Le Temps Qu'il Fait

  • Ce volume réuni deux textes parus à Alger en 2002. L'un est un essai géographique et historique où Charles-Henri Favrod, nourri de ses nombreux voyages, sait aussi donner son sentiment du désert. L'autre est le récit du voyage qu'il fit au Yémen en 1955, pays jusqu'alors interdit aux étrangers.

  • Charles-Henri Favrod analyse ici comment la photographie - à laquelle il a consacré une grande partie de sa vie - a changé notre manière de voir et de communiquer, ce qu'elle a induit pour les autres formes artistiques comme la peinture. Vient ensuite une série de chroniques sur une trentaine de photographes de Felice Beato (1850) à Jeanne Chevalier en passant par Henri Cartier-Bresson, Man Ray ou Alvarez Bravo.

    " Dès l'origine, personne ne conteste à la photographie le changement fondamental qu'elle apporte dans la manière de juger des apparences. Désormais, on ne va plus comparer les images à la réalité, mais voir dans quelle mesure celle-ci se montre conforme aux photographies qu'on fait d'elle. En 1901, Émile Zola va même jusqu'à dire : "On ne peut prétendre avoir vu réellement quelque chose avant de l'avoir photographié". Et, un demi-siècle plus tard, la jeune photographie américaine va affirmer que les choses prennent un aspect différent quand elles sont photographiées. Susan Sontag aura cette conclusion catégorique : "Photographier quelque chose, c'est lui conférer de l'importance". Humboldt, premier spectateur, le dit déjà en fait, en décembre 1838. {...}
    {...} Il ne s'agit pas du tout de faire ici l'histoire du nouveau procédé, mais bien de montrer qu'au moment où s'opère la grande mutation des temps modernes, ses auteurs sont tous conscients des possibilités qu'offre la photographie, si ce n'est des conséquences qu'elle va entraîner. Peut-être pressentent-ils déjà que le monde ne sera plus jamais le même, tandis que commence sa duplication systématique, son décryptage. La photographie noue les civilisations entre elles comme elle relie le futur au passé. Elle fait de nous les hommes d'une même planète et nous vaut un destin commun, en même temps qu'elle nous dote d'un langage partagé et aussitôt intelligible. Tout de suite, on s'éloigne de l'écriture, qui a constitué jusqu'alors le seul système d'enregistrement de l'information. La photographie devient le premier langage universellement compris depuis la tentative avortée de Babel. "

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