Manucius

  • La pensée de Nietzsche s'expose comme la transposition philosophique et littéraire de son expérience du monde et de lui-même, à laquelle il donne le nom de « Gai Savoir ». Derrière le mot d'ordre se cache une méthode rigoureuse et minutieuse, qui au-delà de toute recette, nous montre comment il revient à chacun d'entre nous d'appréhender notre vie et notre pensée en comprenant en quel sens elles dépendent l'une de l'autre. Le livre IV du Gai Savoir, « Sanctus Januarius », est une véritable méditation sur la manière dont la philosophie nous permet d'accéder à une maîtrise de soi d'un type nouveau : en comprenant comment le philosophe allemand conçoit « gaiement la gaieté », le lecteur est appelé lui-même à prolonger la perspective de Nietzsche pour lui-même.

  • Si l'on connaît l'importance de la diète dans les éthiques grecques, les considérations gastronomiques des modernes paraissent souvent plus dérisoires. Le cas de Nietzsche est exemplaire à cet égard, on lit avec sourire ses propos diététiques. On aurait pourtant tort de s'y méprendre: le registre gastroentérologique est chez lui au centre de ses préoccupations quotidiennes et philosophique. Et il s'agit de penser ces deux pans de la personnalité du philosophe pour prendre la mesure de la profondeur conceptuelle que dissimulent ses propos de table. Le registre culinaire et diététique chez Nietzsche n'a pas vocation à être simplement édifiant mais sert de levier métonymique pour penser la nature et le devenir de la civilisation dans son ensemble.

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