Arts et spectacles

  • Situé au point de rencontre de la représentation artistique et de la philosophie de la représentation, cet ouvrage se propose de poser les jalons de cette histoire qui conduit du mythe des origines à la photographie et au cinéma, à travers les expériences les plus significatives de l'utilisation de l'ombre dans l'art occidental.

  • L'art peut-il se soustraire à la question de la tyrannie ? La servitude volontaire résulte d'effets d'hypnose, elle procède d'un assoupissement de la vigilance du spectateur, entretenu par la croyance en l'image.
    Il incombe dès lors au philosophe d'en démonter le piège, de départir le plaisir de la représentation du leurre qu'elle produit. En posant le regard sur l'oeuvre de Gustave Courbet, Pierre-Joseph Proudhon, l'anti-tyran, investit cette problématique, qui est nécessairement celle du rapport au réel.
    Qu'est-ce qu'une ligne ? Peinture et écriture révèlent, dans leur entrelacement, dans la relation spéculaire de leur tracé, que l'enjeu de l'acte créateur est la liberté, question de vie et de mort.
    En ce sens, s'il a une destination sociale, l'art ressortit au politique et à la médecine. Ainsi semble-t-il indispensable de repérer l'imaginaire médical et de le définir en tant que moteur de la pensée esthétique de Proudhon.
    L'examen de la dépendance de l'art envers le public et l'espace public peut-il échapper au discours oraculaire ? Comment décider de l'écart entre destin et destination ? Reprenant ce questionnement à la suite de Kant, Proudhon trouve dans le symbole qu'il appelle plus ou moins mythique " la seule figure possible d'un avenir qui, dans sa plénitude, se dérobera inévitablement.
    A l'instar de Saturne, Proudhon tranche. En tranchant, il trace. En traçant, il tranche.

  • Le génie de Léonard de Vinci, celui de Michel-Ange ressortent mieux sur le fond révélateur de l´Académie de Careggi, où Marsile Ficin règne en maître, évoquant sinon invoquant Platon. La culture platonicienne entretenue par Ficin - mais Cristoforo Landino ou Ange Politien sont tour à tour convoqués - délimite le contour d´un nouvel ordre artistique dont André Chastel, dans un travail de jeunesse qui engage déjà ses subtiles analyses d´histoire de l´art et des idées, rend raison avec passion. En quelques pages lumineuses, Jean Wirth donne à ce maître livre sa juste place dans une tradition historiographique qu´il a contribué à renouveler.

  • "Les Quarante Tableaux ou Histoires diverses" de Jacques Tortorel et Jean Perrissin, rendant compte des guerres de religion en France, constituent un exemple précoce du recours à l'image pour témoigner de l'actualité la plus brûlante. Reproduisant et commentant l'ensemble des "Tableaux", Philip Benedict en donne une étude approfondie et examine les techniques de travail des graveurs, qu'il s'agisse de la collecte des sources, du traitement de l'information, ou des techniques de reproduction; il établit comment, par cette vaste entreprise expérimentale, les images deviennent de redoutables vecteurs de l'actualité et participent à la construction d'une conscience historique protestante.

  • Les chrétiens de la fin du Moyen Age considéraient-ils sainte Anne, la mère de la Vierge, comme une sorcière? Y avait-il de véritables athées au temps de Rabelais? La destruction des images saintes par la Réforme a-t-elle vraiment traumatisé les croyants? Pour répondre à ces questions, Jean Wirth réfute les facilités d´une histoire des mentalités et de l´imaginaire qui réduit les hommes du passé aux produits d´un conditionnement religieux dont nous nous serions progressivement dégagés. Il y substitue une sémantique historique qui traque le changement de signification des concepts derrière l´identité trompeuse des mots. D´un essai à l´autre, les notions dont se sert l´historien pour comprendre le passé, à commencer par celles de croyance ou de religion, perdent leur évidence et apparaissent elles-mêmes comme historiquement datées. Le terme de «croyance» n´a pas de véritable équivalent dans les langues médiévales et celui de «religion» y désigne normalement le mode de vie des clercs réguliers. Rien ne traduit mieux le succès de la Réforme et de la Contre-Réforme que le bouleversement du vocabulaire dont l´usage actuel est issu : le sens moderne de «croyance» et de «religion» apparaît lorsqu´il devient possible et même nécessaire de choisir entre des Eglises rivales. Il enregistre un changement social. Il est donc assez paradoxal d´expliquer le comportement des hommes du Moyen Age et même de ceux qui ont fait la Réforme par des croyances. Le procédé est commode, en ce qu´il permet d´assimiler la créativité en matière religieuse à une attitude passive, comme si les religions venaient du ciel.

  • Le colloque « Autour des collections d'art en Chine au XVIIIe siècle » a réuni des historiens européens de l'art, spécialistes de la Chine, du Japon et de l'Europe, ainsi que des sinologues, autour de la question du collectionnisme. La collection d'art est, en Chine, une pratique ancienne qui a donné lieu à des modes spécifiques d'acquisition, d'appréciation et d'exposition des objets. Sous la dynastie des Qing (1644-1911), la Chine voit s'opérer des changements dans la composition sociale de ses élites. Aux côtés des classes lettrées traditionnelles s'imposent progressivement des familles de riches marchands. Au même moment, les collections impériales connaissent un âge d'or. L'étude du collectionnisme chinois au XVIIIe siècle nous apprend beaucoup sur le goût des amateurs, l'évolution des pratiques, le marché de l'art et plus généralement sur la place de l'objet d'art dans la société.
    Ce colloque a permis d'aborder la spécificité de la culture matérielle et artistique du xviiie siècle en regard des époques chinoises antérieures. Il s'est aussi révélé le lieu d'un échange fructueux entre spécialistes d'aires culturelles différentes, contribuant ainsi à mieux intégrer le fait chinois dans le champ de questionnement de l'histoire de l'art en général.

  • A-t-il existé une statuaire carolingienne ? Les chefs-d'oeuvre de la sculpture romane auvergnate datent-ils bien du XIIe siècle ? La sculpture saxonne du XIIIe siècle dérive-t-elle vraiment de modèles français ? Quand a-t-on construit le porche de Moissac, le tympan de Conques, la façade de la cathédrale de Reims ? Ces questions et beaucoup d'autres reçoivent trop souvent, dans les études spécialisées et à plus forte raison dans les manuels, des réponses péremptoires qui dissimulent les difficultés, les raisonnements approximatifs et le refus des remises en cause.
    Examinant l'une après l'autre les méthodes dont nous disposons pour dater les oeuvres, de l'analyse de laboratoire au jugement stylistique en passant par l'interprétation des documents écrits, Jean Wirth évalue les apports et les limites de chacune d'elles. Il montre à partir d'exemples concrets quelles dérives les menacent et comment en faire le meilleur usage. Parfaitement conscient des faiblesses de l'histoire de l'art, mais amoureux de sa discipline, il en propose une critique radicale et constructive.
    Dater une oeuvre quelques décennies voire quelques années plus tôt ou plus tard n'est pas un petit jeu stérile, mais peut en modifier entièrement la signification artistique et le message. Si la statue-reliquaire de sainte Foy à Conques était réellement une oeuvre carolingienne, cela signifierait que le refus par Charlemagne du culte des images était irréaliste. Situés au milieu du XIIe siècle, les chapiteaux du maître auvergnat de Mozat sont des excentricités incompréhensibles.
    En les replaçant dans le contexte du XIe siècle, on s'aperçoit qu'ils constituent une étape majeure du développement de la sculpture romane et qu'ils ont été imités jusqu'à Compostelle. Enfin, comme le montre Jean Wirth, la datation précise des oeuvres est indispensable pour dégager l'individualité et l'influence des grands artistes médiévaux, au lieu de les dissoudre dans des écoles et des ateliers aux contours indistincts.

  • « Ce sont vos écrits qui m'ont donné envie d'apprendre cette langue ». La langue est l'italien, les écrits sont la première édition des Vite de Vasari et l'auteur de cette lettre est un Flamand, Lambert Lombard, artiste et lettré renommé. La diffusion européenne des Vite fut immédiate, mais leur réception ne fut pas toujours aussi élogieuse. Les deux éditions du texte (1550 et 1568) déclenchèrent des réactions en tous genres, car elles suscitèrent des discours ekphrastiques, théoriques, historiographiques et critiques sur les arts figuratifs en Europe qui n'ont rien perdu de leur actualité. Les contributions rassemblées ici mettent en évidence la variété et la dynamique de la réception, entre les XVIe et XVIIIe siècles, de cette oeuvre hybride, source d'imitations, d'adaptations, de plagiat, de traductions et, bien sûr, d'inspiration. On reçut encore les Vite comme une oeuvre à la gloire de Florence, un recueil d'histoires romanesques et même la matrice d'un nouveau vocabulaire artistique. Le lecteur découvrira tout au long des chapitres les voies empruntées par ceux qui contribuèrent à construire l'histoire des arts européens en référence à ce monument fondateur.

  • Le Dauphinois Guillaume Farel, « boutefeu » de la Réforme en Romandie, dans le Chablais et le pays de Gex, fut à l'origine de dix-huit traités imprimés, parus entre 1524 et 1560, tous rédigés en français, exceptés deux en latin - certains ayant connu plusieurs remaniements ou rééditions. L'ensemble représente plus de 2000 pages in-octavo. Il n'en existe aucune édition exhaustive. La présente entreprise entend combler cette lacune. Elle propose une édition critique de toutes les oeuvres imprimées de Farel. Dans ce premier volume, sont présentées l'Oraison très dévote en laquelle est faicte la confession des pechez. de 1542 et sa réédition fortement amplifiée de 1545, parue sous le titre de Forme d'oraison. : textes de pastorale pour les fidèles, textes de politique ecclésiale à l'intention des pouvoirs temporels, textes enfin de défense de la cause reformée dans un climat de polémique religieuse. Les annexes dévoilent un ensemble de lettres et de documents, inédits bien souvent, publiés ici intégralement ou sous forme d'analyses, un ensemble de trente-six pièces rédigées entre l'arrivée de Farel à Metz et son départ (mi-août à fin octobre 1542). Elles permettent de mieux cerner l'action du réformateur à Metz et d'offrir un contexte précis aux deux traités publiés pour la première fois depuis la Réforme.

  • La satire, peut-être plus que d'autres formes littéraires, profite considérablement de la renaissance de la culture et des lettres gréco-latines qui marque le seizième siècle. Lucilius, Perse, Horace, Juvénal et Lucien de Samosate deviennent les principaux modèles à suivre des humanistes. La satire est sans aucun doute la forme d'expression par excellence du syncrétisme de la Renaissance, lequel combine érudition humaniste et verve populaire, ambitions morales et comique parfois grossier, objectifs pédagogiques et divertissement, ou encore douceur horatienne et indignation juvénalesque. Ce sont bien ces contrastes, résumés dans la formule horatienne du ridentem dicere verum, qui donnent naissance à une écriture engagée et néanmoins esthétique. En se déliant de ses racines génériques, la satura romaine, la satire s'ouvre notamment aux textes en prose mais aussi au drame satyrique grec, aux farces et sotties médiévales ou bien au coq-à-l'âne. Ainsi s'en trouve enrichi le discours satirique qui, fondé sur la varietas et l'hybriditas, produit un véritable amalgame des traditions antique, médiévale et italienne, et se pose en technique parasitaire de tous les genres. En s'étalant du théâtre de Pierre Gringore à la Satyre Ménippée, les études éditées par Bernd Renner définissent une poétique de la satire et constituent un nouveau plaidoyer pour la satirologie.

  • Jean Lemaire de belges, né en 1473, a brièvement exercé pour la cour de Bourgogne la charge d'indiciaire, ou historien officiel. Il fut redevable de son emploi à la protection de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas au nom du jeune Charles Quint. A coté d'une chronique pour une partie de l'année 1507, publiée dans cette même collection par Anne Schoysman (2001), il a laissé des notes préparatoires à la rédaction d'une suite. Les faits évoqués prennent place pour l'essentiel au cours des quatre derniers mois de 1507. Les plus saillants sont de nature militaire et jalonnent les hostilités entre Pays-Bas et Gueldre, fertiles en coups de main et pillages, en Campine, en Brabant, en Ardenne. Mais les négociations diplomatiques, les réunions d'assemblée d'Etats, les déplacements de Marguerite d'Autriche ou l'apprentissage politique de son neveu fournissent aussi matière à des indications d'ordinaire sybillines.
    L'édition de ce "carnet de notes" truffé d'abréviations, dont le déchiffrement est souvent ardu, permet de découvrir l'historien au travail, quotidiennement, utilisant alternativement ou en les mêlant français et latin. La chronique qu'il devait servir à nourrir ne verra jamais le jour : c'est ce qui a rendu possible la conservation des feuillets qui, autrement, auraient sans doute été jetés par Lemaire lui-même. La confrontation des détails engrangés à une masse d'autres sources publiées ou inédites, chroniques, séries comptables, correspondances, sans omettre de nombreux travaux d'érudition, permet ici de tirer au maximum parti, dans des "notes historiques", de données ténues, certes, mais indicatives d'une méthode de travail, de quête des informations.

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