Mercure De France

  • Dans une petite chambre éclairée par la lueur dansante du feu, les rideaux de perse fleurie étaient tirés contre la fraîcheur du soir. Avec son lit à colonnes, sa coiffeuse enjuponnée de ruches, sa commode galbée et les gravures anciennes aux murs, cette pièce était une véritable oasis de paix dans ce monde tourmenté. Lucilla était adossée à ses oreillers ; une mantille de dentelle recouvrait ses beaux cheveux blancs. Les enfants, blottis près de la cheminée, semblaient eux aussi enfermés dans une sécurité inviolable.

    Comme presque toujours, chez Elizabeth Goudge, il y a une maison au centre du roman, une maison protectrice, un foyer dont les murs épais, anciens, solides, abritent une famille. Chez les Eliot, c'est Lucilla, la grand-mère, qui tient les rênes, veille au bien-être de chacun - mais aussi au respect des règles de la morale, même si autrefois, elle avait bien failli les bafouer elle-même...
    Aujourd'hui, dans une atmosphère en apparence apaisée, on va aimer voir s'agiter, grandir, s'épanouir tous les membres de cette attachante famille - même si certains orages grondent encore dans le lointain...

  • Il faut se souvenir qu'entre 1950 et 1980, Elizabeth Goudge - souvent comparée à Emily Brontë - a été la romancière anglaise la plus lue et traduite de son époque. Nous retrouvons dans L'auberge du pèlerin la famille Eliot, déjà au centre du Domaine enchanté.
    C'est toujours Lucilla, la douce grand-mère, en réalité à la main de fer, qui dirige son « clan » depuis sa belle maison au fond de la campagne anglaise. Inquiète pour son petit-fils préféré, David, devenu un comédien célèbre, car elle le sait toujours épris de Nadine, sa ravissante jeune tante par alliance - et elle de lui - elle va tout faire pour lui trouver l'épouse idéale. Mais la timide Sally - un des plus attachants personnages d'Elizabeth Goudge - saura-t-elle s'imposer face à l'éblouissante Nadine ? Or c'est en réalité la très ancienne auberge qui accueillait autrefois les pèlerins et que George, le mari de Nadine, vient d'acheter, qui va séduire la belle-rebelle - et nous avec elle - et devenir le coeur de ce merveilleux roman.

  • En cette soirée de septembre, Lucilla attendait l'arrivée de David et elle alla se regarder dans la glace. Il lui disait souvent qu'elle était belle et qu'il l'aimait. «Je ne sais pas au juste de qui tu as l'air», dit-elle à la vieille dame dans le miroir, «mais ce qui importe, c'est que tu lui plaises».
    Quelques minutes plus tard, il entra dans la pièce. «Vas-tu bien, grand-mère?» «Très bien, David, vas-tu bien?» Depuis de nombreuses années, ils échangeaient toujours la même salutation quand il rentrait à la maison. La réponse avait toujours été affirmative et satisfaisante. Mais cette fois-ci, avec une soudaine panique, Lucilla sut que David n'allait pas bien. Quelque chose était arrivé.

    Le domaine enchanté, premier volume d'une trilogie, nous plonge dans l'histoire de la famille Eliot, peu de temps avant la Deuxième Guerre mondiale. Au centre, il y a Lucilla, 80 ans, très belle, impérieuse, qui règne sur ses enfants et petits-enfants, depuis sa belle propriété à la campagne. Le divorce d'un de ses fils va perturber l'équilibre familial, d'autant plus que le petit-fils préféré de Lucilla, jeune acteur à succès, tombe amoureux de son ex-tante, guère plus âgée que lui, et veut l'épouser. Pour tenter de ramener les «coupables» à la raison, Lucilla va devoir lever le voile sur son propre passé, qui n'est pas tout à fait celui que l'on croyait.

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