Arts et spectacles


  • d'église majeure en simple chapelle, de tympan en chapiteau, de fresque en statue, l'auvergne romane est à redécouvrir.
    non qu'il faille en dresser une fois encore l'inventaire sourcilleux ou offrir un nouveau guide aux vacanciers en quête de spiritualité. mais au coeur de ces " présences romanes " plus fortes que le temps, face à ces ecritures inscrites dans la chair des pierres, nous comprenons bien que le savoir des historiens ne suffit plus à apaiser notre quête de sens. car tout ici nous parle : les visages - humains ou monstrueux - et les animaux figés dans leur minéralité, les plantes dans leur saison muette, l'ordonnancement de l'ombre et de la lumière.
    et tout ce qui nous est dit à fleur de pierre n'a jamais été aussi digne d'être écouté qu'en ces heures pressées de la modernité. pèlerins à travers les champs de neige ou les herbes hautes de juin, les auteurs ont arpenté l'allier et le puy-de-dôme, la haute-loire et le cantal, à la découverte de simples vestiges, de chapelles oubliées à la croisée des chemins, avec la même curiosité qui les animait en franchissant le seuil des églises les plus célèbres et les plus achevées de l'art roman auvergnat.
    de lieu en lieu, de pierre en pierre, ils ont ainsi réveillé un symbolisme d'un autre temps et se sont penchés sur le grand livre des mystères qui est toujours le nôtre. quelque 500 photographies, réalisées parfois à la faveur d'un infime rai de lumière, permettent au lecteur de mieux les suivre dans ce voyage initiatique et poétique en quête de l'humain et du sacré.

  • Ici, en ce Limousin, " terre bénie de la tapisserie ", tout commença avec les gestes des villageois qui, vivant en autarcie, fabriquaient leurs outils et leurs vêtements, tissaient la laine de leurs moutons, le lin et le chanvre de leurs terres.
    Ils s'y appliquaient si bien que, dès le Moyen-Age, leur province fut réputée pour ses épais tissus de laine, ses serges, ses droguets et ses solides draps. Mais des paisibles pacages et de leurs blancs moutons aux " verdures agrémentées de licornes, de dragons ailés, d'écureuils, de griffons et autres animaux ", n'y avait-il vraiment qu'une aiguillée de laine? Robert Guinot ne s'en tient pas à l'agreste mythe.
    Il nous rappelle, maintes sources à l'appui, combien croisades et migrations bouleversèrent cet horizon paisible et comment un artisanat de nécessité se mua en art appliqué de la tapisserie. D'un VIIe siècle qui vit l'essor des Manufactures royales d'Aubusson et de Felletin à la crise du nouveau millénaire, la tapisserie, au même titre que la peinture ou la sculpture, a connu tout à la fois son âge d'or et ses désaffections.
    Elle a traversé " la très riche et très pauvre Belle Epoque ", vécu deux guerres mondiales, connu avec Jean Lurçat et toute une pléiade de peintres cartonniers et de lissiers, de collectionneurs et de galeristes, un renouveau sans précédent. D'ombre et de lumière, du siècle du tapis à celui de " la laine au mur ", cette épopée colorée et chatoyante ne de nous étonner. Mais pour bien la comprendre, il faut la vivre de l'intérieur en poussant, comme le fait Robert Guinot depuis plus de 35 ans, chaque jour la porte des ateliers, en réveillant la mémoire des archives, en réveillant sur le coin du métier les affirmations trop vite admises, en renouant patiemment le fil et la trame.
    L'auteur a accompli ici un travail en profondeur, s'appuyant tour à tour sur la collaboration des artistes d'hier d'aujourd'hui dont les noms fourmillent au fil des pages, en rassemblant des témoignages inédits, en illustrant son propos d'une iconographie exceptionnelle. Et c'est bien l'ouvrage le plus complet jamais consacré à la tapisserie d'Aubusson qu'il dépose aujourd'hui entre nos mains.

  • L'Ecole de Crozant rassemble une pléiade de peintres paysagistes qui, un siècle durant, de 1850 à 1950, bravant les humeurs des saisons, posèrent inlassablement leurs chevalets le long des paysages sans cesse changeants de la vallée de la Creuse.
    Parmi eux, les plus grands, Monet, Guillaumin, comme les plus modestes, artistes simplement épris pour la beauté sauvage des lieux. Méconnu et souvent mal interprété à défaut de recoupements et d'études approfondies, ce mouvement pictural est demeuré trop longtemps, aux yeux de beaucoup, secondaire, voire anecdotique, alors qu'il apparaît aujourd'hui comme l'un des plus attachants et des plus spontanés que l'histoire de la peinture de paysage ait connus.
    Couvrant dans son intégralité la période du " pleinairisme ", il a joué en effet un rôle notable dans le rayonnement de l'Impressionnisme. Spécialiste en tableaux modernes, Christophe Rameix nous propose ici, non seulement une approche historique de L'Ecole de Crozant mais encore un répertoire méthodique des peintres qui la composèrent. Sa connaissance des lieux ajoutée à sa compétence professionnelle font de cet ouvrage la référence la plus précise et la plus sérieuse publiée sur le sujet.

  • Tout aussi bien, ce livre aurait pu s'intituler Léon Jouhaud, l'explorateur de l'émail.
    Né le 21 décembre 1874 au coeur du vieux Limoges, Léon Jouhaud rêvait en effet de devenir explorateur.Il le fut à sa manière et, aussi singulier que cela puisse paraître, sans quitter cette province natale à laquelle l'attachait un lien immémorial, il explora le vaste monde. De sa fine écriture, il nota dans ses inséparables carnets les bouleversements d'une " belle époque " à la recherche de sa vérité, prit à témoin les savants et les artistes, l'industrie naissante, les mathématiques, la biologie, la médecine...
    Tout l'intéressait. Tout le passionnait. Léon Jouhaud, toutefois, ne fut pas seulement un explorateur, un voyageur " autour de sa chambre ", il fut et demeure pour la postérité... le magicien de l'émail. Comme Nadar avec la photographie, comme Cézanne avec sa palette ou Proust avec sa plume, Jouhaud entreprit de traduire l'univers dont il était le témoin, en alchimiste du feu, des couleurs et de la matière.
    Reconnaissons qu'en la Rome des émaux, figée dans sa gloire passée, c'était pari osé que de bousculer ainsi la tradition pour la mettre à l'épreuve de la modernité naissante. Un demi-siècle oublieux s'est écoulé depuis la mort de Léon Jouhaud en 1950 et l'on découvre soudain, grâce au travail méticuleux de Pascale Nourisson, combien sa pensée et son regard demeurent actuels. En effet, de même que ses émaux auxquels un simple rayon de lumière redonne l'éclat de la vie, ses réflexions révèlent une acuité saisissante et éclairent nos horizons obscurs.
    Car Jouhaud a échappé au temps : il est bien un magicien. Et cette première biographie véritable qui lui est enfin consacrée, met le lecteur en présence d'un homme qui n'est pas seulement un artiste ou un philosophe, du moins dans le sens où, communément, l'on entend aujourd'hui ces deux vocations.

  • Quel rapport y a-t-il entre un céréalier de la Beauce millionnaire au tracteur rutilant et le paysan pauvre du Niger qui rentre sa récolte sur sa pirogue ? Aucun ? Détrompez-vous ! Unis par l'amour de la terre, même s'il est parfois perverti pour certains, tous les deux travaillent pour nous nourrir. Depuis la nuit des temps, les paysans contribuent à produire tout ce dont nous avons besoin. Ils font non seulement partie de l'Histoire par leur poids social, par leurs révoltes au fil des siècles mais ils interviennent aussi grandement dans la géographie, l'évolution et la représentation de la nature puisqu'ils façonnent sans cesse le paysage.
    Ce beau livre original, aux illustrations inédites et troublantes, rend un vibrant hommage à ces hommes et ces femmes de la Terre, qui sont à l'origine de notre civilisation.

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