Descartes & Cie

  • Renaître de la grande crise impose de la comprendre, et la comprendre d'aller à ses racines, qui sont profondes.
    Entre la chute du mur de Berlin et celle de la banque Lehman Brothers, ce n'est pas à la fin de l'histoire que nous avons assisté, mais à sa dramatique accélération. Le modèle occidental de démocratie de marché, au lieu de finalement s'imposer, a perdu son équilibre et ses vertus. En mutant en société de marché financier, il a mis à mal les concepts mêmes sur lesquels les philosophes des Lumières l'avaient bâti et s'est échappé de la loi commune dans laquelle les Nations avaient voulu l'inscrire.
    Alors qu'ici la pensée libérale est dans l'impasse, un nouvel ordre mercantile s'affirme, dont nous ne sommes plus le centre, qui tire la leçon de nos excès et de nos échecs, et se renforce de la perspective d'un monde fini. A nous, vieille Europe, de prendre une place dans ce nouvel ordre avec réalisme et de le modeler avec ambition en construisant un projet commun puissant, démocratique et ouvert aux autres.

  • En trente ans, les frontières physiques, morales et idéologiques, dans lesquelles l'intelligence de l'homme avait placé l'argent pour en faire un serviteur du progrès et un bon compagnon de route de la démocratie, ont volé en éclats.
    La liquidité a cessé d'être un moyen pour devenir une religion. La cupidité, naguère vice individuel contrôlable et compatible avec l'utilité commune, est devenue un système. La crise que nous traversons est beaucoup plus qu'une crise financière, économique et sociale, aussi grave soit-elle : c'est une rupture politique qui sanctionne le passage de l'ère de l'argent socialisé et dispersé, à celle de l'argent privatisé et concentré.
    Ce n'est donc pas seulement contre la dépression immédiate qu'il faut lutter, mais aussi contre le risque d'effritement démocratique et de montée des oligarchies qui se dissimule derrière elle. L'ordre de l'argent maîtrisé, compatible avec la liberté et la justice, est à rebâtir.

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