Littérature générale

  • «Le Prince était ivre»... Ainsi commence l'histoire des Plantagenêts, cette famille hors-norme qui a fait les riches heures de notre Moyen Âge. Le premier du nom est angevin, mais qui s'en souvient encore trois siècles après ? Leur célébrité a dépassé les frontières de l'Anjou et la dynastie est entrée dans la grande histoire de l'Europe. C'est une famille au caractère trempé, marquée à ses débuts par l'un des hommes les plus puissants du XIIe siècle: Henri II Plantagenêt.
    Outre l'Angleterre et la Normandie dont il est déjà détenteur, il est devenu, en épousant Aliénor d'Aquitaine, le maître de la moitié de la France. Un vassal plus puissant que son roi, un vassal encombrant... Dans cette histoire épique, où les traîtres et les ambitieux ne semblent jamais trouver le sommeil, Dan Jones fait revivre sous nos yeux ces rois et reines aux prises avec le pouvoir. Inoubliable, Aliénor, deux fois reine, célèbre dans toute la chrétienté, joue sa partition jusqu'à ses derniers instants - elle meurt à 80 ans.
    De ses nombreux enfants, on se souvient de Richard Coeur de Lion, qui affronta Saladin lors de la troisième croisade et ne cessa de guerroyer contre son propre père. Célèbre aussi mais sans gloire pourtant, son frère jean sans Terre... Inlassables combattants, ils ont à leur palmarès les grandes batailles de ce temps: Bouvines, qui scelle la fin de la prédominance seigneuriale, Crécy, l'Ecluse, la première grande victoire navale anglaise.
    Avant les Tudors, les Plantagenêts ont façonné l'histoire anglaise et pourtant leur attachement à la France restera fort et singulier. Pour l'éternité, les fondateurs reposent à l'abbaye de Fontevraud...

  • Ceci n'est pas un livre d'histoire, et pourtant tout y est avéré. C'est le roman vrai des derniers feux de la monarchie, la chronique d'une civilisation au raffinement inégalé, et que 1789 emportera à jamais. Le roman vrai de sept destins, chacun emblématique et unique à la fois. Des aristocrates de haut lignage, dotés des vertus dont tout noble doit s'enorgueillir : fierté, courage, raffinement, culture, esprit, art de plaire.
    Ils se connaissent, sont cousins ou rivaux, libertins dans une société où l'on veut aimer à sa guise, puisque le mariage y est de convenance. Maîtresses officielles ou secrètes, liaisons épistolaires et enflammées, dépit, faveur, puis disgrâce... Jamais l'art de conquérir ne fut porté à cette incandescence. Chacun d'eux, en même temps, veut se forger un destin. Prétendant aux plus hautes fonctions au service du Roi, ils devront composer avec la cour où les alliances se font et se défont au gré d'intrigues savantes et souvent cruelles.
    On croisera Talleyrand, Laclos, Marie-Antoinette dans la légèreté de ses vingt ans, les chroniques savoureuses du prince de Ligne ou de la comtesse de Boigne, les billets, les poèmes que cette élite lettrée et cosmopolite s'échange à chaque heure du jour. Ils sont aussi les enfants des Lumières, et accueillent avec d'autant plus d'intérêt les idées nouvelles qu'ils croient possible de les concilier avec leurs propres privilèges.
    Mais la Révolution balayera cet espoir. Certains prendront les armes, d'autres le chemin de l'exil ; ce sera la ruine, la guillotine pour deux d'entre eux. Pour tous, la fin d'un monde. Avec une plume enjouée et complice qui rappelle les meilleurs mémorialistes, Benedetta Craveri a composé ici un magnifique hommage à cette génération perdue qui incarna, plus qu'aucune autre, une certaine douceur de vivre.

  • Au sein du vieux couple spirituel/temporel, Dieu l'emporte ordinairement, César faisant plutôt figure d'entrave à l'élévation des âmes. Cependant, la quête d'un "royaume qui n'est pas de ce monde" d'accompagne, dès les origines, d'une véritable réussite matérielle de l'Église terrestre. Contradiction avec l'idéal initial ? Certes non, puisque cette manne doit être partagée avec les pauvres considérés comme autant d'images de Dieu... Ce bel évangélisme se heurte à la réalité de l'institution. L'Église est en rivalité avec le Pouvoir pour la domination du monde. Les questions que cet affrontement pose sont multiples. Au nom de quels principes le pouvoir spirituel peut-il commander ? Avec quelles forces ? À quoi peut bien servir un pape ? Pourquoi les richesses de l'Église échapperaient-elles à un pouvoir civil toujours plus autoritaire et impécunieux ? Après les grands affrontements médiévaux du Sacerdoce et de l'Empire, se met en place, dans la France d'Ancien Régime, une solution dite "gallicane" qui fait du Roi Très Chrétien le véritable chef de l'Église nationale. Cette "alliance du trône et de l'autel" placera la gestion temporelle en son centre, si bien que l'un sombrera avec l'autre à la Révolution. Avec le rappel de ce parcours temporel, cet essai veut constituer le contrepoint d'une histoire religieuse qui le minimise trop souvent, afin de mieux mettre en lumière les conditions matérielles d'un essor spirituel et artistique sans pareil.

  • Madame du Deffand, la figure la plus énigmatique du XVIIIe siècle français... Qui est donc cette femme qui a tenu la dragée haute à Voltaire ? D'où lui vient cette fantastique autorité ? Comment, sans avoir publié une ligne, sans avoir porté l'un des grands noms de France, sans avoir joué le moindre rôle politique ou diplomatique, sans avoir même disposé d'autres revenus qu'une maigre pension, sans autre attrait ni savoir que ce qu'on appelait alors « l'esprit », comment a-t-elle pu devenir de son vivant une telle légende et être considérée par la postérité comme une de nos meilleures « classiques » - ainsi Marc Fumaroli résume-t-il la question qui sous-tend la formidable enquête de Benedetta Craveri.
    Exploitant la riche correspondance de la marquise, l'auteure fait revivre l'âge d'or des Salons, ce monde des philosophes et des Lumières où allaient lever tant d'idées neuves.
    Mais surtout, ce portrait au long cours nous attache à une figure exceptionnelle : libertine au temps du Régent, interlocutrice privilégiée de Voltaire, esprit brillant et doué d'une lucidité destructrice, qui attendit d'être âgée et aveugle pour éprouver une violente passion pour Horace Walpole de vingt ans son cadet.
    Madame du Deffand et son monde a été publié pour la première fois en 1982. Il a reçu le prix Viareggio du premier essai et le prix du Meilleur livre étranger. Il est ici réédité dans une version révisée et augmentée.

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