Flammarion

  • Qui fut vraiment le Pr Hans Asperger dont le nom passé dans le langage courant qualifie aujourd'hui un syndrome autistique ? L'historienne américaine Edith Scheffer a découvert la véritable histoire du psychiatre après la naissance de son enfant autiste. Et ce qu'elle apprend la glace d'effroi. Le « gentil docteur » dépeint comme une sorte de Schindler des autistes a menti, et c'est un tableau bien différent qu'en dressent les archives. Les preuves ne manquent pas, elles sont accablantes.
    En 1938, professeur à l'hôpital pédiatrique de Vienne, Asperger compte parmi les psychiatres appelés à façonner le nouvel Allemand selon des critères eugéniques : sélectionner les parents d'après leur hérédité, leurs défauts biologiques mais aussi leurs tendances politiques, leur religion. Les conséquences sont réelles : on refuse des crédits aux « mal mariés », on stérilise les « mauvais » géniteurs... Et parmi les enfants autistes dont il est un spécialiste reconnu, Asperger identifie les « négatifs » et les « positifs » à l'intelligence détonante qui auront alors une chance d'échapper au tri macabre.
    Aux États-Unis, l'enquête d'Edith Sheffer a bouleversé et conduit à débaptiser le syndrome autistique. En France, cette histoire dramatique, encore méconnue, risque bien de susciter autant d'émotions.

  • Retrace, à l'aide d'une somme impressionnante de sources, les origines de la Première Guerre mondiale depuis les dernières décennies du XIXe siècle et met en lumière ce qui a rendu l'Europe, apparemment prospère et bien portante, aussi vulnérable à l'impact de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand.

  • Que savons-nous vraiment des samouraïs, ces guerriers si chers à nos imaginaires occidentaux ? L'historien Pierre-François Souyri, fin connaisseur du Japon où il a longtemps vécu, raconte leur longue histoire, enrichie ici de récits anciens qui ont nourri leur geste. La légende de ces terribles guerriers, où un sens aigu de l'honneur le dispute souvent aux plus viles trahisons, n'y est jamais démentie.
    Pourtant, les samouraïs furent bien plus que de simples combattants aux moeurs exotiques. Ils ont évolué tout au long du millénaire que dura leur histoire et se sont adaptés aux réalités de leur temps. S'ils furent, lors des guerres médiévales, capables de la plus extrême violence, y compris envers eux-mêmes, ils s'imposèrent, dans les siècles qui suivirent, en administrateurs avisés, en hommes lettrés, pénétrés de poésie et de spiritualité, amateurs d'art, de thé ou de théâtre. Car - et ce n'est pas un paradoxe, mais la belle découverte de cet ouvrage -, si certains d'entre eux ne voulurent jamais rompre avec un passé révolu, nombre de samouraïs surent se porter aux avant-gardes politiques et intellectuelles, façonnant ainsi le Japon que nous connaissons aujourd'hui.

  • À la fin du Ve siècle avant notre ère, la guerre du Péloponnèse aboutit à la défaite d'Athènes. Profitant de la débâcle, une commission de trente Athéniens abolit les institutions démocratiques qui régissaient la vie politique de la cité depuis un siècle : c'est le début d'une guerre civile sanglante qui dure un peu plus d'un an. Car les démocrates ne restent pas sans réagir face aux oligarques : dès la fin de l'année 404, Thrasybule rassemble une armée de volontaires et, après plusieurs victoires retentissantes et des négociations difficiles, la réconciliation est conclue au début de l'automne 403, et la démocratie rétablie.
    À partir du destin de dix personnages singuliers, ce livre aborde l'événement sous un angle inédit. S'inspirant du modèle du choeur antique, il entend proposer une description renouvelée de la société athénienne, à rebours des classifications figées dissociant citoyens, métèques et esclaves. Par sa brutalité, la guerre civile fait en effet émerger des collectifs multiples et mouvants, organisés autour de figures clés tels l'inclassable Socrate, l'oligarque Critias, le rhéteur Lysias, mais aussi le scribe Nicomachos, l'ancien esclave Gèrys ou la prêtresse Lysimachè. En scrutant ces choeurs, l'enquête dévoile les hiérarchies et les tensions qui les traversent, mais surtout les pratiques et les émotions qui les soudent. Se dessine alors une nouvelle cartographie de la communauté athénienne, placée sous le signe de la pluralité et de la contingence.
    Cette histoire chorale s'interroge en définitive sur la façon de « faire société » : par quels processus une communauté en vient-elle à se déchirer, voire à se désintégrer, puis à se refonder ? Une réflexion indispensable, qui fait écho à notre présent tourmenté.

  • Comment se faire un nom ? Comment entrer dans l'Histoire ? Comment créer un passé à partir du présent pour fonder l'avenir ? Avant tout connu comme héros guerrier ou dirigeant autocrate d'une France nouvelle, l'homme de culture que fut également Napoléon a été oublié. D'emblée, il s' emploie pourtant à façonner son image, à mettre son règne en scène et à contrôler les multiples représentations que donnent de lui les artistes. Des attributs de puissance à l'architecture en passant par les beaux-arts, ce que célèbre Napoléon est en harmonie avec sa politique et offre l'image d'un homme supérieur qui réconcilie entre eux les Français. Le créateur du Premier Empire pouvait-il faire moins que les imperators romains ? La littérature ne demeure pas en reste. Bonaparte encourage l'éclosion d'un nouveau classicisme et instaure une fantastique remise de prix décennaux. L'historienne Annie Jourdan explore ici les multiples facettes de la politique culturelle de Napoléon Ier et leurs conséquences sur le mythe toujours vivace de celui qui fut aux yeux de ses contemporains « l'homme le plus extraordinaire des temps modernes ».

  • Oublions les westerns. Durant trois siècles, l'Amérique du Nord a été sillonnée, à l'échelle continentale, par des aventuriers de langue française. Coureurs de bois, trappeurs, interprètes, ces hommes, en quête de fourrures, se sont constamment mêlés aux Amérindiens.
    En partant sur la piste de dix voyageurs, natifs de la France ou du Canada, Gilles Havard fait surgir des scènes saisissantes : adoption d'un jeune Français par des Iroquois du XVIIe siècle, pirogues chargées de peaux de castor ou de bison descendant la rivière Missouri, fêtes du nouvel an empruntant aux cérémonies indiennes, retrouvailles lors des grandes haltes de caravanes... À travers ces destins hors du commun se dessine une autre histoire de la colonisation européenne, occultée par le récit américain de la conquête de l'Ouest : une histoire d'échanges, de métissages, mais aussi de violences, dont les têtes d'affiche sont des Français et des Amérindiens.
    Cet ouvrage explore une Amérique oubliée, fantôme - effacée des mémoires, absente des livres d'histoire. S'appuyant sur des récits de voyage, les archives des deux continents et les témoignages de descendants, enrichi de cartes et d'images inédites, il donne vie à un monde jusqu'ici invisible.

  • Le procès de Socrate est une des images les plus célèbres de l'histoire de l'Athènes classique. Les guerres médiques ou les marbres du Parthénon en offrent le versant lumineux, la condamnation du maître de Platon, elle, en incarne la légende noire. Le plus souvent, l'événement est présenté comme la faute impardonnable de la démocratie athénienne, la preuve d'une cité intolérante, persécutant ses élites intellectuelles. À l'opposé, les défenseurs de la démocratie athénienne s'évertuent à en relativiser la portée, en le réduisant à un incident, voire en justifiant la condamnation du philosophe. C'est ainsi qu'au fil des âges, le procès de Socrate s'est transformé en procès de la démocratie athénienne - et par extension, de la démocratie elle-même.
    Ce livre entreprend d'écrire une histoire de cette démocratie à la lumière du procès de 399, mais il va plus loin en étudiant les différentes facettes de la subversion socratique, qui tiennent non seulement à la philosophie politique de Socrate, mais à ses moeurs et à l'originalité de sa pédagogie.
    Enfin, le procès est inséparable des multiples relectures qui l'accompagnent depuis les premiers temps de l'ère chrétienne. Des Pères de l'Église qui faisaient du philosophe un précurseur du christianisme au « Socrate sans-culotte » de la Révolution française, en passant par le « Saint-Socrate » d'Érasme ou le « patron des philosophes » construit par la pensée des Lumières, c'est l'histoire de notre propre rapport à la démocratie athénienne qui s'écrit.


    Couverture : Jacques-Louis David, La Mort de Socrate (détail), huile sur toile, 1787, The Metropolitan Museum of Art, New York.

  • Dans les années qui suivirent la Grande Guerre, le désir d'éviter un nouveau conflit fut peut-être le souhait le mieux partagé en Europe. Le « Plus jamais ça ! » résonnerait longtemps dans les oreilles des Européens. Une opinion générale qui allait peser sur l'avenir et serait au coe ur de la politique d'apaisement voulue par les Anglais.
    En reconstituant les tractations qui se jouèrent jour après jour pour « apaiser Hitler », Tim Bouverie fait revivre ici le marché de dupes que le Führer imposa aux Européens dès 1933. Il montre que les situations ne sont jamais inspirées par le seul aveuglement de quelques-uns - quand d'autres avaient immédiatement perçu ce qui allait se jouer - mais le fruit d'une équipe perméable à son époque.
    Tour à tour vue de Londres, Paris ou Berlin, cette histoire se trame dans le secret des chancelleries, comme en témoignent de nombreuses archives, désormais accessibles. Sous la plume de Bouverie, le récit se fait haletant jusqu'à la fin. Avec une rare maîtrise, l'auteur retrace la fuite en avant de la politique nazie et les innombrables coups de bluff du Führer, qui ne manqua jamais une occasion de se présenter comme un pacifiste auprès de ses interlocuteurs étrangers.

  • Dans son petit village près d'Oxford, Graham Robb trouve un jour au fond de son jardin d'antiques pièces de monnaie, une tuile marquée par le feu, une broche de l'âge du fer. Ces vestiges d'un habitat primitif sont le point de départ d'une quête passionnée, au fil de laquelle l'écrivain met au jour la logique invisible de la géographie et de la cosmologie celtiques. La voie héracléenne, route légendaire reliant en ligne droite la péninsule ibérique au col de Montgenèvre dans les Alpes, et jalonnée de sanctuaires celtiques serait ainsi bien plus qu'un simple mythe : le coeur d'une cartographie symbolique et rigoureuse, orchestrée par la science des druides. À la lisière de l'histoire et de la légende, calculs et tracés savants côtoient amphores découvertes en plantant des endives, machines astronomiques conservées des millénaires au fond de l'eau, ou encore vieilles cartes jamais décodées. Celtophiles, amateurs d'Antiquité et inconditionnels de notre passé gaulois, ce nouvel opus de Graham Robb est pour vous !

  • La carte n'est pas le territoire : malgré leurs visées scientifiques, les cartes sont toujours subjectives et intimement liées au contexte dans lequel elles naissent. Les cartographes ne se contentent pas de représenter le monde : ils le construisent, à partir des idées de leur époque et de leur culture. Telle est la thèse de Jerry Brotton, et le point de départ de cet extraordinaire voyage à travers le temps et l'espace.
    En observant à la loupe douze cartes du monde, il ouvre autant de fenêtres sur des civilisations aussi différentes que la Grèce antique et la Corée du XVe siècle, l'Europe des grandes découvertes et celle de la Révolution française, jusqu'au monde globalisé actuel, placé sous l'oeil de Google Earth... A l'issue de ce périple aussi captivant qu'instructif, on aura appris une foule de choses : saviez-vous de quand date l'habitude de placer le Nord en haut d'une carte ? quel planisphère a donné son nom à l'Amérique ? et vous doutiez-vous que, malgré les apparences, les cartes d'aujourd'hui ne sont pas plus définitives ni plus objectives que celles d'autrefois ?

  • Paris, 1940 : les Allemands, jeunes, beaux et bronzés, portent des appareils photos aussi souvent que des fusils et cèdent volontiers leurs sièges dans le métro. La France est soumise à la répression du régime de Vichy, qui ouvre en moyenne 350 000 lettres par semaine et met les conversations téléphoniques sur écoute. Hostile aux Allemands et plutôt favorable à Pétain, la population risque quelques plaisanteries - « la collaboration, c'est : donne-moi ta montre, je te dirai l'heure » - et se réfugie au cinéma ou à la pêche. Bien peu s'insurgent contre la loi du 3 octobre sur le statut des juifs. Intellectuels et artistes inaugurent quant à eux une période faste de la vie culturelle parisienne.
    Puis le régime de Vichy se durcit. L'Occupation dure. Quelles sont alors les réactions des Français ? Le clivage résistants-collaborateurs, affirme l'historien Julian Jackson, déforme une réalité bien plus complexe : difficile d'imaginer aujourd'hui qu'il s'est trouvé des résistants pétainistes, comme des pétainistes pro-britanniques et anti-allemands, et des résistants antisémites...
    Le livre-somme de Julian Jackson nous plonge au coeur des « Années noires ». Loin de la survalorisation gaulliste de la résistance comme du dénigrement de la France pétainiste, il dresse une cartographie fine de notre passé.

  • La Révolution a mauvaise réputation. On reconnaît la belle universalité de ses principes, mais on honnit les violences qui en ont ponctué le cours, conspuées sous le nom de Terreur. Ces représentations occultent tout à la fois les difficultés de l'entreprise et les énormes espérances que suscita l'événement. L'historienne Annie Jourdan nous invite à reconsidérer ce moment fondateur de notre modernité. Au fil des pages, elle en fait revivre les temps forts dans une approche sensible aux aléas qu'ont dû affronter les protagonistes. Elle déroule les faits grâce à un important corpus d'archives, constitué d'actes, de lettres, de courriers, de mémoires, où la Révolution se joue au gré des passions françaises. On mesure alors la force du ressentiment qui plonge le pays dans une longue guerre civile, que seule l'armée parviendra à apaiser. C'est que deux légitimités sont aux prises : celle de la monarchie, ancrée dans l'Histoire ; et celle de la nation, fondée sur le suffrage populaire.
    L'événement eut une portée internationale, on le sait. Nombre de soulèvements s'ensuivent, qui rebattent les cartes : en Amérique, en Irlande, aux Pays-Bas, en Suisse. Mais l'on a souvent tu les discordes civiles qui accompagnèrent ces changements, là-bas comme ici. En restituant l'histoire dans sa globalité, avec ses aspérités et ses mémoires troubles, Annie Jourdan réalise une grande fresque de la Révolution, entre vérité et légendes.

  • Écrire l'histoire de la consommation en France, c'est raconter l'histoire de tous les Français : celle de nos grands ancêtres, de nos parents, de chacun d'entre nous. C'est aussi raconter l'histoire de la révolution matérielle qui s'est opérée sous l'influence des innovations techniques et commerciales, des avancées sociales, de nouvelles moeurs, etc. Ce sont toutes ces transformations depuis le milieu du XIXe siècle que ce livre retrace en articulant production et consommation, conditionnements sociaux et libre-arbitre du consommateur, culture matérielle et représentations symboliques. L'historien Jean-Claude Daumas décrit les usages de la société française - dites-moi quel canapé vous avez choisi et je vous dirai qui vous êtes -, montre comment les consommateurs s'approprient les objets - de la lessiveuse au smartphone en passant par la bicyclette, le presse-purée et le blue jean -, dans une savante dialectique où le hasard n'a pas de place.
    Cette histoire de la consommation se lit aussi comme celle de la conquête progressive du bien-être, avec ses victoires - le triomphe de la consommation de masse pendant les Trente Glorieuses - et ses défaites - la hausse des niveaux de vie n'a jamais aboli les inégalités sociales -, sans oublier ses nouveaux mandarins, qui prônent la rupture et la décroissance au nom de la protection de la planète...

  • Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe a été le théâtre d'un transfert forcé de populations à très grande échelle : des millions d'Allemands qui vivaient en Tchécoslovaquie, en Hongrie et en Pologne, devenus indésirables dans ces pays durement éprouvés par des années de domination nazie, ont été délogés de leurs foyers et envoyés vivre parmi les ruines du Reich.
    Ces expulsions, qui se sont déroulées entre 1945 et 1947, ont été organisées par les autorités des pays concernés, avec l'aide des gouvernements britannique, soviétique et américain qui pilotaient alors la reconstruction de l'Europe. Elles ont concerné entre 12 et 14 millions de personnes - en majorité des femmes et des enfants - et ont été menées avec une telle brutalité qu'elles ont fait de nombreuses victimes : au moins 500000 expulsés sont morts dans les camps de transit où on les avait rassemblés, pendant les trajets, ou à leur arrivée en Allemagne, épuisés, affamés et sans abri.
    Cet épisode tragique s'est déroulé au grand jour, sous les yeux de dizaines de milliers de journalistes, diplomates, travailleurs humanitaires et observateurs divers. Ses répercussions sont encore visibles dans l'Europe d'aujourd'hui. Pourtant, hors d'Allemagne, il est presque complètement oublié.
    C'est cette lacune historique que ce livre entend combler

  • Paris, 11 mars 1314. Sur l'Île de la Cité, le feu embrase le bûcher où va périr Jacques de Molay, 23e et dernier grand maître de l'ordre du Temple. C'est la fin d'un ordre et le début d'une légende qui, sept siècles plus tard, continue de nous intriguer. Dante fut le premier à rapprocher leur martyre de la Passion du Christ, une comparaison que reprend ici Simonetta Cerrini pour donner à sa narration la forme d'un chemin de croix. La bulle papale du 22 mars 1312 ordonnant la suppression du Temple lui sert de fil d'Ariane. L'historienne mène l'enquête, s'emparant de la masse labyrinthique des archives pour nous éclairer et ouvrir le juste procès qu'ils n'ont jamais eu. Ce fut en réalité le premier grand procès politique (et religieux) de l'Europe médiévale. L'auteure fait revivre les Templiers dont on entend enfin les prières du fond des cellules où ils furent enfermés pendant des mois et torturés, paroles perdues contre ce qui les accable : accusations d'hérésies, impiétés, sodomie...
    Des siècles plus tard, on est touché par leur sentiment d'abandon, leurs peurs, mais aussi leur foi, qu'entretient toujours une certaine lueur d'espoir, anéantie à jamais par les flammes des bûchers.

  • «Le Prince était ivre»... Ainsi commence l'histoire des Plantagenêts, cette famille hors-norme qui a fait les riches heures de notre Moyen Âge. Le premier du nom est angevin, mais qui s'en souvient encore trois siècles après ? Leur célébrité a dépassé les frontières de l'Anjou et la dynastie est entrée dans la grande histoire de l'Europe. C'est une famille au caractère trempé, marquée à ses débuts par l'un des hommes les plus puissants du XIIe siècle: Henri II Plantagenêt.
    Outre l'Angleterre et la Normandie dont il est déjà détenteur, il est devenu, en épousant Aliénor d'Aquitaine, le maître de la moitié de la France. Un vassal plus puissant que son roi, un vassal encombrant... Dans cette histoire épique, où les traîtres et les ambitieux ne semblent jamais trouver le sommeil, Dan Jones fait revivre sous nos yeux ces rois et reines aux prises avec le pouvoir. Inoubliable, Aliénor, deux fois reine, célèbre dans toute la chrétienté, joue sa partition jusqu'à ses derniers instants - elle meurt à 80 ans.
    De ses nombreux enfants, on se souvient de Richard Coeur de Lion, qui affronta Saladin lors de la troisième croisade et ne cessa de guerroyer contre son propre père. Célèbre aussi mais sans gloire pourtant, son frère jean sans Terre... Inlassables combattants, ils ont à leur palmarès les grandes batailles de ce temps: Bouvines, qui scelle la fin de la prédominance seigneuriale, Crécy, l'Ecluse, la première grande victoire navale anglaise.
    Avant les Tudors, les Plantagenêts ont façonné l'histoire anglaise et pourtant leur attachement à la France restera fort et singulier. Pour l'éternité, les fondateurs reposent à l'abbaye de Fontevraud...

  • Analyse l'art pariétal comme le signe de l'existence d'une société hiérarchisée au paléolithique, ainsi que comme expression par des lignages dominants de leur suprématie et de leurs origines mythiques.

  • Ceci n'est pas un livre d'histoire, et pourtant tout y est avéré. C'est le roman vrai des derniers feux de la monarchie, la chronique d'une civilisation au raffinement inégalé, et que 1789 emportera à jamais. Le roman vrai de sept destins, chacun emblématique et unique à la fois. Des aristocrates de haut lignage, dotés des vertus dont tout noble doit s'enorgueillir : fierté, courage, raffinement, culture, esprit, art de plaire.
    Ils se connaissent, sont cousins ou rivaux, libertins dans une société où l'on veut aimer à sa guise, puisque le mariage y est de convenance. Maîtresses officielles ou secrètes, liaisons épistolaires et enflammées, dépit, faveur, puis disgrâce... Jamais l'art de conquérir ne fut porté à cette incandescence. Chacun d'eux, en même temps, veut se forger un destin. Prétendant aux plus hautes fonctions au service du Roi, ils devront composer avec la cour où les alliances se font et se défont au gré d'intrigues savantes et souvent cruelles.
    On croisera Talleyrand, Laclos, Marie-Antoinette dans la légèreté de ses vingt ans, les chroniques savoureuses du prince de Ligne ou de la comtesse de Boigne, les billets, les poèmes que cette élite lettrée et cosmopolite s'échange à chaque heure du jour. Ils sont aussi les enfants des Lumières, et accueillent avec d'autant plus d'intérêt les idées nouvelles qu'ils croient possible de les concilier avec leurs propres privilèges.
    Mais la Révolution balayera cet espoir. Certains prendront les armes, d'autres le chemin de l'exil ; ce sera la ruine, la guillotine pour deux d'entre eux. Pour tous, la fin d'un monde. Avec une plume enjouée et complice qui rappelle les meilleurs mémorialistes, Benedetta Craveri a composé ici un magnifique hommage à cette génération perdue qui incarna, plus qu'aucune autre, une certaine douceur de vivre.

  • Au sein du vieux couple spirituel/temporel, Dieu l'emporte ordinairement, César faisant plutôt figure d'entrave à l'élévation des âmes. Cependant, la quête d'un "royaume qui n'est pas de ce monde" d'accompagne, dès les origines, d'une véritable réussite matérielle de l'Église terrestre. Contradiction avec l'idéal initial ? Certes non, puisque cette manne doit être partagée avec les pauvres considérés comme autant d'images de Dieu... Ce bel évangélisme se heurte à la réalité de l'institution. L'Église est en rivalité avec le Pouvoir pour la domination du monde. Les questions que cet affrontement pose sont multiples. Au nom de quels principes le pouvoir spirituel peut-il commander ? Avec quelles forces ? À quoi peut bien servir un pape ? Pourquoi les richesses de l'Église échapperaient-elles à un pouvoir civil toujours plus autoritaire et impécunieux ? Après les grands affrontements médiévaux du Sacerdoce et de l'Empire, se met en place, dans la France d'Ancien Régime, une solution dite "gallicane" qui fait du Roi Très Chrétien le véritable chef de l'Église nationale. Cette "alliance du trône et de l'autel" placera la gestion temporelle en son centre, si bien que l'un sombrera avec l'autre à la Révolution. Avec le rappel de ce parcours temporel, cet essai veut constituer le contrepoint d'une histoire religieuse qui le minimise trop souvent, afin de mieux mettre en lumière les conditions matérielles d'un essor spirituel et artistique sans pareil.

  • Pour écrire ce livre, Guy Walters a passé des années à fouiller les archives en Allemagne, en Italie, en Autriche, aux Etats-Unis et ailleurs, à rencontrer d'anciens nazis, agents secrets, chasseurs de nazis. Résultat, La Traque du mal (Hunting Evil) est une enquête historique extraordinairement documentée, écrite avec le sens du suspense et le rythme d'un thriller. Guy Walters est parti sur les traces des criminels de guerre nazis les plus célèbres - Mengele, Eichmann, Barbie, Stangl. - pour raconter leur fuite juste après la guerre, et leurs tentatives pour se cacher en Europe, en Argentine et ailleurs.
    Son enquête reconstitue quasiment jour après jour leurs faits et gestes : l'aide qu'ils ont reçue, notamment en Italie et en Espagne (même si Walters démontre qu'aucun réseau type Odessa n'a vraiment existé), les nombreuses initiatives des Alliés pour leur permettre de se cacher ou de refaire leur vie en en faisant des informateurs, les guerres incessantes à ce sujet entre services secrets, les vies souvent minables que ces anciens bourreaux ont menées dans des banlieues sud-américaines. Walters s'intéresse aussi de très près aux chasseurs de nazis, policiers, institutions ou justiciers individuels : il fouille ainsi méticuleusement le passé de Simon Wiesenthal, démontrant que celui-ci a très largement menti quant à ses succès de chasseur de nazi.

  • Rome, printemps 1378.
    La ville est en effervescence. Le dimanche de Pâques, on a couronné un nouveau pape, un Italien, Urbain VI. Les Romains n'ont pas assisté à une élection pontificale depuis... soixante-quinze ans, car les sept derniers papes, tous d'origine française, ont choisi de résider à Avignon. La papauté est-elle de retour dans la Ville éternelle ? C'est oublier les cardinaux, qui supportent mal la manière dont Urbain les traite.
    Au début de l'été, ils quittent Rome et désignent un nouveau pape, Clément VII, qui s'installe dans le palais de ses prédécesseurs à Avignon. L'Eglise, désormais, a deux têtes. Le Grand Schisme a commencé. Jusqu'en 1417, deux lignées de pontifes vont s'affronter: à Avignon connue à Rome, ils activent des réseaux diplomatiques complexes pour rallier les puissances européennes, ils guerroient par mercenaires ou par théologiens interposés, ils lèvent.
    Des impôts divers pour remplir des caisses toujours vides. Guerres, chantages, excommunications, alliances et défections aboutissent à des situations extravagantes: on verra ainsi le roi de France décider, en 1398, de soustraire son royaume à toute obédience, un épisode inédit dans l'histoire de la Chrétienté; on encore, en 1409. non plus deux, niais trois papes revendiquer le trône de saint Pierre.
    Ce livre raconte l'extraordinaire partie d'échecs qui a mis aux prises l'Europe entière, quarante ans durant.

  • Le dernier duel Nouv.

    En cette matinée glacée du 29 décembre 1386, la foule afflue vers le monastère parisien de Saint-Martindes-Champs. Autour du champ clos, les curieux se pressent, attendant le roi Charles VI et, surtout, les deux hommes qui vont se battre à mort ce jour-là:Jean de Carrouges et Jacques Le Gris, seigneurs normands, ont résolu de porter devant Dieu leur querelle. Celui qui tuera l'autre verra sa cause reconnue et son honneur lavé; le vaincu, lui, sera réputé menteur à la face de Dieu et des hommes, et son corps pendu à Montfaucon.Voilà des années que l'inimitié a grandi entre Carrouges et Le Gris, attisée par des rancunes et des rivalités. Mais la haine atteint son comble quand l'épouse de Carrouges, la belle Marguerite, accuse Le Gris de l'avoir violée:profitant de l'absence de son mari, celui-ci, dit-elle, s'est introduit dans le château des Carrouges où il a abusé d'elle. Aucune cour n'ayant pu régler le différend, le Parlement de Paris a tranché en faveur du duel judiciaire - une issue sanglante qui sera la dernière de son espèce en France, et que maints contes, maints récits évoqueront des siècles durant.Cette histoire, Eric Jager la raconte à la manière d'un roman policier, s'appuyant sur les sources et les témoignages qui nous sont parvenus pour ressusciter un pan entier du Moyen Âge.

  • Trop souvent, l'histoire de France fait fi de la mer. Elle est ici au coeur du nouveau livre d'Olivier Chaline. Les éléments, nous rappelle-t-il, ignorent les luttes entre les nations et, dans leur sauvage impartialité, se prêtent aux calculs des hommes ou s'acharnent à les ruiner. C'est en fonction des vents et des courants, comme de la météo marine et des marées, qu'il faut considérer cette France des Bourbons : depuis le large, ses rives européennes et ses nombreux prolongements outre-mer.
    Que permet la mer ? Que refuse-t-elle ? Quelles routes la parcourent devant les rives françaises ou à partir d'elles ? Quels navires et quels équipages s'y aventurent ? Comment pénètre-t-elle le royaume terrien ? Dans ce livre inédit, constitué de toute la richesse de notre histoire maritime, revivent les obscurs et les sans-grades qui ont fait les équipages de la pêche, du commerce et de la guerre ; leurs conditions de vie, leurs voyages, leurs formations nous sont mieux connus en même temps que l'impressionnante complexité de leurs navires.
    C'est le quotidien passionnant des "petites mains" indispensables à la manoeuvre des vaisseaux ces premiers géants de la mer ou de la moindre gabare. Ainsi au fil des pages surgit une réalité, celle de Français vassaux de Neptune qui, dans des conditions souvent difficiles, n'ont jamais tourné le dos à la mer mais en ont accompagné les caprices, pressenti les désirs. Une tyrannie, certes, mais si douce pour ses inconditionnels.

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