• Les Tahitiennes sont fières de montrer leur gorge, d'exciter les désirs, de provoquer les hommes à l'amour. Elles s'offrent sans fausse pudeur aux marins européens qui débarquent d'un long périple. Dans les marges du récit que Bougainville a donné de son voyage, Diderot imagine une société en paix avec la nature, en accord avec elle-même. Mais l'arrivée des Européens avec leurs maladies physiques et surtout morales ne signifie-t-elle pas la fin de cette vie heureuse ? Entre l'information fournie par Bougainville et l'invention, Diderot fait dialoguer deux mondes, mais il fait surtout dialoguer l'Europe avec elle-même. Il nous force à nous interroger sur notre morale sexuelle, sur nos principes de vie, sur le colonialisme sous toutes ses formes. Il nous invite à rêver avec lui à un paradis d'amours impudiques et innocentes. La petite île polynésienne ne représente-t-elle pas la résistance à toutes les normalisations ?

  • « Jacques : Je ne sais si je la violai, mais je sais bien que je ne lui fis pas de mal, et qu'elle ne m'en fit point. D'abord en détournant sa bouche de mes baisers, elle l'approcha de mon oreille et me dit tout bas : "Non, non, Jacques, non..." À ce mot, je fais semblant de sortir du lit, et de m'avancer vers l'escalier. Elle me retint et me dit encore à l'oreille : "Je ne vous aurais jamais cru si méchant... mais du moins, promettez-moi, jurez-moi...
    - Quoi oe
    - Que Bigre n'en saura rien."
    Le maître : Tu promis, tu juras, et tout alla fort bien.
    Jacques : Et puis très bien encore.
    Le maître : Et puis encore très bien oe
    Jacques : C'est précisément comme si vous y aviez été. »

  • En 1763, la corporation des libraires passe commande auprès de Denis Diderot d'une lettre qui sera adressée à la fin de cette même année au lieutenant général de police (actuel ministre de l'Intérieur), Monsieur de Sartine. À cette époque, le droit d'auteur n'existe pas. Les privilèges (autorisation de publier délivrée par les services du roi) sont remis aux libraires, qui sont aussi éditeurs, sans prendre en compte les auteurs.
    Dans cette lettre, Denis Diderot se fait autant l'opposant des corporations en général que le défenseur des privilèges des libraires en matière d'édition. On y retrouve aussi la question de la contrefaçon, de la concurrence déloyale ou encore des conditions de l'exercice du métier de libraire et d'éditeur.
    Il y expose également des idées novatrices sur le droit d'auteur et la diffusion des oeuvres tout en faisant preuve d'une grande ingéniosité rhétorique.
    S'il fait croire à son lecteur qu'il épouse les idées de Sartine, c'est pour mieux développer, et valoriser, ses arguments à la suite.

  • L'Histoire de Mme de La Pommeraye - l'épisode le plus célèbre de Jacques le Fataliste et son maître (1796) - est un magnifique conte cruel. C'est le récit de la vengeance d'une femme trahie, qui fait cruellement payer à son amant libertin son désamour, en lui jetant comme appât une jeune prostituée dont il tombe malgré lui éperdument amoureux. Mais dans ce terrible jeu de manipulation, personne n'est vraiment celui qu'il semble être...
    Défense et illustration de la liberté des femmes à se faire justice elles-mêmes, plaidoyer en faveur de leur émancipation, ce texte est aussi le superbe portrait d'une femme indépendante.

  • La religieuse

    Denis Diderot

    " chère mère, lui dis-je, qu'avez-vous ? vous pleurez ; que je suis fâchée de vous avoir entretenue de mes peines !...
    A l'instant, elle ferma ma porte, elle éteignit sa bougie et elle se précipita sur moi. elle me tenait embrassée ; elle était couchée sur ma couverture à côté de moi.
    - chère mère, lui dis-je, qu'avez-vous ? est-ce que vous vous trouvez mal ? que faut-il que je fasse ?
    - je tremble, me dit-elle, je frissonne ; un froid mortel s'est répandu sur moi.
    - voulez-vous que je me lève et que je vous cède mon lit ?
    - non, me dit-elle, il ne serait pas nécessaire que vous vous levassiez ; écartez seulement un peu la couverture, que je m'approche de vous ; que je me réchauffe et que je guérisse.

  • En plus de deux petits chefs-d'oeuvre comme «Regrets sur ma vieille robe de chambre» et la «Satire première», le présent choix de texte s'emploie à montrer les différentes faces d'un génie singulier. Une série d'articles pour l'«Encyclopédie,» où Diderot fit son apprentissage, témoigne de sa capacité à traiter de sujets variés avec beaucoup de verve. Des extraits de ses «Mémoires pour Catherine II» révèlent un grand planificateur intéressé par l'aménagement de la ville. Enfin des textes tirés des «Éléments de physiologie», son dernier ouvrage testamentaire, nous rappellent que Diderot se passionna sa vie durant pour la médecine qui le familiarisa avec l'idée de la discontinuité fondamentale de l'être humain.

  • Ce dialogue, qui est presque un roman, Diderot l'écrit au sommet de son art, à près de soixante ans, et le revoit encore dix ans plus tard.
    Il met aux prises deux personnages seulement, " Moi ", et le Neveu. Ce personnage se dédouble sans cesse : qu'est-ce qu'un homme qui prétend ne pas avoir de conscience, ne pas avoir d'unité, mais qui a en même temps une sensibilité esthétique, celle d'un musicien averti ? Diderot mêle la grosse plaisanterie, les motifs et les sujets les plus divers, la lutte contre les adversaires des philosophes, dans cette mise en scène d'une conversation sans fin.
    Le Neveu pose des questions importantes, et soudain, pour notre amusement, l'argumentation déraille. " Moi " est fasciné par ce bouffon sublime. Ainsi va cet enchaînement de numéros, de pantomimes, cette fausse pièce, ce faux roman, où l'auteur a mis, sous une allure burlesque, toute sa vie, tout son coeur et tout son esprit.

  • En 1785, Schiller publiait sous le titre Exemple singulier de la vengeance d'une femme une traduction allemande de l'histoire de Madame de La Pommeraye, tirée de Jacques le Fataliste.
    Il appréciait " l'audacieuse nouveauté de l'intrigue, l'indéniable vérité de la peinture, l'élégance sans apprêt de la description ". Création originale de Diderot, cette figure de femme est assez grande pour qu'on fasse de son nom un titre. Elle a d'ailleurs inspiré à Robert Bresson son film Les Dames du bois de Boulogne. Elle est précédée ici de l'histoire, tout aussi singulière, de Madame de La Carlière.
    Voici donc deux histoires de femmes qui rêvaient d'une absolue fidélité et qui réagissent violemment après avoir été délaissées ou trompées comment les jugera-t-on ?

  • Deux courts essais et deux contes philosophiques où se déploie tout le talent du philosophe, observateur amusé et avisé des moeurs de son époque.

  • Un conte philosophique de Diderot, suivi d'une anthologie sur le thème de la nature humaine.Un " petit classique numérique " pour les lycéens.Le texte de DiderotDans un récit attribué au navigateur Bougainville (et qui constituerait un supplément à son Voyage autour du monde), un vieux Tahitien dénonce les moeurs et les lois que les Européens prétendent leur imposer et loue la sagesse de son peuple qui vit libre et heureux.Les propos du " bon usage " permettent à Diderot de se livrer à une sévère critique de la société européenne et de s'interroger sur les lois qui doivent gouverner les hommes.... et autres textes sur le thème de la nature humaineL'anthologie, qui fait suite au récit, met en perspective la réflexion de Diderot sur la nature humaine à travers des textes des Lumières et d'autres époques.Avec un dossier critiqueComprenant toutes les ressources utiles au lycéen pour étudier l'oeuvre :- des repères historiques et biographiques ;- des fiches sur les principaux axes de lecture de l'oeuvre ;- deux groupements de textes thématiques ;- des documents iconographiques en couleurs et des lectures d'images ;- des sujets de type bac pour l'écrit et pour l'oral.Et un guide pédagogiqueSur la page www.classique-et-cie.com. En accès gratuit pour les enseignants, il propose une séquence de cours sur l'oeuvre et les corrigés des sujets de type bac. 

  • Le Paradoxe sur le comédien est l'un des dialogues les plus célèbres - et les plus controversés - de Denis Diderot (1713-1784). Prenant à rebours l'idée d'une "sensibilité" particulière des comédiens, il y soutient que l'acteur doit maîtriser avec sang-froid tous les éléments de son jeu. Loin de ressentir les passions du personnage qu'il incarne, il crée une sorte de double idéal : "Un mannequin l'enveloppe."Diderot élargit le propos à la morale (une émotion ne se communique aux autres que si nous la "jouons"), à la politique (les rois et les magistrats doivent sacrifier à une mise en scène pour convaincre), à l'esthétique (la vraisemblance procède de la réalité, mais en s'opposant à elle), à la philosophie du langage (les mots sont par eux-mêmes ambigus, et le sens leur est donné par les gestes dont on les accompagne).

  • L'oeuvre de Diderot échappe aux catégories habituelles. Elle se développe dans un temps où les genres littéraires sont en crise. Dans ses romans et ses contes, les dialogues se chevauchent, les narrateurs se multiplient, les êtres de fiction côtoient des personnages historiques (oui, Rameau avait bien un neveu)... Du vivant de leur auteur, peu de textes parurent autrement que dans la clandestinité ou la confidentialité. Liberté d'invention, diffusion restreinte : sans doute tient-on là les raisons pour lesquelles Diderot n'a pas été considéré comme un écrivain majeur aussi rapidement que le furent Voltaire ou Rousseau. Mais le temps a fait son oeuvre. Aujourd'hui, c'est le génie et le visionnaire que l'on invoque en lisant ses récits presque entièrement composés de dialogues et où le narrateur, ironique, fantaisiste, ne se fait jamais oublier. Avec les célèbres échanges de Lui et de Moi dans Le Neveu de Rameau, avec ceux de Jacques le fataliste, de son maître et de leurs comparses, et avec ceux, moins connus, de l'Entretien d'un père avec ses enfants ou encore de Mystification : Diderot, auteur, narrateur et personnage, joue de l'illusion romanesque et de ses ficelles. Mais on est bien au-delà du simple jeu de société. Avec ses récits, Diderot parvient à transmettre les questions des Lumières à l'échelle des sentiments humains - amitié, désir, amour - et des individus.

  • Ce recueil contient et commente plusieurs écrits philosophiques où l'auteur met en cause de nombreux préjugés de son époque. Il s'y attaque aux superstitions, à la bigoterie, à l'hypocrisie de l'ordre moral européen, et défend un ordre naturel idéal et harmonieux. Edition avec dossier.

  • Que se passe-t-il lorsqu'un aveugle recouvre la vue ? Comment découvre-t-il le monde qui l'entoure ? Comment parvient-il à concilier ce que ses sens lui ont appris lorsqu'il ne voyait pas et ce que ses yeux lui révèlent ?
    Une brillante et impertinente remise en cause de la réalité telle que nous la percevons, remise en cause dont la hardiesse vaudra la prison à son auteur...

  • « Je me suis moins proposé de t'instruire que de t'exercer. » L'aveu liminaire des Pensées sur l'interprétation de la nature dévoile en partie le projet philosophique de Diderot, en même temps que sa relation au lecteur. Son propos n'est pas d'ordonner le monde, mais d'en refléter le caractère ondoyant, insaisissable. Si le réel, « cet immense océan de matière » où les formes apparaissent et se défont sans cesse, échappe à l'emprise de la raison, alors il faut, pour l'approcher au plus près, inventer une écriture capable de saisir la diversité de l'être. Diderot écarte l'idée même d'un savoir achevé, qui impliquerait l'existence d'un entendement divin. Il récuse tour à tour l'abstraction métaphysique et la philosophie rationnelle, qui méconnaît la sensation. Sa démarche est fondée sur l'observation des faits et l'enchaînement des conjectures. Vouée à l'incertitude, elle n'en poursuit pas moins sa quête interminable : elle « ne sait ni ce qui lui viendra, ni ce qui ne lui viendra pas de son travail ; mais elle travaille sans relâche ». Le sens se dérobe sous « la multitude infinie des phénomènes de la nature ». Comprendre, c'est encore interpréter. Le sujet lui-même se démultiplie - « naître, vivre et penser, c'est changer de forme » -, au point de disparaître - « Je suis transparent », déclare le Philosophe à la Maréchale - sous la superposition des discours : traductions, lettres, essais, dialogues, réfutations... Pas plus que Diderot ne se reconnaît dans son portrait par Van Loo, les oeuvres philosophiques ne font système. Elles tentent inlassablement de capter, dans un jeu de miroirs, une vérité partielle, éclatée. De Pascal à Rousseau en passant par Helvétius, l'auteur se définit en se confrontant ; il multiplie les masques - tour à tour d'Alembert ou Sénèque -, les emprunts, les citations ; touche-à-tout insatiable que la postérité n'a eu de cesse de réduire à telle ou telle de ses figures successives : sceptique, athée, matérialiste... La présente édition, en posant les principaux jalons de l'oeuvre philosophique - les Pensées datent de 1746, l'Essai sur les règnes de Claude et de Néron de 1778 -, immobilise une instabilité de principe, sans interrompre pour autant la circulation du sens. Il appartient au lecteur, comme l'a voulu Diderot, de rétablir les liens entre ces textes épars, afin de les faire vivre et résonner entre eux.

  • Nous sommes en 1763.
    L'un des maîtres de la correspondance s'adresse ici à monsieur de Sartine, son vieil ami, alors directeur de la Librairie. Et c'est un véritable plaidoyer pour la défense du Libraire-Éditeur. Il s'interroge d'abord sur le lien entre le commerce et la littérature et décrit avec soin, mais sans la condamner, la transformation de la valeur littéraire en valeur mercantile. Ce faisant, il lie le sort de la littérature à celui de l'édition.
    Il plaide en faveur d'un fonds de librairie, celui qui s'écoule lentement, en équilibre avec les ventes plus rapides. Au fil d'une véritable enquête, il démontre par là même au lecteur contemporain que les problèmes qui se posent aujourd'hui au libraire ou à l'éditeur sont loin d'être récents, bien qu'ils se posent aujourd'hui plus que jamais. Cette lettre est aussi, par ailleurs, une passionnante histoire de l'imprimerie en France ainsi que celle de la librairie.
    En véritable journaliste, qui plus est lui-même écrivain et éditeur, Diderot délivre là une analyse brillante de ce que l'on appelle les métiers du livre. Et nous surprend par les questions qu'il se pose, sur le rôle de mécénat joué par l'État ou sur le prix du livre.
    Diderot soulève dans cette lettre au ton relevé des problèmes on ne peut plus d'actualités. Il aborde en effet la facilité avec laquelle un titre se vend grâce au scandale dont il se nourrit ou au contraire les risques pris par l'éditeur.
    Mais aussi, bien avant le tout numérique, les problèmes de stockage. Cette lettre incontournable montre combien un penseur des lumières est aussi, nécessairement, un visionnaire.

  • «Je crois vous avoir dit que j'avais fait un dialogue entre d'Alembert et moi. En le relisant, il m'a pris en fantaisie d'en faire un second, et il a été fait. Les interlocuteurs sont d'Alembert qui rêve, Bordeu et l'amie de d'Alembert, mademoiselle de Lespinasse. Il est intitulé Le Rêve de d'Alembert. Il n'est pas possible d'être plus profond et plus fou. J'y ai ajouté après coup cinq ou six pages capables de faire dresser les cheveux à mon amoureuse, aussi ne les verra-t-elle jamais ; mais ce qui va bien vous surprendre, c'est qu'il n'y a pas un seul mot de religion, et pas un seul mot déshonnête ; après cela, je vous défie de deviner ce que ce peut être.» Ainsi Diderot annonce-t-il, dans une lettre à Sophie Volland, l'un des textes philosophiques les plus étonnants du XVIIIe siècle. Une philosophie matérialiste est-elle possible ? La sensibilité de la matière est-elle pensable ? Suffit-elle pour expliquer la vie, la pensée et l'unité du sujet ? De la médecine à la morale, l'excursion métaphysique rencontre sur son chemin un clavecin sensible, un essaim d'abeilles, une araignée et des chèvre-pieds...

  • «Quand on écrit des femmes, il faut tremper sa plume dans l'arc-en-ciel et jeter sur sa ligne la poussière des ailes du papillon ; comme le petit chien du pèlerin, à chaque fois qu'on secoue la patte, il faut qu'il en tombe des perles.» Un hommage vibrant aux femmes, un plaidoyer enlevé en faveur de leur émancipation, par l'un des plus grands philosophes des Lumières.

  • Le Supplément au voyage de Bougainville est une réponse fictive au récit de voyage de l'explorateur Bougainville qui avait "découvert" l'Océanie. Diderot donne la parole aux victimes de la colonisation : les tahitiens, en exploitant le procédé d'inversion des regards pour dénoncer l'injustice de cette situation et montrer du doigt les faiblesses des sociétés occidentales qui se disent évoluées. Diderot mobilise ainsi le mythe du bon sauvage, préoccupation propre aux Lumières.

  • Collection « Classiques » dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety Diderot Le Neveu de Rameau suivi de Satire première, d' Entretien d'un père avec ses enfants et d' Entretien d'un philosophe avec la maréchale de *** Nul n'a porté plus loin que Diderot la maîtrise éclatante du dialogue, et c'est la virtuosité de cette parole qu'on retrouve à chacune des pages ici rassemblées : Le Neveu de Rameau, Satire seconde, s'en prend à tous les puissants du moment, financiers aussi bien qu'adversaires de l'Encyclopédie ; la Satire première multiplie anecdotes et libres réflexions à la manière des satiriques antiques. Quant à l'Entretien d'un père avec ses enfants et à l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, ils roulent sur un thème assez bien défini : le premier évoque le danger de se mettre au-dessus des lois, et le second fait entendre, en contrepoint de la conversation avec la dévote maréchale de Broglie, quelque chose des entretiens de Diderot avec la tsarine Catherine II.
    En dépit de leur diversité, tous ces textes se répondent. Mais ils sont en même temps tournés vers le lecteur, un lecteur trop séduit par le philosophe pour ne pas comprendre l'indulgence du père à l'égard de son fils rebelle : «Je ne serais pas trop fâché qu'il y eût dans la ville un ou deux citoyens comme toi ; mais je n'y habiterais pas s'ils pensaient tous de même.» Edition établie par Pierre Chartier

  • " N'êtes-vous pas monsieur Diderot ? - Oui, madame.
    - C'est donc vous qui ne croyez rien ? - Moi-même. - Cependant votre morale est d'un croyant. - Pourquoi non, quand il est honnête homme. - Et cette morale-là, vous la pratiquez ? - De mon mieux. - Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ? - Très rarement. - Que gagnez-vous donc à ne pas croire ? Ainsi commence le dialogue qui, dans l'Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de..., fait deviser aimablement le philosophe notoirement athée et la dévote mère de famille catholique.
    Les propos échangés abordent gaiement des thèmes essentiels. La morale peut-elle se concevoir indépendamment de la religion ? La croyance en un Dieu rémunérateur et vengeur est-elle indispensable à l'obéissance aux lois morales ? La religion est-elle un bien ? Est-on libre de croire ou de ne pas croire ? "

  • On sait que Denis Diderot (1713-1784) fut de loin le principal artisan de l'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des arts, des sciences et des métiers. Resté seul, avec une équipe restreinte, après le départ de D'Alembert en 1759, il prêta la main à plusieurs milliers d'articles et en écrivit plus de 1 700 pour achever les 17 volumes en 1765. Jamais n'avaient été réunis dans une édition séparée des articles signés de Diderot. Pourtant, on y lit en condensé l'esthétique, la morale et la philosophie matérialistes qui lui valurent les foudres de l'Église et du pouvoir. En cinquante articles fondamentaux se dessine un autoportrait du philosophe. Ses convictions, qui s'expriment prestement, débouchent sur une critique audacieuse des institutions et de la vie sociale. Diderot y formule des concepts et des revendications qui allaient nourrir la Révolution à venir.

  • Texte intégral En 1771, Denis Diderot rend visite au maréchal de France, Victor-François de Broglie : ce dernier étant absent, le philosophe s'entretient pendant plus d'une heure avec sa ravissante et très pieuse épouse : un vif débat sur les fondements de la foi et de l'incroyance s'engage. Le penseur se plaît à lui démontrer sur un ton badin qu'un athée est aussi largement doté de sens moral qu'un croyant. Publié sous une fausse attribution en 1777, cette parodie de dialogue socratique offre un vibrant plaidoyer en faveur de l'athéisme.

  • Salons

    Denis Diderot

    De 1759 à 1781, Diderot le philosophe, l'homme de lettres, a joué au critique d'art en donnant neuf Salons pour une revue littéraire. Il s'agissait alors de proposer aux abonnés, absents de Paris, un équivalent littéraire des oeuvres qu'ils ne verraient pas : le lecteur, aujourd'hui encore, appréciera ces textes sans avoir les tableaux ou les sculptures sous les yeux.
    Le Salon selon Diderot n'est pas seulement de la critique d'art : il contient des dialogues, des rêveries, des théories, de la philosophie. Il oscille entre le roman et l'essai, entre le conte et la critique. Il ne s'agit pas de constituer une esthétique conceptuelle, mais d'arpenter l'espace d'une interrogation : chaque Salon est l'occasion d'un nouvel essai de réflexion, où le devoir d'abstraction philosophique ne fait jamais l'économie du foisonnement du réel. Peut-être Diderot ne sait-il pas expliquer un art qui soit totalement étranger à toute narration. Peu importe : il sait en parler comme nul autre.

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