• Peu d'hommes d'État ont eu les honneurs de la légende comme Richelieu. Il semble s'en amuser d'ailleurs, le grand manipulateur des Trois Mousquetaires, qui contemple le monde du haut de ses portraits d'apparat, comme s'il nous défiait de regarder sa vie de plus près.
    Françoise Hildesheimer retrace la carrière tâtonnante qui conduisit Armand Jean du Plessis à devenir, à trente-sept ans, le lieutenant de Louis XIII. Au service de ce roi méfiant et jaloux de son pouvoir, Richelieu mit l'énergie extraordinaire qui faisait dire à Malherbe qu'en lui, quelque chose « excédait l'humanité » : jusqu'à sa mort, en 1642, il s'employa à combattre les intrigues de la Cour, à imposer l'obéissance aux Grands du royaume, à déjouer les complots, à réinventer une politique d'alliances, pour établir la gloire de Louis et faire naître la France moderne...
    C'est bien un homme, pourtant, et non un héros ou un démon, que ce livre nous invite à découvrir : un homme vieilli avant l'heure, aux nerfs fragiles, que la peur de la disgrâce ne quitta jamais, tant le ministre tout-puissant se savait suspendu à la faveur, flottante, du roi ; un homme habité par le goût de l'action et le culte de la raison, mais aussi par une foi sincère. N'en déplaise aux faiseurs de légendes.
    Cet ouvrage a reçu le 1er prix Gobert de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (2005) et le prix Madeleine Laurain-Portemer de l'Académie des sciences morales et politiques (2005).

  • Dans notre société laïque, la chrétienté constitue-t-elle encore un sujet pertinent pour l'histoire? Plus que jamais, répond Françoise Hildesheimer. En explorant celle de l'Église sur le temps long, l'historienne retrace les origines et les développements du conflit d'influence entre religion et État qui a enfiévré l'Occident des siècles durant.
    Or c'est en France qu'il a connu son paroxysme. Doctrine politique originale, le gallicanisme a prôné dès le XIIIe siècle l'indépendance temporelle de l'Église de France vis-à-vis du pape ; une spécificité qui, via la rupture de la Séparation, a durablement marqué notre histoire.
    La France, fille aînée de l'Église? De Clovis à Aristide Briand en passant par Charlemagne, Charles VII et Jeanne d'Arc, Louis XIV et Bossuet ou Napoléon, ce parcours passionnant entrecroise théologie, politique, récit historique et débats d'idées pour proposer une vision inédite de l'histoire de l'Église catholique en France.

  • Dans la galerie des rois de France, Louis XIII fait grise mine, coincé qu'il est entre son père, Henri IV, et son fils, Louis XIV.
    S'intéresse-t-on à son règne, c'est le nom de Richelieu, son ministre, qui flamboie ; au point que les livres d'histoire sautent parfois sans vergogne de la mort du cardinal, en décembre 1642, aux débuts tumultueux du futur Roi-Soleil. C'est oublier que Louis a survécu six mois à son ministre : six mois ignorés de la postérité, mais capitaux pour l'histoire de France. Car entre décembre 1642 et mai 1643, il est à la tête d'un pays en guerre contre l'Espagne, au centre d'une Cour déchirée par les cabales.
    On sait le roi malade ; le dauphin est un enfant ; qui va assumer la régence ? La reine, Anne d'Autriche, le frère du roi, Gaston d'Orléans, les princes du sang et les grands s'allient, se brouillent et complotent, cependant qu'un quasi-inconnu nommé Giulio Mazarini progresse dans les allées du pouvoir... En sa longue agonie, Louis poursuivit un dessein unique : assurer le destin du trône de France.
    Et, en grand roi qu'il était, il y parvint.

  • Au sein du vieux couple spirituel/temporel, Dieu l'emporte ordinairement, César faisant plutôt figure d'entrave à l'élévation des âmes. Cependant, la quête d'un "royaume qui n'est pas de ce monde" d'accompagne, dès les origines, d'une véritable réussite matérielle de l'Église terrestre. Contradiction avec l'idéal initial ? Certes non, puisque cette manne doit être partagée avec les pauvres considérés comme autant d'images de Dieu... Ce bel évangélisme se heurte à la réalité de l'institution. L'Église est en rivalité avec le Pouvoir pour la domination du monde. Les questions que cet affrontement pose sont multiples. Au nom de quels principes le pouvoir spirituel peut-il commander ? Avec quelles forces ? À quoi peut bien servir un pape ? Pourquoi les richesses de l'Église échapperaient-elles à un pouvoir civil toujours plus autoritaire et impécunieux ? Après les grands affrontements médiévaux du Sacerdoce et de l'Empire, se met en place, dans la France d'Ancien Régime, une solution dite "gallicane" qui fait du Roi Très Chrétien le véritable chef de l'Église nationale. Cette "alliance du trône et de l'autel" placera la gestion temporelle en son centre, si bien que l'un sombrera avec l'autre à la Révolution. Avec le rappel de ce parcours temporel, cet essai veut constituer le contrepoint d'une histoire religieuse qui le minimise trop souvent, afin de mieux mettre en lumière les conditions matérielles d'un essor spirituel et artistique sans pareil.

  • De nos jours, les limites du diocèse de Nice coïncident avec celles du département des Alpes-Maritimes. Cette unité entre circonscriptions civiles et ecclésiastiques n'existait pas au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime : du côté provençal, Antibes puis Grasse, et Vence étaient sièges épiscopaux ; le territoire de l'évêché de Glandève se partageait entre la France (Provence) et le comté de Nice; le diocèse de Nice englobait Monaco qui sera érigé en diocèse en 1887. C'est le concordat de 1801 qui établit l'équivalence territoriale entre le département et le diocèse de Nice auquel s'ajoutera l'arrondissement de Grasse en 1886.
    C'est dire la diversité de l'histoire religieuse d'une région géographiquement excentrée, zone de passages et de contacts, diversité que les auteurs se sont efforcés de respecter dans le cadre d'exposés cohérents. Sur de nombreux points, ils ont fait appel aux sources d'archives pour pallier les lacunes d'une bibliographie ancienne ou insuffisante. Ce volume constitue donc une synthèse neuve et originale qui dessine la physionomie religieuse d'une région célèbre à plus d'un titre

  • Il pense, donc il est : sérieux, solitaire, méditatif et de noir vêtu, Descartes est depuis des siècles l'incarnation de la raison triomphante et du génie français.
    Tant de limpidité et d'éclat a éclipsé l'homme même, qui demeure très méconnu : fils d'un temps d'incertitude ? père de la philosophie moderne ? Qui était vraiment René Descartes et qu'en reste-t-il aujourd'hui, au-delà des idées reçues et de la référence obligée ? Mettant en lumière les contradictions du philosophe, Françoise Hildesheimer brosse le portrait d'un homme fort éloigné du mythe officiel.
    On le veut rationnel, on ne l'imagine pas rêvant ; c'est pourtant sur trois songes que Descartes a fondé son projet d'une science universelle qui devait faire de lui le nouvel Aristote. Il a côtoyé de très près les courants déviants de l'époque (Rose-Croix en Allemagne, libertins en France), avant de s'établir en Hollande en 1628 pour concevoir son système, dévoilé au fil du Discours de la méthode, des Méditations métaphysiques, des Principes de la philosophie et des Passions de l'âme.
    Sa vie durant, Descartes a balancé entre désir de reconnaissance officielle et soif d'incognito ; il invitait le monde entier à débattre de ses théories, mais n'aimait guère la contestation ; il affectionnait le repos, et n'a cessé de voyager, sans jamais s'établir durablement ; lui qui se tenait éloigné du pouvoir a fini ses jours, en 1650, à la cour de la reine Christine de Suède. Curieux paradoxe que cet obsédé du secret, ce maniaque du brouillage des pistes, se soit consacré corps et âme à la quête de la Vérité et à l'étude de la lumière...

  • Une histoire des pidmies depuis la Grande Peste jusqu'aux dcouvertes de Pasteur, un temps o l'esprance en l'au-del palliait les insuffisances thrapeutiques. La multiplicit des champs d'analyse et la richesse de l'apport documentaire font de ce livre un outil indispensable pour les tudiants en histoire moderne et contemporaine.

  • Collection de divers ensembles et de pièces isolées extraits des grandes séries d'archives judiciaires au moment de la cotation définitive de celles-ci, la série U représente une source complémentaire des fonds judiciaires correspondants (séries V,X, Y et Z des Archives nationales), et une clé d'accès originale à certains de ces fonds, du fait de la présence de tables anciennes, comme celle de Le Nain pour le Parlement de Paris.

  • Depuis saint Thomas d'Aquin le péché philosophique était connu comme étant une offense à la raison et se distinguait du péché théologique qui offense Dieu. En 1686, une thèse soutenue à Dijon par un jésuite reprend la distinction et considère que ce péché philosophique concerne ceux qui ignorent Dieu ou ne pensent pas actuellement à lui et, de ce fait, ne commettent pas de péché mortel et sont exemptés de peine éternelle. Cette précision aussitôt vigoureusement réfutée par le grand théologien janséniste Antoine Arnauld est condamnée par Rome en 1690.

    Intervenant dans le cadre plus vaste de la querelle de la grâce opposant, à l'intérieur du catholicisme, jansénistes « rigoristes » et jésuites « laxistes » et à un moment consécutif à de grands bouleversements, tant de l'histoire de l'Église avec la rupture de la Réforme, que de celle du monde avec les grandes découvertes qui ont pesé sur nos mentalités occidentales, cette brève querelle théologique rapidement tombée dans l'oubli et en soi aujourd'hui bien éloignée de nos modes de pensée n'en constitue pas moins un épisode révélateur d'une fracture majeure par où la philosophie a pu conquérir son autonomie.

  • Le 20e anniversaire de l'Association sur les Pas de Richelieu est l'occasion pour 21 auteurs de proposer une lecture multiple des années au cours desquelles l'évêque de Luçon accéda à la pleine lumière du pouvoir aux côtés de Louis XIII. Sommet de sa popularité dans le royaume, le siège de La Rochelle préluda à l'affirmation belliqueuse de la France sur la scène européenne par laquelle le cardinal-ministre laissera à la postérité l'image d'un grand politique.

    Ont participé à cet ouvrage :

    Jean André, Laurent Avezou, Françoise Bayard, Yves-Marie Bercé, Joseph Bergin, Stéphane Blond, Bernard Cottret, Hugues Eudeline, Fadi El Hage, Madeleine Haehl, Denès Harai, Nicole Lemaître, Marie-Noëlle Matuszek, Claude Michaud, Pascal Rambeaud, Jean-Marc Roger, Roger Roiland, Solange Ségala, Dominique Souchet, Raymond Williaume.

  • En ce début de XXIe siècle, le temps est venu de la reconnaissance d'une histoire ouverte à la spécificité technique du droit qui, s'appliquant à des pratiques sociales et surmontant les barrières canoniques pour dérouler une chronologie continue, manifeste la complémentarité d'approches qui, si elles produisent des types d'histoire passablement différents, postulent une bonne reconnaissance mutuelle. À l'impossibilité d'une histoire du droit sans les institutions, répond celle d'une histoire des institutions sans le droit. Inspirées par l'oeuvre de Jean Hilaire, les contributions présentées dans ce volume se veulent le développement de cette évidence qui relève d'une pluridisciplinarité bien entendue, et dont les archives du Parlement de Paris constituent l'exemplaire champ d'application.

  • Le Testament politique de Richelieu est un classique de l'histoire des idées politiques, qui contiendrait les règles du bon gouvernement d'un État.
    Pourtant, le supposé génie qu'il partagerait avec son auteur n'y apparaît guère si on le lit attentivement, et cela a jeté le doute sur son authenticité.
    Aujourd'hui, nous connaissons mieux les modes de travail du Cardinal et de ses collaborateurs, ainsi que la valeur politique et rhétorique des lieux communs, et, à cette lumière, ce texte ne perd rien de sa qualité de proposition d'établissement, sous le regard de Dieu, d'un mode de gouvernement sécularisé et raisonnable qui constitue le programme politique présenté à Louis XIII par Richelieu.
    L'édition annotée de ce texte en français modernisé est aussi l'occasion de faire le point sur la bibliographie, profondément renouvelée ces dernières années, du « premier » XVIIe siècle.

  • Si aujourd'hui le nom de « Parlement » désigne nos assemblées délibérantes, il n'en a pas toujours été ainsi : au Moyen Âge et durant l'Ancien Régime, ce terme s'est attaché à la plus haute Cour de justice du royaume de France, le Parlement de Paris. D'abord « partie du corps du roi », puis Grand corps de l'État, il a exercé au nom du roi la justice souveraine avec une compétence universelle, le plus souvent en appel, mais aussi en première instance. Sa fonction judiciaire a été primordiale, car il était l'instrument de la souveraineté royale et représentait le roi qui était avant toute chose en charge de la justice et de la paix. Mais, issu de la Curia regis, ce Parlement a gardé de ses origines d'autres attributions, de nature plus politique, tant dans le domaine législatif, administratif, économique et social, car il a été le conseil du roi et l'est resté même quand le souverain s'est doté d'un Conseil de gouvernement. Qualifié par le roi médiéval de fontaine de justice, d'image de la majesté royale, représentant l'honneur et la personne du roi, ce grand corps de l'État nous a laissé une oeuvre judiciaire immense, cinq siècles et demi de jurisprudence engrangée par les greffiers de la Cour, une documentation originale d'archives sur laquelle se fonde le présent ouvrage.

    À une époque qui ne connaissait ni la distinction des pouvoirs, ni la séparation de la justice civile, criminelle, et administrative, où seule existait une justice de droit commun pour tous, le roi, l'État et les particuliers, le Parlement a été, tout au long de son histoire, non seulement une autorité politique, mais aussi la Cour suprême régulatrice de la jurisprudence et du droit qu'il a contribué à créer.

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