College De France

  • Ce n'est ni en défaisant l'État social ni en s'efforçant de le restaurer comme un monument historique que l'on trouvera une issue à la crise sociale et écologique. C'est en repensant son architecture à la lumière du monde tel qu'il est et tel que nous voudrions qu'il soit. Et, aujourd'hui comme hier, la clé de voûte sera le statut accordé au travail.

    Face à la faillite morale, sociale, écologique et financière du néolibéralisme, l'horizon du travail au XXIe siècle est celui de son émancipation du règne exclusif de la marchandise. Comme le montre le cas du travail de recherche, les statuts professionnels qui ont résisté à la dynamique du Marché total ne sont donc pas les fossiles d'un monde appelé à disparaître, mais bien plutôt les germes d'un régime de travail réellement humain, qui fasse place au sens et au contenu du travail - c'est-à-dire à l'accomplissement d'une oeuvre.

    Titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités de 2012 à 2019, Alain Supiot est professeur émérite au Collège de France et membre correspondant de la British Academy.

  • Dans cette leçon de clôture, Antoine Compagnon, titulaire de la chaire Littérature française moderne et contemporaine: histoire, critique, théorie, propose un bilan de ses travaux en forme de variations sur la fin.

  • Au Moyen Âge et à l'époque moderne (jusqu'à Érasme), la tradition latine se fonde sur le principe des universels: «universalia tantum». Au temps de la mondialisation et de la globalisation, ce legs possède une valeur fondamentale. Il importe de retrouver un minimum de valeurs qui puissent être partagées - l'«essentiel» - et reconnues par tous et partout: l'«universel».Dans cette leçon de clôture, Carlo Ossola revient sur ses vingt années d'enseignement au Collège de France. Plus encore, il nous offre de nouvelles pistes de réflexion et suggère quelques points à partir desquels notre condition humaine d'abalietas («abaliété»), constitutive de chacun de nous, peut nous montrer la voie à suivre, en lui donnant un sens qui soit véritablement orienté vers autrui.

  • Le développement de l'historiographie de l'art, au cours du XIXe siècle, a été grandement favorisé par l'invention puis les progrès de la photographie. Peu à peu, les chefs-d'oeuvre de la peinture et de la sculpture ont fait l'objet de campagnes photographiques menées dans toutes les grandes collections publiques. L'enseignement de l'histoire de l'art a profité de cette documentation sous la forme de projections lumineuses qui, à partir des années 1890, l'accompagnent d'abord en Allemagne, puis dans les autres pays européens.Roland Recht consacre sa leçon de clôture à la projection lumineuse, outil dont tous les enseignements d'art ou d'archéologie se servent depuis plus d'un siècle. L'introduction du projecteur dans la salle de cours a non seulement modifié les comportements de l'orateur et du public, mais a également contribué, d'une certaine façon, à redéfinir les orientations de l'histoire de l'art. Les possibilités qu'offrent aujourd'hui certains logiciels favorisent tout particulièrement une nouvelle approche de l'oeuvre d'art visible sur l'écran.

  • Cet ouvrage constitue le bilan des travaux que Nicolas Grimal, titulaire de la chaire Civilisation pharaonique: archéologie, philologie, histoire, a menés ces vingt dernières années au Collège de France.

  • En 2019, Kazuyoshi Yoshikawa achevait la troisième traduction japonaise d'À la recherche du temps perdu, fruit d'une aventure éditoriale de près de dix ans. Comment rendre accessible ce monument de la littérature française à la civilisation nipponne, en se distinguant de ses prédécesseurs? Une langue si éloignée de la nôtre peut-elle rester fidèle au style proustien?C'est en quelque sorte dans son cabinet de travail que nous fait pénétrer l'auteur. S'appuyant sur de nombreux exemples, il nous livre les secrets de sa traduction, des méthodes mises en oeuvre aux choix adoptés pour conjuguer lisibilité du discours et prise en compte du contexte de l'époque. Il évoque ainsi les problématiques de la phrase proustienne et de l'appareil critique, indispensable à la restitution du sens. Mais au-delà des principes d'établissement du texte, l'expérience du traducteur se révèle d'une incroyable fécondité car elle éclaire l'oeuvre sous un jour nouveau. Kazuyoshi Yoshikawa dévoile ici des réflexions inédites sur divers pans du roman, dont la mondanité et le modernisme, la judéité et l'homosexualité, et le sadomasochisme.Cet ouvrage donne à lire le cycle de quatre conférences que le spécialiste nippon de Proust aurait dû prononcer au Collège de France, en mars 2020, et qui fut brutalement interrompu par la vague pandémique.

  • Le cerveau ne se contente pas de prendre des informations sur son environnement, via les sens, pour les traduire en actions. Davantage que le réceptacle de perceptions multisensorielles qu'il doit unifier, grâce à la mémoire, il peut simuler les mouvements pour prédire et anticiper leurs conséquences. L'étude des phénomènes de perception nous apprend donc beaucoup à la fois sur nous-même et sur notre interaction avec autrui.Bâtir une physiologie au carrefour des neurosciences, de la neurologie et de la biologie théorique, telle a été l'ambition d'Alain Berthoz dont les travaux ont largement contribué au renouvellement de notre conception de la physiologie de la perception et de l'action. Dans sa leçon de clôture prononcée en 2010, l'auteur revient sur ses dix-sept années d'enseignement au Collège de France, puis sur les principaux thèmes qui ont nourri ses réflexions: le système vestibulaire, le regard, le geste et la marche, la mémoire spatiale. Plus qu'un bilan de ses recherches, il explore ses projets alors en cours et ses utopies pour l'avenir.

  • Si l'histoire de la microbiologie a prouvé que l'existence de « bulles » sans microbes était possible, à quoi ressemblerait un monde sans microbes?Entre représentations utopiques et faits scientifiques, Philippe Sansonetti retrace l'épopée des microbes, de leur découverte en 1674 jusqu'à nos jours, et invite à réfléchir sur le regard que nous portons sur ces êtres vivants apparus il y a 3 milliards et demi d'années. Paraphrasant l'Évangile selon saint Matthieu - tu aimeras tes microbes comme toi-même -, il nous alerte sur les dangers de l'appauvrissement en cours de la diversité microbienne. S'il faut maîtriser les microbes pathogènes, il faut également préserver les microbes indispensables à l'équilibre du vivant et de la planète. Cette perspective nécessite des changements drastiques dans nos approches médicales, vétérinaires et environnementales.

  • Quelle relation la littérature du Moyen Âge entretient-elle avec le temps et la mémoire ? Quelle est la place de la religion et de la spiritualité dans cette littérature ? Peut-on concevoir la poésie comme un récit ? Michel Zink, dans sa leçon de clôture au Collège de France, jette un regard rétrospectif sur ses vingt-deux années d'enseignement. Les grands thèmes ayant servi de fil conducteur à ses cours y sont analysés, et en tout premier lieu le temps : le regard que porte la littérature médi évale sur son propre passé, l'imbrication du temps subjectif et du temps de l'histoire, la réception moderne de ces textes anciens. Des questions de poétique ensuite : poésie et récit, anonymat et sujet poétique, poésie et nature. Enfin, la constante imprégnation religieuse des lettres médiévales, qui brouille la notion même d'une littérature profane.

  • Quelle était la nature de la religion romaine ? Quelle valeur religieuse un moderne peut-il accorder à une piété presque exclusivement consacrée aux rites ? La religion romaine ne connaissant ni Révélation ni Livre sacré, l'obligation rituelle constituait en effet le seul élément auquel le pratiquant pouvait s'accrocher. Cet ouvrage, leçon de clôture du professeur John Scheid au Collège de France, retrace l'appréciation difficile de cette particularité religieuse encore partagée par de nombreuses religions du monde actuel, et que les modernes ont mis longtemps à reconnaître.
    En différenciant religion de l'individu, au sens romantique, et religions polythéistes et ritualistes ignorant la notion de personne, cette réflexion invite plus largement le lecteur à repenser les notions d'individu et de citoyen dans la société romaine.

  • Le papyrus dans tous ses etats, de cleopatre a clovis Nouv.

    L'utilisation de la plante papyrus comme support d'écriture est une de ces inventions qui ont changé le monde. Né en Égypte au début du IIIe millénaire avant J.-C., le papier de papyrus s'est vite répandu pour devenir le principal support de l'écrit du monde méditerranéen de l'Antiquité au Moyen Âge avant d'être détrôné par le parchemin, puis le papier venu de Chine. Support souple, léger et peu onéreux, il a aidé à fixer la pensée humaine, à la diffuser et à la perpétuer, et, sans lui, les oeuvres de l'Antiquité ne seraient pas parvenues jusqu'à nous. Il a aussi contribué au développement des États en rendant leurs administrations plus efficaces.C'est cette histoire qu'autour de l'exposition «Le papyrus dans tous ses États, de Cléopâtre à Clovis» (18 sept.-26 oct. 2021, Collège de France), ce livre nous fait découvrir. Après avoir pénétré les secrets de sa fabrication, le lecteur pourra suivre l'odyssée du papyrus dans toute son extension chronologique (de l'Égypte pharaonique à la Rome des papes) et géographique (de l'Égypte à la France en passant par l'Orient, la Grèce et l'Italie) à travers une soixantaine de pièces exceptionnelles ou peu connues du public, replacées dans le contexte des sociétés où elles ont été produites grâce à des synthèses signées par les plus éminents spécialistes.

  • Comment trois siècles de continuelles invasions, d'Alexandre le Macédonien aux Kouchans, ont-ils involontairement favorisé un bouleversement religieux et artistique extraordinaire en Inde du Nord ?
    Gérard Fussman fait ici le bilan de soixante années de recherches internationales qui ont profondément transformé notre perception de l'histoire ancienne de la péninsule indienne. Il y évoque les circonstances de la création d'une représentation anthropomorphique du Buddha et de la diffusion du bouddhisme en Asie centrale et en Chine continentale, aujourd'hui dans le monde entier. Il revient aussi sur son parcours personnel et intellectuel d'enfant d'immigrés.

  • Dans les lettres médiévales se cristallisent toutes les associations entre le passé et la littérature, tous les indices qu´un lien essentiel unit la notion de littérature au sentiment du passé. La curiosité qu´a éveillée la littérature du Moyen Âge depuis sa redécouverte à l´aube du romantisme suppose de telles associations. Les formes de cette littérature elle-même recèlent de tels indices. Ils invitent à embrasser d´un même regard l´intérêt de l´époque moderne pour le passé médiéval et les signes du passé dont le Moyen Âge marque sa propre littérature. Bien plus, ils invitent à chercher dans la relation avec le passé un critère de définition de la littérature, tâche tout particulièrement nécessaire s´agissant d´une époque où le mot ne s´entend pas dans son acception moderne et où l´existence même de la notion correspondante n´est pas assurée.

  • Au cours des cinquante dernières années, l'explosion de la biologie moléculaire a imposé à la tradition de l'ancienne histoire naturelle un choc intellectuel et institutionnel sans précédent. La biologie pré-moléculaire a dû, pour survivre, subir une sorte de décantation. Des disciplines anciennes en sont ressorties comme métamorphosées et rajeunies.
    Aujourd'hui l'urgence mondiale des problèmes environnementaux démontre plus que jamais l'extrême utilité des approches naturalistes, à toutes les échelles de perception, y compris moléculaires.
    Armand de Ricqlès montre, dans sa leçon de clôture au Collège de France, comment une discipline dite «traditionnelle», la paléontologie, a su se renouveler et survivre à l'heure des grands changements.

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