• Dans les années 30, sept opposants au nazisme s'enfuient d'un camp. Un formidable appareil policier est mis en branle pour les retrouver et sept croix sont dressées. Aidés par la solidarité ouvrière ou bien trahis par des voisins ou des inconnus, combien des fugitifs seront capturés ?

    Dans ce roman de l'Allemagne nazie écrit pendant son exil en France, Anna Seghers dresse une fresque polyphonique et dépeint une société dans laquelle le national-socialisme et la montée du totalitarisme révèlent en chacun les aspects profonds de son être : héroïsme insoupçonné de l'un, lâcheté d'un autre, ou simple peur existentielle et fragilité face à un système conçu pour broyer toute résistance visant non seulement l'individu mais sa famille, ses proches.

    Anna Seghers, qui, pour écrire son récit, a longuement écouté et recueilli les témoignages d'exilés, trace le portrait d'une humanité proche de nous : « Nous avons tous ressenti comment les événements extérieurs peuvent changer l'âme d'un être humain, de manière profonde et terrible. Mais nous avons également ressenti qu'au plus profond de nous il y avait aussi quelque chose d'insaisissable et d'inviolable. » Ce roman, publié pour la première fois aux États-Unis en 1942, a connu un immense succès international : il a même été envoyé aux soldats américains partis libérer l'Europe.

  • Cette histoire écrite au mexique en 1943 reprend le thème principal de la septième croix : le comportement de l'allemand moyen sous le nazisme.
    Mais ce qui en fait l'irremplaçable qualité, c'est sa tonalité dominante, qui est celle de l'élégie. c'est un requiem aux amis écrasés, aux parents, à la propre jeunesse d'anna seghers, partie mélancoliquement à la recherche du temps perdu...

    Ces quinze jeunes filles en fleur ont succombé à la tragédie allemande : déportations, suicides, bombardements, tortures, leni, marianne, nora, gerda, else, elli, sophie, lotte...toutes disparues sans retour.
    La méthode narrative donne une force beaucoup plus impressionnante au drame : le récit couvre simultanément deux époques, qui entrent sans cesse en collision. l'idylle du passé, à peine éclose, est impitoyablement piétinée par la brutalité du présent. davantage encore : l'idylle est obscurcie dès sa naissance, car l'ombre du destin ultérieur s'appesantit sur elle. les élans sincères, les sentiments délicats de l'adolescence sont démentis et ravagés par les lâchetés, les compromissions et les cruautés de l'âge mûr.

  • Années 1950, à bord du cargo qui les ramène en Europe, Franz Hammer, mécanicien allemand fait la connaissance d'un compatriote, Ernst Triebel, jeune médecin venu assister à un congrès. Au cours de cette traversée, Ernst Triebel se raconte.
    Encore enfant, il a émigré au Brésil, dans les années 1930, quand ses parents ont fui l'Allemagne. À Rio, il se lie avec une autre enfant d'origine allemande, Maria Luisa. Leur amitié s'enracine, sans que les jeunes gens, réalisent vraiment qu'elle se transforme en amour. La guerre terminée, le père de Triebel décide de retourner en Allemagne. Son pays dévasté a besoin de forces intactes. Il persuade son fils de l'accompagner. Maria Luisa, elle, reste à Rio. Mais l'histoire de cet amour, ardent, magnétique et peut-être funeste, ne s'arrête pas là...

  • Marseille, 1940. Déserteurs, juifs, opposants pourchassés par la Wehrmacht, tous sont acculés sur les rivages de la Méditerranée, en attente d'un embarquement vers la liberté. Le héros de Transit est lui aussi pris dans cette véritable souricière, soumis à l'absurdité administrative et au pouvoir abusif des passeurs. Dans cette terrible atmosphère, il usurpe alors l'identité de Paul Weidel, romancier, et rencontre Marie, en quête désespérée de l'homme qu'elle aime...

    Dans ce roman à haute portée politique et existentielle, Anna Seghers explore les tourments de l'exil avec une acuité extraordinaire.

  • Quand lui arrivent les informations sur les journées de février 1934 en Autriche, Anna Seghers habite la banlieue parisienne.
    Elle a quitté l'Allemagne au lendemain de l'incendie du Reichstag. L'émigration ne signifie pas pour elle le refuge dans une tour d'ivoire mais une possibilité de continuer, par la littérature, à combattre. Ce livre donne l'impression d'une caméra qui se déplace sur les lieux mêmes des événements. Anna Seghers rapporte, sans presque jamais les habiller de commentaires, les propos ou conversations des individus rencontrés.
    Ici, aucune mise en scène des faits, de ce qui les précède et peut les expliquer. La plongée est immédiate. Influencée par le cinéma, cette technique narrative, bien qu'utilisée déjà par Alfred Döblin ainsi que par John Dos Passos, ne manque pas d'originalité pour un type de récit que son auteur veut politique. Anna Seghers a retracé avec une imagination, une ardeur et une rapidité stupéfiantes la dernière des phases à la fois glorieuses et désespérantes des luttes du mouvement ouvrier dans l'Europe du XXe siècle.
    Pilonné par la police de Daladier dans le cadre des opérations de police visant à détruire les organisations du PCF, ce livre est longtemps resté introuvable. Le voilà à nouveau édité, enrichi d'une préface de Lionel Richard et d'un hommage à la traductrice du roman, Jeanne Stem, par Pierre Radvanyi.

  • Trois histoires pour trois femmes qui vivent chacune une forme d'oppressions différentes et luttent de manières différentes.

  • La fin

    Anna Seghers

    "L'image de ce Zillich le poursuivait, tel qu'il l'avait aperçu la dernière fois, ce matin-là, dans sa ferme, et tel qu'il l'avait vu il y avait plus d'un an, jambes écartées, avec sa chemise brune et ses yeux d'oiseau, aigus et indifférents, qui fixaient le visage torturé du prisonnier : et il l'imaginait maintenant marchant sur une grande route, ou assis dans une auberge, ou debout dans la poussière d'un chantier, un homme parmi tant d'autres, impuni, dépouillé de son passé, sans le signe de Caïn." Zillich, un ancien Kapo de camp de concentration, est un jour reconnu par l'une de ses victimes. Devant le danger imminent que représente cette rencontre, il s'enfuit au hasard, obsédé par ce regard qui s'est posé un instant sur lui. Pendant que le déporté lance un avis de recherche contre lui, il erre, travaille comme manoeuvre, cache son identité. Mais au fait, qui est-il vraiment : le maître d'hier, ou la bête monstrueuse que l'on traque ? À travers un récit court et percutant, Anna Seghers (1900-1983) pose dramatiquement la question centrale de l'après 1945 en Allemagne : peut-on se purifier du nazisme ?

  • Au coeur du roman, trois lieux chargés d'une résonance symbolique : un berlin quotidien et populaire, la rhénanie conquérante des grands trusts et, à l'est, les frontières disputées de l'empire.
    Tout l'espace territorial de la " germanité " culturelle et politique où se croisent, de 1919 à 1945, les destins de familles emblématiques de la société allemande.
    Derrière cette saga familiale, cette grande fresque - inspirée de guerre et paix - se pose la question qui n'a cessé de hanter l'allemagne depuis la guerre : comment cela a-t-il pu arriver ? pourquoi ce peuple, pourquoi ce destin d'exception dont thomas mann a cerné, dans un docteur faust paru la même année, que les morts restent jeunes (1949), la tragique exemplarité.
    Que la " catastrophe allemande " n'ait pas brutalement fait irruption dans l'histoire, qu'elle résulte au contraire d'une évolution et d'une logique " interprétables " - de l'écrasement de la révolution spartakiste en janvier 1919 à la débâcle de 1945 - tel est le postulat qui rapproche, malgré leurs divergences politiques et intellectuelles, thomas mann et anna seghers.
    A l'heure de la réunification allemande, la vision d'anna seghers, témoin capital du siècle, la force de son récit épique et la puissance d'évocation de ses personnages, nous confrontent aux permanentes ambiguïtés de l'identité allemande.

  • Au coeur du roman, trois lieux chargés d'une résonance symbolique : un berlin quotidien et populaire, la rhénanie conquérante des grands trusts et, à l'est, les frontières disputées de l'empire.
    Tout l'espace territorial de la " germanité " culturelle et politique où se croisent, de 1919 à 1945, les destins de familles emblématiques de la société allemande.

    Derrière cette saga familiale, cette grande fresque - inspirée de guerre et paix - se pose la question qui n'a cessé de hanter l'allemagne depuis la guerre : comment cela a-t-il pu arriver ? pourquoi ce peuple, pourquoi ce destin d'exception dont thomas mann a cerné, dans son docteur faust paru la même année que les morts restent jeunes (1949), la tragique exemplarité ?

    Que la " catastrophe allemande " n'ait pas brutalement fait irruption dans l'histoire, qu'elle résulte au contraire d'une évolution et d'une logique " interprétables " de l'écrasement de la révolution spartakiste en janvier 1919 à la débâcle de 1945 - tel est le postulat qui rapproche, malgré leurs divergences politiques et intellectuelles, thomas mann et anna seghers.

    A l'heure de la réunification allemande, la vision d'anna seghers, témoin capital du siècle, la force de son récit épique et la puissance d'évocation de ses personnages, nous confrontent aux permanentes ambiguïtés de l'identité allemande.

  • Ce bleu, exactement

    Anna Seghers

    " il tenait à son bleu comme si ce bleu était son destin.
    Et sans doute était-ce bien son destin.
    Il fallait qu'il parvienne à en dénicher. on finit toujours par trouver ce qui vous appartient. " un potier mexicain, fier de son inimitable vaisselle bleue, la vend semaine après semaine sur le marché de mexico, à une clientèle qui sait l'apprécier. ne trouvant plus chez son fournisseur habituel " ce bleu, exactement " pour des raisons qui lui semblent lointaines - en quoi la guerre en europe peut-elle le concerner ? -, il se lancera à sa recherche.
    La quête dans laquelle il s'engage alors bouleverse sa vie bien réglée et l'entraîne loin de son village, de sa famille et du marché de la capitale.

    Le héros de cette fable moderne possède ce qu'anna seghers appelle la " force des faibles ", cette capacité insoupçonnée de résister au malheur, à l'adversité, qui fonde la dignité humaine. grâce à elle, il agit d'instinct et triomphe une à une de toutes les épreuves, acquérant ainsi une expérience du monde qui lui permettra désormais de comprendre l'autre, d'échapper à la " force des choses ".

  • Jans va mourir

    Anna Seghers

    "soudain jans se mit à pleurer.
    Sans raison concrète, il sanglota et enfouit sa figure dans la jupe de marie. jansen avait ôté les mains de son visage et tambourinait des doigts sur la table. les sanglots entrecoupés de jans faisaient tressaillir son propre visage, et les faibles gémissements dont ils étaient suivis se propageaient dans tout son corps. marie jeta un coup d'oeil méprisant à ce martin qui tambourinait du bout des doigts sur la table, enveloppa l'enfant dans les plis de sa jupe et le berça de-ci de-là jusqu'à ce que ses pleurs cessent.
    Jans aurait aimé continuer à pleurer encore, cela faisait tant de bien d'évacuer ainsi tout l'ennui de cette journée morose et gâchée, mais sa tête se mit à lui faire mal, ce que ne compensa pas le bonheur de pleurer."

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