Anthropologie

  • Avec "Nos premières fois", le préhistorien Nicolas Teyssandier nous livre un inventaire très particulier, celui des premières fois de l'Humanité, "nos" premières fois culturelles, techniques, matérielles : le premier outil, bien sûr, mais aussi le premier couple, le premier bijou, le premier meurtre, le premier chat, le premier dieu ou encore le premier mot...
    Ces premières fois qui constituent notre mémoire collective prennent ici la forme d'un grand récit qui s'appuie sur les connaissances le s plus actuelles en préhistoire et en évolution humaine.
    Ce récit se double d'une autre histoire, celle de la façon dont les chercheurs travaillent et enquêtent pour reconstituer ce passé commun de l'Humanité - un travail qui se rapproche par bien des aspects d'une véritable enquête policière pour reconstruire un passé millénaire à partir de traces matérielles, de fossiles, d'indices ténus et fragiles.

    Nicolas Teyssandier est préhistorien, chargé de recherche au CNRS. Spécialiste des équipements en pierre taillée, il travaille sur des sites archéologiques dans le monde entier. Il a également co-scénarisé le documentaire "Le fils de Néandertal ou le secret de nos origines" (Arte, 2017).

  • Cultures

    Philippe Descola

    « En matière de football, chez les Achuar, en Amazonie, il ne s'agit pas du tout que l'un des camps triomphe sur l'autre. Les tactiques sont extraordinaires, tout le monde court après le ballon, y compris les gardiens de but. Le nombre de participants dans les équipes est fluctuant, cela n'a pas d'importance qu'ils soient cinq d'un côté et dix de l'autre. Ce qui compte, c'est le jeu, la capture de la balle et marquer un but. Lévi-Strauss, en commentant l'arrivée des jeux de balles chez les Gahuku-Gama en Nouvelle-Guinée, avait montré que le jeu est essentiel mais qu'il ne doit surtout pas y avoir d'inégalité au terme du jeu, car si l'un des groupes se trouve dans une situation d'inégalité, cela met en pé- ril l'ensemble de la reproduction sociale. Ceci est très commun à de nom- breuses sociétés non modernes pour lesquelles le jeu est une fin en soi. » Philippe Descola, grande figure de l'anthropologie contemporaine française, interroge notre rapport au sport au regard de la pratique qu'en ont les sociétés primitives, notamment chez les Amérindiens qu'il a longuement étudiés. Il montre de quelle manière le modèle occidental du sport de compétition, avec toutes les inégalités qu'il porte en lui, s'est imposé au reste du monde. Dans la lignée de la réflexion qu'il a menée sur le dualisme nature/culture, il s'empare de la question de l'hybridation de l'homme et de la machine et du problème plus général du corps augmenté. Et réfléchit à la place qu'aurait le sport dans l'universalisme auquel il aspire.

  • Paul Virilio compte parmi les pensées les plus singulières de l'ère contemporaine. La vitesse et l'accélération sont au coeur de sa réflexion philosophique. Le fait sportif ne pouvait donc échapper à son expertise. Il nous livre ici avec une verve incomparable, une histoire de l'homme en quête de vitesse jusqu'à l'inertie - en quête de désincarnation jusqu'à sa propre disparition. C'est aussi en qualité d'urbaniste et professeur d'architecture, qu'il décrit la ville comme un stade. La modernité de sa théorie critique de l'accélération ne dissimule pas sa nostalgie d'un sport d'antan qu'il qualifie crument l'art de la chair.

  • « Tant que j'espère atteindre la cible, je suis séparé du bonheur par l'espérance même qui le poursuit. La flèche n'est pas encore partie : je voudrais être déjà sur le podium ! Le sage, lui, n'espère pas atteindre la cible ; il veut seulement la viser bien. Or c'est ce qu'il fait. De quoi aurait-il peur ? Il est sans pression, à la fois concentré et détendu. C'est pourquoi, disent les textes zen, «il atteint un pou en plein coeur» ».

    André Comte-Sponville nous éclaire avec brio sur les vertus et limites du sport, ainsi que sur les valeurs qu'il peut incarner. Il s'agit de réconcilier l'idéal démocratique, qui suppose l'égalité de tous, avec l'idéal aristocratique et sportif, qui suppose au contraire leur inégalité (selon le principe « Que le meilleur gagne ! »).

    Il pointe ici, avec la clarté et le talent pédagogique qui le caractérisent, cette vérité décisive : nous sommes tous égaux en droit et en dignité, point en fait et en valeur. C'est ce qui distingue la démocratie du nihilisme ; et le sport, d'un simple divertissement.

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