Les Indes Savantes

  • Les révoltes indiennes ; Amériques, XVIe-XXIe siècle Nouv.

    Révolte indienne... À cette évocation, plusieurs images hétéroclites viennent immédiatement à l'esprit : la photographie du chef apache Geronimo posant avec son fusil en 1887, une image en gloire du grand leader néo-inca Tupac Amaru II dans un manuel d'Histoire du Pérou, ou le passe-montagne du sous-commandant Marcos et des insurgés mayas du Chiapas en 1994. Les mouvements recouverts par de telles images ont pourtant peu à voir les uns avec les autres. Ce livre vise à déjouer le piège des mots : l'accusation de « révolte » ou de « rébellion » était le plus souvent une arme rhétorique du pouvoir destinée à disqualifier et à niveler en le criminalisant tout mouvement de contestation de l'ordre colonial. Les textes réunis dans ce volume, qui confrontent les Amériques espagnole et française du xvie siècle à nos jours, cherchent au contraire à restituer les logiques politiques des principaux intéressés. Ils visent en quelque sorte à rendre la parole aux « révoltés » pour reconstruire chacun des soulèvements, des guerres, des insurrections ou des résistances, masqués par une catégorie trop vague et surdéterminée.

  • Six des huit textes proposés dans cet ouvrage sont des biographies d'une ouvrière et d'ouvriers du xixe siècle qui travaillaient dans le secteur du livre (Proudhon compris) et qui ont joué un rôle important dans les luttes sociales et politiques qui ont eu lieu tout au long de ce siècle : travail des femmes, Chambre syndicale, restaurants ouvriers, associations diverses, journaux, entre autres.
    Les travailleurs de la presse ont été très souvent à l'avant-garde des combats révolutionnaires. Peut-être parce que leur travail a la particularité de contribuer à la diffusion de la connaissance ? Les ouvriers du Livre participèrent activement à la Révolution de 1848, et à la Commune de Paris en 1871 : deux études développent leur rôle dans ces événements politiques et révolutionnaires.

  • « Longtemps de Charles Victor Beslay, mon trisaïeul, je n'ai su que ce qu'en rapportait la légende d'une descendance largement acquise aux idées de son fils François, un de ces pionniers du catholicisme social :
    Charles était un franc-maçon, plutôt sulfureux, auquel le pardon était accordé parce qu'il avait sauvé l'or de la Banque ! Et puis, avec un grain de fierté, on évoquait la rue de Paris où il avait eu sa grande usine et qui, depuis 1907, portait son nom ».
    Industriel, entrepreneur et banquier, Ch. V. Beslay se passionne rapidement pour les problèmes sociaux et la condition ouvrière. Proche de Proudhon, avec lequel il échange idées et projets, pionnier de l'association capital-travail, il participe activement à la Révolution de 1848, devient ensuite un militant actif de la Ire Internationale et promeut les Associations ouvrières. Son rôle considérable comme membre de la Commune de 1871 constitue une part importante de cet ouvrage.

  • Les Juifs noirs, entre deux mondes, renouvellent aujourd'hui un dialogue entre les Juifs et les Noirs commencé depuis la nuit des temps. Une page d'histoire sort de l'ombre. Nous la parcourons en passant par les pistes de terre ondulée africaines, un colloque à Dakar, une soirée de musique afro-klezmer à Paris, un restaurant éthiopien à Harlem, une synagogue noire dans le Queens, la gare centrale de Tel-Aviv et d'autres balades encore dans le domaine de la négritude et de la judéité. Des années après la publication de son livre pionnier, La Beauté de Cham, mondes juifs, mondes noirs, l'auteur a connu de nombreuses personnes venues à lui avec leurs expériences et leurs recherches. Maurice Dorès s'est nourri de ces rencontres, et s'interroge sur ce qui a changé. Il nous fait découvrir que les Juifs ont des couleurs, et que le judaïsme n'en a pas.

  • La Chine a été le plus souvent, dans sa longue histoire, une entité politique, économique et culturelle active sur la scène mondiale.
    Pourtant, malgré l'importance de sa superficie, et alors que l'on évoque souvent le « sous-continent indien », un terme semblable n'a jamais été appliqué à la Chine puisque l'on ne parle jamais de sous-continent chinois. La Chine elle-même se considère comme étant très importante puisqu'elle se fait appeler Le pays du Milieu, sous-entendant du Monde.
    D'une façon similaire à Rome et à Athènes, la Chine a souvent désigné les populations au-delà de ses frontières par des termes à connotations péjoratives : les barbares, les diables étrangers ou les pirates. Ces termes impliquaient que la civilisation était à l'intérieur de ses frontières.
    La taille, la puissance et la culture de la Chine ont joué un rôle majeur à l'extérieur de son territoire dans le mouvement des populations, des marchandises, des idées. Ce sont ces mouvements, tant internes qu'externes, que les auteurs ont étudiés dans cet ouvrage ; les travaux traitant des relations, des contacts et de l'influence de la Chine avec l'extérieur déjà publiés occuperaient une bibliothèque. Cet ouvrage a le grand mérite de souligner d'une part, par la variété des domaines étudiés, l'ampleur et la qualité des relations de la Chine avec l'extérieur ;
    D'autre part l'interaction de ces relations, la Chine absorbant de son côté des influences extérieures dans tous les domaines : religieux, économiques et techniques, culturels...

  • Quand il s'agit de blesser l'Autre, présumé faible et sans défense, l'imagination humaine est sans limites, le vocabulaire s'enrichit - mot contestable - en permanence. Quand, de plus, une communauté humaine est persuadée qu'elle est supérieure, quand elle est seule à posséder le Verbe, majuscule à l'appui, à traduire par mille canaux le regard méprisant ou condescendant, le flot se fait torrent. Durant quatre siècles, la dévalorisation des êtres à peaux noires, basanées, brunes, jaunâtres, croisés, puis soumis au joug, mena à des comparaisons insultantes : ces êtres étaient des sous-hommes, des animaux sans doute légèrement perfectionnés.
    Aussi l'ère esclavagiste, puis la période coloniale ont-elles donné naissance à une grande quantité de mots insultants : les Maghrébins étaient des bicots, des crouïats, des troncs... les Noirs des négros, des bamboulas, des chocolats... les Indochinois des nha-qués... Parfois, des mots migraient : ainsi, bougnoules passa des Noirs aux Maghrébins.
    Les mots appliqués aux femmes de ces races inférieures connurent un sort parallèle, de bicote à négresse, en passant par bamboulette, etc.

  • Les relations entre l'empire du Milieu et le Nanyang - communément nommé Asie du Sud-Est depuis la deuxième guerre mondiale - remontent à la nuit des temps historiques. Dès la dynastie des Han, qui conquit le Tonkin et l'Annam et, tout au cours des siècles suivant, un système de rapports s'établit entre le centre et ses confins que l'Occident qualifie volontiers de « tributaire ». Un concept que la bureaucratie confucéenne n'avait pas de mot pour le définir et qui, à ses yeux, traduisait « une institution complexe en elle-même et distincte des autres institutions de la société ». Les États du Sud-Est asiatique ne sont pas étrangers à l'empire, dans le cadre d'une « relation tributaire » qui était la seule normale.
    Dans ce système, le Fils du Ciel agit avec ses sujets comme un suzerain et traite ses vassaux comme des inférieurs. Celui qui souhaite entrer en relation avec la Chine devient un vassal. Il reçoit un sceau de son suzerain. Il participe ou se fait représenter, à la grande réception annuelle pour le jour de l'an. Il apporte un tribut et reçoit des cadeaux de l'empereur. Les visites des États lointains, moins fréquentes, doivent avoir lieu au moins une fois par dynastie. Le vassal envoie un de ses fils en otage. Ce dernier est élevé à la cour impériale aux frais de l'empereur.
    Il y apprend à respecter la puissance de l'empire et à s'imprégner de la culture chinoise.
    En donnant, en 1989, une leçon au Vietnam, coupable d'avoir envahi le Kampuchea (Cambodge), les dirigeants de la République populaire de Chine s'inscrivaient donc parfaitement dans l'esprit d'une tradition impériale.
    Un second trait spécifique des relations de la Chine avec les pays proches est la présence d'une diaspora, constituée au fil des temps et qui, au début du xxie siècle, représentait la très large majorité des Chinois d'outre-mer (25 millions en 2000 ; 35 en 2050 ?). Héritiers d'une histoire complexe où se mêlent des éléments ethniques, nationaux et culturels, leurs rapports avec les populations indigènes ont offert et offrent des situations variées allant de l'intégration totale à une coexistence pacifique et compétitive, sans qu'aient pu être évités, au cours d'une longue histoire, des heurts parfois d'une extrême violence.
    L'auteur analyse l'évolution de ces relations avec la fin de l'Empire chinois et des régimes coloniaux en Asie du Sud-Est, évolution marquée par des conflits nombreux, dont la place des minorités chinoises dans les nouveaux États n'est pas le problème le moins complexe.

  • Chaque année, l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine (Irasec), basé à Bangkok, mobilise une vingtaine de chercheurs et d'experts pour décrypter l'actualité régionale. L'Asie du Sud-Est - véritable carrefour économique, culturel et religieux - constitue un espace unique d'articulation des diversités sur la longue durée et le demeure plus que jamais aujourd'hui. Cette collection permet de suivre au fil des ans l'évolution des grands enjeux contemporains de cette région continentale et insulaire de plus de 640 millions d'habitants et d'en comprendre les dynamiques d'intégration régionale et de connectivités avec le reste du monde.
    L'Asie du Sud-Est 2020 propose une analyse synthétique et détaillée des principaux événements politiques, économiques et sociaux survenus en 2019 dans chacun des onze pays de la région, complétée par un focus sur deux personnalités de l'année et une actualité en image marquante.
    L'ouvrage propose également des dossiers thématiques qui abordent quatre sujets traités à l'échelle régionale : les diverses formes de la militarisation, la diffusion du salafisme, les constitutionnalismes illibéraux et les constitutionnalismes autoritaires, les relations commerciales entre l'Asie du Sud-Est et l'Afrique subsaharienne. Des outils pratiques sont également disponibles, dont une fiche et une chronologie par pays et un cahier réunissant les principaux indicateurs sociaux, économiques et environnementaux.

  • La piraterie a ressurgi de manière endémique dans les eaux d'Asie du Sud-Est au tournant du xxe et du xxie siècle. Beaucoup d'ouvrages y ont été consacrés, sans toutefois apporter des éclairages suffisants dans le temps long et dans les aspects sociaux et politiques spécifiques aux sociétés et aux États traditionnels qui en ont été les acteurs et les victimes. En utilisant les travaux antérieurs des chercheurs, historiens et anthropologues, qui ont étudié les cultures du monde malais, de la Chine et de l'Asie du Sud-Est continentale, ce livre cherche à comparer, mettre en résonance des phénomènes de piraterie vieux comme l'histoire du commerce, mais aussi montrer le rôle de la piraterie dans l'histoire des États et leur rôle politique au cours des siècles. Politiques et commerciales seront également les motivations des puissances occidentales s'implantant en Asie pour utiliser à leur profit, puis détruire ces activités et soumettre les populations actives dans la piraterie et un de ses corollaires, l'esclavage. La piraterie deviendra alors un boucémissaire et un alibi justifiant la colonisation européenne.

  • Dans les années 1960, dans les zones contrôlées par le Front national de libération du Sud-Vietnam, des Français sont intimidés, rançonnés, enlevés. Pour garantir leur sécurité, le gouvernement français établit discrètement en 1965 un contact avec le Front. Un jeu diplomatique subtil s'engage : pour le Front, c'est élargir sa reconnaissance internationale au-delà du cercle des pays de la zone communiste et des pays du tiersmonde ; pour la France c'est amorcer un dialogue dont elle espère recueillir les fruits le jour, inéluctable, où un nouveau pouvoir s'installera à Saigon.
    Paris s'intéresse donc à la « troisième force », mouvance présente dans la classe politique sud-vietnamienne, dans l'émigration vietnamienne en France, mais aussi au sein du Front, qui est opposée au régime de Saigon appuyé par Washington. La France, qui conserve dans ce pays d'importants intérêts économiques et culturels, entend la soutenir pour écarter la menace d'une emprise communiste brutale.
    Grâce à cette relation, la France est le seul pays au monde à entretenir des relations diplomatiques ou quasi-diplomatiques avec les trois parties vietnamiennes au conflit : Hanoi, Saigon et le GRP. L'auteur en retrace la genèse, l'évolution, les soubresauts.
    30 avril 1975 : à l'entrée dans Saigon des forces armées nordvietnamiennes, le régime sudiste s'effondre. Les premiers mois de la nouvelle administration, sur lesquels l'auteur apporte un éclairage inédit, révèlent l'inconsistance du GRP et l'emprise du Nord communiste.
    Il y a donc lieu de s'interroger : les options de la France étaient-elles pertinentes ?

  • Jamais traduite en français jusqu'à ce jour, La Guerre du Nicaragua est le récit d'une aventure unique : un homme, William Walker, à la tête d'une armée d'aventuriers, s'empara en 1855 d'un pays entier et n'en fut chassé qu'au prix d'une longue et sanglante guerre qui coalisa toutes les nations d'Amérique centrale. Ce n'est pas la seule étrangeté : ce récit est écrit par l'aventurier lui-même, qui avait été, dans une de ses vies antérieures, journaliste d'un des plus grands quotidiens de la Nouvelle Orléans. Autre étrangeté, l'auteur parle de lui à la troisième personne, comme Jules César qu'il avait traduit dans sa jeunesse studieuse, sans doute pour donner à son récit l'objectivité de la distance. Car si Walker poursuivait un dessein tout personnel, il en rapporte le déroulement avec une honnêteté factuelle qui fait de ce texte la source la plus fiable sur les événements qu'il décrit.

  • Le dernier siècle de l'esclavage légal (1750-1848) dans l'île Bourbon.
    Dans une société de domination où la parole de l'esclave est étouffée, les archives judiciaires lui donnent voix au chapitre, car, enfreignant les règles imaginées pour le contraindre et le nier, elles permettent enfin à l'esclave d'exister.
    En dressant le tableau d'une île esclavagiste à part, la Bourbon des Mascareignes, inscrite dans l'histoire coloniale française de l'océan Indien, l'auteure cherche à utiliser les chiffres pour interroger les résistances serviles spécifiques à cet espace : entre la « préservation », la « rupture » et « l'agression », la résistance, qui prend souvent les traits d'actions ordinaires, sert surtout à limiter la violence d'un quotidien et à contourner la coercition. Mais peut-on parler de « résistances » ?
    L'usage de ce mot a pu être polémique, notamment à la Réunion, car il fut utilisé par des militants culturels qui estimaient que le combat mené par les esclaves marrons était analogue à celui des Résistants de la seconde Guerre Mondiale, voire à celui des Fellaghas de la guerre d'Algérie. Mais le travestissement anachronique ou politique d'un mot ne doit pas interdire son usage à bon escient, surtout lorsque celui-ci fait sens pour évoquer la chaîne des insurrections serviles que l'on constate pendant toute l'histoire négrière.
    Ce dialogue est aussi une porte d'entrée pour appréhender un vécu d'esclave muré dans le silence du passé mais qui trouvera ici l'occasion d'une expression singulière.

  • Madagascar et La Réunion sont deux colonies insulaires très éloignées de la métropole. Malgré l'amélioration des lignes aériennes, il faut, à la fin des années 1930, huit jours pour rejoindre Paris au départ de Madagascar. L'absence de liaisons régulières entre cette île et La Réunion, nécessite de rajouter le voyage en bateau pour rejoindre la Grande Île. Ces deux possessions françaises sont situées dans un environnement où prédomine la présence anglaise.
    Les deux îles, si éloignées de la métropole, sont proches durant les années de la Seconde Guerre mondiale. Les deux gouverneurs doivent alors faire face aux nombreux problèmes qu'implique le conflit :
    Isolement, pénurie, problèmes de ravitaillement pour La Réunion et du travail obligatoire pour Madagascar. Les changements de régime, de gouverneurs, la fin sur place du Régime de Vichy à la fin de l'année 1942, ne vont pas améliorer, au contraire, les conditions de vie des habitants.
    À la fin de la guerre, les deux colonies se dirigent alors dans deux directions diamétralement opposées : l'intégration pour La Réunion, le choix de l'affrontement et de la volonté d'indépendance pour Madagascar.

  • « La République, c'est la forme qui emporte le fonds. » Cette phrase lapidaire, Léon Gambetta, chef de file des Républicains pendant la période de la République d'Ordre moral, n'a pas cessé de la marteler devant ses auditoires. Est-ce là une formule creuse et bien balancée d'un orateur talentueux ou est-on en présence d'un authentique programme politique ? Si tel est le cas, quel est la teneur, la finalité et le principe de ce programme ?
    En se fondant sur les écrits et les discours des principaux hommes politiques de ce temps, en faisant la synthèse des études les plus récentes sur les questions politiques, l'auteur essaie de prendre la mesure du changement de l'État sous le régime républicain de 1880 à 1914. Il évite les lourdeurs inhérentes à la nature même de son sujet par des références à la littérature de la fin du xixe siècle - d'Aristide Bruant à Villiers de l'Isle-Adam. Ces romans, nouvelles et poèmes sont riches d'allusions politiques plus ou moins corrosives et ils sont les témoins agréables de questionnements politiques bien réels.

  • Koummiya, nimcha et moukhala du Maroc ; jambiya d'Arabie, katara du Yémen ; bodezi de Bosnie, bichaq, khanjar et yatagan de l'Empire ottoman, etc. : la collection de Pierre Loti offre une large variété d'armes orientales. Certaines pièces, sobres, sont d'aspect modeste, d'autres richement ornées sont impressionnantes et quelques-unes, précieuses et rares, sont particulièrement remarquables. Tous ces objets forment un ensemble d'un grand intérêt historique et artistique.

    La publication de cette collection permettra aux néophytes de découvrir un domaine de l'histoire de l'art aussi riche que surprenant. Quant au public averti, il trouvera dans l'étude scientifique de ce corpus de nombreux éléments d'information pour compléter ses connaissances.

  • Cette biographie de Jean L. de Raymond, établie à partir de documents d'archives la plupart inédits, présente un témoignage sur l'évolution politique et sociale des pays de l'Indochine et la construction de leur indépendance à partir de 1945. Elle éclaire la lutte des forces profondes, des appartenances culturelles, des rivalités et des infiltrations qui écartelaient l'Indochine entre des concurrences internes et des pressions extérieures.
    Après deux séjours en 1927 et en 1933 comme jeune officier à la frontière du Tonkin, où il apprit le mandarin et l'annamite, l'Inspecteur des Colonies est envoyé par le général de Gaulle en 1945 à Calcutta d'où, avec Pierre Messmer, Jean Sainteny, Léon Pignon, il prépare la libération de l'Indochine, puis à Saigon auprès de l'amiral d'Argenlieu. Il contribue bientôt comme commissaire de la République à la libération et à la refondation du Laos dont il organise les conditions de l'Indépendance.
    Directeur adjoint des Affaires politiques du ministère de la France d'Outre-mer, commissaire de la République au Cambodge, en lien étroit avec Léon Pignon puis le général de Lattre et le ministre Jean Letourneau, il conseille en permanence le roi Norodom Sihanouk pour concrétiser la première phase de l'Indépendance du jeune Etat marqué par l'instabilité politique et l'insécurité qui l'atteindra lui-même.
    On suit, parfois au jour le jour, à travers des notes, des portraits, des observations, l'action de ce connaisseur de cultures, dans les rencontres officielles et les échanges avec divers acteurs sur des terrains les plus variés. Ces documents offrent un intérêt majeur pour la compréhension des mouvements populaires et des rôles tenus par ces interlocuteurs dans les événements qui marquaient ces pays auxquels Jean de Raymond était attaché.

  • Évincée des Indes et confinée dans ses minuscules comptoirs, la France y suit entre 1816 et 1871 une politique indigène prudente, respectueuse des cultes et des castes, des usages et des coutumes, qui lui vaut, sinon l'adhésion, du moins la confiance des Indiens. Renouant avec le dogme révolutionnaire de l'assimilation par les institutions, la Troisième République rompt avec cette politique en invitant les Indiens à élire au suffrage universel, sans distinction de couleur, de religion ni de caste, un député et un sénateur, un conseil général et des conseils municipaux. Imposée sans concertation préalable et sans la moindre tentative d'assimilation culturelle, cette politique, qui se veut décentralisatrice et émancipatrice des intouchables, produit des effets désastreux, conférant le pouvoir à un « parti indien » bien décidé à asseoir la domination des hautes castes. Dans les années 1890, un « parti français » s'allie aux basses castes et aux musulmans pour évincer l'oligarchie hindoue.
    Dès lors, chaque élection donne lieu à de gigantesques fraudes et à des violences meurtrières entre castes et communautés.
    C'est parce que la minuscule Inde française est devenue la terre des fraudes et des violences électorales, que le parti du Congrès peut s'opposer à l'organisation d'un référendum d'autodétermination après l'accession de l'Union indienne à l'indépendance en 1947.
    Le traité de cession ne sera signé qu'en 1956, mais dès avant le transfert de facto du 1er novembre 1954, l'essentiel est décidé : les ressortissants des comptoirs auront la faculté d'opter pour la France, ce que feront quelques milliers d'entre eux, à l'origine de la communauté franco-pondichérienne ; les anciens Établissements français, Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon, dont les habitants sont attachés à leur particularisme seront érigés en Territoire de l'Union indienne ; les institutions culturelles françaises seront maintenues et contribueront au cachet de Pondichéry, dont la géométrie urbaine et la French Touch attirent aujourd'hui des visiteurs indiens et français de plus en plus nombreux.

  • L'Indochine coloniale au début des années 1930 connaît une double évolution politique. D'une part le Parti communiste a été détruit par l'action de la Police de Sureté ; mais d'autre part le développement par de jeunes révolutionnaires d'un nouveau front politique, agissant légalement, et prenant de court les autorités coloniales. Constitué par de jeunes intellectuels pour la plupart enseignants, ce courant intègre différentes tendances, du nationalisme de gauche au communisme y compris trotskiste. « La Lutte » va s'illustrer par une activité militante forte, journalistique, électorale et sociale. Parmi ces jeunes intellectuels, Trân Van Thach est l'un des animateurs du journal La Lutte.
    Sa fille a entrepris une biographie de son père Trân Van Thach qui redonne vie à un courant nationaliste et révolutionnaire vietnamien - notamment au trotskisme - peu connu car éliminé physiquement par le Parti communiste : son père, comme beaucoup d'autres, sera exécuté en 1945.
    Trân Van Thach a activement participé au journal La Lutte. L'auteur a rassemblé une collection importante de ses textes, difficilement accessibles, qui constituent un témoignage remarquable de la vie politique du Vietnam colonial, mais aussi de la vie quotidienne des Vietnamiens de toutes les classes sociales de l'époque : les Vietnamiens vus par les Vietnamiens.

  • L'intérêt pour les enseignements du Bouddha en tant que religion à part entière naît en Occident dans la seconde moitié du xixe siècle. L'auteur développe longuement ce qui a conduit philosophes, historiens à s'y intéresser, et avant eux les missionnaires catholiques, dès leur arrivée en Asie au xvie siècle. Il revient ensuite sur l'histoire du bouddhisme depuis l'Inde jusqu'en Chine et au Japon.
    Enfin, l'auteur interroge la modernité du bouddhisme, pour comprendre l'intérêt qu'il suscite, sur tous les continents, dans le monde moderne.

  • Ce dictionnaire est le complément de l'ouvrage issu de la thèse de l'auteur, Les Officiers charentais de Napoléon au XIXe siècle. Destins de braves. Il comprend 516 notices biographiques d'officiers charentais dont les carrières se déroulèrent sous la Révolution et l'Empire. Il a nécessité un monumental travail de recherche dans les dossiers du Service Historique de la Défense mais aussi dans les archives nationales et départementales. En outre, l'auteur a eu accès à de nombreuses sources privées, qui lui ont permis de compléter ce travail. Certaines des notices comportent également les noms des épouses et des descendants. Grâce à l'exhaustivité du travail de recherche, les biographies des officiers issus de classes inférieures, souvent négligées jusque-là, apparaissent tout aussi passionnantes que celles des officiers issus de classes supérieures. L'index des batailles auxquelles ont participé ces officiers complète l'intérêt de cet instrument de recherche pour les professionnels, et suscitera l'émotion pour les descendants.

  • L'empire a été la pépinière du transport aérien français. Entre des États vastes, mais faibles comme la Chine dont le ciel est colonisé par les Américains, les Allemands ou les Japonais, et les États-Unis, étendus et assez puissants pour développer une aviation de transport, les pays européens et en particulier la France sont coincés dans leurs étroites frontières. L'Empire est naturellement devenu le prétexte, le support et le cadre des rêves des pilotes, des investisseurs et des politiques pour développer cette nouvelle activité.
    La ligne d'Orient, « le Paris-Saigon » est au coeur de cette trajectoire.
    Elle débute à l'apogée de l'empire en 1926 et se termine en 1954 avec la perte de l'Indochine. Mais elle est aussi la structure sur laquelle s'est constituée la compagnie nationale de transport aérien. C'est l'histoire de la liaison par avion reliant l'Indochine à la France, entre sa conception et sa disparition. En 1926, le gouvernement imagine un plan pour l'aviation française dans lequel Air Orient, opérateur de la ligne, joue un rôle central. Les premiers vols sont des exploits puis l'activité se professionnalise et le marché se mondialise jusqu'en 1940. Détruite par la guerre elle survit et renaît dans l'empire. Après 1945, l'aviation marchande s'ouvre au libéralisme et la guerre d'Indochine favorise le développement des compagnies à l'abri des frontières de l'Union. Mais en 1954, la perspective de la perte de la colonie, l'arrivée des avions à réaction et l'essor de la classe touriste, provoquent la fin de la ligne impériale. C'est le début du transport aérien contemporain.
    Dépouillé des récits légendaires, ce livre fait le portrait des navigants, du personnel au sol, des hommes d'affaires et de gouvernement qui ont réalisé ce projet. Il relate aussi bien les tâches quotidiennes, le cadre matériel que les grands desseins. Il cherche enfin, à dresser un bilan de cette exploitation et met en exergue l'empreinte coloniale qui marque encore profondément le transport aérien aujourd'hui.

  • L'indépendance de ces deux pays en 1991 se matérialise en grande partie grâce au secteur des hydrocarbures, encore peu développé lorsque l'URSS s'effondre. L'étude du rôle des hydrocarbures dans le développement de ces deux pays après leur indépendance est capitale pour comprendre leur évolution économique, politique et sociale. L'année 2002 est une étape importante au Kazakhstan, avec la constitution de la compagnie nationale KazMunajGaz : institution essentielle dans l'organisation du secteur des hydrocarbures, tandis que le secteur turkmène des hydrocarbures, à cette date, n'avait pas encore été remanié. De plus, 2002 marque un raidissement politique des deux régimes. Quelques années plus tard, en 2011, au Kazakhstan, un mouvement de grève des employés d'entreprises du secteur pétrolier prend une ampleur sans précédent dans l'histoire politique de ce pays, pour se conclure dramatiquement en décembre 2011.
    L'ouvrage s'attache à comprendre ce qui distingue les deux pays et ce, essentiellement, dans le secteur des hydrocarbures, en comparant leurs évolutions institutionnelles respectives. L'importance de ce secteur est patente pour les économies des deux pays : il a attiré la majeure partie des investissements directs étrangers au Kazakhstan pendant au moins les onze premières années de son indépendance.
    S'appuyant sur l'histoire, l'économie et le politique, portant sur une période et sur un espace très complexes, cette étude est essentielle pour comprendre les transformations postsoviétiques d'une Asie centrale encore mal connue.

empty