Lucien Souny

  • C'est d'une histoire peu glorieuse, longtemps passée sous silence des deux côtés du Rhin, que témoigne ici Werner Schneider, sous la plume de sa fille, Christine. « [...] ce livre donne également une consistance personnelle à une lacune historiographique qui est celle du sort des prisonniers de guerre allemands (PGA) en France », précise Beate Klarsfeld dans sa préface.
    Werner Schneider fait partie de ces 750 000 PGA envoyés en France, dès avril 1944, pour reconstruire le pays que leur armée avait détruit. Détenus dans les terribles camps de la plaine du Rhin, dans des conditions inhumaines, affamés, affectés au déminage des régions côtières, aux travaux industriels ou agricoles, ils ne furent pas traités comme l'exigeaient les conventions de Genève. Si tous feront l'amère expérience de la défaite et connaîtront le processus de dénazification, tous ne sont pas des criminels de guerre.
    Le voile sur cette sombre page se lève petit à petit. « Nous n'avons jamais cessé de lutter contre l'impunité des criminels nazis, mais nous n'avons jamais demandé ou accepté que l'on persécutât des Allemands parce qu'ils étaient allemands », a déclaré Serge Klarsfeld le 25 mai 2018 lors de l'inauguration d'une stèle au camp de Rivesaltes où furent détenus des PGA.
    Un récit remarquable, ponctué de références historiques, écrit en toute humanité. Un témoignage de première main pour que « chacun puisse se forger une opinion personnelle de ce qui s'est alors passé, car l'Histoire n'est pas seulement celle des vainqueurs », comme l'écrit Werner Schneider. 

  • Un archevêque qui marie et sacre Louis XVI, un député qui reçoit la déclaration de la Grande Guerre, un maréchal qui fait édifier la place des Victoires en hommage au Roi-Soleil, un autre qui se ruine pour défendre la France, un évêque qui lutte contre Port-Royal.
    Mais aussi un seigneur qui se révèle à Rhodes face aux musulmans, un médecin de campagne qui vainc la maladie du sommeil en Afrique noire, un académicien pionnier de la lutte contre la tuberculose, un journaliste qui incarne la voix de la France libre à Londres et un autre qui dirige un journal de référence pendant un demi-siècle, sans oublier des pionniers de l'aviation, des bâtisseurs, des hommes politiques, des militaires.

  • Publié dès 1945, Scènes de la vie du maquis était, ces dernières années, devenu introuvable.
    Ce " roman de vie et de combat au coeur du maquis limousin ", tel que le définissait son auteur, est cependant bien plus qu'un " roman ". Il est un témoignage, non de faits d'armes ou d'actes héroïques, mais de la " vie minuscule ", de cette étrange " banalité " du quotidien lorsque le danger, la traque, le froid, la faim et même les poux cernaient sans relâche, dans les forêts limousines et sur les hauteurs du mont Gargan, les compagnons du chef FTP Georges Guingouin.
    Cet auteur - ce témoin - n'est autre qu'Henri Nanot, jeune paysan limousin épris de littérature et de liberté, auquel l'Histoire attribue un autre fait d'armes (forfait ?) pour lequel, des années plus tard, il fut peut-être injustement condamné : " l'affaire Nanot ". En dépit des apparences, Nanot n'était pas un maquisard ordinaire. Ami d'André Breton et des surréalistes, il savait observer, raconter, en deux mots, écrire, et c'est bien ce chroniqueur attentif et parfois facétieux de la vie clandestine que nous retrouvons ici, plume en main, au fil d'un récit exceptionnel.

  • Malgré la petite centaine de livres qui lui ont été consacrés, les films et les pièces de théâtre, l'affaire Lafarge (1840) demeure aujourd'hui l'une des plus grandes énigmes de l'histoire judiciaire.
    Toujours la question se pose : accusée de l'assassinat par empoisonnement de son époux, Charles Pouch-Lafarge, Marie Capelle était-elle coupable ou innocente ? Le présent ouvrage ne prétend pas rouvrir l'épais dossier. Du moins pas directement. Mais il met en lumière, pour le moins. une étrange coïncidence. Vingt-quatre ans plus tôt, en cette fin d'été 1816, en ce même pays de Vigeois. un jeune marchand prospère.
    Jacques Bonnel, meurt entouré des siens. Quelques jours plus tard, sa dépouille est exhumée à la faveur de la nuit et son corps, coupé en morceaux, est retrouvé dans les latrines d'une maison inoccupée appartenant à... Jean-Baptiste et Adélaïde, les parents de Charles Pouch-Lafarge ! Deux affaires sordides, deux procès. Et toujours la famille Lafarge, ses relations avec les notables et, curieusement, les mêmes témoins déposant en sa faveur.
    La découverte par Chantal Sobieniak de cette première affaire Bonnet, volontairement occultée pendant près de deux siècles, éclaire d'un jour nouveau la célèbre affaire Lafarge et particulièrement le rôle joué à la tête du clan par Adélaïde Pouch-Lafarge, redoutable manipulatrice. Avouons cependant qu'il y a là matière à être troublé, à s'interroger, et peut-être à envisager, cette fois pour de bon.
    Un authentique rebondissement.

  • Encore un livre sur la das reich et son sinistre périple en direction de la normandie ? sans doute.
    Mais, cette fois-ci, pas tout à fait un livre comme les précédents. la longue et minutieuse enquête de philip vickers apporte en effet quelques pièces supplémentaires à un dossier dont on croyait tout savoir : quel fut, notamment, le rôle très secret des spécial opération exécutive (s?) et quels liens, souvent empreints de méfiance, les agents alliés tissèrent-ils avec la résistance ?
    Par-delà le récit, pas à pas, de cet effroyable et sanglant itinéraire, par-delà les drames de tulle et d'oradour-sur-glane, pièces à conviction au coeur de cet ouvrage, il y a place pour une approche à ce jour inédite, avec des personnages de l'ombre et tout un monde en coulisses.
    Mais là n'est pas le seul intérêt de ce livre que l'on peut aussi, en raison de sa précision quasi topographique, suivre comme un " guide " d'aujourd'hui à travers les lieux et le temps.
    Illustré de cartes, de plans et de nombreux documents photographiques originaux, le livre de philip vickers, pour la première fois traduit en france, est, à la manière d'un film qui aurait été tourné au rythme des événements, un retour sur images.
    Images de la mémoire, saisies dans l'action, qui, des années plus tard, veulent tenter de nous faire comprendre ce que fut la marche semée d'embûches et de crimes de la division das reich, en prenant à témoin nos propres yeux.

  • Bilan, analyse et hommage : ces trois volets sont réunis pour la première fois dans cet ouvrage à quatre voix consacré à celui dont le capitaine Marcel, du maquis poitevin, disait : " C'est la rectitude faite homme.
    " Dans un entretien avec Francis Juchereau, Georges Guingouin évoque différents militants du mouvement d'émancipation de l'homme par les travailleurs associés, dont Antonio Gramsci, fondateur du parti communiste italien, revient sur tout ce qui a construit son système de valeurs, sa philosophie morale, et livre au final une sorte de testament politique. Dans un essai éclairé par la pensée d'Hannah Arendt, de René Girard et de Fernand Braudel, Gérard Monédiaire interroge les rapports entre liberté individuelle et immersion dans le siècle.
    Pour ce faire et en ne s'appuyant que sur des faits attestés ; il replace la figure de Georges Guingouin, trop souvent salie par l'iniquité, dans l'histoire de l'Humanité à l'ère moderne. Dans un texte non dénué d'un certain lyrisme, Jean-Jacques Fouché présente Le Cyclope, l'immense peinture sur bois que Paul Rebeyrolle a sous-titrée : Hommage à Georges Guingouin. Exposée à Eymoutiers, elle représente un géant sortant d'un cratère où tonne la raison - en fait le résistant qui se lève pour affronter l'adversité - et prêt à piétiner les immondes défroques des infâmes.

  • Les familles des victimes du massacre du 10 juin 1944 attendaient de l'Etat que justice soit rendue à leurs morts.
    Mais la France " conservatrice " de la IVe République est empêtrée dans des conflits politiques nés du contexte intérieur et de la situation internationale. Plusieurs lois d'amnistie ont déjà été votées et l'incompétence de différentes juridictions pénales prononcée lorsque s'ouvre enfin, le 12 janvier 1953, devant le tribunal militaire de Bordeaux, le procès de 21 exécutants, allemands et français, alors que les donneurs d'ordre, les officiers nazis, sont confortablement installés en zone d'occupation américaine, britannique ou soviétique, c'est-à-dire aussi bien en Allemagne de l'Ouest qu'en Allemagne de l'Est.
    Les audiences du procès de Bordeaux témoignent de l'indifférence des accusés et de la dignité des témoins, pourtant souvent empêchés par le président de dire ce qu'ils ont sur le coeur. La présence au banc des accusés des 13 " malgré nous " provoque des remous au sein de la classe politique et dans la presse. D'autant que ces incorporés de force et les élus alsaciens attendent des juges plus qu'un acquittement, une réhabilitation.
    De leur côté, les familles des martyrs, soutenues par le parti communiste, espèrent la manifestation d'une justice vengeresse. Jugé inique pour des raisons opposées, tant par la défense que par les familles des victimes, le verdict - deux condamnations à mort et des peines de prison ou de travaux forcés - suscite des protestations dans tout le pays. Sensée mettre un terme aux manifestations en Alsace, ce qui est la priorité du gouvernement, la loi d'amnistie du 20 février 1953 déclenche une vive riposte à Oradour : la croix de guerre et la Légion d'honneur, reçues respectivement en 1948 et 1949, sont rapportées à la préfecture, et sont affichés aux entrées des ruines les noms des 13 " monstres " ainsi que la liste des parlementaires ayant voté la loi.
    Jean-Jacques Fouché met en évidence les différentes pièces du dossier pour mieux dresser la chronologie de l'errance politico-judiciaire depuis les réactions à la découverte du crime de guerre et les premières enquêtes jusqu'à la clôture de la procédure en Allemagne en 1995.

  • focalisée sur les débarquements de normandie et de provence et sur les grandes opérations militaires des forces alliées, l'histoire oublie trop souvent ce que fut l'action de la résistance dans le sud-ouest, et combien elle contribua, en 1944-1945, à la libération de la france.
    c'est d'autant plus regrettable que la lutte que ses unités combattantes de la résistance engagèrent ne se limite pas, comme on le croit trop souvent, à des faits de guérilla ou de sabotage. de véritables batailles, qui opposèrent en limousin, auvergne, charentes, aquitaine et midi-pyrénées, 160 000 ffi (as, ftp, ora) à 300 000 soldats allemands, permirent de ralentir, fixer, capturer, anéantir ou contraindre à la fuite d'importantes forces ennemies.
    avec cet ouvrage qui, documents photographiques et illustrations à l'appui, retrace ces combats, dominique lormier met en lumière une page mal connue de la libération. il fait revivre les grands meneurs d'hommes que furent andré jolit, jean de milleret, andré pommiès, georges guingouin et passe au peigne fin les moindres noeuds stratégiques de ces terres de résistance. et comment ne pas lui donner raison ne nous rappeler qu'entre juin 1944 et mai 1945, la france du sud-ouest se libéra, grâce à ses maquisards, sans qu'un seul char anglo-américain n'apparaisse à l'horizon oe

  • En août 1944, le sud-ouest semble totalement libéré, mais, à la vérité, il n'en est rien.
    Si bordeaux, toulouse ou limoges fêtent dans l'allégresse générale l'heure tant attendue, l'ultime bataille n'a pas encore eu lieu. repliés à la rochelle, royan, la pointe de grave, et sur les îles d'oléron et de ré, d'importantes troupes allemandes se préparent à mener bien plus qu'une action défensive. elles appliquent une stratégie, orchestrée de longue date, qui doit permettre, sur terre et sur mer, de reprendre la suprématie des combats et de faire du mur de l'atlantique, construit sous l'impulsion de rommel, un obstacle infranchissable.
    S'appuyant sur des témoignages précis et des archives souvent inédites, ce livre retrace l'histoire de ces " poches de résistance " et l'ampleur des combats dont elles furent le théâtre. retranchés dans près de 900 blockhaus, 30 000 soldats allemands et italiens, lourdement armés, firent front face aux forces intérieures et alliées soutenues par l'aviation. de part et d'autre, les pertes humaines furent considérables...

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