Edimaf

  • L'erreur spirite

    Rene Guenon

    • Edimaf
    • 10 Mars 2021

    Une des grandes erreurs des philosophes modernes consiste à confondre le concevable et l'imaginable. Cette erreur est particulièrement visible chez Kant, mais elle ne lui est pas spéciale, et elle est même un trait général de la mentalité occidentale, du moins depuis que celle-ci s'est tournée à peu près exclusivement du côté des choses sensibles. Pour quiconque fait une semblable confusion, il n'y a évidemment pas de métaphysique possible. Le monde corporel, comportant des possibilités indéfinies, doit contenir des êtres dont la diversité est pareillement indéfinie. Pourtant, ce monde tout entier ne représente qu'un seul état d'existence, défini par un certain ensemble de conditions déterminées, qui sont communes à tout ce qui s'y trouve compris, encore qu'elles puissent s'y exprimer de façons extrêmement variées. Si l'on passe d'un état d'existence à un autre, les différences seront incomparablement plus grandes, puisqu'il n'y aura plus de conditions communes, celles-là étant remplacées par d'autres qui, d'une façon analogue, définissent cet autre état. Il n'y aura donc plus, cette fois, aucun point de comparaison avec l'ordre corporel et sensible envisagé dans son intégralité, et non plus seulement dans telle ou telle de ses modalités spéciales, comme celle qui constitue, par exemple, l'existence terrestre.

  • Le Kybalion

    Collectif

    • Edimaf
    • 1 Avril 2014

    Voici une étude sur la philosophie hermétique de l'ancienne Egypte et de l'ancienne Grèce par Trois Initiés. Traduit de l'anglais par M. André Durville au début du XXème siècle. Le véritable initié, connaissant la nature de l'Univers, se sert de la Loi contre 'les lois, du supérieur contre l'inférieur, et par l'Art de l'Alchimie, il transmute les choses viles en des choses précieuses... La Maîtrise ne se manifeste pas par des visions fantastiques mais par l'utilisation des forces supérieures contre les forces inférieures... La Transmutation est non pas une négation présomptueuse mais l'épée du Maître.' Le sage fait partie de la Loi ; en comprenant ses mouvements, il l'utilise au lieu d'en être l'esclave. Par rapport à l'homme ordinaire, il peut être comparé au nageur habile, allant et venant de tous côtés ; cependant le nageur, le sage et l'imbécile son également sujets à la loi. Celui qui comprend cette vérité est dans la voie de la maîtrise. 'La Vraie Transmutation Hermétique est un Art Mental.' Rentrons dans le chemin direct de l'Évolution, conformons-nous aux Lois de la Vie, et tout aussitôt, nous verrons naître la Paix et l'Harmonie. Tout le monde sait qu'il ne suffit pas de connaître les remèdes qu'on devrait appliquer : il faut les appliquer. De même, dans les sciences psychiques, il faut conformer sa vie à sa conscience et pratiquer ce qu'on sait. Les Lois du Kybalion sont idéalement belles, mais si on ne les applique pas, elles seront comme un festin splendide devant lequel on se laisserait mourir de faim.

  • « Les complots existent ; la conspiration n'existe pas ». Cette affirmation paradoxale assied l'analyse historique, éthique, politique et pratique développée dans le présent volume. Il explore les pensées et les voies que ceux qui souscrivent aux théories de la conspiration et examine leurs arguments, leurs manipulations de l'histoire et la formation de crédos politiques et religieux. Cette étude déconstruit l'existence et les usages illégitimes des Protocoles des Sages de Sion et leur importance jusque dans le cadre contemporain culturel et politique. La vie étonnante du concept de l'alliance pernicieuse entre Juifs et Francs-maçons se voit mise en lumière.

  • Pour des doctrines comme celles que nous exposons, une étude entreprise « de l'extérieur » ne serait d'aucun profit. Il ne s'agit pas d'histoire et il ne s'agit pas davantage de philologie ou de littérature, et il ne s'agit pas, non plus de philosophie. Toutes ces choses, en effet, font également partie de ce savoir que nous qualifions, de « profane » ou d'« extérieur », non par mépris, mais parce qu'il n'est que cela en réalité. Nous estimons n'avoir pas ici à nous préoccuper de plaire aux uns ou de déplaire aux autres. Ce n'est pas parce que la « science sacrée » a été odieusement caricaturée, dans l'Occident moderne, par des imposteurs plus ou moins conscients, qu'il faut s'abstenir d'en parler et paraître, sinon la nier, du moins l'ignorer. Bien au contraire, nous affirmons hautement, non seulement qu'elle existe, mais que c'est d'elle seule que nous entendons nous occuper. La croix, est un symbole qui, sous des formes diverses, se rencontre à peu près partout, et cela dès les époques les plus reculées. Elle est donc fort loin d'appartenir proprement et exclusivement au christianisme comme certains pourraient être tentés de le croire. Ce que nous avons essentiellement en vue, c'est le sens métaphysique, le premier et le plus important de tous, puisque c'est proprement le sens principiel. Tout le reste n'est qu'applications contingentes et plus ou moins secondaires, et, s'il nous arrive d'envisager certaines de ces applications, ce sera pour les rattacher à l'ordre métaphysique, car c'est là ce qui, à nos yeux, les rend valables et légitimes, conformément à la conception, si complètement oubliée du monde moderne, qui est celle des « sciences traditionnelles ». Maintenant, si l'on veut, toujours en ce qui concerne la considération de l'état humain, relier le point de vue individuel au point de vue métaphysique, comme on doit toujours le faire s'il s'agit de « science sacrée », et non pas seulement de savoir « profane », nous dirons ceci : la réalisation de l'être total peut s'accomplir à partir de n'importe quel état pris comme base et comme point de départ, en raison même de l'équivalence de tous les modes d'existence contingents au regard de l'Absolu. Elle peut donc s'accomplir à partir de l'état humain aussi bien que de tout autre, et même, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, à partir de toute modalité de cet état, ce qui revient à dire qu'elle est notamment possible pour l'homme corporel et terrestre.

  • Maintenant le feu que nous voyons ici-bas, et que nous employons aux différents usages de la vie, ne fait, livré à lui-même, que détruire, et détruire sans règle ni mesure tout ce qu'il rencontre. La vraie cause, la raison séminale des choses, produit au contraire et conserve et pour produire et conserver, elle procède avec mesure et avec ordre. Elle procède, par conséquent, selon la règle d'un art ; art primordial sur lequel tous les autres arts sont venus ensuite prendre modèle art infaillible, empreint d'une suprême raison. Or, cette marche assurée pleine de raison et d'art, c'est celle qu'on voit suivre aux astres, formés du feu céleste, c'est celle qu'imprime aux plantes, en les faisant fleurir et germer, la chaleur du soleil. Donc c'est le feu seul du ciel qui, caché dans tous les êtres, de quelque nature et de quelque ordre qu'ils soient, est la raison et la cause de leurs mouvements et de leur vie. Ce feu céleste, dont la substance est une sorte d'air plus subtil que l'air proprement dit, un souffle, un esprit : c'est ce qu'on nomme l'éther.

  • « Cette prétention de tout mettre « à la portée de tout le monde » que nous avons déjà signalée comme une conséquence des conceptions « démocratiques », revient en somme à vouloir abaisser la connaissance jusqu'au niveau des intelligences les plus inférieures. Il ne serait que trop facile de montrer les inconvénients multiples que présente, d'une façon générale, la diffusion inconsidérée d'une instruction qu'on prétend distribuer également à tous, sous des formes et par des méthodes identiques, ce qui ne peut aboutir, qu'à une sorte de nivellement par en bas : là comme partout, la qualité est sacrifiée à la quantité. Il est vrai, d'ailleurs, que l'instruction profane dont il s'agit ne représente en somme aucune connaissance au véritable sens de ce mot, et qu'elle ne contient absolument rien d'un ordre tant soit peu profond ; mais, à part son insignifiance et son inefficacité, ce qui la rend réellement néfaste, c'est surtout qu'elle se fait prendre pour ce qu'elle n'est pas, qu'elle tend à nier tout ce qui la dépasse, et qu'ainsi elle étouffe toutes les possibilités se rapportant à un domaine plus élevé ; il peut même sembler qu'elle soit faite expressément pour cela, car l'« uniformisation » moderne implique nécessairement la haine de toute supériorité. C'est ici qu'apparaît aussi nettement que possible la confusion avec l'instruction profane, désignée par ce terme de « culture » qui est devenu de nos jours une de ses dénominations les plus habituelles ; c'est là quelque chose qui n'a pas le moindre rapport avec l'enseignement traditionnel ni avec l'aptitude à le recevoir ; et au surplus, comme la soi-disant élévation du « niveau moyen » a pour contrepartie inévitable la disparition de l'élite intellectuelle, on peut bien dire que cette « culture » représente très exactement le contraire d'une préparation à ce dont il s'agit. »

  • Beaucoup de lecteurs qui ne seront pas des initiés poseront d'abord cette question : "Qu'est-ce que la Franc-Maçonnerie ?". Je vais tenter d'y répondre d'une façon claire et précise dans cet Essai : ''L'Origine de la Franc-Maçonnerie et l'Histoire du Grand Orient de France". J'insiste immédiatement sur ce fait que la Franc-Maçonnerie, une dans sa diversité, est, comme toutes choses humaines, dans un état de perpétuel devenir et que, d'autre part, ses origines sont et pour les mêmes causes, aussi mal connues que celles des religions. Si les Francs-Maçons répandus sur la surface du globe ont un idéal commun, s'ils ont des rites semblables, s'ils se reconnaissent pour Frères en quelque endroit de la Terre qu'ils se recentrent, et c'est par là que la Maçonnerie est une, ils forment des groupes nationaux très jaloux de leur indépendance. Le but de la Maçonnerie, c'est faire l'homme meilleur, plus fraternel, c'est travailler à la réalisation de l'idée de justice qui fera régner le bonheur parmi tous les hommes et cela, en dehors des religions qui promettent ce bonheur dans un autre monde et des systèmes politiques ou sociaux qui jusqu'ici n'ont donné ici-bas un bonheur relatif qu'à des privilégiés. Pour réaliser cet idéal, la Franc-Maçonnerie se refuse à utiliser la force : toute oppression est génératrice d'injustice. Elle veut convaincre, elle s'adresse à l'intelligence ; elle demande à ses adeptes de rechercher la Vérité avec l'aide de la Science et de la Raison, de s'adonner au culte du Beau, de combattre l'Ignorance et le Mensonge qui sont les alliés du Mal, les adversaires du Progrès, de la Civilisation ; elle les aide à lutter contre l'Égoïsme, l'Injustice, par l'étude de la Morale, la pratique de la Solidarité. Elle tente d'unir tous les hommes comme des Frères, sans distinction de races, de nationalités, de religions, d'idéologies politiques et sociales.

  • La voie rationnelle ; 1907-2019

    Matgioi

    • Edimaf
    • 10 Février 2020

    La légende de Laotseu est l'oeuvre d'un certain mythologue, nommé Kohong, qui vécut vers l'an 350 av. J.-C. et fit, sous le titre Chin-tsien-tchouen, une histoire des Dieux et des Immortels. Cette histoire est assez semblable aux « vies des Saints « de l'hagiographie chrétienne. Voici un résumé des prodiges dont Kohong entoure l'existence, cachée et obscure, de Laotseu : « La mère de Laotseu devint enceinte par suite de l'émotion qu'elle éprouva en voyant une étoile filante ; c'était du ciel qu'il avait reçu le souffle vital ; d'ailleurs, des sages disent qu'il était né avec le ciel et la terre, et qu'il avait reçu une âme pure émanée du ciel. Sa mère le porta dans son sein pendant soixante-douze années ; en naissant, il avait les cheveux blancs, c'est pourquoi on l'appela Laotseu. Sa mère donc le conçut sans le secours d'un époux, et il sut parler dès l'instant de sa naissance. Il avait le teint blanc et jaune, de beaux sourcils, de longues oreilles, des yeux bien fendus, des dents écartées et des lèvres épaisses. Son front était traversé par une grande raie ; le sommet de sa tête offrait une saillie prononcée ; son nez était soutenu par une double arcade osseuse. Dès le moment de sa naissance, il fut doué de la pénétration divine ; la vie dont le ciel l'anima ne ressemblait pas à celle des hommes ordinaires. Il composa neuf-cent-trente livres pour enseigner à vivre. Il y est traité des neuf ambroisies, des huit pierres merveilleuses, du vin d'or, du suc de jade, des moyens de garder la pureté primitive, de conserver l'unité, de ménager sa force, de purifier son corps, de dissiper les calamités, de dompter les démons, de triompher des maux, de vaincre avec la puissance de la magie, de soumettre à sa volonté les esprits malfaisants. Il écrivit aussi sur les talismans. - Il vécut plus de trois cents ans, et eut à son service, pendant près de deux siècles, un disciple du nom de Siou-Kia, à qui il avait communiqué, comme il le fit plus tard au mandarin Inhi, le secret de l'immortalité ».

  • Dans le processus de l'évolution humaine, il y aura toujours lutte entre « ceux qui restent », en qui prédominent les appels de la vie végétative, et « ceux qui partent » avec leur aspiration vers de nouvelles créations. Et toujours ces derniers vaincront et dresseront leurs tables de commandements pour le troupeau des « restants ». Aux heures des crises, des catastrophes mondiales, de la chute d'une civilisation ou de la naissance d'une autre - la mystique brille d'une lumière éclatante et qui dure. Aux époques stagnantes, des formes établies, le sentiment du mystère vivant pâlit, la routine quotidienne laisse peu de place aux manifestations vécues de la Mystique. Notre temps est celui de la réévaluation de toutes les valeurs, de crise dans tous les domaines. Aujourd'hui, toutes les idoles s'effondrent et les fortes secousses - la grande guerre et les mouvements révolutionnaires - laissent sur toutes choses leur trace sanglante. A pareille époque l'importance plus particulière de la mystique se révèle. Le visage énigmatique de la déesse des Mystères des Initiés commence à briller au travers des voiles qui le cachent et le mystérieux Lotus pousse de nouveaux bourgeons. Sur les ruines du matérialisme économique fleuriront les lauriers des nouvelles perceptions mystiques de l'humanité. Voici le signe du temps.

  • La confusion entre le domaine ésotérique et initiatique et le domaine mystique, ou, si l'on préfère, entre les points de vue qui leur correspondent respectivement, est une de celles que l'on commet le plus fréquemment aujourd'hui, et cela, semble-t-il, d'une façon qui n'est pas toujours entièrement désintéressée. Il y a là, du reste, une attitude assez nouvelle, ou qui du moins, dans certains milieux, s'est beaucoup généralisée en ces dernières années, et c'est pourquoi il nous paraît nécessaire de commencer par nous expliquer nettement sur ce point. Dans le cas du mysticisme, l'individu se borne à recevoir simplement ce qui se présente à lui, et tel qu'il se présente, sans que lui-même y soit pour rien ; et, disons-le tout de suite, c'est en cela que réside pour lui le danger principal, du fait qu'il est ainsi « ouvert » à toutes les influences, de quelque ordre qu'elles soient. Dans le cas de l'initiation, au contraire, c'est à l'individu qu'appartient l'initiative d'une « réalisation » qui se poursuivra méthodiquement, sous un contrôle rigoureux et incessant, et qui devra normalement aboutir à dépasser les possibilités mêmes de l'individu comme tel. Il est indispensable d'ajouter que cette initiative ne suffit pas, car il est bien évident que l'individu ne saurait se dépasser lui-même par ses propres moyens, mais, et c'est là ce qui nous importe pour le moment, c'est elle qui constitue obligatoirement le point de départ de toute « réalisation » pour l'initié, tandis que le mystique n'en a aucune, même pour des choses qui ne vont nullement au-delà du domaine des possibilités individuelles. Il est des choses sur lesquelles on est obligé de revenir presque constamment, tellement la plupart de nos contemporains, du moins en Occident, semblent éprouver de difficulté à les comprendre. Et bien souvent, ces choses sont de celles qui, en même temps qu'elles sont en quelque sorte à la base de tout ce qui se rapporte, soit au point de vue traditionnel en général, soit plus spécialement au point de vue ésotérique et initiatique, sont d'un ordre qui devrait normalement être regardé comme plutôt élémentaire. Telle est, par exemple, la question du rôle et de l'efficacité propre des rites. Et peut-être est-ce, tout au moins en partie, à cause de sa connexion assez étroite avec celle-là que la question de la nécessité du rattachement initiatique paraît être également dans le même cas. En effet, dès lors qu'on a compris que l'initiation consiste essentiellement dans la transmission d'une certaine influence spirituelle, et que cette transmission ne peut être opérée que par le moyen d'un rite, qui est précisément celui par lequel s'effectue le rattachement à une organisation ayant avant tout pour fonction de conserver et de communiquer l'influence dont il s'agit, il semble bien qu'il ne devrait plus y avoir aucune difficulté à cet égard. Transmission et rattachement ne sont en somme que les deux aspects inverses d'une seule et même chose, suivant qu'on l'envisage en descendant ou en remontant la « chaîne » initiatique.

  • Le préjugé chimérique de l'« égalité » va à l'encontre des faits les mieux établis, dans l'ordre intellectuel aussi bien que dans l'ordre physique. C'est la négation de toute hiérarchie naturelle, et c'est l'abaissement de toute connaissance au niveau de l'entendement borné du vulgaire. On ne veut plus admettre rien qui dépasse la compréhension commune, et, effectivement, les conceptions scientifiques et philosophiques de notre époque, quelles que soient leurs prétentions, sont au fond de la plus lamentable médiocrité. On n'a que trop bien réussi à éliminer tout ce qui aurait pu être incompatible avec le souci de la vulgarisation. Quoi que certains puissent en dire, la constitution d'une élite quelconque est inconciliable avec l'idéal démocratique. Ce qu'exige celui-ci, c'est la distribution d'un enseignement rigoureusement identique aux individus les plus inégalement doués, les plus différents d'aptitudes et de tempérament. Malgré tout, on ne peut empêcher cet enseignement de produire des résultats très variables encore, mais cela est contraire aux intentions de ceux qui l'ont institué. Lorsque nous avons, il y a quelques années, écrit « Orient et Occident », nous pensions avoir donné, sur les questions qui faisaient l'objet de ce livre, toutes les indications utiles, pour le moment tout au moins. Depuis lors, les événements sont allés en se précipitant avec une vitesse toujours croissante, et, sans nous faire changer d'ailleurs un seul mot à ce que nous disions alors. Ces précisions s'imposent d'autant plus que nous avons vu s'affirmer de nouveau, en ces derniers temps, et sous une forme assez agressive, quelques-unes des confusions que nous nous sommes déjà attachés précisément à dissiper. Tout en nous abstenant soigneusement de nous mêler à aucune polémique, nous avons jugé bon de remettre les choses au point une fois de plus. Il est, dans cet ordre, des considérations, même élémentaires, qui semblent tellement étrangères à l'immense majorité de nos contemporains, que, pour les leur faire comprendre, il ne faut pas se lasser d'y revenir à maintes reprises. Tout ce que nous dirons ici, nous l'aurions dit tout aussi bien, et exactement de la même façon, si les faits qui appellent aujourd'hui l'attention sur la question du spirituel et du temporel ne s'étaient pas produits. Les circonstances présentes nous ont seulement montré, plus clairement que jamais, qu'il était nécessaire et opportun de le dire. Elles ont été, si l'on veut, l'occasion qui nous a amenés à exposer maintenant certaines vérités de préférence à beaucoup d'autres que nous nous proposons de formuler également si le temps ne nous fait pas défaut, mais qui ne semblent pas susceptibles d'une application aussi immédiate. Et là s'est borné tout leur rôle en ce qui nous concerne. La méconnaissance qui est impliquée dans la théorie « égalitaire » si chère au monde moderne, théorie qui est contraire à tous les faits les mieux établis, et qui est même démentie par la simple observation courante, puisque l'égalité n'existe nulle part en réalité. Mais ce n'est pas ici le lieu de nous étendre sur ce point, que nous avons déjà traité ailleurs.

  • On peut déjà comprendre que le « Roi du Monde » doit avoir une fonction essentiellement ordonnatrice et régulatrice (et l'on remarquera que ce n'est pas sans raison que ce dernier mot a la même racine que « rex » et « regere »), fonction pouvant se résumer dans un mot comme celui d'« équilibre » ou d'« harmonie » : ce que nous entendons par là, c'est le reflet, dans le monde manifesté, de l'immutabilité du Principe suprême. Par les mêmes considérations, le « Roi du Monde » a pour attributs fondamentaux la « Justice » et la « Paix », qui ne sont que les formes revêtues plus spécialement par cet équilibre et cette harmonie dans le « monde de l'homme ». C'est là encore un point de la plus grande importance ; et, outre sa portée générale, nous le signalons à ceux qui se laissent aller à certaines craintes chimériques. Les anciens initiés participaient indistinctement à tous les cultes extérieurs, suivant les coutumes établies dans les divers pays où ils se trouvaient ; et c'est aussi parce qu'il voyait cette unité fondamentale, et non par l'effet d'un « syncrétisme » superficiel, que Dante a employé indifféremment, selon les cas, un langage emprunté soit au christianisme, soit à l'antiquité-gréco romaine. La métaphysique pure n'est ni païenne ni chrétienne, elle est universelle. Il est de l'essence même du symbolisme initiatique de ne pouvoir se réduire à des formules plus ou moins étroitement systématiques, comme celles où se complaît la philosophie profane. Le rôle des symboles est d'être le support de conceptions dont les possibilités d'extension sont véritablement illimitées, et toute expression n'est elle-même qu'un symbole. Il faut donc toujours réserver la part de l'inexprimable, qui est même, dans l'ordre de la métaphysique pure, ce qui importe le plus. Beaucoup comprendront sans doute, par le seul titre de cette étude, qu'elle se rapporte surtout au symbolisme de la tradition extrême-orientale, car on sait assez généralement le rôle que joue dans celle-ci le ternaire formé par les termes « Ciel, Terre, Homme » (Tien-ti-jen). C'est ce ternaire que l'on s'est habitué à désigner plus particulièrement par le nom de « Triade », même si l'on n'en comprend pas toujours exactement le sens et la portée, que nous nous attacherons précisément à expliquer ici, en signalant d'ailleurs aussi les correspondances qui se trouvent à cet égard dans d'autres formes traditionnelles. Nous y avons déjà consacré un chapitre dans une autre étude, mais le sujet mérite d'être traité avec plus de développements.

  • Le mythe d'Hiram est central dans la franc-maçonnerie. Il en est la pierre de touche. Longtemps ce récit reçut une simple interprétation morale, et ses exégètes mirent en valeur le sens du devoir du chef du chantier, qui, au péril de sa vie, refuse de donner le mot de maître aux mauvais compagnons qui veulent l'avoir, sans le mériter, avant la fin de la construction du temple. Aujourd'hui pourtant de plus en plus, des voix s'élèvent pour questionner le mythe, non pour l'interpréter, mais aussi pour le remettre en cause. Les textes que vous allez lire, et qui ne sont que des exemples parmi d'autres actuels, émanent de deux loges de l'orient stéphanois, « Les Élus » et « Tristan Duché ». Leurs auteurs ne sont pas forcément d'accord entre eux et leurs avis furent également diversement accueillis. Pourtant en interrogeant aujourd'hui Hiram, nous cherchons bien sûr à provoquer des réactions, mais en aucun cas à créer du scandale. Une de nos intuitions est qu'en franc-maçonnerie, rien n'est sacré, intouchable, rien ne peut échapper au questionnement. Dans les ateliers tout doit être et ne peut être que question. Parce que ce qui fonde la maçonnerie est l'interrogation incessante des mythes et des symboles.

  • La Franc-Maçonnerie a su attirer les hommes, éveiller en eux le désir et la curiosité, les faire agir constamment, en les tenant toujours en haleine, sans les rassasier ni les lasser. La Franc-Maçonnerie a donc joué un rôle important dans notre civilisation. Ainsi l'espérance vague et imprécise d'un monde meilleur qui sommeille en chaque être peut se concrétiser grâce au milieu maçonnique ; la recherche consciente de l'homme qui veut percer les énigmes, qui a soif de la connaissance peut être orientée grâce aux sciences traditionnelles. Par leur dépassement des concepts humains, par leurs méthodes ésotériques, les initiations placent l'homme sur le chemin de l'évolution intérieure qui doit aboutir à une cristallisation. La Franc-Maçonnerie, héritière d'antiques traditions, par sa valeur morale, a résisté à l'épreuve du temps. Cette fraternité procède d'une solidarité spirituelle qui ne dépend pas de la seule intellectualité, car le dogme, toujours restrictif, conduit au dessèchement et non plus à l'épanouissement de l'individu. La Franc-Maçonnerie est un Ordre qui se situe hors du temps et de l'espace. Elle unit des Initiés de tous lieux et de toutes époques, gens de toutes conditions, de toutes origines et de toutes religions, croyances ou philosophies, qui conjuguent leurs efforts en vue de la construction du Temple idéal de la Vérité, de la Justice et de la Concorde. Remplace EAN 9782874300356.

  • L'hostilité larvée ou proclamée à l'égard de la franc-maçonnerie appartient aux phénomènes psychosociologiques de peur devant le secret et le mystère. Quand ils procèdent d'événements fortuits, les sentiments de méfiance craintive forment le fondement de réactions passagères et épidermiques que l'on range sous l'appellation d'antimaçonnerie. Mais ils s'organisent souvent en doctrine et constituent alors, au sens propre, l'antimaçonnisme. L'Eglise catholique, la première, et à sa suite un grand nombre d'organisations totalitaires de gauche ou de droite ont sacrifié à cette tendance fâcheuse, en interdisant les loges et en pourchassant les francs-maçons, parfois de manière très cruelle. C'est l'histoire très succincte de ces deux formes de réactions hostiles au fait maçonnique que retrace le présent ouvrage.

  • La source de la Franc-Maçonnerie d'Arche Royale repose au coeur du rite dit « Emulation ». Ce nom signifie avant tout : « créer une dynamique de l'esprit ». C'est un sentiment qui pousse à égaler, voire, à défier le meilleur de soi. Un sentiment qui rappelle les mots de la poétesse médiévale Christine de Pisan : « Il faut tâcher de se surpasser toujours ; cette occupation doit durer autant que la vie. » Mais quelles sont les Lumières que nous présente le titre de l'ouvrage ? Sont-elles les lueurs qui guident nos pas au fond des cryptes obscures du Temple de Salomon ? Sont-elles la survivance des anciens savoirs druidiques, ceux des tailleurs de pierre franche, des constructeurs sans mortier ? Portent-elles les souvenirs poétiques des Mystères antiques, sources des présentations édifiantes jouées chaque année sur les parvis des Eglises lors des fêtes patronales ? Ces Lumières tracent-elles, dans les souvenirs de la franc-maçonnerie, l'ombre d'un étrange maçon dont la légende, transmise dans les Loges, bien avant Hiram, ressemble tant à celle de Saint-Gilles du Gard ? A moins qu'il ne s'agisse d'un Palais de Mémoire créé par l'âme humaniste du XVIIIe siècle et projeté sur le monde, l'âme d'une maçonnerie à la fois mystique et politique. Emulation est le rite maçonnique le plus pratiqué au monde et la musique de ses mots circule avec le vent partout où le soleil se lève, entre midi et minuit.

  • L'harmonie est la résultante des forces équilibrantes de la nature. Celle-ci procède par un environnement logique, avec des rapports constants entre ses éléments. Dans les civilisations aborigènes l'observation de l'homme avec son émotion intérieure cherche à reconstituer une vision profonde d'une réalité sensible. L'oeuvre créée par l'homme tient compte à la fois de son observation directe et également d'un désir inconscient, d'une temporalité ineffable. L'être conscient cherche à percer l'incompréhensible, l'inaccessible. Dans une reconstitution à partir d'éléments naturels, il mêle à son imaginaire l'essence invisible d'une trame incorporelle, visant à la notion du Beau, impénétrable. Ce constant émerveillement le projette hors de notre temps terrestre, peut-être un accès vers l'éternité. Cet être se place sur le chemin de la Connaissance grâce à l'illumination de son entité. Puisant aux sources naturelles de la vie, à l'origine de la perception, il participe à la symphonie sacrée en cherchant à rendre intelligible ou à reconstituer la loi éternelle. Il domine son entourage qui se laisse vivre et refuse l'effort de chercher, de comprendre, d'observer ces lois naturelles qui sont cependant celles de sa vie. Il faut savoir voir. L'ordre maçonnique que nous connaissons et pratiquons dans une pensée spirituelle, humaniste, héritière de l'activité manuelle, honore le travail. Par ses rites, elle transmet cet esprit de recherche initiatique. Elle puise dans ce vaste ensemble conçu à la naissance du monde ou tout au moins au début de l'organisation sociale qui s'est inspirée des forces vives de la nature, des valeurs éternelles et sacrées.

  • « Pourquoi ce nouvel ouvrage traitant d'un sujet par ailleurs largement développé ? Il nous a semblé utile de porter un regard différent sur la matière symbolique du 1er degré : un regard plus directif. À savoir une direction émanant d'un consensus qui soit partageable, pour aller vers l'unicité de ses interprétations individuelles. Toutes les significations qui vont être proposées n'ont d'autres ambitions que d'impulser des recherches qui soient strictement personnelles, selon une orientation définie : c'est de cette manière que le terme sens veut ici être entendu. »

  • En cette année où notre Cher Frère Marcel Bolle De Bal fête son jubilé maçonnique, son expérience avérée de ces longues années de Fraternité ne fait que donner plus de force à son livre. « La fraternité maçonnique, se révèle, une fois de plus, source de Force, de Beauté et de Sagesse : elle est beaucoup plus qu'un mythe et une illusion : un mythe fondateur, une réalité existentielle, une expérience initiatique. N'est-elle pas, par essence, transcendante par rapport aux aléas des existences particulières ». Trois voyages jalonnent la quête initiatique de ce mythe fondateur : le premier explore la fraternité comme réalité anthropologique, le deuxième la fraternité comme rêve humain, le troisième la fraternité comme initiation maçonnique. Au terme de ces voyages, la fraternité maçonnique se révèle lien à inventer, reliance à travailler, oeuvre à accomplir.

  • Premier grade de la Franc-Maçonnerie, celui d'apprenti a fait l'objet de très nombreuses publications depuis le XVIIIème siècle. Ces publications ont surtout décrit les diverses formes de son rituel et de sa symbolique. Sans négliger ces aspects propres au grade lui-même, l'accent est mis ici, sur l'étude de l'expérience maçonnique vécue par l'apprenti. On s'intéresse à la façon dont est représentée cette expérience dans le passé et comment on la voit, aujourd'hui, dans un nouveau contexte culturel. On insiste aussi sur le rôle que jouent la raison et l'imaginaire et sur ce que mentalement, structurent l'initiation et la confrontation avec des pratiques maçonniques comme le respect du silence et du secret.

  • Esquissant sa vaste réflexion sur ce rite, l'auteur met en relief les thèmes initiatiques, les mythes et les nombres qui sous-tendent les rituels (complexes et parfois divergents) des premiers grades supérieurs du REAA. Allant bien au-delà des « thuileurs » ou de gloses parfois verbeuses, Raoul Berteaux décompose les éléments symboliques de chaque degré et, les replaçant dans le cheminement initiatique, leur rend clarté et cohérence. « La symbolique de la Loge de perfection » devient ainsi un instrument de travail indispensable à quiconque, en Franc-Maçonnerie, aspire à aller plus loin ou ailleurs, c'est selon... « Lorsque nous parlons de Dieu, nous parlons de ce qui n'est pas dieu. En accédant au silence du 14ème degré, par la non-prononciation, nous atteignons au plus profond et nous devenons une seule famille de Frères ».

  • Le Grand Orient ne compte guère plus de 200 loges sous le Second Empire. Il vit alors une époque terne, malgré l'action de quelques figures admirables et une embellie finale (300 loges en 1870). La Grande Guerre, la dynamique de l'utopie communiste, l'Occupation et la difficile reconstruction d'après guerre l'affaiblissent durablement. D'autres phénomènes l'affectent structurellement, en particulier la montée d'un univers associatif profane qui relaie une partie de ses anciennes activités. Surtout, la naissance du Droit Humain en 1893 et de la Grande Loge de France à partir de 1895, la naissance en 1901 des loges d'adoption qui seront la matrice de la future Grande Loge Féminine de France et la création de l'ancêtre de la Grande Loge Nationale de France en 1911, révèlent que la donne change. Le XXème siècle est celui de la fin du Centre de l'Union et d'évolutions qui favoriseront désormais d'autres rites. En définitive, le Rite Français du XIXème siècle n'est pas une transition entre le XVIIIème siècle et nous. Rite de tradition et de modernité, il se montre dans la première puis dans la seconde moitié de ce siècle dans la vérité de deux époques et de deux de ses facettes, entre deux bornes qui ne seront plus franchies et entre lesquelles il gardera plus tard ses continuités et ses équilibres.

  • Les quatre éléments, pas plus que les trois principes, ne représentent des corps particuliers. Ce sont de simples états de la matière, des modalités. L'Eau est synonyme de liquide, la Terre c'est l'état solide, l'air l'état gazeux. Le Feu un état gazeux très subtil car dilaté par la chaleur. Les quatre éléments représentent donc les états sous lesquels la matière se présente à nous. On pouvait par la suite dire logiquement que les éléments composent tout l'Univers. Les traités hermétiques sont obscurs, il est vrai, mais, sous cette obscurité se cache la lumière. Une fois la théorie alchimique connue, possédant la clef des principaux symboles, vous pouvez hardiment entreprendre la lecture de Raymond Lulle, Paracelse, Bernard le Trévisan, Flamel, Roger Bacon, Philalèthe. A. Poisson - An 1891.

  • Goblet d'Alviella nous apporte ici les réponses essentielles aux questions sur la Philosophie du troisième degré, sur son approche ésotérique et historique. « En 1730, pour les membres de la Grande Loge, Maître et Compagnon étaient encore synonymes ou se rapportaient à un même degré. A partir de cette date, on observe des Loges qui s'en tiennent aux deux degrés et des Loges qui en pratiquent un troisième. Lee Vernon rapporte, dans 'The History of the Lodge of Kelso', que, le 7 juin 1754, les membres de cette Loge se réunirent pour recevoir Compagnons un certain nombre de candidats, conformément aux « nouvelles méthodes introduites dans les Loges d'Edimbourg ». Le procès-verbal ajoute que les Frères « constatèrent comme une lacune essentielle de leur Constitution que cette Loge avait seulement la pratique des deux degrés : Apprenti et Compagnon, ne connaissant rien du degré de Maître... ». En effet, à cette époque Les droits respectifs des Maîtres et des Compagnons diffèrent suivant les temps, les localités et les métiers. Et la distinction des Compagnons et des Maîtres n'était pas affirmée partout. » Docteur en droit, en philosophie et lettres et en sciences politiques, l'auteur fut initié dans la loge 'Les Amis Philanthropes' à Bruxelles. Il en fut le Vénérable Maître de 1879 à 1882. En 1894, la loge se scinde. Le 15 janvier 1895, il est élu Premier Vénérable Maître de la nouvelle loge et devient en 1900 « Grand Commandeur ».

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