Actualités & Reportages

  • Esteban est un «cimarron», c'est-à-dire un esclave noir fugitif, dans la Cuba coloniale et sucrière.
    Il a cent quatre ans lorsqu'en 1963 Miguel Barnet, jeune écrivain et ethnologue de La Havane, le découvre grâce à un entrefilet de presse et décide d'enregistrer ses souvenirs au magnétophone.
    Ce n'est pas seulement la vie dans les barracones des plantations, la fuite dans les montagnes, les appels à l'indépendance, la guerre de Cuba contre les Espagnols qui ressuscitent au fil de la mémoire longue. Mais c'est Esteban qui se détaille, vieil original individualiste et charmant qui égrène les travaux et les jours, la sorcellerie, les jeux, les châtiments, les ingénieurs, les brigands, les révolutionnaires et les superstitions : «Il y a des choses que je ne m'explique pas dans la vie. Tout ce qui dépend plus ou moins de la nature est pour moi très compliqué, et les dieux encore plus. C'est eux qui manigancent tout...»

  • «J'ai pris de la boue et j'en ai fait de l'or». Baudelaire est le premier poète du monde «moderne». Le nôtre. Un «vilain monde» qui «va finir» car il n'a plus rien à faire sous «le ciel». Un monde où le culte du progrès et la passion de l'argent ont «atrophié en nous la partie spirituelle», où la mécanique nous a tellement «américanisés» que rien parmi «les rêveries sanguinaires» des utopistes n'atteint les horreurs de la réalité positive. Un monde où la «beauté» n'a plus cours. À moins que l'artiste ne puisse l'extraire du Mal, la faire apparaître sous forme de «beauté interlope», tel un «soleil agonisant», brillant d'une «splendeur triste». Condamné pour Les Fleurs du Mal par la justice de son temps, vivant comme un paria, Baudelaire - comme le montre ici Robert Kopp - a fait de l'art son idéal, mais il ne croit plus au pouvoir rédempteur de la poésie. Le soleil noir de la modernité est aussi celui de la mélancolie.

  • Quand Albert Camus meurt dans un accident d'auto, le 4 janvier 1960, il n'a que quarante-six ans. Il avait, deux ans plus tôt, reçu le prix Nobel. Il laisse, inachevé, un récit à peine romancé de sa vie, Le Premier Homme. Le « premier homme », c'était son père, pionnier de la colonisation française en Algérie avant d'être tué à la guerre de 1914; c'est aussi le narrateur, né pauvre et sans racines sur une terre où tout reste toujours à inventer. Grâce aux beautés du rivage méditerranéen, Camus a découvert dès son enfance les vraies richesses, celles qui inspiraient l'idéal des Grecs de l'Antiquité ; il y a puisé la conviction que le sentiment du tragique est indissociable de l'aspiration à un bonheur qu'il sait, à l'image du soleil de midi, toujours précaire.
    Son ambition était de renouer avec l'inspiration d'Eschyle pour devenir un grand dramaturge, témoin du tragique de son siècle.
    Sa vie entière fut vouée au théâtre. Plus que ses pièces, pourtant, ses romans l'ont imposé comme un écrivain majeur de son temps. Le héros de L'Étranger, condamné à mort pour avoir refusé les mensonges de la société, ceux de La Peste, engagés contre un mal né à la fois de l'absurdité de la condition humaine et des crimes du totalitarisme, ou le « juge-pénitent » de La Chute, qui désespère de lui-même afin d'enlever à ses contemporains leurs raisons d'espérer, tous témoignent de la « terrible époque ». Face à l'absurde, Camus ne voit de grandeur pour l'homme que dans la révolte.
    Mais la révolte est confisquée par des professionnels de la révolution, qui asservissent les hommes au nom de l'improbable paradis d'une société sans classes. « Mon royaume tout entier est de ce monde » : à la différence des chrétiens et des penseurs marxistes, Camus croit à l'urgence du bonheur. Contre les injustices du colonialisme, du communisme ou du franquisme, il a, en marge de son oeuvre littéraire, bâti une oeuvre de chroniqueur. Créateur de mythes, il est aussi, par sa plume, un des principaux acteurs de son temps. Au fil de sa vie se lisent les luttes en faveur de la démocratie, les querelles autour de la guerre froide et, pour finir, la tragédie de la guerre d'Algérie.

  • «L'agonie du Tibet, écrit Élisabeth Badinter dans sa préface au livre de Pierre-Antoine Donnet, ce n'est pas seulement des hommes assassinés, des nonnes et des prêtres torturés, des milliers de gens déportés dans des camps de rééducation, c'est aussi un véritable génocide culturel, linguistique et religieux. La sinisation systématique du TIbet est à moyen terme sa mort assurée. Et cela dans l'indifférence générale...».
    Tibet magique, Tibet martyr. L'une des tragédies de cette fin de siècle se joue actuellement au Pays des Neiges. Depuis son invasion par la Chine en 1950, le Tibet est asservi et colonisé. Pour rompre le silence, Tibet mort ou vif veut d'abord informer. Recueillis auprès des protagonistes tibétains aussi bien que chinois, une multitude de témoignages inédits et de documents exclusifs offrent un regard neuf sur ce choc de deux grandes civilisations dont les répercussions sont incalculables. Chef spirituel et temporel de six millions de Tibétains, le dalaï-lama, prix Nobel de la paix 1989, y exprime son parti pris de tolérance et de non-violence. Avant qu'il ne soit trop tard...

  • « Les choses les plus réelles sont celles que j'ai inventées », confiait Federico Fellini. Au cours d'une carrière riche de chefs-d'oeuvre, Les Vitelloni, La Strada, La Dolce Vita, Huit et demi, Satyricon, Amarcord, Casanova, Et vogue le navire, La Voix de la lune, Fellini a créé l'un des univers les plus fascinants du cinéma. Un monde fantastique qui n'appartient qu'à lui, où le passé, le présent et le futur, les souvenirs, le réel et l'imaginaire sont inextricablement mêlés, où la condition humaine apparaît dans toute sa force grotesque et tragique, lubrique et spirituelle. Jean A. Gili retrace le parcours de ce magicien du réel, et nous entraîne dans les arcanes de la création fellinienne. De l'écriture du scénario à la postproduction, l'aventure du film se révèle une expérience totale, préméditée et improvisée, au gré de la fantaisie du créateur. Une fête perpétuelle où l'on croise, parmi une multitude d'anonymes, des collaborateurs fidèles, Tullio Pinelli, Giuseppe Rotunno, Dante Ferretti, Nino Rota, et des visages familiers, Giulietta Masina, Marcello Mastroianni, Anita Ekberg...

  • Ce livre ne vous évitera pas les ennuis mais il vous apprendra à les affronter. Le nouveau titre de Fabrice Midal vous explique comment faire face aux difficultés. En vous proposant une morale libérée des règles écrasantes, il vous fait découvrir des solutions là où vous pensiez qu'il n'y en avait plus. Reprenez votre vie en main !

  • « Il a été, tour à tour, le supplice et l'exaltation de la Volupté, la douleur de la Vie, la terreur de la Mort avec l'Enfer ; la voix de l'Histoire, avec les Bourgeois de Calais ; le fracas de l'Élément avec Victor Hugo ; l'Humanité multiple avec Balzac », s'enthousiasme l'écrivain Octave Mirbeau. En effet, Auguste Rodin ose tout. Sa créativité, ses capacités de travail sont sans limites. Après 1900, la gloire enfin venue, l'artiste voit défiler dans son atelier du Dépôt des marbres, admirateurs et belles admiratrices, disciples et assistants. Souvent considéré comme le dernier sculpteur inscrit dans la tradition occidentale de la représentation du corps, Rodin annonce sans conteste l'art du XXe siècle par son usage de l'accidentel, du fragment et de l'assemblage.
    Spécialiste des archives de l'artiste, Hélène Pinet restitue le parcours d'un génie qui sut magnifier l'humain.

  • Petrograd, décembre 1915.
    Malévitch, l'un des chefs de file de l'avant-garde russe, expose trente-neuf oeuvres conçues dans le secret de son atelier. stupéfaction du public et même de ses camarades les plus audacieux : ce ne sont que carrés et rectangles de couleurs ! en guise de manifeste visuel, un quadrilatère noir sur fond blanc domine l'ensemble. par ce coup de force, le peintre affirme ses choix esthétiques " je me suis transfiguré dans le zéro des formes et suis allé au-delà du zéro vers la création, c'est-à-dire vers le suprématisme, vers le nouveau réalisme pictural, vers la création non figurative.
    Ainsi, après avoir exploré avec une rapidité stupéfiante tous les courants picturaux (impressionnisme, symbolisme, expressionnisme, cubisme, futurisme), malévitch vient d'inventer le suprématisme, le plus radical des mouvements abstraits du début du xxe siècle. andréi nakov restitue le parcours d'un artiste libre en quête d'absolu qui, malgré la pression politique et la censure, oeuvra sans relâche à l'élaboration d'une " peinture pure ".

  • " je sais que ma vie sera un continuel voyage sur une mer incertaine [...].
    Nous verrons ce que les six mois qui suivent apporteront, et j'ai confiance [...] " nicolas de staël a vingt-deux ans lorsqu'il écrit ces lignes depuis le maroc, où il séjourne en 1935-1936. il sait qu'il va vouer sa vie à la peinture, exclusivement. ce corps à corps passionné avec la matière, avec la couleur et la lumière, il le mènera jusqu'au vertige, jusqu'aux limites de la vie.
    Une vie jalonnée de belles amitiés, celles des peintres andré lanskoy et georges braque, celles des marchands jeanne bucher et jacques dubourg, celle du poète rené char.
    Une vie faite d'arrachement, d'orgueil, d'impatience et de ferveur émerveillée, menée dans " la conscience du possible, l'inconscience de l'impossible et le rythme libre ". des compositions des années 1940 au parc des princes, des grands nus à la magistrale série des paysages de sicile, des premières expositions parisiennes à la gloire outre atlantique, marie du bouchet retrace la vie de cette personnalité hors du commun, dont l'oeuvre s'inscrit comme un événement unique dans la peinture du xxe siècle.

  • Le 20 janvier 2009, Barack Obama est devenu le premier président noir des États-Unis. Un événement historique pour le monde entier, mais d'abord pour cette nation au lourd passé raciste. En effet, à l'abolition de l'esclavage par Lincoln en 1865 ne succède qu'un bref printemps démocratique : les lois Jim Crow imposent aux Noirs la ségrégation et la privation du droit de vote dans le Sud des États-Unis. À partir de 1915, ils migrent par millions dans les grandes villes du Nord. Naissent alors les ghettos : Harlem à New York, le South Side à Chicago où, malgré des conditions de vie très dures, la culture afro-américaine se réinvente à travers le jazz et la littérature. En 1955, une certaine Rosa Parks refuse de céder sa place à un Blanc dans un bus. L'incident met le feu aux poudres. Sous la conduite inspirée de Martin Luther King, le mouvement pour les droits civiques va gagner en dix ans le combat de l'égalité juridique. Depuis, reste à remporter la bataille contre la misère et la marginalité...
    Au rythme des violences, des luttes, des conquêtes et des espoirs vécus par les Noirs américains, Pap Ndiaye retrace un siècle et demi d'histoire des États-Unis.

  • L'anthropologie du geste...

    Marcel Jousse

    Il est des oeuvres qui travaillent souterrainement. L'Anthropologie du Geste de Marcel Jousse est du nombre. Ce champ d'étude est né de la conviction que " le péché originel, et capital, de notre civilisation de style écrit, est de se croire la Civilisation par excellence. Tout ce qui ne "rentre" pas dans sa page d'écriture est, pour elle, inexistant ". Il faut donc découvrir le grand outil " vivant ", à l'opposé de la lettre " morte ", l'outil de tous les outils : le geste humain. Chaque être humain reçoit la pression que le cosmos exerce sur lui, l'assimile et la mime spontanément selon un rythme unique qui est le sien, mais dans un répertoire stéréotypé du fait de la vie en société. La pensée et l'action sont gestuelles, en sorte que l'expression humaine, sous toutes ses formes, est organisée par la structure bilatérale du corps. S'il croit à la nécessité d'un sol où s'enracine le langage, et se situe ainsi aux antipodes d'un Bultmann ou d'un Levinas, Jousse prend le parti résolu de l'oralité et rend manifestes les sources concrètes de la connaissance. Son oeuvre, profondément originale, bouscule les catégories et irradie dans toutes les disciplines.

  • " J'ai lu De la guerre pour la première fois il y a une vingtaine d'années, puis je l'ai cité comme tout le monde.
    En 1971-1972, j'étudiais l'ensemble des écrits militaires, politiques, personnels de Clausewitz et crus constater que la pensée du plus célèbre des stratèges restait à découvrir et à comprendre ", écrit Raymond Aron en 1976. La pensée de Carl von Clausewitz retrouve ici sa dimension essentielle : être une théorie en devenir, qui jamais ne trouva sa forme définitive, puisque le général prussien, né en 1780, mourut en 1831, victime du choléra.
    Dans ce premier tome, Raymond Aron reconstruit, avec la rigueur qu'on lui connaît, le système intellectuel de celui qui voulut mettre à jour l'esprit, c'est-à-dire la nature et l'essence, de la guerre, " véritable caméléon ". Formation du système, tendances divergentes, synthèse finale, équivoque irréductible, rapport à Montesquieu, à Kant ou à Hegel - sur tous ces sujets Aron formule ses analyses qu'il confronte aux jugements des critiques allemands.

  • Le design graphique

    Alain Weill

    C'est du renouveau des arts décoratifs en europe, à l'orée du xxe siècle, qu'est né le design graphique - terme qui regroupe les arts appliqués au commerce et à l'industrie.
    Puis c'est entre moscou, berlin et amsterdam, avec pour acteurs dadaïstes et constructivistes et pour lieux de rencontre de stijl et le bauhaus, qu'est né le graphisme moderne, à base de collages, de photomontages et d'une nouvelle typographie. après la seconde guerre mondiale et l'exil de la plupart des talents européens vers les etats-unis, ce qui faisait figure d'avant-garde est adopté partout sous le nom de - style international.
    Et les agences de publicité partent à la conquête du monde... c'est à cette histoire de mise en image, des entreprises, qu'elles soient commerciales, culturelles ou institutionnelles, que nous convie alain weill, à travers toute l'europe et les etats-unis, des premiers grands affichistes à l'avènement de l'ordinateur.

  • Ce tome deuxième prend l'exacte mesure de la place de Clausewitz dans le monde d'aujourd'hui.
    Les grandes écoles d'état-major l'enseignent, Moltke comme Foch, Lénine comme Mao Zedong l'ont lu, étudié ou appliqué. Qui d'entre tous s'y montre le plus fidèle ? Clausewitz peut-il lui-même être tenu pour responsable des massacres militaires et civils de la Première Guerre mondiale ou bien pour le plus farouche procureur contre la guerre d'anéantissement menée par Hitler ? Grâce à son échec dans l'action, Clausewitz, tel Machiavel, a trouvé le loisir et la résolution d'achever au niveau de la conscience claire la théorie d'un art qu'il a imparfaitement pratiqué.
    Son héritage consiste en deux idées maîtresses: le principe d'anéantissement et la suprématie de l'intelligence politique sur l'instrument militaire. L'arme nucléaire confirme la deuxième et modifie le sens de la première.

  • L'Europe de l'an mille est marquée par un formidable renouveau économique, politique et religieux, mais reste fidèle aux traditions carolingienne et antique dans les domaines intellectuel et artistique. C'est entre 1060 et 1200 que cette transformation de la société va entraîner une renaissance de l'activité créatrice et architecturale. Les maîtres d'ouvrage laïcs et religieux conçoivent des programmes inédits et prennent toute la mesure du rôle pédagogique de l'image qui envahit alors tout l'édifice, le mobilier et les objets de culte... et s'inscrit triomphalement au portail. Pour mettre sur pied cette politique destinée à l'ensemble de l'Europe, l'appel à de grands artistes créateurs de formes est une nécessité. Totalement maîtres de leurs techniques, ceux-ci vont y apporter sensibilité et créativité, traduisant le programme des maîtres d'ouvrage avec une diversité exceptionnelle.
    De Rome à Vézelay, de Spire à Dubrovnik, de Durham à Compostelle, Alain Erlande-Brandenburg présente et analyse le défi de l'Europe romane, symbiose étroite entre les commanditaires et les créateurs.

  • L'inhabitable

    Joy Sorman

    En 2010, Joy Sorman menait une enquête de terrain sur les immeubles insalubres à Paris, en cours de réhabilitation. Elle visitait les bâtiments, interviewait les habitants, tentait de trouver le moyen de dire ces lieux qui échappent au regard. Cinq ans après, elle est y est revenue, pour savoir si l'habitable s'est substitué à l'inhabitable.
    Après Paris Gare du Nord, immersion d'une semaine dans la plus grande gare d'Europe, Joy Sorman ici observe six adresses parisiennes, comme un « biotope de béton, de pierre de taille et de zinc» au bord de l'effondrement, ou tout bouge mais tient par miracle. Une expérience aux frontières du reportage et du récit, de l'enquête et de la dérive urbaine.

  • Paul Cézanne (1839-1906) a fait de la peinture l'unique préoccupation de son existence.
    En 1863, il expose au Salon des Refusés, où le Déjeuner sur l'herbe de Manet fait scandale. Très vite, il se lie avec les impressionnistes et montre chez Nadar, en 1874, sa Maison du pendu, qui voisine avec Impression au soleil levant de Claude Monet. Mais bientôt, tandis qu'il multiplie les séjours à Aix et à l'Estaque, dans la lumière du Midi, son travail prend un tour plus personnel : l'aplatissement des plans semble enfanter un nouvel espace.
    Viennent les séries, la Sainte-Victoire, Les Baigneuses. En 1885, un jeune marchand, Ambroise Vollard, présente la première exposition personnelle de Cézanne. C'est la gloire. Dissociant nettement couleurs et dessin, Cézanne ouvre à la modernité. Mais le motif reste la source nécessaire, et le peintre y revient jusqu'aux derniers instants. Michel Hoog, spécialiste de la période, nous invite à redécouvrir cette oeuvre puissante et solitaire.
    Natures mortes aux pommes, portraits, paysages provençaux. Logique des couleurs, formes géométriques simples, rigueur des structures. La sélection de 180 documents permet de comprendre un peintre acharné à « réaliser ses sensations ».

  • Rassembler autour d'un idéal spirituel et d'un besoin de solidarité, en dehors de l'eglise et des corps constitués, dans le secret et la liberté de la loge, tel est le projet maçonnique.
    Née au xviiie siècle en angleterre, la free masonry a essaimé en france puis en europe. teintée d'ésotérisme, spiritualiste, ou au contraire athée, cette fraternité discrète a connu en trois siècles des persécutions, des schismes, mais aussi, dans son combat pour la liberté et le progrès social, ses heures de gloire. l'institution des origines est aujourd'hui morcelée en de multiples obédiences. luc nefontaine restitue l'épaisseur historique et la complexité d'un mouvement de pensée mal connu qui, au-delà du goût du secret et du symbolisme dont il est empreint trace la voie d'une certaine forme d'humanisme et d'altruisme.

  • 2 août 1914 : les puissances européennes entrent en guerre. Par le jeu des alliances, le conflit se transforme en affrontement mondial. La guerre est totale : non seulement militaire, mais aussi économique et culturelle. Sur les fronts, bientôt stabilisés, s'installent les tranchées, qui mèneront les armées aux extrêmes limites de l'épuisement. A l'arrière, tous participent à l'effort, armant ou nourrissant les combattants.
    Le 11 novembre 1918, l'armistice est signé à Rethondes. Suivent les traités qui imposent réparations aux vaincus et démantèlent les empires. La paix, certes, mais l'effroyable bilan : près de 10 millions de morts, 30 à 40 millions de blessés. Et combien d'orphelins, de veuves, de mutilés ? Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker éclairent d'un jour nouveau les années 1914-1918, qui, en ébranlant le monde, ont orienté dans un sens infiniment tragique le destin du XXe siècle.

  • Un appel déclenchant "l'insurrection de la bonté". En 1949, il avait créé la première communauté Emmaüs à Neuilly-Plaisance. Pendant plus de cinquante ans, l'abbé Pierre combattra avec une force de conviction hors du commun la grande pauvreté, le mal- logement et le surendettement.
    Emmaüs devient l'une des plus grandes organisations non-gouvernementales en France et se développe à l'international. Martin Hirsch et Laurent Desmard retracent une vie d'engagements et brossent le portrait d'un homme de foi qui, jusqu'à sa mort en 2007, a agi et dénoncé sans relâche, mettant sa popularité au service des plus souffrants".

  • «Empêcher un jeune homme d'aller où l'appellent ses passions est presque impossible», écrit Pissarro. En 1855, à l'âge de vingt-cinq ans, il quitte définitivement son île natale des Antilles danoises pour se consacrer à sa vocation artistique. Précurseur du mouvement impressionniste, il participe activement à l'organisation de sa première exposition en 1874, avec Monet, Sisley ou Degas... et sera présent aux huit expositions du groupe. D'esprit ouvert, charismatique, pédagogue-né, il sera choisi comme professeur par Cézanne, Gauguin et Van Gogh. Infatigable travailleur en perpétuelle recherche de nouveautés picturales, Pissarro adhère brièvement au mouvement néo-impressionniste. Peintre des paysages agrestes du Vexin et de la Normandie, il se passionne à la fin de sa vie pour les vues urbaines. Claire Durand-Ruel Snollaerts restitue la personnalité rayonnante et le riche parcours du père des impressionnistes.

  • Depuis Hérodote, les voyageurs anciens avaient été frappés par ce pays étrange qui « ne faisait rien comme les autres » et conservait à ses morts l'apparence de la vie. Grâce à leurs témoignages et à celui des Arabes, l'Occident a toujours su que l'Égypte ancienne était le pays des momies. Aujourd'hui, on connaît l'essentiel du processus de la momification, une dessiccation des corps obtenue en partie grâce au climat sec de l'Égypte, mais aussi par l'enlèvement des viscères, l'utilisation du natron et le bandelettage. De même, on sait quels rituels accompagnaient la préparation du cadavre, quel personnel en était chargé. Quant au pourquoi de la momification, il est lié à la religion égyptienne, pour laquelle elle constitue la garantie de l'immortalité, la possibilité d'une nouvelle vie.
    Françoise Dunand et Roger Lichtenberg, qui travaillent depuis trente ans sur les pratiques funéraires égyptiennes, font le point sur la connaissance historique des momies, et y ajoutent une dimension scientifique, s'appuyant sur les récentes analyses radiographiques ou génétiques des corps.

  • Avec l'arrivée de l'Instamatic Kodak et du Polaroïd dans les années 1960, la photographie passe aux mains des amateurs. Dans le même temps, la photographie de presse, face au règne croissant de la télévision et aux contraintes du droit à l'image, redéfinit ses règles de diffusion: de nouvelles agences sont créées, un nouveau type de reportage d' " auteur " apparaît. Les artistes, eux, s'emparent de la photographie pour en faire une pratique " anti-artistique " majeure, qui se voit conférer une valeur marchande sans précédent. Avec la création de musées et de grandes biennales dédiés à la photographie, celle-ci s'inscrit définitivement dans l'histoire de l'art. En analysant les enjeux esthétiques et sociaux de la photographie, Quentin Bajac retrace avec brio 50 ans de pratiques, jusqu'à la révolution numérique. En ce XXIe siècle saturé d'images, il pose la question de l'autorité du médium: la photographie dit-elle encore le réel?

  • 1869 : lorsque naît Gandhi, son pays s'appelle encore les Indes, fleuron de l'Empire britannique et joyau de la reine Victoria. Quand il meurt assassiné le 30 janvier 1948, l'Inde est devenue libre. C'est son oeuvre, l'oeuvre d'une longue vie athlétique. Ce petit homme maigre souleva d'abord les Indiens d'Afrique du Sud, puis l'Inde entière, avec des moyens nus, des actions simples. Ni saint, ni guru, ni prophète, Gandhi pour son peuple fut d'abord « Mahatma », Grande Âme, puis « Bapu », Grand-Père. Aujourd'hui, on l'appelle le « Père de la Nation ». L'histoire ne connaît pas d'autre exemple de libérateur d'un peuple qui ait su, comme lui, gagner la liberté par la désobéissance civile, qu'il appelait, lui, la « force de la vérité ». Sans aucune violence, jamais.

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