Octobre 2019

    « Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Les limites physiques entre un humain et une bête, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné. » Croire aux fauves est le récit d'un corps-à-corps entre un ours et une anthropologue au Kamtchatka. Et comme Nastassja Martin le souligne immédiatement, c'est une blessure et une renaissance, dont elle sortira en partie défigurée, mais surtout transfigurée. La singularité de son point de vue a toujours tenu à son engagement avec les peuples étudiés - les Gwich'in de l'Alaska puis les Évènes d Kamtchatka -, engagement si total qu'il a parfois aboli les distances soi-disant objectives et soulevé en elle des interrogations vertigineuses.
    Ainsi, avec cet ours, s'est-elle confrontée à une figure essentielle des mythologies locales, « l'âme sauvage », comme si cette bête fauve était le point de collision entre savoirs scientifiques et implication animiste.
    Outre ce motif initial, elle relate les nombreuses opérations subies en Russie à l'hôpital de Petropavlosk, puis en France à La Salpêtrière ou au CHU de Grenoble. Au cours d'une énième hospitalisation, de nouvelles menaces surviennent, une maladie nosocomiale puis un risque de tuberculose. Face à ces sombres perspectives, la rescapée décide de retourner sur les lieux du « baiser de l'ours ». Et c'est dans ce refuge d'une inquiétante familiarité qu'elle approfondit les questionnements qui l'ont assaillie depuis des mois, les met au diapason d'une pleine Nature habitée par des croyances ancestrales et des solidarités élémentaires, mais aussi à l'épreuve des préjugés de certains habitants envers la « miedka » qu'elle est devenue, mi-femme mifauve.
    Ultime stigmatisation qui va nourrir son désir de pousser plus loin encore sa méditation anthropologique.

  • Aller avec la chance

    Iliana Holguín Teodorescu

    • Verticales
    • 8 Octobre 2020

    On aime beaucoup, aujourd'hui, les prévisions et bien peu le hasard, on vit, voyage, part même à l'aventure avec des certitudes, alors la chance ne sait où se mettre, elle reste abandonnée là, sur le bas-côté.
    Pourtant, j'ai trouvé en elle une charmante compagne de route - elle, la chance, qui entraîne dans son sillage d'innombrables rencontres et questionnements en tous genres.
    Quant au « où » et au « comment », sachez que tout se déroule dans des camions et voitures, aux côtés de conducteurs qui m'ont prise en auto-stop au fil de leurs contrées sud-américaines, sur un itinéraire de précisément 9356 kilomètres.

  • Chroniques d'une station-service

    Alexandre Labruffe

    • Verticales
    • 22 Août 2019

    Chroniques d'une station-service donne la parole à un pompiste, un certain Beauvoire, dont le patronyme aux résonnances littéraires ne change a priori rien à sa fonction routinière : gérer via les écrans de contrôle les allées et venues des automobilistes, tenir la caisse ou le bar.
    Sa station-service, située à Pantin en banlieue limitrophe de Paris, pourrait devenir l'épicentre d'un drame social ou d'un braquage avec force adrénaline, mais l'auteur a préféré en faire le poste d'observation idéal du contemporain à travers les yeux d'un être moins quelconque qu'il n'y paraît.
    D'un tempérament contemplatif, l'employé-narrateur scrute et commente l'apparente inertie du quotidien (« non-agir » et « non-être »). En « vigie sociétale », il traque jour après nuit des bribes de transcendance ou de poésie involontaire dans les discours et les attitudes des clients, tel un « zombie mélancolique » épiant depuis sa « capsule » un univers qui lui serait étranger.
    De cette position, il tire une réflexion sur l'espace périurbain avec drôlerie et gravité : l'essence comme drogue en déclin d'une société postmoderne (« un monde totalement junkie dont je serais le principal dealer »). D'où les références amusées, voire détournées, du pompistephilosophe aux écrits de Jean Baudrillard ou à une biographie de Scott Fitzgerald, ainsi que les débats érudits avec son pote Nietzland durant leurs interminables parties de dames.
    Sublimant l'art du bref en authentique roman, Alexandre Labruffe nous entraîne dans un dédale fictionnel, une multiplicité d'intrigues minimalistes, où se débat la conscience d'un individu à la fois hors du temps et extra-lucide sur son époque. Tendre et caustique, Chroniques d'une station-service est une tentative d'épuisement d'un non-lieu exemplaire, sinon d'une société en manque - d'essence, de sens. Par petites touches impressionnistes, l'auteur explore le terrain de l'infra-ordinaire, du fiasco, de l'acte manqué, pour en extraire les matières premières d'une imagination déjantée.

  • Avec ce récit documentaire, Cyrille Martinez se penche sur un des sports les plus pratiqués en France:la course à pied. Lui-même runner précoce, ancien pigiste du Provençal et homme de livres, son approche n'en est que plus originale et ludique, émouvante autant que sociologique. Le marathon de Jean-Claude tient ensemble divers points de vue:celui du coach décrivant les étapes d'un entraînement, celui du médecin conscient des risques psychophysiologiques, celui du chroniqueur sportif tenant en haleine son public, celui de l'anthropologue décrivant un rite populaire loin du jogging urbain, et enfin celui de l'amateur averti partageant le ressenti de ses personnages. En quinze chapitres, l'auteur réinvente sa façon de raconter des exploits éphémères et des champions sans qualités, pour mieux les faire entrer en littérature.

  • Début de siècles

    Arnaud Cathrine

    • Verticales
    • 6 Janvier 2022

    Une comédienne, de nos jours, décide de ne plus jouer le jeu en se retirant de la société. Jean Cocteau, dans les années 1920, se débat avec sa passion pour Raymond Radiguet. Un adolescent traque avec fébrilité sa première fois lors d'un été à Berck et affronte l'insoupçonné en lui. Annemarie Schwarzenbach se sent écartelée entre ses désirs d'Orient et le devoir de lutter dans une Europe séduite par le fascisme. Un jeune homme s'éprend d'une femme qui dit avoir renoncé à l'amour...
    Onze personnages réels ou imaginaires, à l'aube de deux siècles, le XXe et le nôtre, tentent d'empoigner leur liberté. Rien de la déliquescence d'une fin de siècle mais, bien au contraire, des lignes de vie, des désirs d'émancipation, un parfum de commencement du monde. D'un monde à soi.

  • éloge des batards

    Olivia Rosenthal

    • Verticales
    • 22 Août 2019

    Dès le prologue, l'héroïne et narratrice, Lily, est l'objet d'un phénomène surnaturel. Un matin, devant l'étal d'un poissonnier, la voilà soudain en osmose avec le commerçant, à tel point qu'il lui semble tout connaître de son existence. Désormais, elle devra faire avec ce don télépathique, la possibilité d'entrer par effraction dans l'esprit de n'importe qui. Expérience vertigineuse qui va bientôt l'obliger à juguler les effets pervers de son étrange pouvoir en limitant les interactions avec ses semblables.
    Suite à cette première révélation, l'auteure saute une quinzaine d'années pour soumettre son héroïne à d'autres aléas déstabilisants, ceux d'une dystopie urbanistique. Lily habite à présent une zone érigée de tours et traversée de voies rapides. Pour échapper à ce cadre de vie déshumanisant, elle est entrée en contact avec un petit groupe d'activistes clandestins qui essayent de contrer par des coups d'éclat symboliques les diktats imposant couvre-feu et régulation des déplacements. En tout, huit hommes et femmes : Sturm, Macha, Clarisse, Fox, Gell, Filasse, Full et Oscar.
    Jusqu'au jour où une imprudence de Macha ayant failli très mal tourner, les conspirateurs se réunissent pour mieux se coordonner. Mais leur débat prend un détour inattendu : Fox lâche un début de confidence puis, assailli de questions, se voit contraint de narrer par le menu les rencontres avortées avec son père. Une autre nuit, l'ex-junkie Macha va dévider le fil d'un destin où les manques familiaux épousent d'autres sevrages. Et ainsi de suite. Ce rituel, loin de détourner le groupe de sa visée militante, noue entre ses membres des liens d'intimité mutuelle.
    Éloge des bâtards est une vaste chambre d'échos, d'histoires croisées, de biographies plurielles.
    Au diapason de neuf voix se stimulant les unes les autres, ce roman, s'il témoigne des legs écrasants de la bâtardise et de l'atomisation de nos solitudes urbaines, raconte avant tout comment des enfants abandonnés, marginalisés, ont su bricoler des solutions provisoires avec leurs manques.

  • Le noir est une couleur

    Grisélidis Réal

    • Verticales
    • 11 Mars 2005

    Ce roman autobiographique naît avec les années 60.
    Jeune mère, Grisélidis Réal s'enfuit en Allemagne avec ses enfants et Bill, son amant noir, arraché à un asile psychiatrique genevois. Au terme de leur cavale, l'étrange famille échoue à Munich. Pour survivre, la narratrice, sans souteneur ni tabou, s'y prostitue. Mais avec Rodwell, un soldat noir américain rencontré dans un bar interlope, tout redevient possible, malgré la misère. A travers ce destin d'exception, rendu par un style âpre et saisissant, on découvrira une Allemagne méconnue, celle des boîtes de jazz pour GI's, des petits trafiquants de marijuana et des campements de rescapés tziganes.

  • Entre les murs

    François Bégaudeau

    • Verticales
    • 12 Janvier 2006

    Ne rien dire, ne pas s'envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l'ignorance, au pied du mur. Montrer comment c'est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par des gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse.
    Entre les murs s'inspire de l'ordinaire tragi-comique d'un professeur de français. Dans ce roman écrit au plus près du réel, François Bégaudeau révèle et investit l'état brut d'une langue vivante, la nôtre, dont le collège est la plus fidèle chambre d'échos.

  • Précipitations

    Sophie Weverbergh

    • Verticales
    • 6 Janvier 2022

    Pétra a trente-sept ans, elle est enceinte, mère d'un petit garçon, belle-mère - marâtre, pense-t-elle - de deux autres enfants. Pétra vit au bord de l'évier, entourée d'eau sale et de vaisselle ; elle rêve (mais c'est peut-être un cauchemar) de disparaître par la bonde. Pétra a les mains longues (dignes d'être racontées) et des oreilles sensibles qui laissent tout passer. S'il arrive à certaines personnes d'entendre des voix, Pétra, elle, les entend toutes à la fois. Un jour, au cirque, ces voix - rugueuses, enjôleuses, trop nombreuses - lui intiment de s'échapper. Et ce jour-là, Pétra ne se fait pas prier.

  • Le monde comme il débloque

    Jean-Charles Massera

    • Verticales
    • 7 Avril 2022

    Jouant sur la reprise décalée de discours, entre mots d'ordre officiels et dénis flagrants, Jean-Charles Massera s'attaque depuis vingt ans à nos travers les plus communs, y compris le complexe du mâle blanc en crise qu'il incarne souvent à ses dépens.
    Le monde comme il débloque se présente en trois parties : les solos, les duos et les polylogues. Mis en continuité, ces récits, situations et autres conversations offrent un percutant regard sur notre modernité. Si les textes ici rassemblés n'ont rien perdu de leur pouvoir corrosif, c'est que l'écrivain absorbe et retranscrit l'oralité d'une façon visionnaire, sondant nos contradictions intimes et collectives, et offre ainsi un répertoire scénique pour les nouvelles générations.

  • Ceux qui trop supportent

    Arno Bertina

    • Verticales
    • 14 Octobre 2021

    « Fraternité, expertise, pertinence politique... Voilà ce qui se dégage des combats sociaux lorsqu'ils sont vécus de l'intérieur, et non via ces caméras de télévision indifférentes à la joie des ouvriers se découvrant une voix qui porte. Peut-être ces salariés de La Souterraine m'ont-ils séduit, aussi, car je les ai vus lucides mais courageux, et plein d'allant malgré l'épée de Damoclès qu'ils savaient pendue au-dessus de leur tête. (...) Leur intelligence m'a aimanté. ».

    En 2017, Arno Bertina rencontre des salariés en lutte sur le site de l'usine GM&S (équipementier automobile). Au lieu d'y voir un pur écho à son roman Des châteaux qui brûlent, il va recueillir leurs témoignages quatre années durant, et ainsi rendre hommage à la fierté ouvrière, à leur résistance inventive et obstinée. Ceux qui trop supportent est un récit documentaire nerveux, haletant et d'une humanité poignante.

  • En guerre

    François Bégaudeau

    • Verticales
    • 16 Août 2018

    «À supposer qu'ils habitent la même ville, Louisa Makhloufi et Romain Praisse y resteraient-ils encore cent ans que la probabilité qu'ils se croisent, s'avisent et s'entreprennent resterait à peu près nulle. En sorte que si l'une des 87 caméras de surveillance installées en 2004 par les techniciens d'un prestataire privé de la mairie les voit se croiser, s'aviser, s'entreprendre, ce ne sera qu'à la faveur d'un dérèglement des trajectoires lié à une conjonction hasardeuse de faits nécessaires».

    Dans une France contemporaine fracturée, François Bégaudeau met en regard violence économique et drame personnel, imaginant une exception romanesque comme pour mieux confirmer les règles implicites de la reproduction sociale.

  • Des châteaux qui brûlent

    Arno Bertina

    • Verticales
    • 24 Août 2017

    «De la masse qu'on formait autour de lui, "avec lui" pour ainsi dire, une main aurait pu s'extraire sans que personne, ensuite, ne soit en mesure de dire qui était au bout, quel bras et quel visage, et elle l'aurait frappé, lui, et ç'aurait été le déclencheur d'autres coups de poing, la curée, le truc pour se vider sur une victime, le bouc émissaire - que nos blessures et nos misères elles changent de camp».

    Des châteaux qui brûlent raconte la séquestration d'un secrétaire d'État par les salariés d'un abattoir placé en liquidation judiciaire. Arno Bertina y fait résonner la parole singulière de toutes les forces en présence - comment elles s'affrontent et libèrent des puissances insoupçonnées. Dans le huis clos de l'usine occupée, chacun se découvre du souffle. Ce roman dit les heurts et bonheurs d'une insurrection aujourd'hui.

  • Wonder landes

    Labruffe Alexandre

    • Verticales
    • 19 Août 2021

    De retour dans la forêt des Landes suite à l'incarcération de son frère aîné, rattrapé par ses souvenirs d'enfance, harcelé par les SMS & SOS du détenu, bouleversé par l'agonie du père, cerné par les huissiers, Alexandre Labruffe oscille entre stupeur et parano, non-dits et délires. Via cette généalogie du désordre, ponctuée de moments burlesques ou de phases paniques, il brise le miroir, parle à ses fantômes.

  • Grief

    Ismaël Jude

    • Verticales
    • 3 Février 2022

    « je me suis demandé ce que c'était qu'être une femme j'ai creusé en mon être et j'ai trouvé la colère elle avait toujours été là ».

    Empruntant la voix d'une soeur imaginaire de Pierre Rivière - un assassin du XIXe siècle dont Michel Foucault a exhumé les aveux manuscrits -, la narratrice se ressource auprès d'autres figures séculaires de la féminité violentée afin d'exorciser ses blessures d'enfance. Avec ce bref roman, Ismaël Jude prouve qu'un écrivain peut se transmuer en une vengeresse et semer un trouble contagieux dans le(s) genre(s).

  • «Je passe mon temps à voler des gens. Dans le métro, dans la rue, au café, sur la plage. Ce peut être une femme, un homme, un adolescent, une enfant, un couple... J'ai toujours un carnet et un stylo sur moi. Je tente de les deviner, aucun ne doit me rester étranger, je veux les garder, je finis par les inventer, ce que je nomme voler.» Avec ces soixante-cinq récits brefs, Arnaud Cathrine capte les vies potentielles de celles et ceux qu'il croise, tout en renvoyant aux fantasmes de celui qui les regarde. J'entends des regards que vous croyez muets propose donc un jeu de miroirs entre ces inconnus propices à la fiction et l'autoportrait de l'auteur devenu à son tour un personnage à part entière.

  • Les fils conducteurs

    Guillaume Poix

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    • 24 Août 2017

    «Quand les enfants crèvent les écrans, quand ils arrachent le plastique et fractionnent les écorces de cette forêt véreuse, quand ils posent les doigts sur les fils conducteurs, les dénudant de leur enveloppe isolante pour atteindre l'âme dont ils jaugent la souplesse, le courant pourrait surgir, s'accrocher à leurs phalanges, les mordre - et puis les avaler».

    Près du port d'Accra, au Ghana, dans une immense décharge de produits électroniques, Isaac et Moïse initient Jacob à la «fouille». Trois jeunes garçons plongés dans les déchets de l'obsolescence industrielle auxquels Guillaume Poix donne une grâce singulière. Ce premier roman captive tant par son style lyrique et son ambition documentaire que par l'humour impitoyable qui interroge les zones troubles du regard occidental.

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