Tiresias

  • Le président de la République vient de reconnaître la responsabilité de la France et de ses forces armées dans l'arrestation, la torture et la disparition de Maurice Audin et d'Ali Boumendjel à Alger, en 1957. Ce livre révèle les lieux où se trouvent les corps des 3 024 Disparus en 1957, à Alger. Jean-Philippe Ould Aoudia, qui signe ce nouvel ouvrage, en a subi dans sa chair toutes les brûlures. Les deux bras armés de la réaction coloniale tardive, les services secrets et les terroristes de l'OAS, ont frappé de plein fouet sa famille. Et quand dans les années 1990-1991, il recherche les instigateurs et les exécutants du massacre commis par l'OAS le 15 mars 1962 à Alger, au cours duquel ont été assassinés son père et cinq autres dirigeants des Centres sociaux éducatifs, il prit la mesure de l'étroite collaboration de ces Européens, - appelés contre-terroristes, impliqués dans la torture, les exécutions sommaires et l'OAS -, avec la police locale et les services spéciaux. Ils ne s'en cachaient d'ailleurs pas. Voire même la revendiquaient.
    Par ses recherches l'auteur partage la douleur des milliers de familles dont un ou plusieurs de leurs parents sont toujours considérés comme ayant Disparu au cours de cette année 1957 à Alger, du fait des forces de l'ordre françaises. Participant à la recherche de l'emplacement des corps afin de pouvoir leur offrir une sépulture digne de leur sacrifice. Dans son ouvrage, Jean-Philippe Ould Aoudia emploie le terme de « contre-terroristes » pour désigner les Robert Martel, André Achiary et Cie. Mais ne furent-ils pas, plus terriblement, des terroristes ? Le mérite de ces pages c'est de rappeler les faits bruts, de synthétiser en quelques pages toute la violence paroxystique de cette année 1957. Les unités militaires ont obstinément refusé d'indiquer les lieux où sont enterrés les corps de tous ces Algériens Disparus, dont ceux de Maurice Audin et Larbi Ben M'hidi. Ces pages tentent de prouver qu'un crime de masse a été commis, ce qui explique l'omerta observée par tous les protagonistes depuis 64 ans. Dans ce travail unique, ce lanceur d'alertes qu'est l'auteur ouvre cette page d'une tragédie tue.

  • Dans la mémoire collective, si Lyon est le symbole de la Résistance elle est aussi le siège de la Gestapo et de la Milice où Klaus Barbie et Paul Touvier se sont distingués par leur sauvagerie. Mais qui se souvient de Francis André, l'autre « boucher de Lyon » ? Évoquer les événements dramatiques qui ont meurtri la région dans les derniers mois de la guerre, c'est forcément croiser la sinistre route de Francis André. Charles-Francisque André ou Francis André est né le 25 février 1909 à Lyon, et sera fusillé le 9 mars 1946 au Fort de la Duchère en tant que collaborationniste, chef de la Gestapo française dans la XIVe Région, celle de Lyon. Son surnom, Gueule tordue - dû à une paralysie faciale, suite à un accident de voiture au moment de l'adolescence -, restera associé à un homme à l'engagement brutal. Membre du PPF, il adhère sans réserve à l'idéologie doriotiste qu'il concrétise sur le Front russe par son engagement dans la LVF. À son retour en 1943 à Lyon il devient chef du MNAT et de la Gestapo française. Agissant autant par conviction politique que par cupidité, il sous-traite les exactions nazies. Il utilise sans réserve les mêmes méthodes bestiales et les mêmes moyens policiers que Klaus Barbie à l'encontre des résistants, des communistes, des francs-maçons et des juifs. Chef d'orchestre de la répression et des persécutions, il dirigera entre 1943 et 1944 une équipe qui opère le plus souvent en toute autonomie. Fin août 1944, il suit dans leur fuite les Allemands jusqu'à son arrestation en Italie en 1945. Au jour le jour, les crimes, les trafics commis sous couvert de répression légale, sont décrits le plus fidèlement possible. Ce foisonnement de réalisme est permis grâce au travail méticuleux des auteurs dans de très nombreuses archives dont celles de la Collaboration, de la police et de l'épuration. Dans une perspective volontairement socioanalytique, cet ouvrage déplace le curseur de lecture du côté des bourreaux. Par ce prisme, il est possible de décrypter autrement et avec exactitude le vécu des Lyonnais pendant la guerre. Il permet de découvrir le caractère massif et rapide de la répression et des persécutions tout en montrant l'acharnement qui s'intensifie avec la défaite qui se profile. En évoquant l'itinéraire meurtrier et sanguinaire des bourreaux, on s'attache en réalité à parler des victimes. Les auteurs ont eu à renseigner les familles des victimes sur le devenir de leurs aïeux. Enfin, ce livre est un concentré de la violence libérée en France, exercée par des Français, en grande partie contre des Français, dans une ville si loin des lignes de front de l'Europe en guerre. Ainsi, cette étude à l'échelle locale analyse le dispositif sécuritaire mis en place dans l'Europe occupée.

  • À l'automne 43 plus de 350 Tsiganes, hommes, femmes, enfants, sont arrêtés dans le Nord-Pas-de-Calais et en Belgique. Ils forment un unique convoi, appelé « Convoi Z » à destination d'Auschwitz. Après la déportation des Juifs, Himmler a décidé en mars 1943 leur transfert dans le camp des familles à Auschwitz- Birkenau. Voyage sans retour pour plus de 90% d'entre eux. Pour la première fois, l'histoire de ce cas spécifique de déportation fait l'objet d'une étude approfondie et globale. Cet ouvrage apporte des précisions rares et essentielles sur le sort des Tsiganes et leur histoire tragique. Ils se sont retrouvés pris au piège des politiques nationales et de l'idéologie nazie en Europe, car vivant sous un régime d'exception avant même que les nazis ne les déportent et ne les exterminent.
    Ce travail aux abondantes références bibliographiques est étayé par des sources nouvelles ou inexploitées, par des documents et pièces d'archives allemandes, belges et françaises. Il s'appuie sur nombre de témoins directs et, surtout sur deux survivants du camp d'extermination, récemment retrouvés et qui n'intéressaient absolument personne. Antoine et Joséphine Lagrené, adolescents en 1943, racontent leur vie dans l'univers concentrationnaire, lors de plusieurs entretiens, éminemment émouvants avec l'auteure. Leurs récits inédits apportent des éléments indispensables pour comprendre comment les Tsiganes furent stérilisés dans le Block 10 de Josef Mengele, exterminés à Auschwitz, assassinés à Buchenwald, Ravensbrück et leurs Kommandos.

  • Il semble acquis que le cadre des persécutions juives en France soient largement connus. Mais leur déroulement mérite encore de faire l'objet de nouvelles investigations. Reconstituer l'ambiance, saisir les comportements, les motivations des Juifs qui vivent dans la zone sud permet de restituer l'univers décalé dans lequel ils ont été précipités. Nous racontons ici cette histoire, par le prisme de trajectoires individuelles à la diversité sociale, religieuse et familiale fortement marquée, qui permet d'approfondir un sujet où tout n'a pas encore été dit. Comment menacés, traqués, persécutés, les Juifs tentent de garder le contrôle de leur vie ? Les diversités des archives écrites, publiques et privées, iconographiques, et des récits oraux, permettent de retracer des destins individuels pris dans le collectif afin de montrer le sort des Juifs dans la Capitale de la Résistance a été proche de leurs coreligionnaires de la zone sud.

  • Apparue en France dans les années 1970, la question de la déportation d'homosexuels n'a trop longtemps été portée que par les militants eux-mêmes. Paradoxalement, sa reconnaissance officielle au début des années 2000 ne repose sur aucune étude sérieuse, si bien qu'elle continue souvent d'alimenter les polémiques. Depuis une dizaine d'années, le sujet s'est progressivement imposé comme un véritable objet scientifique. Les recherches dont les résultats sont exposés ici révèlent la grande variété des mesures répressives prises en France occupée, en Alsace Moselle, mais aussi sur le territoire du Reich à l'encontre de Français dont les pratiques sexuelles, réelles ou supposées, étaient considérées comme « contrenature », celles-ci ne conduisant pas forcément à une déportation à proprement parler.
    Pour bien comprendre la complexité du cas français, il est fondamental de retracer l'évolution du regard porté sur l'homosexualité et les homosexuels depuis la fin de l'Ancien Régime, tant en France que chez ses proches voisins, notamment l'Allemagne.
    Le contexte législatif, en particulier, est là d'autant plus important que les dispositions répressives ne cessent pas à Libération et influencent la construction d'une mémoire de la déportation homosexuelle. Dans le contexte de lutte pour les droits des personnes LGBT, les militants ont choisi d'inscrire cette mémoire dans une logique victimaire.
    Quelles furent les étapes qui ont marqué ce long processus mémoriel ? Quels en furent les personnages marquants ? Quelle place cette mémoire occupe-t-elle aujourd'hui chez les militants homosexuels ? Autant de questions auxquelles cet ouvrage entend aussi apporter des réponses.


  • 1954-1962 : la guerre d'algérie blesse en profondeur deux populations, la française et l'algérienne.
    germaine tillion, ethnologue spécialiste de l'algérie mais aussi ancienne résistante, ne peut rester indifférente à tant de souffrances et à un tel gâchis. mais, à la différence de ce qui s'était produit en 1940, ses sympathies vont maintenant aux deux côtés, or elle ne veut renoncer ni à son amour de la patrie ni à son amour de la justice. ce ne sont pas le bien et le mal qui s'affrontent, mais deux ennemis complémentaires : le terrorisme des uns justifie la torture des autres, la torture et les exécutions capitales rendent licites les attentats.
    que faire ? tenter d'arrêter cet engrenage infernal en s'efforçant de comprendre l'origine du mal, en intervenant de toutes ses (faibles) forces pour sauver des vies humaines. publié pour la première fois en 1960, alors que la guerre n'est pas encore terminée, cet ouvrage est considérablement enrichi dans sa nouvelle édition : il a plus que doublé de volume. a la suite d'une histoire succincte de la guerre, oú se rejoignent l'enquête érudite et le témoignage personnel haletant, vient un ensemble bouleversant de documents de l'époque : récit des rencontres avec le responsable des attentats d'alger, dénonciations virulentes de la torture, plaidoyers contre la peine de mort, réponse cinglante à une attaque de simone de beauvoir, correspondance abondante avec le général de gaulle, interventions pour faire libérer de prison aussi bien les anciens " porteurs de valise " du fln que les anciens factieux de l'oas - car germaine tillion sait rester " impitoyable pour le crime, pitoyable pour le criminel ".
    un livre d'une actualité brûlante à notre époque oú d'autres terrorismes se trouvent engagés dans un mortel face à face.

  • Une plongée dans l'univers répressif de Pinochet, au lendemain du coup d'État du 11 septembre 1973. Écrit dans un style très minutieux, à vocation documentaire ce témoignage raconte le quotidien de l'univers concentrationnaire qui suit ce coup d'État.
    Ce récit à la première personne révèle l'acharnement des militaires contre les anciens responsables politiques de l'Unité populaire, trop connus pour être « disparus » par la police politique.
    Si la torture ne constitue pas ici le quotidien de la répression, elle prend d'autres formes qui pour certains des codétenus se révéleront mortelles. Le quotidien vécu sera l'épuisement, la violence, le désespoir... II s'agit en fait de la part de la dictature une volonté de briser irrémédiablement ces hommes.
    Comment et pourquoi s'organise cette relégation/enfermement ? Tout ce qui est factuel est décrit sobrement et scrupuleusement. Comment s'organise la vie ? D'abord envoyés dans l'enfer glacé de l'île-prison de Dawson, en terre de Feu, ils sont ensuite transférés dans d'autres camps militaires, gardés par des militaires et isolés. Parmi les camarades d'enfermement de Sergio Bitar, on retrouve les noms d'hommes politiques bien connus des Chiliens.
    Mais il y a une réelle et tragique « curiosité » à savoir comment tous ces anciens - et futurs ministres - ont supporté l'épreuve. Son récit pour témoigner paraîtra au Chili à son retour d'exil, en 1987, et sera adapté au cinéma en 2009. La préfacière Isabelle Allende se pose cette question : « Que peut bien résonner ou évoquer en chaque Français surtout pour les jeunes générations son nom ? » Cet ouvrage, pour la première fois traduit en France, est là pour y répondre.

  • Le livre est une non-fiction dont le personnage principal traverse, en acteur souvent majeur, les grands événements de la première moitié du XXe et va de France en Espagne, en passant par la Macédoine, la Turquie, le Maroc, l'Algérie, l'Abyssinie. L'histoire d'un homme, de sa naissance en milieu ouvrier dans le Nord à son exécution par les Nazis. Le livre montre en Jules un homme fait d'espoirs, d'engagements, de brisures, un poète aussi, amoureux de l'écrit. Époux trahi dans son amour par un « accident » resté énigmatique, chrétien écoeuré par l'avilissement de la religion catholique, colon expulsé du Maroc par les autorités françaises, militant forcené contre les fascismes, responsable communiste, Jules eut une destinée singulière. Passionné de paix et d'humanité, il combattit pourtant toute sa vie : pacification du Maroc, guerre de 14-18, aux côtés du Négus en Abyssinie et des Républicains en Espagne, où il commande la XIVe Brigade internationale, résistant FTP. Toujours en quête d'absolu, sans parler jamais à ses proches de ce qui lui gonflait le coeur, il écrivait juste avant de mourir : je suis tellement sûr qu'on ne me connaissait pas !
    Tout cela est raconté à travers le regard attentif de sa petite-fille. La narratrice n'a pas connu le père de son père, fusillé au Mont-Valérien en 1943. De sa vie elle ne savait que très peu de chose. Il s'appelait Jules, il fut un acteur important de la guerre d'Espagne et un des chefs de la résistance communiste en France. Sa famille n'en parlait jamais. Afin de remonter le cours de la vie de cet homme dont elle sentait l'injustice de l'oubli, Françoise Demougin-Dumont a traqué les souvenirs familiaux, les écrits de Jules lui-même, les analyses des historiens, les témoignages, les traces administratives, les PV des interrogatoires policiers.

  • René Pellet a dirigé le réseau de renseignement Marco-Polo né à Lyon et qui s'est développé dans toute la zone sud avec des relais en zone nord. Pour son engagement, il a été exécuté le 23/08/44. Son épouse, Marguerite, arrêtée en novembre 1943 a été déportée dans le plus grand secret selon le décret Nacht und Nebel. Elle est tombée sous un bombardement américain en Autriche, à Amstetten, le 20/03/45. Ce livre retrace leur histoire.
    René Pellet réussit l'examen d'entrée à l'École normale. Il se spécialise dans l'enseignement adapté aux Sourds, Muets et aveugles. Il rencontre Marguerite Baud, institutrice spécialisée. Ils travaillent tous deux à l'institut municipal des Sourds-muets aveugles et arriérées de la ville de Lyon. Sa thèse a pour sujet « Des premières perceptions du concret à la conception de l'abstrait chez l'enfant. Essai de l'analyse de la pensée et de son expression chez l'enfant sourd-muet ». Il rentre dans le réseau Marco-Polo par l'intermédiaire des Éclaireurs de France. À l'arrestation du chef du réseau - Paul Guivante -, il en prend la tête. L'efficacité du réseau fait que Londres décide d'avoir un contact direct avec lui. Le 6/11/43, René Pellet est donc envoyé à Londres. Le 24/11/43, l'ensemble de l'institut est cerné et tout le personnel, ainsi que des élèves, arrêtés. Le réseau est sérieusement compromis. Malgré les risques René Pellet revient à Lyon le 15/12/43 et reprend la tête du réseau. Il déplace la centrale du réseau à Saint-Genis-Laval puis à Chaponost (Rhône).
    Sur dénonciation d'un membre du réseau, il est arrêté à Chaponost le 30/07/44. Son corps sera retrouvé sans vie le 25 août 1944 à Saint-Pierre-du-Boeuf.

  • Les peuples, comme les individus, ont besoin de mémoire pour bien se connaître.
    Une identité régionale forte ne va pas sans une fidélité résolue à l'histoire. Les objectifs de la Résistance en Corse sont, à bien des égards, les mêmes que dans la France entière. Mais, sans la reconnaissance d'un contexte économique, social et politique dont on ne peut nier les spécificités, il serait difficile de rendre compte des comportements purement régionaux. Encore cela est-il insuffisant : la Résistance des Corses tient largement aux pressions exercées par l'Italie fasciste.
    Aussi, le temps de référence de ce livre est-il la période 1938-1945. Les Corses, engagés volontairement ou mobilisés depuis novembre 1943, ont participé aux campagnes en Italie, en France et en Allemagne jusqu'à la fin du conflit. De toutes les régions françaises, c'est la Corse qui a connu la plus étroite proximité avec le danger fasciste : perçu et combattu dès la fin des années 1930, il a été avivé par la lourde occupation italienne.
    Sans doute les visées de la politique extérieure italienne étaient-elles tenues secrètes dans leurs modalités d'application, mais les appréhensions de l'opinion publique corse étaient fondées, comme le prouve l'analyse des scénarios d'annexion préparés dès 1941 par les services italiens. Cet ouvrage, qui vient en complément du cédérom réalisé en 2003 à l'initiative de l'AERI, apporte au lecteur une analyse précise des faits et événements qui se sont déroulés en Corse et nous permet de combler les oublis de notre histoire contemporaine.

  • Cet ouvrage est le recueil de la mémoire de protagonistes anonymes de la guerre civile espagnole. Nous voyageons au travers les souvenirs de trois femmes et de six hommes : témoignages de l'espoir porté par ces gens simples et leur aspiration à la liberté au sein d'un pays féodal et autoritaire, l'Espagne du début du vingtième siècle jusqu'à la mort de la dictature de Franco. Ces souvenirs nous permettent de mesurer l'ampleur du mouvement libérateur auquel adhéra avec sincérité spontanément et humanité, tout un peuple miséreux mais aussi des intellectuels de renom. Chacun ou chacune a vécu la même période historique des années 1930 à nos jours et pourtant chacune ou chacun raconte une histoire qui lui est propre et unique.

  • Découvrez Complicités avec Jean Vilar, Antoine Vitez, le livre de Jack Ralite

  • Dans ces pages un appelé parle et témoigne sur la torture en Algérie de juin 1961 à mars 1962, ces atrocités se déroulaient à la Villa Sésini communément nommée Villa Susini.
    Après de nombreuses hésitations et des questionnements, je porte ce témoignage à la connaissance de tous. Que le lecteur ouvre les pages de ce dossier douloureux et tragique, et que tout homme libre et citoyen apporte au-delà de son interrogation sa part de vérité. J'ai simplement voulu ouvrir le chemin de la parole à cet appelé déchiré par l'horreur qui, sous ses yeux, se déroula et sur sa propre participation.
    Mais je laisse au préfacier le soin et la réalité par cet extrait de le présenter : " La dénonciation de la torture en Algérie coloniale prit une ampleur nouvelle le vingt-sept janvier 2001. Le général de Bollardière et la torture, film de André Gazut, était enfin projeté dans une grande salle... L'Arlequin était comble, et du public jaillirent de nouveaux témoignages... Le tout dans l'apparente indifférence des pouvoirs publics.
    Cela fut dit, avec l'exigence que l'État se mobilise pour soulager de leurs troubles les victimes survivantes, les témoins passifs - " appelés " en majorité - mais aussi les exécutants non moins tourmentés. Un homme se leva, au fond de la salle, et dit alors : "Je fus de ceux-là, des tortionnaires, et c'est vrai." "

  • Alain Ruscio est né en 1947.
    Historien, Docteur ès Lettres, il était jusqu'ici surtout connu pour ses travaux portant sur l'histoire coloniale française. Parmi ses derniers ouvrages, Que la France était belle au temps des colonies (Maisonneuve et Larose), Le Credo de l'Homme blanc (Complexe) et La Guerre française d Indochine. Les source., de la connaissance (Les Indes Savantes).


  • trente et un portraits de femmes et d'hommes déportés par les nazis.
    déportés des conséquences de leur choix : ne pas se soumettre, ou par leur engagement : résistants, politiques, ou encore parce que juif. mais aussi enfant né à ravensbrück par la volonté farouche et maternelle de femmes solidaires, compagnes de misère qui voulurent que la vie soit et se perpétue. elles et eux se sont trouvés en prison, dans les camps d'internement, dans les camps de concentration ou d'extermination, et ils essayent d'expliquer tant bien que mal l'avant, le pendant, le retour, mais l'après surtout et leur implication citoyenne, caritative, politique.
    dans la société, ou encore leur fuite, leur errance à la recherche d'un monde perdu. nombre ne se reconnaissent plus dans leur cher pays et s'efforcent de rester muets pour ne pas déranger, pour ne pas paraître raconter l'impensable, mais tous essaient dans leur nouvelle vie une réinsertion honorable. nulle expérience n'est identique, mais la même obsédante question pour eux tous persistera : suis-je revenu(e) des camps de la mort ? il faut les écouter, les lire sans crainte ni pitié et partager.
    leur histoire, leur expérience, leur espoir nous sont précieux. elles ou ils ont gardé un idéal : vivre et espérer encore en l'homme. qu'ils ou elles soient devenus ministre, ambassadeur, docteur, fonctionnaire, enseignant, ouvrier, commerçant, ils se sont engagés dans des combats d'humanité, de mémoire et d'espoir et scrutent scrupuleusement les possibles relents de la bête immonde. elles et eux doivent prendre place parmi nous avant leur définitif départ, c'est le pari que se sont donné les auteurs, afin qu'ils laissent plus qu'une empreinte, une mémoire dans notre monde tragique.



  • fatima basnaci-lancou, avec pudeur et tendresse, tire la photographie de treize vies blessées de harkis.
    ces chibanis, " vieux " sages, nous laissent un page d'une histoire commune oú souvent la douloureuse constatation de l'abandon nous renvoie à la responsabilité de nos gouvernants mais aussi à notre responsabilité individuelle. ils furent reçus avec leurs familles par la france avec un mépris et une indifférence qui blessent encore la mémoire de tout homme juste. l'auteur explique : " en arrivant en france, la majorité de ces rescapés et leurs familles séjournèrent dans le camp militaire de rivesaltes dans les pyrénées-orientales.
    ce camp de " mépris " ressemblait tellement à une prison qu'il allait cristalliser un immense sentiment d'abandon. " nous avons maintenant, grâce à ce livre, une mémoire oú treize hommes nous narrent leur destin déchiré de " harki ", entre honneur et mépris. nul individu ne peut être sûr de son rôle et de sa place dans la société, à plus forte raison si son avenir n'a pas des racines de vérité sur son passé.
    le devenir de ces hommes et de ces femmes rejetés trop souvent par ignorance est une imposture à notre vision de notre république. ce livre est une libération de la parole trop longtemps brimée ou tue, une empreinte dans les pages de l'histoire de france. ces chibanis pourront dorénavant se construire dans une réalité d'hommes libres et fiers. ces pages sont leur identité, l'expression de leur vécu, la patrie de leur mémoire, une terre de vérité oú leurs enfants pourront grandir et s'épanouir.
    il appartient à notre patrimoine. merci à l'auteur de nous démuseler ces treize vies et libérer cette histoire pour notre patrie.

  • Tout n'a pas encore été révélé sur la conduite de la politique algérienne menée par le général de Gaulle. Parcourant l'année 1961, riche en événements, l'auteur analyse l'habileté du chef de l'État pour contourner ou bousculer les obstacles et les hommes placés sur son chemin.
    Des témoignages incontestables et des documents inédits nous plongent au coeur du projet élyséen de partager l'Algérie en deux entités, française et algérienne, une sorte « d'Israël pied-noir », avec ses manoeuvres, ses chantages et ses intrigues qui finiront dans le sang et les larmes d'Algériens, de Tunisiens et de Français.
    Ce livre se situe au coeur du conflit entre deux logiques : la raison d'État contre la recherche de la vérité au service de l'Histoire. Tel l'assassinat, par l'OAS, de six dirigeants des Centres sociaux éducatifs créés par la déportée résistante Germaine Tillion. Le lecteur découvrira avec stupéfaction la responsabilité de la délégation générale à Alger, fourvoyée avec les membres les plus bruts de l'OAS.
    Lire Deux fers au feu et ces révélations inédites et « surprenantes » est indispensable pour qui veut découvrir le fil exact des arcanes de la politique ayant mené à l'indépendance de l'Algérie.

  • Grâce aux archives de la FEDIP et à l'entêtement de la fille et du petit-fils d'un républicain espagnol, nous lisons dans ces pages l'histoire et la genèse de leur combat. La FEDIP, dès 1945, édita, oeuvra pour la mémoire des déportés espagnols, survivants de Mauthausen, Gusen et leurs Kommandos. Ces triangles bleus avec la lettre S qui, ultime insulte et humiliation des nazis, seront considérés et catalogués « apatrides », retrouvent par ces pages leur sol. Car seuls ces premiers furent considérés Espagnols dans leur déportation, les autres femmes ou hommes pris en France et en Résistance seront déportés majoritairement comme Français et politique. Comme écrira le préfacier : « Comme un drapeau rouge, jaune, violet, nous lisons dans ces pages l'histoire d'un peuple exclu et spolié de sa mère-patrie, mais qui se bat, et qui lutte, et qui combat non seulement pour recouvrer sa liberté mais surtout pour abattre le nazisme et son joug putréfiant nos républiques et notre état de petits de l'homme. » Nous trouvons en ces pages pour notre mémoire et la vérité l'ampleur du drame vécu par ces républicains espagnols. Cet appel à se souvenir est pour eux une façon de rester vigilant et d'éviter que la bête immonde au ventre fécond ne se relève. « Le devoir collectif de survivre, m'a enivré, saoulé par sa grandeur, sa douleur et m'a blessé par l'oubli qui lui était insupportablement réservé.
    Ce texte m'a immédiatement interpellé. J'ai senti intuitivement, ou de cette perception érodée par les années de labeur sinon acérée par ma quête sur les «oubliés» de l'histoire, sa force de sens. » Ce livre est le « non » à l'aliénation, un veilleur vigilant sur l'avenir, un acte de solidarité. Je reprends à mon compte ces mots de Cervantés « Tu ferais mieux de l'appeler enfer, et encore pis s'il y a chose qui soit pire au monde. » Et je vous les offre comme déjà ce chant qui sera à toujours la tache innommable de notre vingtième siècle mais aussi notre honneur de part l'humanité et le refus d'une quelconque aliénation de ces républicains espagnols.

  • À l'été 1945, la foule se presse pour visiter au Grand Palais l'exposition organisée à grand renfort de publicité par le gouvernement du général de Gaulle : Crimes hitlériens. Première du genre, cette exposition à base de photographies et d'objets ramenés de divers lieux de massacres exhibe dans toute leur crudité les preuves des atrocités nazies commises en France et en Europe : pillages, destructions, exécutions de civils, tortures, déportation dans les camps... Véritable « Musée des Horreurs », cette manifestation à la fois pédagogique et spectaculaire est interdite aux moins de 16 ans en raison de sa dureté. Une telle mise en scène de l'atroce en plein coeur de la capitale nous semblerait aujourd'hui inconcevable. Un mois après la capitulation de l'Allemagne hitlérienne, l'exposition du Grand Palais connaît une affluence record avec plus de 500 000 visiteurs. Elle circule ensuite en province, fait le tour des capitales européennes et de certaines villes allemandes. À chaque fois, l'exposition draine de nombreuses foules... Pourquoi cette étonnante exposition ? Comment expliquer son succès ? Quels en sont les véritables enjeux ? Telles sont les questions auxquelles ce livre tente de répondre... Alors que la Libération a été un moment de fête et d'espoir, 1945 est l'année des épreuves et des déceptions. Celle de la faim et des privations, de l'angoisse et des incertitudes face à l'avenir, de l'épuration et des procès de la collaboration, du choc de la découverte des camps et du retour des « absents » exilés en Allemagne. Marquée dans sa chair, la France compte ses morts, pleure ses fantômes, tente de faire son deuil et de se reconstruire. Dans ces conditions, l'exposition Crimes hitlériens s'inscrit dans le cadre d'un discours unitaire et de rassemblement. Car au-delà de l'hommage rendu à toutes les victimes du nazisme, cette manifestation permet à chacun de se retrouver dans les épreuves endurées par la nation au cours des années noires en insistant sur l'idée d'une communauté de souffrance. Alors que débutent les procès contre les criminels nazis, la France appelle non seulement au châtiment des coupables mais à une politique de fermeté destinée à mettre hors d'état de nuire une Allemagne dorénavant occupée et considérée comme l'éternel agresseur. Les atrocités nazies constituent enfin pour la France un thème mobilisateur destiné à regrouper derrière elle tous les États ayant directement souffert du nazisme ainsi que l'ensemble des pays impliqués dans la guerre contre l'Allemagne. Une bataille censée permettre à la France de retrouver sa place de grande puissance aux côtés des Alliés et de revendiquer son droit à participer pleinement au règlement du problème allemand.

  • Il y a dans le sang qui défend ta colère / des plaines de silence où déferle le temps, / l'homme qui prend naissance au fond de ce désert... Combien, l'écrit le poète, de cécités, de lourds non-entendements à ces cris, à ces visions de honte et d'horreur sur notre sol... Or eux, ces étrangers rejetés, pourchassés, exilés, battirent le déshonneur " du vol noir des corbeaux sur nos plaines ". Pendant cette période 40-44 (et longuement avant puisque nombre des témoins de ce livre étaient dans la clandestinité et le refus du fascisme), ils marchent ces combattants sous le soleil de plomb de la lutte vers le zénith de l'espoir mais aussi sur l'ortie et la vaine peur qui tressaille en eux quand la nuit des prisons ou de la mort descend pour les traquer. Ils inscrivent à la craie rougie sur la pierre occupée les limites et la raison de notre liberté. Quand, entre douleur et veulerie, compromis et tragédie où trop chez nous attendaient comme ultime recours une réconciliation, une collaboration, un aveuglement ou peut-être quelque résistance, toi l'étranger tu es entré dans la résistance et fis vaciller l'envahisseur. Tu nous appris la France dans la naissance de ton refus. Le collaborateur te voulait la lie de la terre, et tu fus le tannin de notre dignité, toi l'Italien, le Juif, le Polonais, le Roumain, l'Espagnol, l'Arménien, l'Allemand... Vous étiez de cette Europe encerclée, bafouée, humiliée par le nazisme et sa cohorte de salauds. Ces étrangers dans la résistance en Provence sont de l'innocence et la ruse, et l'auteur le savait dû son empressement à décrire votre bataille. Que cette urgence fasse long feu à l'inique silence et à l'oubli car l'oeuvre de Grégoire Georges-Picot est notre mémoire. Tu reviens de la mort avec ta solitude. / Tu songes au vent noir qui souffle au fond des chairs. Sûrs que le balancier du temps allait toujours entre gloire et mensonge vous entrez enfin dans notre livre de l'Histoire. Et même si Devant toi c'est la nuit sauvage sur le monde, cet étranger, ce combattant de l'ombre offre son humanité et forcera le bonheur du sourd et de l'aveugle.

  • En juin 1940, Adolf Hitler est à Paris. Les images tournées alors par la propagande allemande, suite de clichés réalisés à l'Opéra, à la Madeleine ou sur l'esplanade du Trocadéro, le montrent allant de monuments en lieux emblématiques dans une ville presque déserte. Contre toute attente et seulement quelques jours après la signature de l'armistice et le début de l'Occupation, le chef de l'Allemagne nazie ne vient pas célébrer sa victoire militaire sur la France, mais visiter en touriste incognito la Ville lumière pour la seule et unique fois de sa vie.
    Que sait-on au juste de cette visite et des raisons de cette pérégrination ? À quelle stratégie répond-elle ? Que se cache derrière ces images d'un Hitler se présentant sous les traits d'un amoureux de l'art et de la culture ?
    C'est à ces diverses interrogations que l'auteur de ces pages tente de répondre sous la forme d'un essai critique. À travers une mise à nue sans concession, Cédric Gruat désarticule et « désarchitecture » la visite de ce peintre raté dans cette ville unique qui incarne pour lui l'âme de la vie artistique. Levant le voile sur les mystères et les flous entourant cette véritable « traversée » de Paris, il en montre les enjeux symboliques et propagandistes au-delà du récit traditionnel qui en est généralement fait. Et révèle la stratégie du dictateur allemand, alors obsédé par la fabrication de son mythe.

  • Dans ce livre, les auteurs se sont efforcés de traiter la place importante prise par les républicains espagnols dans le maquis du plateau des glières, en haute-savoie.
    Jamais un ouvrage particulier n'a été consacré à leur action, toujours évoquée, jamais expliquée. après avoir livré une guerre fratricide de trois longues années sur leur sol natal, les républicains espagnols arrivent en haute-savoie. deux compagnies de travailleurs espagnols, affectés aux travaux des routes et à l'assèchement des terrains, vont petit à petit s'égailler dans la nature. ils vont aller clandestinement s'installer, avec des conditions de vie très rudes, dans les chalets de montagne pour échapper à la déportation en allemagne.
    Ils vont y rencontrer les maquisards français de la première heure, et une grande solidarité va se forger pour continuer à combattre le fascisme. ces hommes aguerris vont mettre leurs connaissances au service de la résistance. ils vont conquérir les coeurs et l'amitié de leurs compagnons, jusqu'aux chefs du 27e bca, qui leur accorderont une entière confiance. ces "rouges espagnols" vont prendre une place incontournable et participeront aux combats les plus rudes.
    Leur aura est grande, puisque tom morel, le chef du maquis du plateau, décidera, le 30 janvier 1944, de monter avec cent vingt hommes sur le plateau pour y réceptionner les parachutages d'armes de londres ; parmi eux, cinquante-six maquisards républicains espagnols. c'est l'histoire de ces hommes exilés et amoureux de liberté que les auteurs vous livrent ici. en complément de tous les ouvrages qui ont pu s'écrire sur le maquis des glières, il manquait cet hommage aux républicains espagnols, c'est chose faite.
    Ainsi la haute-savoie rend hommage à ses fils qui l'ont délivrée et qu'elle a adoptés.

  • Unicae unica

    Roy

    • Tiresias
    • 1 Septembre 2007

    Unique, tel au féminin, tel au masculin, est le souhait Unicae Unica de Jules Roy, qui nous porte dans ces pages de lettre en lettre, d'année en année.
    Des mots, des sentiments, des vies, des instantanés, avec les interrogations domestiques, les petits riens qui font une vie belle ou empoisonnante. Ces faits qui marquent et coulent à la rigole de la plume nous sont offerts comme une page d'écriture ou encore une maison à entretenir, une correspondance à tenir, l'empreinte du temps, l'errance d'un parcours, les angoisses de l'écrit, l'avant difficile d'un livre à faire naître et toutes ces pensées qui obsèdent l'esprit de celui qui écrit et qui pourtant espère convaincre, de sa force littéraire, tous les lecteurs.
    Et Jules Roy écrit et dit, et Tatiana, qui n'est pas un réceptacle, ni de ses plaintes, ni de ses joies, ni de son succès, ni de ses douleurs, devient un miroir à double face, qui renvoie à son mari son état d'écrivaine, la naissance de mots faisant oeuvre pour la littérature. Nous lirons les dépenses et ses angoisses, le train de vie, la maison à entretenir de la ville, qui est désuète et surannée, et à celle à la campagne, champêtre, à laquelle on doit garder sa magie de rêverie.
    Toutes ces obsessions, comme une misère sur cette quête de reconnaissance, sur ces mots à inscrire, comme pour marquer le respect que l'on porte à l'autre, comme si on prenait soin de sa propre personne. Nous courons d'une page à l'autre et nous écoutons, attentifs, le bruissement des petites plaies qui ourlent la douleur mais aussi ces grands moments d'échanges poétiques. Nous recevons, comme une vérité, que rien n'est commun à une femme et à un homme qui, uniquement perçoivent et fréquentent l'extraordinaire.
    Dans cette vie de l'ordinaire, un grand écrivain et une poète nous rendent, par cette correspondance, à coups de mots, la grandeur magnifique de l'art d'écrire l'imaginaire. Même en vacances, tout peut rester extraordinaire, sauf l'ennui. Tel serait le proverbe de ces pages.

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