Romans & Nouvelles

  • Le Procès

    Franz Kafka

    On raconte que c'est grâce aux éditions clandestines du samizdat - et donc, sans nom d'auteur - que fut introduite en Union soviétique la traduction du Procès. Les lecteurs pensèrent, dit-on, qu'il s'agissait de l'oeuvre de quelque dissident, car ils découvraient, dès le premier chapitre, une scène familière : l'arrestation au petit matin, sans que l'inculpé se sût coupable d'aucun crime, les policiers sanglés dans leur uniforme, l'acceptation immédiate d'un destin apparemment absurde, etc. Kafka ne pouvait espérer une plus belle consécration posthume. Et pourtant, les lecteurs russes se trompaient. Le projet de Kafka n'était pas de dénoncer un pouvoir tyrannique ni de condamner une justice mal faite. Le procès intenté à Joseph K., qui ne connaîtra pas ses juges, ne relève d'aucun code et ne pouvait s'achever ni sur un acquittement si sur une damnation, puisque Joseph K. n'était coupable que d'exister.

  • Le château

    Franz Kafka

    « - Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc ici un château ?
    - Mais oui, dit le jeune homme lentement, et quelques-uns des paysans hochèrent la tête, c'est le château de M. le Comte Westwest.
    - Il faut avoir une autorisation pour pouvoir passer la nuit ? demanda K. comme s'il cherchait à se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ce qu'on lui avait dit.
    - Il faut avoir une autorisation, lui fut-il répondu, et le jeune homme, étendant le bras, demanda, comme pour railler K., à l'aubergiste et aux clients :
    - À moins qu'on ne puisse s'en passer ?... »

  • La littérature doit beaucoup aux testaments trahis. La plus grande partie de l'oeuvre de Kafka, par exemple. Histoire connue. Franz Kafka demande à son ami Max Brod de détruire - vernichten, dit-il, «anéantir» - après sa mort les papiers inédits qu'il laisse derrière lui, ses manuscrits littéraires aussi bien que ses écrits personnels, journaux et lettres. Brod refuse d'obtempérer. Sa trahison, si c'en est une, est double. Il ne se contente pas de conserver les inédits : il les fait paraître. Aux romans et récits s'ajoutent bientôt, dans des versions d'abord édulcorées, les écrits intimes. Quant aux éditions françaises réunissant plusieurs textes, elles ne respecteront pas les recueils organisés et publiés par Kafka, mais mêleront - nouvelle trahison - récits publiés et écrits posthumes.

    Sur le résultat les avis divergent. Certains lecteurs en ont plusieurs. Un expert en testaments trahis comme Milan Kundera situe Kafka au sommet de son panthéon personnel et, au sommet du sommet, place les romans, tous trois sauvés par Brod. Pourtant, Brod lui paraît coupable : divulguer ce qu'un écrivain a souhaité voir détruire, c'est «le même acte de viol que censurer ce qu'il a décidé de garder». Quant au fait de mêler posthumes et ouvrages publiés par Kafka, cela produit, selon Kundera toujours, «un flot informe comme seule l'eau peut l'être, l'eau qui coule et entraîne avec elle bon et mauvais, achevé et non achevé, fort et faible, esquisse et oeuvre».

    Sans renoncer à aucune oeuvre ni à aucune esquisse - Brod fut peut-être un traître, mais sa trahison était à coup sûr nécessaire -, la présente édition adopte une disposition plus fidèle à l'histoire de la découverte de l'oeuvre de Kafka. Elle propose, en ouverture, l'intégralité des textes publiés par lui, ici restaurés dans la forme (recueil, petit livre ou publication dans la presse) qu' il a voulue pour eux. Puis viennent ses récits et fragments narratifs posthumes : ceux que l'on trouve dans ses Journaux, qui servaient aussi de laboratoire littéraire, et ceux des liasses ou des cahiers dans lesquels il composait la plupart de ses récits.
    L'ensemble est retraduit. Les conditions d'une redécouverte sont réunies.

  • La littérature doit beaucoup aux testaments trahis. La plus grande partie de l'oeuvre de Kafka, par exemple. Histoire connue. Franz Kafka demande à son ami Max Brod de détruire - vernichten, dit-il, «anéantir» - après sa mort les papiers inédits qu'il laisse derrière lui, ses manuscrits littéraires aussi bien que ses écrits personnels, journaux et lettres. Brod refuse d'obtempérer. Sa trahison, si c'en est une, est double. Il ne se contente pas de conserver les inédits : il les fait paraître. Aux romans et récits s'ajoutent bientôt, dans des versions d'abord édulcorées, les écrits intimes. Quant aux éditions françaises réunissant plusieurs textes, elles ne respecteront pas les recueils organisés et publiés par Kafka, mais mêleront - nouvelle trahison - récits publiés et écrits posthumes.
    Sur le résultat les avis divergent. Certains lecteurs en ont plusieurs. Un expert en testaments trahis comme Milan Kundera situe Kafka au sommet de son panthéon personnel et, au sommet du sommet, place les romans, tous trois sauvés par Brod. Pourtant, Brod lui paraît coupable : divulguer ce qu'un écrivain a souhaité voir détruire, c'est «le même acte de viol que censurer ce qu'il a décidé de garder». Quant au fait de mêler posthumes et ouvrages publiés par Kafka, cela produit, selon Kundera toujours, «un flot informe comme seule l'eau peut l'être, l'eau qui coule et entraîne avec elle bon et mauvais, achevé et non achevé, fort et faible, esquisse et oeuvre».
    Sans renoncer à aucune oeuvre ni à aucune esquisse - Brod fut peut-être un traître, mais sa trahison était à coup sûr nécessaire -, la présente édition adopte une disposition plus fidèle à l'histoire de la découverte de l'oeuvre de Kafka. Elle propose, en ouverture, l'intégralité des textes publiés par lui, ici restaurés dans la forme (recueil, petit livre ou publication dans la presse) qu' il a voulue pour eux. Puis viennent ses récits et fragments narratifs posthumes : ceux que l'on trouve dans ses Journaux, qui servaient aussi de laboratoire littéraire, et ceux des liasses ou des cahiers dans lesquels il composait la plupart de ses récits.
    L'ensemble est retraduit. Les conditions d'une redécouverte sont réunies.

  • Franz Kafka La Métamorphose « Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit métamorphosé en un monstrueux insecte. Il reposait sur son dos qui était dur comme une cuirasse, et, en soulevant un peu la tête, il apercevait son ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, au sommet duquel la couverture du lit, sur le point de dégringoler tout à fait, ne se maintenait que d'extrême justesse. D'impuissance, ses nombreuses pattes, d'une minceur pitoyable par rapport au volume du reste, papillonnèrent devant ses yeux.
    « Qu'est-il advenu de moi ? » pensa-t-il. Ce n'était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine quoiqu'un peu trop petite, était là, paisible entre les quatre murs familiers... » Avec Kafka, le fantastique n'est plus un élément déroutant. Il devient tout naturel. Il est ressenti de l'intérieur. C'est en quoi Kafka, comme Proust, Joyce ou Céline, est une des clefs de la littérature du xxe siècle.

    Roger Nimier.

  • « Georg s'agenouilla aussitôt à côté de son père ; il vit son visage fatigué et dans le coin des yeux, deux immenses pupilles dirigées sur lui. » Fils condamné à la noyade, exécutions atroces opérées de sang-froid... Écrits durant la même décennie que la Lettre au père et Le Procès , ces récits sont traversés, tout aussi implacablement, par deux des grands thèmes kafkaïens : l'ombre du père et le châtiment arbitraire.

  • « Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva dans son lit changé en un énorme cancrelat. Il était couché sur le dos, dur comme une carapace et, lorsqu'il levait un peu la tête, il découvrait un ventre brun, bombé, partagé par des indurations en forme d'arc, sur lequel la couverture avait de la peine à tenir et semblait à tout moment près de glisser. Ses nombreuses pattes pitoyablement minces quand on les comparait à l'ensemble de sa taille, papillotaient maladroitement devant ses yeux. »

  • L'Amérique

    Franz Kafka

    Lorsque, à seize ans, le jeune karl rossmann, que ses pauvres parents envoyaient en exil parce qu'une bonne l'avait séduit et rendu père, entra dans le port de new york sur le bateau déjà plus lent, la statue de fla liberté, qu'il observait depuis longtemps lui apparut dans un sursaut de lumières.
    On eût dit que le bras qui brandissait l'épée s'était levé à l'instant même, et l'air libre soufflait autour de ce grand corps...

  • Texte majeur, mais totalement méconnu, même par ses fans, «Joséphine la cantatrice» est l'ultime écrit de Kafka. On peut le considérer comme son testament littéraire. Rédigé en mars 1924, deux mois avant sa mort, et publié le 20 avril, il brosse le portrait grinçant d'une cantatrice pleine de superbe, sans doute la dernière artiste de son pays, qu'on adule sans pour autant apprécier son chant, ni même la musique en général. Mais quelle est donc cette société où l'art semble n'avoir plus qu'une fonction d'ornement ?

  • « Nulle anecdote adventice, nul autre personnage - hors cet intrus, à la réalité hypothétique, qui vient soudainement perturber le silence du terrier - encore que, plus on avance dans le récit, plus on a le sentiment que le terrier est, lui aussi, un personnage. La solitude avec ses bienfaits évidents et ses méfaits éventuels et le thème principal du Terrier. Cette image de terrier - et plus généralement celle de l'enfouissement - comme symbole de la solitude revient souvent sous la plume de Kafka, tant dans sa correspondance et dans son journal que dans ses récits. ».
    J.-P. Verdet

  • Premières proses publiées / Un bréviaire pour les dames Conversation avec l'homme en prière Conversation avec l'homme ivre Les aéroplanes à Brescia / Un roman de la jeunesse Une revue défunte / Description d'un combat Grand bruit / Journal de voyage de Weimar à Jungborn Le premier long voyage en train / Contemplation (Recueil) Journal de l'année 1912 : Le Verdict - Le Soutier La Métamorphose / Le Disparu (Amerika) / Le Procès Dans la colonie pénitentiaire / A cheval sur le seau à charbon / Un médecin de campagne (Petits récits) Journal de l'année 1917 - Le Château Un artiste du jeûne (quatre histoires).


    /> Ce livre permet de suivre, à travers un choix de textes, les étapes principales de la création, renouvelée jusqu au bout, de Franz Kafka, et ainsi mieux se repérer dans son oeuvre.

  • La traduction libre et audacieuse de catherine billmann et jacques cellard fait entendre mieux que jamais l'humour surprenant qui imprègne les histoires les plus étranges ou les plus inquiétantes imaginées par kafka, telles a la colonie disciplinaire, joséphine la chanteresse, un artiste du jeûne, compte rendu pour une académie...
    La collection babel propose désormais l'intégralité des récits de kafka dans une nouvelle traduction : la métamorphose, la sentence, le soutier et autres récits (babel n° 285) et le présent volume réunissent les textes publiés par l'auteur ou sous son contrôle de 1912 à 1924 ; récits posthumes et fragments (babel n° 867) rassemble des manuscrits pour la plupart inédits ou inachevés, publiés par les soins de max brod après la mort de l'écrivain praguois.

  • La muraille de Chine

    Franz Kafka

    «En cinq ans, on pouvait construire environ cinq cents mètres ; après quoi, il est vrai, les chefs étaient en général trop épuisés et ils avaient perdu toute confiance en eux-mêmes, toute foi dans la Contruction et les choses du monde. Alors qu'ils étaient encore dans l'exaltation des festivités célébrant la jonction de mille mètres de Muraille, on les envoyait au loin, très loin. Au cours de ce voyage, ils voyaient surgir dans le paysage des pans achevés de la Muraille, ils passaient devant les quartiers généraux des grands chefs qui les décoraient ; à leurs oreilles retentissaient les clameurs des nouvelles armées de travailleurs déferlant des profondeurs du pays.»

  • L'intérêt que l'on porte aux jeûneurs professionnels a beaucoup baissé au cours des dernières décennies.
    Alors qu'il était avantageux autrefois d'organiser pour son propre compte des spectacles de cette nature, cela est devenu aujourd'hui tout à fait impossible. c'étaient d'autres temps. a cette époque, toute la ville s'occupait du jeûneur ; l'intérêt croissait de jour de jeûne en jour de jeûne ; chacun voulait voir le jeûneur au moins une fois par jour ; vers la fin, il y avait des abonnés qui restaient toute la journée assis devant une petite cage grillagée...

  • Lorsque Gregor Samsa s'éveille un matin, après une nuit agitée, il doit se rendre à l'évidence :
    Il est bel et bien métamorphosé. Doté d'une épaisse carapace d'où s'échappent de pitoyables petites pattes. Lugubre plaisanterie ? Hélas !
    Plutôt une ultime défense contre ceux qui, certes, ne sont pas des monstres, mais de vulgaires parasites. Les siens en somme - père, mère, soeur -, dont l'ambition est de l'éliminer après avoir contribué à l'étouffer.
    Dans la colonie pénitentiaire, l'expérimentation se fait en direct. Ici, un homme se transforme en coléoptère monstrueux, là, un engin pervers tue avec application. Là encore, un soldat est le jouet d'une machine infernale.

  • Ces nouvelles font partie des rares écrits que l'auteur avait accepté de voir publiés.

  • Les trois grands récits la métamorphose, la sentence et le soutier, ainsi que les dix-huit petits textes impressionnistes qui les précèdent, distillent une inquiétude extraordinairement pénétrante dans un style tout à la fois lyrique, dramatique, sobre et précis.
    La collection babel propose désormais l'intégralité des récits de kafka dans une nouvelle traduction : le présent volume et a la colonie disciplinaire et autres récits (babel n° 352) réunissent les textes publiés par l'auteur ou sous son contrôle de 1912 à 1924 ; récits posthumes et fragments (babel n° 867) rassemble des manuscrits pour la plupart inédits ou inachevés, publiés par les soins de max brod après la mort de l'écrivain praguois

  • La grande nouvelle de jeunesse de Kafka, qui donne son titre au livre, est sans doute le texte le plus ancien dont on possède le manuscrit (1908 ou 1909). Elle est suivie des divers cahiers posthumes sur lesquels Kafka transcrivait à la fois ses méditations et des textes, le plus souvent dépouvus de titre, qui atteignent un plus ou moins grand degré d'achèvement.
    Quoique ce recueil ne comporte pas la correspondance de Kafka, Max Brob y inclus la Lettre au père, qu'il faut considérer à la fois comme une oeuvre littéraire et comme un document autobiographique de grande importance. Des fragments notés sur des feuilles volantes, une autre série d'Aphorismes, le Discours sur la langue yiddish que Kafka prononça en 1912 pour présenter des poètes juifs, une esquisse de Richard et Samuel, roman inachevé écrit en collaboration avec Max Brod, complètent le livre. Préparatifs de noce à la campagne est d'une importance décisive pour la connaissance de l'écrivain.

  • Amerika ou le disparu

    Franz Kafka

    Quand le jeune Karl Rossmann, âgé de dix-sept ans et expédié en Amérique par ses pauvres parents parce qu'une bonne l'avait séduit et qu'elle avait eu un enfant de lui, entra dans le port de New York, sur le bateau qui avait déjà réduit son allure, la statue de la Liberté qu'il regardait depuis un long moment lui parut tout d'un coup éclairée d'un soleil plus vif. Son bras armé d'un glaive semblait brandi à l'instant même, et sa stature était battue par les brises impétueuses.
    Kafka voulait appeler le premier de ses romans Le Disparu, Max Brod l'a intitulé L'Amérique. Cette traduction nouvelle, conforme au manuscrit inachevé, donne à Amerika son double titre - en lui rendant son K allemand, son K d'Europe centrale, K comme Kafka, K comme K.
    "Quand le jeune Karl Rossmann, âgé de dix-sept ans et expédié en Amérique par ses pauvres parents parce qu'une bonne l'avait séduit et qu'elle avait eu un enfant de lui, entra dans le port de New York, sur le bateau qui avait déjà réduit son allure, la statue de la Liberté qu'il regardait depuis un long moment lui parut tout d'un coup éclairée d'un soleil plus vif. Son bras armé d'un glaive semblait brandi à l'instant même, et sa stature était battue par les brises impétueuses.
    - Si haute ! se dit-il."

  • Derniers fragments (1922-1924)

    Franz Kafka

    • Nous
    • 20 Octobre 2017

    Ce volume réunit l'ensemble des derniers textes, presque toujours fragmentaires, écrits par Franz Kafka entre la fin janvier 1922 et le début avril 1924, à l'exception du Château, rédigé parfois dans les mêmes cahiers entre janvier et août 1922, et de quelques notations du Journal (le matin de sa mort, le 3 juin 1924, il corrigeait encore les épreuves de « Josefine la cantatrice »). Cette période fut très féconde, alors même que l'écrivain était en proie à de grandes difficultés matérielles. Surtout, la tuberculose progressait très vite. Il avait rédigé à la fin novembre 1922 un nouveau testament confié à Max Brod : « De tout ce que j'ai écrit seuls ont de la valeur les livres : Verdict, Chauffeur, Métamorphose, Médecin de campagne, et le récit : Artiste de la faim. [...] Quand je dis que ces 5 livres et que le récit ont de la valeur, je ne veux pas dire que je souhaite qu'ils soient réimprimés et transmis à des époques ultérieures, au contraire [...]. En revanche tout le reste de ce que j'ai écrit et qui se trouve là [...] doit être brûlé sans exception. » On sait que Max Brod, heureusement, n'a pas respecté ce testament, on sait aussi que Dora a brûlé à Berlin, sans doute sous les yeux de Kafka, un grand nombre de textes. Ceux que l'on pourra lire dans ce volume sont donc des survivants, les témoins d'une période d'une extraordinaire créativité.
    Pour la première fois en français, nous donnons à lire l'ensemble de ces textes dans la continuité de l'acte d'écriture, en respectant la chronologie telle qu'elle a pu être établie par la recherche, et en rupture avec une pratique « anthologisante », proposant des regroupements aléatoires. Près d'un siècle après la première traduction en français d'un texte de Kafka , il ne s'agit évidemment plus de « faire découvrir », mais d'apporter aux lecteurs français des moyens de compréhension fine de cette écriture, de la restituer de la façon la plus authentique possible dans ses articulations propres, dans ce jeu si caractéristique entre ébauche, fragmentation, et quasi-achèvement qui caractérise la dernière période.
    D'où le parti pris d'une édition qui respecte au plus près la matérialité de l'acte d'écriture de Franz Kafka, à même de rendre compte de la dimension de « work in progress », celle-là même qui nous rappelle que Kafka était le contemporain de Proust et de Joyce.

  • «Les textes narratifs de Kafka sont de longueur très inégale ; certains ont quelques lignes seulement. Fallait-il nous imposer une limite et rejeter en notes comme miettes inutilisables les passages trop courts? La moindre réflexion montrait qu'il était impossible d'agir de la sorte. Le fragment est, pour Kafka, un mode d'expression qu'il convient de respecter. Il existe d'ailleurs différentes sortes de fragments : les uns - les plus nombreux - sont simplement des ébauches qui n'ont pas abouti. D'autres sont plutôt l'esquisse d'un récit à venir. D'autres encore contiennent en peu de mots un aperçu qui se suffit à lui-même. Tel texte que l'on dirait fragmentaire était peut-être achevé. Tel autre, que l'on croirait achevé (nous pensons, par exemple, aux petits textes de jeunesse, intitulés "Robes" ou "Les arbres"), est seulement un lambeau détaché d'un récit plus long et lui-même resté en suspens.
    Les grands récits de Kafka sont aujourd'hui connus de tout le monde. Il faut maintenant découvrir, à l'intérieur de cette oeuvre qui n'a rien d'un champ de ruines, dans le moindre morceau de phrase, le témoignage d'une imagination inépuisable.» Claude David.

  • «Un Juif de Prague, dégingandé et malingre, écrasé par un père tyrannique, hanté par les fantasmes de l'impuissance, prompt à s'éprouver coupable et à s'infliger des châtiments imaginaires, doutant de son talent et de son droit à l'existence. Une vie faite de frustrations, occupée de petites misères quotidiennes et traversée de grandes angoisses, de bonne heure menacée par la maladie qui, lorsqu'elle se déclare, est dénoncée comme une fuite, accueillie comme un abri. Une oeuvre faite de fragments et de lambeaux épars, tout entière vouée à la destruction par son auteur ; une oeuvre sans concessions et sans agréments, austère et sans sourire. Rien ne semblait destiner Kafka à la renommée qu'il a reçue : ni cette vie misérable, ni cette oeuvre étrange, rugueuse, en apparence impénétrable. Ni non plus le milieu où il avait vécu : cette Prague mal connue en France, cette Bohême presque exotique, avec ses champs de neige et ses traîneaux.
    Pourtant, le fait est là, que personne n'aurait soupçonné lorsque Kafka mourut, en 1924. Sans doute pas même Max Brod, qui, le premier, avait pressenti le talent de son ami et tant fait pour préparer son avenir. Pas même Kafka assurément, car jamais écrivain n'avait autant que lui méconnu son propre génie. Cette gloire a mis du temps à naître. Jusqu'à la guerre, à cause des circonstances politiques, il est à peu près inconnu en Allemagne ; à l'étranger, quelques délicats et quelques curieux s'intéressent à lui, comme à un petit-maître, amoureux de l'insolite.
    Depuis la fin de la guerre, Kafka est un de nos classiques. Il est éprouvé comme une énigme, mais, en même temps, comme une image de nous-mêmes à laquelle chacun voudrait apporter sa touche ou sa retouche personnelle. On a pu dire de lui qu'il renvoyait comme un miroir toutes les angoisses et toua les problèmes de ceux qui le lisent ou qui le commentent. [...]» Claude David.

  • Le verdict

    Franz Kafka

    • Sillage
    • 4 Octobre 2012

    C'était un dimanche matin, par un superbe printemps. Georg Bendemann, un jeune négociant, était assis dans sa chambre, au premier étage de l'une des maisons basses et de structure légère qui s'étiraient en enfilade le long du fleuve, ne différant, ou presque, que de taille et de teinte. Il venait de finir une lettre à un ami d'enfance qui se trouvait à l'étranger, l'avait refermée avec une lenteur enjouée puis, le coude appuyé sur le bureau, se mit à regarder, à travers la fenêtre, le fleuve, le pont et, sur l'autre rive, la douce verdure des collines...
    Ecrit d'une traite, une nuit durant, en 1912, Le Verdict est l'un des rares récits que Kafka choisit de publier de son vivant - et l'un des plus rares encore à n'avoir jamais été désavoué par son auteur.

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