Religion & Esotérisme

  • Parmi les classiques coréens encore peu connus en Occident, l'oeuvre de Yi I. Yulgok (1536-1584), intitulée Sônghakchipyo, Anthologie de la sagesse extrême-orientale s'impose par son ampleur et son élévation d'esprit. Ce travail de maturité, rédigé à l'époque de Montaigne et quelques années avant que Matteo Ricci commence son action en Chine, appartient à l'apogée du néoconfucianisme coréen du XVIe siècle. L'Anthologie de Yulgok est plus qu'un condensé remarquable des sources chinoises et coréennes. C'est à la fois une réflexion philosophique, une méditation sur les leçons de l'histoire, un exposé politique et un essai personnel. Ce texte cristallise de multiples aspects de la sagesse antique en les incluant à une vision lucide du présent. Le souci de Yulgok reste moderne : comment accomplir de vraies réalisations et de vraies réformes ? Ce qui pour lui ne pouvait pas être modifié au coeur des changements historiques c'étaient la découverte et la culture du Soi, les valeurs de la famille et des ancêtres ainsi que les principes fondamentaux du gouverner, ce qui forme les trois axes de son exploration. Gouverner les autres est en fait le prolongement de se gouverner. Les références de Yulgok au Ciel et au Tao peuvent nous frapper par leur différence mais l'exigence demeure semblable : comment entrer dans la maturité ? Pour Yulgok celui qui marche en direction de la sagesse ne se met pas au-dessus des autres mais s'efface à leur service. Il désire devenir un vrai homme selon tous les aspects qui engagent l'humanité et travaille à l'épanouissement de tous. Il y faut du courage et de la persévérance pour donner une direction à un monde encore en proie à bien des obscurités.

  • Les institutions, les lois et même les sciences découlent d'un passé religieux, d'une vision métaphysique de l'homme.
    C'est vrai partout dans le monde. la france s'est voulue " la fille aînée de l'eglise ", mais les temps ont changé. se voulant maintenant " la fille aînée de la laïcité ", elle rechigne à reconnaître un héritage religieux qu'elle laisse néanmoins fructifier, ne serait-ce que d'un point de vue touristique. en quelque sorte, c'est le petit jeu du " cachez ce christ que je ne saurais voir ", jésus, pour beaucoup de néo-historiens, étant réduit au rang d'un rabbin plus fou que les autres.
    Prise entre un passé catholique qui ne passe pas et ses lumières laïques dont les autres pays ne veulent pas, la france est écartelée : elle a mal à son dieu ! est-ce une manifestation de son exception culturelle ? plus subtilement, la france ne serait-elle pas en train d'inventer une nouvelle façon d'être chrétien, sans dieu révélé ni foi établie ? ambitieux programme ! grande question sur laquelle eric haviland nous convie à nous arrêter.

  • La richesse de la pensée coréenne est encore largement méconnue en Europe, d'où l'importance de cet ouvrage, fruit d'un travail patient de recherche, de compréhension intime de textes et d'hommes illustres qui furent pour la plupart, à la manière extrême-orientale, à la fois des philosophes, des sages, des religieux et des artistes.
    A partir de l'héritage confucéen, taoïste et bouddhiste venu de Chine, les penseurs coréens ont, dès le vie siècle, élaboré peu à peu une réflexion originale sur les différents aspects de la vie, alliant la spiritualité la plus élevée aux préoccupations d'ordre social et politique. Après l'apogée du bouddhisme et le développement du zen (XIIIe-XIVe siècles), puis l'essor du néoconfucianisme (XVe-XVIIe siècles), la Corée connut un nouvel élan intellectuel avec l'Etude pratique (sirhak) et la rencontre avec l'Occident et le christianisme (XVIIIe-XIXe siècles).
    De Wônhyo à Ch'oe Han-gi, en passant par Chinul, T'oegye (Yi Hwang) ou Tasan (Chông Yag-yong), ce livre nous invite à la découverte de personnages épris de vérité et de justice, cultivant cet " esprit-coeur ", ce joyau caché au plus profond de nous-mêmes, face aux errements et aux tromperies de l'existence. S'appuyant sur de nombreux extraits - textes philosophiques et poèmes, traduits du coréen ou du chinois -, et privilégiant un cheminement n'excluant pas les détours, l'auteur s'est efforcé de rendre intelligible et vivante cette pensée lointaine, tels ces mots de Ch'oe Ch'i-wôn, datant du IXe siècle : Appliquons-nous à distinguer le vrai et le faux.
    Et puissions-nous nettoyer et voir le miroir de notre coeur.

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