Cyrill Audebert

  • La pie pencha la tête de côté et regarda la chose s'éloigner à travers la végétation dense du sous-bois. Si le froissement des broussailles indiquait que l'étrange apparition s'enfonçait bien dans une direction opposée à la sienne, elle patienta malgré tout encore un instant. Rassurée par le calme retrouvé, elle s'approcha en sautillant.

    Arrivée à moins de deux mètres du corps inanimé, la pie émit un léger grincement et fit un bond en arrière. Rien. Pas un mouvement. Il lui sembla qu'elle n'aurait aucune résistance à attendre de ce mets de choix. Elle s'avança prudemment, plongea son bec dans les viscères du cadavre étalés sur le sol pour s'emparer d'un morceau encore chaud. Aussitôt elle projeta sa tête en arrière pour faciliter le passage de la viande dans son gosier.

    Elle savait n'avoir que peu de temps avant que les autres charognards ne viennent lui disputer le corps déchiqueté de la femme.

  • "Jusqu'à ce jour, j'avais une idée assez précise de ce que pouvait être le bonheur : un appart dans un quartier chic, des toiles vendues à prix d'or avant même d'avoir été peintes, et Mélodie... Mélodie, le modèle que je rêvais depuis toujours de serrer dans mes bras, et qui venait de me rouler la pelle de ma vie.

    Ouais, c'était sûrement ça, le bonheur.

    Y avait bien cette « Ombre » au tableau, celle qui avait entrepris de nettoyer la ville de ses clochards d'origine maghrébine, mais c'était tellement loin d'ici, dans les rues sombres.

    Et puis, ce matin-là, en rentrant, j'ai trouvé cet attroupement devant mon immeuble, et tous ces flics chez moi, à l'étage. C'est là que le cauchemar a commencé, et que les souvenirs de ma vie d'avant ont refait surface.

    Et si l'assassin, c'était tout simplement moi, David Huxley."

  • "On a beau se dire qu'on n'a pas raté sa vie, qu'en fin de compte elle n'est pas si mal remplie, la garce, se dire qu'avec cette gueule faut pas rêver non plus, que si les mômes nous jettent pas des pierres, c'est déjà bien. On a beau se dire ça, y a quand même des journées plus raides que d'autres. Des qu'auraient pu être belles. Ou au moins pas trop désagréables. Et puis non : tout va de travers. Même l'autre là, dans le poste, qui s'en mêle. Sûr qu'il sort ses albums rien que pour m'emmerder, ce con. Pour que je rentre complètement désespéré. Pour que cette fois encore je pousse la porte de l'appartement en regrettant de ne pas avoir le gaz."

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