Littérature générale

  • L'amateur

    Jérôme Pernoo

    Violoncelliste, Arsène vit de ses concerts mais ne peut s'empêcher de consacrer une partie de son temps à l'enseignement : tous les mois, à Châtellerault, dans une étonnante propriété en bord de Vienne, il réunit une dizaine d'élèves d'âges et de niveaux extrêmement variés, certains même pratiquant un autre instrument que le violoncelle.
    Davantage qu'à l'étude particulière propre à chaque instrument, c'est au sens même de la musique qu'Arsène tâche d'intéresser ceux qu'il appelle ses apprentis, usant d'expériences très diverses, parfois déroutantes, pour y parvenir. Prenant souvent appui sur les techniques théâtrales, puisant chez Stanislavski mais aussi chez Diderot, il dévoile l'importance du monde intérieur chez le musicien et refuse de dissocier technique et musique, considérant l'art d'interpréter comme un tout.
    Dans ce cadre idyllique et propice à l'épanouissement personnel, l'apprentissage n'est pas circonscrit aux leçons proprement dites, mais se prolonge et se développe bien au-delà, à la faveur des nombreuses discussions qui animent les repas, les promenades ou les rencontres impromptues dans le grand jardin. Si l'inlassable exigence d'Arsène trouve toujours un écho, y compris chez les plus jeunes, c'est qu'elle est servie par un perpétuel enthousiasme, parfois débridé, toujours communicatif. En se disant professeur amateur, il réhabilite le sens premier de ce mot à ce point dévoyé qu'on en a oublié la racine, amare : aimer.
    Très largement inspiré d'expériences vécues par Jérôme Pernoo, cet ouvrage peut être aussi bien lu comme un roman que consulté comme un guide.

  • On a imprimé, et on imprime encore de temps en temps à mon sujet des notices biographiques si pleines d'inexactitudes et d'erreurs, que l'idée m'est enfin venue d'écrire moi-même ce qui, dans ma vie laborieuse et agitée, me paraît susceptible de quelque intérêt pour les amis de l'art. Le public s'inquiète peu, je n'en saurais douter, de ce que je puis avoir fait, senti ou pensé. Mais un petit nombre d'artistes et d'amateurs de musique s'étant montrés pourtant curieux de le savoir, encore vaut-il mieux leur dire le vrai que de leur laisser croire le faux. Je n'ai pas la moindre velléité non plus de me présenter devant Dieu mon livre à la main en me déclarant le meilleur des hommes, ni d'écrire des confessions. Je ne dirai que ce qu'il me plaira de dire ; et si le lecteur me refuse son absolution, il faudra qu'il soit d'une sévérité peu orthodoxe, car je n'avouerai que les péchés véniels.

  • " Seul Watteau, ou l'un de ses éminents contemporains, aurait su saisir du bout de ses pinceaux et de ses brosses l'atmosphère et les couleurs de ce concert champêtre : une grande lueur blanche sur la gauche contrastant avec trois taches noires bien distinctes, plusieurs tons de vert enveloppant l'ensemble, un bleu nuit recouvrant le tout. L'artiste n'aurait pas manqué d'enrichir la scène de détails : l'émotion sur les visages de personnages choisis, trois archets saisis dans leur lutte contre le vent, des promeneurs figés dans leur marche, interloqués par ce spectacle insolite, un petit chien blanc prêt à mordiller les mollets des musiciens, un enfant jouant au ballon, un arbre agité par la brise du soir. On aurait pu, en tendant l'oreille, deviner des notes de musique. Oui, c'est sûr, cela aurait été un chef-d'oeuvre. " Collectionneur d'anecdotes, Jacques Borsarello nous propose à travers ce nouveau recueil de nouvelles sa vision de l'univers de la scène. Il évoque avec une tendresse particulière les anonymes, ceux dont on ne parle jamais, et les petits métiers du monde du spectacle.

  • Il est question dans cet ouvrage de Meyerbeer, Gounod, Bizet, Massenet, Bruneau, Hahn, Debussy, Ravel et Honegger mais aussi - en introduction - du thème général du néo-classicisme qui, dans la période considérée, affecte certains ouvrages de Gounod, Massenet ou encore Hahn, ceci bien avant le courant néo-classique postérieur illustré par Stravinski et Diaghilev. Les approches proposées sont de nature très différente et témoignent, en quelque sorte, de la diversité générique de l'opéra français : étude génétique (Carmen, Hérodiade et La Chute de la maison Usher), présentation d'oeuvres oubliées (La Carmélite), étude de la réception d'un opéra (L'Africaine), relation entre compositeur et chanteur (Georges Bizet et Célestine Galli-Marié ; Alfred Bruneau et Marie Delna), analyse thématique et musicale (L'Heure espagnole) ou bien encore lecture socio-historique (Antigone).

  • L'anneau du Nibelung

    Richard Wagner

    • Symetrie
    • 2 Février 2015

    « Rien ne fait plus de tort à Wagner, et rien n'a plus contribué à amener chez nous le mouvement de réaction antiwagnérien qui se dessine maintenant, que l'absurdité monumentale de ses traductions. Elles ne sont ni françaises ni même intelligibles dans aucune langue. ?» (lettre de Romain Rolland à Richard Strauss, 12 novembre 1905) Henri Christophe a réalisé cette traduction en 1991 à l'occasion de la diffusion sur Arte de la fameuse tétralogie dirigée par Pierre Boulez et mise en scène par Patrice Chéreau en 1976 à Bayreuth. Elle a été conçue pour un dialogue théâtral brûlant de tension dramatique et pour une production résolument dépoussiérée et moderne, loin du livre illustré.
    Comment restituer, dans une traduction envisagée pour la scène moderne, cette liberté de création poétique, ces aspects formels spécifiquement créés pour le dialogue wagnérien ?? Comment traduire une langue qui se veut archaïque, un style qui use de nombreux mots médiévaux et de cascades de néologismes parfois onomatopéiques, ceci afin de renvoyer l'auditeur aux temps anciens des origines ??
    Le traducteur s'est efforcé de respecter les aspects sonores et novateurs de la langue wagnérienne en conservant autant que possible, comme révélateurs de l'état d'esprit de chaque personnage, les tournures négatives, l'ordre syntaxique, les mises en relief, les formules actives et passives.

  • Figure majeure de la création musicale au cours de la seconde moitié du xxe siècle, Toru Takemitsu (1930-1996) attachait aussi une grande importance à l'écriture qu'il a pratiquée tout au long de sa vie, passant du manifeste esthétique au récit littéraire, de l'analyse musicale au portrait, de l'aphorisme à l'essai développé.
    Proche de personnalités telles qu'Isamu Noguchi, Akira Kurosawa, Jasper Johns ou Kenzaburo ?, Takemitsu ne se limite pas au cadre musical dans ses écrits?: on est frappé par la variété et la richesse des centres d'intérêt du compositeur, bien au-delà de la confrontation entre Orient et Occident à laquelle son nom a souvent été associé. Les textes de Takemitsu sont une traversée de la mémoire, des émotions, des mondes artistiques et musicaux. Son art de la métaphore, ancré dans la perception, réticent à la généralisation théorique, résonne aujourd'hui avec force. Ces écrits témoignent aussi bien de la vie créative du compositeur que d'une grande richesse culturelle et artistique du Japon de la seconde moitié du xxe siècle.
    La sélection minutieuse des textes présentés, traduits et annotés dans cet ouvrage permettra au lectorat francophone de découvrir sous un nouveau jour l'univers esthétique d'un compositeur qui, bien que joué et célébré depuis longtemps en Occident, s'avère mal connu.

  • Figure enthousiasmante et bien mal connue de l'histoire du théâtre des Lumières, Nicolas-Médard Audinot (1732-1801) fut d'abord comédien avant de devenir entrepreneur de spectacle et de fonder l'Ambigu-Comique, qui joua un rôle éminent dans l'histoire du théâtre dit "secondaire". La vie théâtrale à laquelle Audinot s'est voué est celle qui prospère ou vivote dans la rivalité entre théâtres secondaires et théâtres privilégiés - depuis les Foires du règne de Louis XV jusqu'au Boulevard du Directoire - et entre l'entreprise théâtrale individuelle et le théâtre privé du prince de Conti. À l'Ambigu, de 1769 à la Révolution, Audinot pratique le théâtre de marionnettes, fait jouer des enfants et recourt tour à tour à la pantomime ou à la satire sociale, en passant par le mélodrame lors de son apparition en 1801, explorant l'entrecroisement du jeu, de la musique et du spectaculaire avec un esprit d'invention que le public consacra et qui fit la fortune de son théâtre. L'auteur rassemble ici pour la première fois un ensemble d'informations touchant à l'intimité du personnage comme à sa vie publique, à ses affaires sentimentales comme à ses talents d'homme de spectacle.

  • La décapoute

    Hervé Mestron

    • Symetrie
    • 25 Juillet 2011

    J'arrive de Tokyo. Retour dans le caveau familial. Je ne suis qu'amour et j'ai un petit mot gentil pour tout le monde. Le radiateur du couloir, le placard encastré, le clou auquel j'accroche mon trousseau de clefs. Je suis quelqu'un de très organisé. Un compliment, une caresse, pour moi ce n'est pas grand-chose, pour eux c'est tellement important. Je suis accueilli en héros. Je suis le seul dans cette maison à entrer et sortir avec une sorte d'autonomie parfaite, cela force le respect.
    Dans la cuisine, c'est une autre paire de manches. Dès que j'arrive, le frigo se met à râler. Si j'en crois la cafetière électrique, il est très sympa quand je ne suis pas là, mais dès que je reviens, crac, il me fait payer le prix de mon absence. Il sent ma culpabilité et il en rajoute. Heureusement que le four micro-ondes est moins irascible parce que je ne sais pas si je pourrais supporter cette ambiance délétère chaque fois que je rentre de voyage. Quand on est musicien, on bouge, c'est normal. On ne joue pas une symphonie de Beethoven seul sur son canapé.

  • Le XIXe siècle voit se multiplier les écrits sur la musique. Celle-ci pose des questions gênantes : à ceux qui la pratiquent, à ceux qui l'écoutent, à ceux qu'on n'appelle pas encore les intellectuels - écrivains et philosophes. Parler de musique, à l'époque romantique, singulièrement en France et dans l'espace germanophone, c'est chercher à capter l'effet qu'elle exerce, les émotions qu'elle procure, les images qu'elle évoque ; c'est parler de soi-même. Le discours sur la musique avoue aussi une impuissance : les paroles ne savent pas vraiment dire ce que dit la musique. À partir du moment où l'on abdique toute prétention à la rationalité, on se convainc que les notes ne soulignent pas simplement les informations d'un texte, livret d'opéra ou poème mis en Lied, pas plus qu'elles ne traduisent des intentions descriptives - quel intérêt y aurait-il à reproduire ce qui existe déjà ? Comment expliquer la puissance, le mystère, la richesse dont la musique est seule détentrice ? Celui qui s'exprime sur cet art à nul autre pareil porte une double responsabilité d'instructeur du goût et de passeur vers l'infini : romancier ou essayiste, chroniqueur mondain ou critique spécialisé, épistolier ou rédacteur de journal intime, artiste peintre ou compositeur attiré par l'acte littéraire, chacun s'efforce de dé-chiffrer la musique, de faire partager à des lecteurs, fussent-ils imaginaires, ce qui est une expérience première du son. La musique échappe au bon sens, elle a peut-être même vocation de désordre : elle demande donc à être révélée. L'écrit sur la musique n'est pas un dépôt de savoir, puisque l'oeuvre musicale reste difficile à atteindre : mais cet écrit prend valeur de défi à restituer un trop-plein affectif, comme il témoigne des appétits de la génération romantique.

  • Écoutez c'est très simple. est un essai critique et dense sur l'éducation musicale, des débuts de l'enfant à la musique jusqu'à la formation supérieure et professionnelle.
    Analyse approfondie et décapante de notre système actuel, il propose des orientations originales et audacieuses pour redonner un élan à notre éducation musicale. Ce livre s'adresse au grand public, ainsi qu'aux étudiants, enseignants et aux responsables institutionnels.

  • A bas Don Juan !

    Don Juan depuis des siècles est considéré comme un grand séducteur. On l'envie, on admire ce grand seigneur. C'est un héros au théâtre, à l'opéra. C'est un personnage de fiction mais il est historiquement incarné par Miguel de Man~ara qui vécut à Séville au début du xviiie siècle.
    En réalité, Don Juan n'est qu'un affreux personnage, un salopard cruel qui n'a qu'un but : abaisser la femme, lui mentir, la faire souffrir, l'humilier, la détruire.
    Cette bouffonnerie veut le ridiculiser comme il le mérite.

    La Cantate de Leipzig :

    Au début des années 1960, alors que l'Allemagne de l'Est est lourdement soviétisée, un éditeur de musique parisien se rend à Leipzig pour tenter d'établir un contrat de représentation avec les éditions Breitkopf & Härtel. C'est là qu'il rencontre Gunther Rosenthal, grand musicologue spécialiste de Bach. Les Juifs sont alors très maltraités par le pouvoir. Rosenthal a fait une extraordinaire découverte dans le grenier d'une vieille demeure : un manuscrit inconnu de Bach, une cantate perdue, inédite. Il l'a cachée et veut la faire passer secrètement à l'Ouest.

  • En ces années 1856-1859, Paris retentit de concerts en tous genres. « C'est un temps de musique acharnée », s'exclame Berlioz qui, bien qu'au faîte de sa carrière de musicien avec son élection à l'Institut, le grand succès de L'Enfance du Christ et la composition des Troyens, continue d'honorer ses obligations au Journal des débats.

    L'orgue-Alexandre est l'instrument du jour et l'on s'arrache les billets pour entendre l'étonnant corniste Vivier, très apprécié à la cour. D'autres instrumentistes exceptionnels comme Bülow, Litolff ou le jeune Wieniawski se distinguent parmi les centaines d'artistes qui se produisent. Berlioz ne fréquente plus la Société des concerts du Conservatoire, trop « endormie », mais salue le dynamisme de la Société des jeunes artistes dirigée par Jules Pasdeloup et la création de nouvelles formations de musique de chambre.

    Si l'Opéra se contente de créer des ouvrages de compositeurs « installés », avec La Magicienne d'Halévy et Herculanum de David, ou de reprendre des valeurs sûres comme Le Prophète, La Reine de Chypre et Guillaume Tell, l'Opéra-Comique affiche Le Pardon de Ploërmel de Meyerbeer, à la réussite éclatante. Quant au Théâtre-Lyrique, il vit ses plus belles heures, avec la création du Faust de Gounod, la mise à l'honneur d'opéras de Mozart et Weber, et la reprise de l'Orphée de Gluck dans une version de Berlioz, avec l'inoubliable Pauline Viardot.

    Malgré une gastralgie qui le mine, Berlioz garde, comme toujours, son humour incisif qu'il distille à travers ses articles et dont il tire un recueil d'anecdotes, Les Grotesques de la musique.

  • Le ténor belge Ernest Van Dyck (1861-1923) est l'un des interprètes wagnériens les plus renommés de son époque. Le 3 mai 1887, lors de la création parisienne de Lohengrin à l'Éden-Théâtre, il chante le rôle-titre et se fait remarquer par les émissaires de Cosima Wagner. Celle-ci auditionne le chanteur et l'engage pour le festival de Bayreuth de 1888. Pendant neuf saisons, Ernest Van Dyck sera l'interprète incomparable de Parsifal, salué par une presse unanime.?Les relations entre Ernest Van Dyck et Cosima Wagner n'ont cessé d'évoluer à la manière d'un pendule, de l'admiration la plus vive à la déception la plus cruelle. Elles se déroulent tel un opéra. ?La correspondance inédite entre Ernest Van Dyck et Cosima Wagner est rassemblée ici pour la première fois. Abondamment illustré de photographies d'époque, cet ouvrage ravira non seulement les wagnériens passionnés, mais aussi un large public qui découvrira les décors et costumes d'époque, ainsi que les artistes qui ont chanté avec Ernest Van Dyck. Trois photo-montages exceptionnels, datant de 1894, illustrent les différentes scènes de chacun des actes de Parsifal, à la manière de nos bandes dessinées modernes.

  • La vie musicale lyonnaise entre 1907 et 1930, véritable effervescence, est magnifiée par le regard du journaliste Léon Vallas (1879-1956), le plus pointu et le moins complaisant des quinze ou vingt (!) critiques musicaux des journaux lyonnais... C'est aussi le seul à rencontrer une audience nationale - c'est-à-dire parisienne - et internationale, et certains de ses livres sur Debussy, traduits en anglais, sont encore réédités outre-Atlantique en 2018 ! C'est encore le seul critique du xxe siècle à faire parler de Lyon ailleurs que dans sa ville. Très engagé dans les combats de son temps, il partage les rêves de sa génération, pénétré des mêmes obsessions typiquement françaises, avec ses rejets partisans et une certaine méfiance pour la superficialité, allant même jusqu'à se montrer injuste, notamment envers Mahler ou Puccini. Il accorde une grande importance à cette fonction d'éclaireur du jugement de ses lecteurs, et sait souvent se montrer très convaincant. Son Journal, noté dans un ton familier, détendu et parfois à l'emporte-pièce (car il n'est pas destiné à la publication), ce qui le rend si savoureux, révèle encore ses autres activités, comme celles de conférencier, de professeur, d'auteur, mais aussi d'organisateur de concerts. Il tient en effet à rendre vivante sa Revue musicale de Lyon, en l'illustrant de concerts qui sortent des sentiers battus : il y fait entendre la musique des ses contemporains, souvent en première audition à Lyon, de Debussy à Richard Strauss, de Ravel à Schoenberg, de Stravinski à Poulenc, mais aussi des exhumations d'oeuvres de ce que l'on n'appelle pas encore la « musique ancienne », de Couperin à Rameau, de Janequin et Goudimel à Du Caurroy et Marais). N'oublions pas non plus sa « critique parlée des disques », idée qui sera bien exploitée plus tard par d'autres...
    On a ajouté des extraits de l'agenda de Vallas de l'année 1940.

  • Villa Marguerite

    Hervé Mestron

    • Symetrie
    • 25 Juillet 2011

    Je l'entends chanter sous la douche et mon sourire s'éteint brusquement tandis que mes oreilles se bouchent. Cristina chante faux. Au début, j'ai cru à une erreur de transmission du larynx, mais non, c'est comme ça jusqu'à la fin, c'est horrible, et elle continue de brailler en se gargarisant avec le shampooing. Je me suis toujours juré de ne jamais épouser une fille qui chante faux. C'est la cata. Je ne comprends pas, une poétesse qui chante faux, c'est comme un curé qui bégaie pendant la messe. La déception est si grande que j'ai envie d'un hamburger aux oignons. Là, tout de suite. Comment lui dire?? Comment vais-je m'y prendre pour mettre un terme à notre union?? Quels mots pour lui expliquer que non, ce n'est pas possible, que c'est définitif. En même temps, on ne largue pas la mère de ses futurs enfants pour une défaillance vocale.

  • Images d'épinal

    Hervé Mestron

    • Symetrie
    • 25 Juillet 2011

    Le pire pour un célibataire, c'est la bouffe. À une époque, je plaçais un miroir devant moi. Je me regardais manger, je me parlais, je me souriais, mais très vite, une sorte de ronron s'est installé. Je me curais les dents avec ma fourchette et la personne en face de moi faisait pareil. J'attrapais les spaghetti avec les doigts, hop, elle m'imitait. Je faisais la gueule, bing, kif-kif, elle me renvoyait une bouille de six pieds de long.
    Ça n'a pas été facile, mais j'ai fini par me demander le divorce. Puis pour ajouter une charge symbolique, j'ai brisé le miroir, posé ma contrebasse à l'autre bout de la table et, à partir de ce jour, mes problèmes de couple se sont tassés. Tout baigne. Jamais un mot plus haut que l'autre. Respect mutuel. On travaille ensemble mais c'est boulot boulot. Quand on a quelque chose à se dire sur le mode intime, on attend d'être seuls à la maison ou, dans la plupart des cas, dans une chambre d'hôtel.

  • La Marrakech du Nord

    Hervé Mestron

    • Symetrie
    • 25 Juillet 2011

    Je suis olympien dans cette tenue. Les palmes claquent sur les rosaces de ciment. Le barman m'adresse un petit sourire, style?: "? C'est fun ton truc? ". Une vaste discothèque en plein air, ponctuée de tables basses et de lanternes. Une extase. L'éclairage flottant, la caresse des bougies, le vent tiède de la nuit, Betty Boop assise seule à une table devant deux verres. Houlà, la soirée attendue depuis des lustres. Je commence à respirer très fort dans mon tuyau en plastique. Une vraie chaudière à fuel. Un rhinocéros, prêt à foncer tête en avant. Sur la salsa de Knokke-le-Zoute, je remue mon corps en latex dans tous les sens. Mine de rien, je me rapproche de Betty. Avec les bras, j'effectue quelques mouvements d'inspiration versaillaise, couleur Louis XIV. Je suis pour le raffinement des déclarations d'amour. L'hommage poussé à son paroxysme. Derrière mon masque couvert de buée, je scrute la moindre expression sur le visage de ma promise. Mais elle ne me reconnaît pas. Je continue à gesticuler. Heureusement, il n'y a pas de service d'ordre ici, la chasse aux asociaux est fermée.

  • Pour la première fois, un ouvrage s'intéresse de manière concomitante aux genres de la tragédie lyrique et de l'opéra-comique, le second se nourrissant fortement de la caricature du premier. Les passerelles lancées entre l'un et l'autre sont multiples : rapport au merveilleux, travail sur la déclamation, modernité musicale et enjeux sociaux et politiques. Autre nouveauté abordée, la question de la résurgence cet opéra « classique » au XIXe siècle. Abandonnant les deux genres à l'acmé de leur notoriété (vers 1780), le lecteur les retrouve - dans une troisième partie - environ un siècle plus tard, à une époque où les conceptions romantiques de l'opéra font d'Armide ou de Richard Coeur-de-lion des curiosités divertissantes. Un culte pour la grandeur classique trouve alors de fervents défenseurs, dont les plus zélés insufflent à leurs propres compositions une saveur passéiste. C'est dans ce contexte que s'inscrivent, au tournant du XXe siècle, Pénélope de Fauré, Déjanire de Saint-Saëns ou Salamine de Maurice Emmanuel.

  • L'épopée Despieds

    Patrick Alliotte

    • Symetrie
    • 2 Septembre 2014

    Don ou malédiction ? Jésus Despieds découvre qu'il est doté d'une voix de ténor extraordinaire, mais c'est son frère Louis-Guy qui a reçu l'intelligence en partage. Avec des termes sonnants et rares, l'auteur nous entraîne dans la fabuleuse épopée des frères Despieds, des quartiers populaires de Marseille à Venise : apprentissage du chant, recherche de maîtres, quête de la reconnaissance, de l'amour... Dans un style alternant sans pudeur l'extrême raffinement et le vulgaire débridé, Patrick Alliotte truffe son « bazar de l'ouïe » de quiproquos savoureux, de dialogues souvent hilarants et toujours rythmés musicalement. On se délecte des personnages hauts en couleur du microcosme lyrique et des formules absconses destinées à exprimer les subtilités de la technique vocale. Tous ceux qui, un jour, ont fait l'expérience du chant se reconnaitront dans ce livre qui n'en décrit pas moins une aventure humaine chargée d'émotions universelles. Récit d'initiation, de découvertes et de désillusions, d'épanouissement et d'échecs, ce roman reste avant tout un moyen de traduire, à travers le chant, notre quête de sens. Ce livre généreux et plein d'humour est à déguster comme une pâtisserie savoureuse.

  • Au début de 1901, Henri Duparc prend sous son aile le jeune Jean Cras qui hésite encore entre la carrière militaire et le métier de musicien. Duparc décèle ses dons, ses manques, comprend ce garçon et sait le dissuader d'abandonner la marine. Sans la musique, Cras eût été le même grand marin ; l'inverse n'est pas vrai : ses oeuvres sont nourries de l'expérience du navigateur, de l'homme qui voit l'horizon sans cesse indéfini. Le devinant, le « maître bien-aimé » va se faire mentor, guidant les travaux de cet unique disciple, qu'il baptisera dans une de ses lettres « le fils de mon âme ».

  • Réalité augmentée

    Victor Blanc

    Victor Blanc est un jeune poète. Il s'agit de son premier recueil. La lassitude des voyages peu lointains, l'inattendu rictus de la rue sous la lune : la poésie explore les clairs-obscurs. L'étrange exil que jeunesse ! On y rencontre, comme deux soeurs jumelles, la joie et la peine. L'amour et la révolte sont au coeur du langage. Qu'est-ce qu'un poète révolté ? C'est un poète qui refuse le monde qu'on lui impose, pour intenter le procès du machinal, crier les couleurs, et dénoncer les faux-monnayeurs du changement ; changer la vie, enfin. C'est peut-être cela, aussi, la Réalité augmentée.

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