• Quand on demande aux auteurs des Ghettos du Gotha ce qu'ils entendent par là, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot répondent qu'il s'agit d'un internement de riches choisi - et non subi. Procédant davantage par création ex nihilo que par reconstruction sur tabula rasa, cette dynamique spatiale débute avec la « société de cour » mais se systématise sous le Second Empire, avec des lieux comme Arcachon, Biarritz, Vichy ou Deauville. Dans son essai, Boris Veblen tente, à travers le storytelling de l'industrie du luxe, des palaces ou de l'art contemporain, de percevoir la résurgence BCBG de ces quasi gated communities. Dans la France de Nicolas Sarkozy comme dans la mondialisation victorieuse des BRIC.

  • Avec un demi-milliard d'euros d'investissement et le choix très select des architectes japonais Sanaa (Pritzker Prize 2010) - déjà auteurs des magasins Christian Dior à Tokyo (2001-2003) -, LVMH aura beaucoup investi à la Samaritaine ! Pourtant, l'essentiel n'est pas là. Initialement parti pour ne devenir qu'un petit " Vuitton City " faisant face au siège du malletier, l'opération repose désormais sur un cobranding réajusté. Avec la complicité d'Édouard François - déjà auteur de l'hôtel Fouquet's Barrière avenue George V -, LVMH Hotel Management entend convertir le vaisseau-amiral Art Déco du grand magasin d'Ernest Cognacq en " plus bel hôtel urbain du monde ". Mais d'un art déco l'autre, que signifie ce type de reconversion patrimoniale à l'âge du " capitalisme artiste " ?

  • Les princes du désert MBS : Jean Nouvel et le mirage d'al-ula (B2-95) Nouv.

    « Vision 2030 » parviendra-t-elle à ses fins ? À déchiffrer les annonces de Mohammed Ben Salmane et le projet-pilote Sharaan de Jean Nouvel (à livrer en 2024), rien n'est moins sûr. Pourtant le charme aurait pu agir : le slogan affublé au site nabatéen d'Al-Ula, « Shaped by History, curated by Nature, designed by Jean Nouvel », est d'abord le motto de MBS pour tout le néo-Royaume. Faire-valoir du futur paysage domestique saoudien, cette cocagne éco-touristique préfigure en réalité, face à l'Iran des mollahs et de l'atome, l'ambition post-pétrolière et géo-stratégique que le Prince héritier étendrait à Neom - et donc au plan de paix israélo-américain et à toute la région arabo-persique. Mais réalité et fiction n'y ont-elles pas déjà hypothéqué leur cercle magique ?

  • Face à Trouville - sa rivale de toujours - Deauville est d'abord une spéculation balnéaire du Second Empire, allotie sur un terrain plat et sur un plan quadrillé. Mais elle est ensuite un jardin des modes, un lieu d'apparat et d'exhibition où aiment à parader belles de jour et nouveaux riches. En s'en faisant les promoteurs, c'est ce que comprendront quelques hommes d'affaires avisés. Là où la verve de Michel Georges-Michel déploie les chroniques mondaines du Traité de Versailles à la Crise de 1929, Boris Veblen en restitue la perspective du duc de Morny à nos jours, tandis que Paul Smith nous en dévoile certains codes du " charme discret " ou des " signes extérieurs de richesse " à travers l'automobile et l'architecture de Georges Wybo...

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