Sciences humaines & sociales

  • Pour les combattants de la Grande Guerre, formés dans la tradition des musiques militaires, l'oreille fut parfois l'organe qui leur apprit, à leur corps défendant, la nouveauté technique du conflit ; elle leur permit aussi d'entretenir, sous la forme d'activités musicales développées dans des conditions précaires, un lien avec leur part d'humanité. À l'arrière, le caractère rituel des pratiques musicales - à commencer par le concert -, donna aux discussions sur l'engagement et le patriotisme une traduction politique directe, dont témoignent également la réorganisation de la vie musicale et parfois même la création d'institutions. Enfin, la guerre mit les compositeurs face à une véritable alternative esthétique et morale, entre la culture de la « musique pure » et la production d'une musique politique que certains envisagèrent comme une forme de combat. En dépit de cet intérêt musicologique et historiographique, l'histoire de la musique entre 1914 et 1918 reste mal connue, en France comme ailleurs. L'équipe internationale d'historiens réunie à la fin des années 1980 autour de l'Historial de la Grande Guerre a tenté de bâtir une nouvelle histoire culturelle du conflit en centrant l'analyse sur les représentations des contemporains. Cependant, cet effort historique si actif dans les domaines de l'image ou de l'objet n'a pu éviter une lacune, celle de la création musicale. Pour sa part, la musicologie fait volontiers de la guerre de 14-18 le véritable portail du XXe siècle, mais, si l'on excepte certains travaux pionniers, cette affirmation générale est rarement étayée par un examen des réalités musicales elles-mêmes. Axé sur la France sans toutefois exclure le cas d'autres nations, c'est la multiplicité des manifestations de la guerre dans le champ musical, et de la musique dans le champ de bataille, que le présent volume veut aider à mieux connaître. Sont ainsi reprises certaines des contributions à deux journées d'études interdisciplinaires, organisées par l'équipe Approches historiques du monde contemporain du Centre de recherches historiques (É.H.É.S.S./C.N.R.S.), l'équipe Musique du Centre de recherches sur les arts et le langage (É.H.É.S.S./C.N.R.S.), l'Institut de recherche sur le patrimoine musical en France (C.N.R.S./ministère de la Culture/B.N.F), le Centre de recherche de l'Historial de la Grande Guerre et l'association Musiciens entre guerre et paix.

  • Le présent ouvrage traite de l'apparent paradoxe selon lequel le nationalisme puisse se cristalliser dans la musique instrumentale qui semble se soustraire par excellence au discours de l'idéologie. Mais la musique constitue un enjeu politique déterminant à l'époque où se constituent et s'affrontent les nations comme entités culturelles. La musique à programme est un cas exemplaire de cette rivalité dans la construction de deux écoles nationales, l'une allemande, l'autre française : la Neudeutsche Schule et la Société nationale de musique. Entre 1830 et 1914, les innovations dans le domaine de la musique à programme suivent un cheminement entre Paris et Weimar. Les oeuvres musicales deviennent progressivement des objets identitaires alors qu'elles sont le produit d'un transfert culturel ; la musique à programme se développe par un système d'échanges permanents entre la France et l'Allemagne. Celle-ci est analysée historiquement à partir de ses institutions, de ses genres et de ses oeuvres, dont celles de Berlioz, Liszt, Chausson, d'Indy et Debussy.

  • Serait-ce donc un pléonasme que d'élever la musique au rang d'un art, comme si l'enseignement de la flûte ou de la guitare pouvait viser autre chose et impliquait un choix : la musique, prétexte éducatif ou but en soi ; la pratique instrumentale, simple mobile d'éveil, de développement psychomoteur, ou approche exclusivement artistique, l'épanouissement venant de surcroît ?
    À moins que ce ne soit l'enseignement lui-même que l'on envisage comme un art - ce qui semble, à juste titre, être revendiqué depuis que le mot " pédagogie " existe -, rendant à l'activité toutes ses lettres de noblesse.
    Comment distinguer alors l'apprentissage musical d'un autre système éducatif ? Comment reconnaître sa singularité si ce n'est en lui attribuant son rôle premier d'ouverture au discours sonore en un accès direct, exigeant mais non moins ludique, avec l'enthousiasme et la foi nécessaires à une telle entreprise ?
    Toutes ces considérations se mêlent et s'entrecroisent dans l'esprit des instrumentistes formés à dure école, mais privilégiés car goûtant aux plaisirs d'un univers et d'un langage particuliers.
    Artistes devenus pédagogues par obligation ou par amour de la chose - souvent les deux à la fois - et qui, au delà d'une certaine conviction, se posent tôt ou tard la question de savoir ce qu'au fond ils désirent transmettre, ces professeurs resteront-ils toute leur vie de vrais musiciens faisant de leur art le pôle central de leur métier, ou s'oublieront-ils dans les méandres de leurs jeux pédagogiques ?

  • La correspondance d'Albéric Magnard (1865-1914) comprend 405 lettres adressées à des musiciens (Chausson, Dukas, d'Indy, Ropartz, Doret, Labey, Castéra), à des amis (Poujaud, Cordonnier, Lallemand) et à des critiques et hommes de lettres (Rolland, Zola, Carraud, Maus). Au travers de cette correspondance, la personnalité de ce dreyfusard apparaît forte et originale dans sa farouche indépendance. Cet élève de d'Indy, qui a le culte de Beethoven, n'hésite pas à adresser des jugements critiques à ses collègues après l'audition de leurs oeuvres, y compris à son ancien maître. Solitaire et quelque peu misanthrope, Magnard se montre exigeant avec lui-même comme avec les autres, d'une extrême franchise, ayant le sentiment de vivre dans une « société de mufles ».

  • À la fin du xixe siècle, sous l'influence de Richard Wagner, de nombreux artistes français aspirent à créer des oeuvres d'art total et explorer de nouvelles voies. Un foisonnement de musiques de scène apparaît alors sous la IIIe République, associant des noms aussi célèbres que Darius Milhaud et Paul Claudel, Jacques Rouché et Ida Rubinstein, Arthur Honegger et Jean Cocteau ou Jean Giraudoux.
    L'ancêtre de la musique de film semble pourtant délaissé aujourd'hui, et peu d'études lui sont consacrées. Cet ouvrage témoigne de la richesse et de la multiplicité de ce genre entre la fosse et la scène, entre la musique et le verbe. Il propose également d'importantes ressources documentaires, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives à la musicologie.

  • L'idée de ce livre est née d'une constatation. À notre connaissance il n'y a pas, depuis Pierre Bernac, The Interpretation of French Song (1970) qui n'existe qu'en anglais, d'ouvrage récent, en français, susceptible d'apporter soutien à des élèves en chant, voire même à des chanteurs professionnels français, au niveau des problèmes spécifiques de langue, de phonétique ou de technique d'articulation de la musique vocale française.

    Le présent ouvrage entreprend de combler ce vide. Il s'adresse à tous les chanteurs classiques, élèves ou professionnels, aux professeurs et chefs de chant, chefs de choeurs, pianistes accompagnateurs qui se posent des questions sur la prononciation de certains mots, l'emploi de la liaison, l'accentuation, etc. Il s'adresse également à tous les étrangers venus en France pour apprendre à chanter dans notre langue.

    La langue française est une langue musicale entre toutes qui vit de ses multiples nuances?! Mais les générations à venir seront-elles encore en mesure de distinguer un o ouvert d'un o fermé, sauront-elles encore ce qu'est une liaison, auront-elles les outils nécessaires pour comprendre et faire vivre la poésie d'un Paul Verlaine à travers un Gabriel Fauré ou un Claude Debussy?? Pour tous ceux qui aiment la langue et la musique françaises, la rigueur et la finesse des structures, la clarté, la richesse du vocabulaire, les nuances et le merveilleux pouvoir d'évocation, le constat est douloureux.

    Heureusement il y aura sans doute toujours des conservateurs de musée, des archéologues, des restaurateurs et... des passionnés de musique vocale française pour s'attacher à restituer celle-ci dans l'esprit dans lequel elle a été conçue, comme c'est le cas aujourd'hui pour la musique ancienne. Nous ne pouvons qu'espérer que le présent ouvrage contribue à générer une prise de conscience plus aigüe du problème et à sauvegarder un patrimoine inestimable.

  • Ce recueil étudie l'expérience paradoxale que constitue l'émotion musicale et se focalise sur ses manifestations les plus intenses : les états de transe, de ravissement et d'extase.
    Dans ces modalités qui constituent une brèche parfois violente dans le temps quotidien, s'éprouve un transport lié à la musique et aux rituels. Les frontières et les identités paraissent se dissoudre dans l'émotion qui emporte le sujet au-delà de lui et le transcende. Dans ce vertige, le seuil qui sépare profane et sacré peut sembler s'abolir.

    Fruit d'un travail de recherche initié au Centre culturel de rencontre d'Ambronay sous la forme de séminaires, cet ouvrage présente la dynamique d'une investigation commune. La confrontation de textes de personnalités d'horizons divers permet de préciser les notions de transe, de ravissement et d'extase. Elle permet aussi de prêter attention aux contextes socio-culturels ou historiques de ces expériences afin de ne pas les confondre hâtivement. Elle invite enfin à un cheminement libre dans ces notions pour poursuivre le dialogue qui s'instaure en filigrane dans les textes rassemblés.

    Articles de Aline Tauzin, anthropologue ; Marion Aubrée, anthropologue ; Marianne Massin, philosophe ; Sylvie Pébrier, musicologue ; Pierre Kuentz, auteur et metteur en scène ; Violaine Anger, musicologue ; Bruno Moysan, musicologue.

  • La musique occupe une place significative dans la pensée de Gilles Deleuze, de la musique contemporaine aux musiques baroque, classique et romantique, et plus largement à l'ensemble des signaux sonores. Sollicitée au niveau expressif, technique, historique, non moins qu'anthropologique et politique, la musique prend part aux grands concepts deleuzo-guattariens - ritournelle, rhizome, agencements, machines - pour n'en citer que quelques-uns, désormais traduits dans de nombreuses langues.
    Un état des lieux des relations que la musique entretient avec la pensée de Gilles Deleuze - domaine qui n'a pas encore fait l'objet d'une recherche approfondie en France - est apparu nécessaire. Ce premier ouvrage collectif en français réunit les travaux de musicologues, ethnomusicologues, compositeurs, philosophes et théoriciens de l'art qui font appel au corpus de sa pensée dans le domaine musical.
    Comment Deleuze s'inspire-t-il et s'instruit-t-il de la pratique musicale qui lui est contemporaine pour créer ses concepts, et en retour, quelle est l'incidence des lectures de ses textes sur la création, la musicologie, l'esthétique, l'ethnomusicologie, les techniques et les technologies musicales ? Ce livre entend repérer l'impact de ces outils de pensée sur la recherche et la création musicale contemporaine tant pour l'approche des cultures orales que pour les besoins de l'analyse ou ceux de l'écriture.

  • Aujourd'hui, huit milliards de tonnes de marchandises transitent par les ports, assurant 90% du trafic mondial. Treize millions de tonnes seulement, passent entre les mains des 150 dockers du port de Saint-Nazaire - pourtant le premier port de la façade atlantique française. Une larme dans l'océan de la mondialisation. Les dockers de Saint-Nazaire, directement touchés par la concurrence exacerbée des ports du nord de l'Europe et les réformes portuaires récentes, doivent s'adapter. Le film donne la parole à ces hommes des quais. Il nous dévoile leur travail et apporte des éléments de réponses. Quel est, désormais, le rôle des dockers ? Dans quelles conditions travaillent-ils ? Comment évolue leur métier ? En quatre actes, « Dockers à Saint-Nazaire » nous immerge dans un monde ouvrier en pleine mutation, à la fois marginal et méconnu. Entretien avec Gilles Denigot

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