Flammarion

  • Interroger le fanatisme de la vérité qui gouverne la philosophie, reconnaître la vie seule pour source de toute valeur, l'indépendance pour la vertu suprême du philosophe, et rechercher une réconciliation inédite de l'art et de la science : tel est pour Nietzsche le sens du gai savoir.

    Publié en 1882, réédité et augmenté en 1887, cet ouvrage met en oeuvre les principaux thèmes de lapensée de Nietzsche, dont celui de l'éternel retour, qu'il introduit ici pour la première fois. L'auteur y déploie le projet d'une guérison de l'humanité, d'un regain de force et d'amour de la vie : « suprême espérance » qui ne saurait se conquérir que dans la douleur... et dans l'ivresse.


  • Ainsi parlait Zarathoustra
    « Cette oeuvre est complètement à part. Ne parlons pas ici des poètes : peut-être n'y a-t-il jamais rien eu qui soit d'une telle surabondance de force. Ma notion du "dionysiaque" s'est faite ici action d'éclat ; comparé à elle, tout autre agir humain apparaît misérable et limité. Qu'un Goethe, qu'un Shakespeare ne sauraient respirer un seul instant dans cette atmosphère de passion et d'altitude, que Dante, auprès de Zarathoustra, ne soit qu'un croyant, et non quelqu'un qui commence par créer la vérité, un esprit qui gouverne le monde, un destin -, que les poètes du Véda soient des prêtres et pas même dignes de dénouer les chaussures de Zarathoustra, voilà qui n'est encore qu'une litote et ne donne aucune idée de la distance, de la solitude azuréenne où vit cette oeuvre » (Nietzsche, Ecce Homo, « Pourquoi j'écris de si bons livres »).


  • Le gai savoir

    Friedrich Nietzsche

    Ecrit entre 1881 et 1887,«Le Gai savoir»confirme et conforte le radicalisme nietzschéen. Les grands thèmes de sa réflexion sont désormais parvenus à leur pleine maturité.

  • Quelles sont les "idoles" auxquelles s'attaque Nietzche et dont il annonce le crépuscule ? Ce sont, nous dit-on, les valeurs forgées par la religion chrétienne et imposées comme seule vérité. La tâche du philosophe consiste alors à mettre en lumière l'origine de ces à priori moraux. Les valeurs, une fois démontrée l'erreur qui nous les fait croire universelles, sonnent creux sous le marteau du philosophe.
    Car s'il cherche moins à détruire qu'à questionner et ausculter, sa visée est bien le renversement de toutes les valeurs, pour rendre à la vie, affadie par deux millénaires de christianisme, sa vigueur et sa santé

  • Que de sang et d'horreur au fond de toutes les bonnes choses.
    La Généalogie de la morale applique ce principe désacralisant : l'idéal moral (ascétique) a désormais un prix, payable non en monnaie de singe, mais en livre de chair, en unité de désir ; principe cynique, qui découvre les pieux mensonges et l'hypocrisie de la belle apparence (les bons sentiments et saintes intentions). Les hommes " modernes ", de " progrès " ont là un miroir pour leurs tabous, leurs impuissances, leurs malentendus : la mièvrerie du consensus démocratique, la moraline du troupeau, les passions tristes, émondeuses des aspérités de la vie, le tabou du pouvoir (le misarchisme), la névrose généralisée du salut, par l'art (Wagner), par la science (le scientisme), la religion (le christianisme).
    Mesurons ce que l'animal humain a perdu dans l'affaire (l'innocence et la joie de l'affirmation première de la force, la vraie méchanceté, la distance, la noblesse) et son nouvel infini : réinventer un sens fort après des millénaires de sens faible.

  • En quoi la philosophie est-elle demeurée jusqu'à présent prisonnière de préjugés ? Pourquoi le projet même de recherche du vrai est-il suspect ? C'est l'examen de ces deux questions qui conduit Nietzsche, dans Par-delà bien et mal, à récuser la problématique de la vérité pour lui substituer celle, plus radicale, de la valeur. Et c'est pourquoi ce texte de 1886 - <> ainsi que le présente Nietzsche - constitue sans doute l'ouvrage le plus propre à faire saisir la logique spécifique, déroutante autant que rigoureuse, de la réflexion nietzschéenne, tout comme il est celui qui en détaille le plus clairement les aboutissements : la définition nouvelle du philosophe, du <>, comme créateur de valeurs, et l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance.

  • À sa parution en 1878, Humain, trop humain laisse les lecteurs perplexes : on n'y reconnaît pas l'auteur de La Naissance de la tragédie. Pourtant, la rupture entre les deux ouvrages n'est pas aussi radicale qu'on a voulu le penser. C'est bien plutôt un mouvement d'affirmation de soi, profond et déterminant, qui se manifeste dans ce nouveau livre. Libéré de ses influences passées, Nietzsche réinvestit ses interrogations sur un mode nouveau et, ce faisant, consolide sa propre manière de philosopher.
    L'évolution la plus frappante est stylistique : Nietzsche adopte pour la première fois la forme aphoristique, conforme à sa pensée, anti-dogmatique, qui procède par essais, hypothèses, multiplication des points de vue. D'où un changement de méthodologie : à rebours de la tradition philosophique, il rejette les perspectives fixistes de la métaphysique et prône une logique interprétative. Se plaçant sur le terrain de la psychologie, il enquête sur les méandres de l'âme humaine, reconnaissant que tout ce qui se produit dans la réalité n'est pas entièrement imputable à la raison, mais bien davantage à des processus infra-conscients - instincts, pulsions, valeurs -, qui constituent le « trop humain » de l'humain.

  • Paru en 1872, La Naissance de la tragdie est l'acte de naissance d'un philosophe convaincu que seule la confrontation avec ce qui nous est tranger nous donne accs nous-mmes. En interrogeant la gense de la tragdie antique partir des pulsions que sont l'apollinien et le dionysiaque, Nietzsche met en lumire le sens du pessimisme propre la Grce prsocratique. Ce pessimisme de la force , lucide quant au caractre douloureux de la vie humaine, n'exclut pas, mais au contraire renforce le dsir d'exister. Par contraste, Nietzsche interroge galement une autre forme de pessimisme : le nihilisme dont souffre l'Europe moderne, consquence paradoxale du rationalisme socratique. La Naissance de la tragdie inaugure ainsi une forme de philosophie radicalement nouvelle : une philosophie qui, contre la rationalit triomphante, met au jour le fond pulsionnel de toute activit humaine, et qui s'attache comparer et valuer les cultures, en vue de mieux comprendre le prsent et de transformer l'avenir.

  • Livre de la maturité, Humain, trop humain ouvre la deuxième période de la pensée nietzschéenne. Le philosophe a trouvé le style d'écriture qu'il n'abandonnera plus - la forme aphoristique - et l'objet qui l'occupera toujours - l'analyse des moeurs et de la culture.

    Dans ce second volume, composé d' Opinions et sentences mêlées et du Voyageur et son ombre, Nietzsche aborde des sujets de tous ordres : l'enseignement, la mode, le christianisme, le châtiment, les Grecs... Au lieu de proposer un exposé dogmatique, il procède, tel le voyageur sans attaches, par essais et expérimentations. Mais derrière le caractère apparemment hétéroclite de l'oeuvre, c'est bien à une étude des moeurs et, à travers elle, à une critique de la morale que Nietzsche s'emploie. Pour lui, en effet, la morale telle qu'elle s'est développée dans la tradition philosophique a masqué derrière les lumières de la raison ce qui est perçu comme une faiblesse : les pulsions, l'irrationnel, l'« ombre » en chacun de nous - ces choses injustement mises au rebut alors qu'elles constituent la réalité profonde de la vie et que Nietzsche appelle le « trop humain » de l'humain.

  • Le «bien», le «mal» : ces «valeurs», qui infléchissent nos pensées, nos jugements et nos actions, nous semblent évidentes, voire naturelles. À tort, nous dit Nietzsche. Ce sont en réalité des habitudes qui nous sont inculquées, depuis les temps archaïques, par les châtiments les plus cruels. Pire : loin d'être une marque d'humanité évoluée, elles sont le symptôme d'une civilisation malade de sa morale.
    Aux yeux de Nietzsche, le véritable coupable est la religion chrétienne qui, depuis deux millénaires, a imposé un système de valeurs essentiellement hostile aux instincts premiers de la vie. L'homme «moderne» a forgé sa conscience morale dans la conviction d'avoir fauté, instillant en lui remords et veulerie. Médecin de la civilisation, le philosophe appelle de ses voeux un renversement de cette forme pathologique de la morale - renversement qui redonnera à la vie sa noblesse et à l'homme sa joie, sa force, sa santé.

  • L'antechrist

    Friedrich Nietzsche

    Pour Nietzsche, l'Antéchrist désigne l'antichrétien. Dans cet essai polémique, il dénonce le poids accordé par le christianisme à la croyance aveugle contre la vérité. Quelques mois après la rédaction de cet ouvrage (1888), Nietzsche n'hésitera pas à signer ses propres textes de ce nom.

  • Dans Aurore (1881), Nietzsche poursuit l'entreprise de critique radicale de la morale commencée dans Humain, trop humain, et pose ainsi les jalons d'un projet philosophique dont ses dernières oeuvres, de Par-delà bien et mal à Ecce homo, seront le couronnement.
    Le philosophe s'impose ici comme un travailleur des ténèbres, forant le fond de la civilisation pour mettre au jour les origines plus ou moins nobles des idéaux, des croyances et des moeurs, saper les fondements de la morale et faire vaciller nos certitudes. Prônant la libération de la pensée, il en appelle à l'affirmation de nouvelles valeurs. Et il nous montre, à travers cette série de fragments placés sous le signe de la belle humeur, que l'étonnement et le scepticisme sont au principe de toute philosophie : "Un livre comme celui- ci n'est pas fait pour être lu d'un seul tenant ou à voix haute, mais pour être consulté, notamment en promenade ou en voyage.
    On doit pouvoir sans cesse y mettre le nez, puis le relever, et ne plus rien trouver d'habituel autour de soi."

  • Analysant l'histoire d'un triple point de vue -monumental, antiquaire et critique- ces réflexions esquissent les thèmes majeurs de l'oeuvre à venir : la lutte contre "la maladie de civilisation", le nihilisme, le contentement de soi...


  • «Le crépuscule»constitue un abrégé de la philosophie de Nietzsche à travers le thème de la transmutation des valeurs, annonciatrice d'une nouvelle philosophie qui ne verra pas le jour. Dans«Le cas Wagner», Nietzsche critique Wagner et fait l'éloge de Bizet dressant par la même occasion le portrait de la culture allemande.


  • Ce petit écrit est une grande déclaration de guerre ; et pour ce qui en est de surprendre les secrets des idoles, cette fois-ci ce ne sont pas des dieux à la mode, mais des idoles éternelles que l'on touche ici du marteau comme on ferait d'un diapason, - il n'y a, en dernière analyse, pas d'idoles plus anciennes, plus convaincues, plus boursouflées... Il n'y en a pas non plus de plus creuses. Cela n'empêche pas que ce soient celles en qui l'on croit le plus ; aussi dans les cas les plus nobles, ne les appelle-t-on nullement des idoles...
    Nietzsche

  • <>, dit Nietzsche dans Le Livre du philosophe. De ce projet avorté, vaste exposé des rapports de la philosophie à l'art, à la science et à la civilisation, il reste des Etudes dont le caractère fragmentaire ne choque pas l'esprit de l'élan nietzschéen. Jalons historiques confrontés au miroir de l'interprétation et programme pour la philosophie de demain se marient dans un texte souvent violent. Mais il faut de la violence pour affirmer la vie et dénoncer le travail mortifère de la science. Nietzsche se livre ici à une lutte sans merci contre les fossoyeurs de la pensée et somme la philosophie d'être artiste. Car le philosophe ne doit pas chercher la vérité mais les métamorphoses du monde dans les hommes.
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  • Ainsi parlait Zarathoustra « Cette oeuvre est complètement à part. Ne parlons pas ici des poètes : peut-être n'y a-t-il jamais rien eu qui soit d'une telle surabondance de force. Ma notion du "dionysiaque" s'est faite ici action d'éclat ; comparé à elle, tout autre agir humain apparaît misérable et limité. Qu'un Goethe, qu'un Shakespeare ne sauraient respirer un seul instant dans cette atmosphère de passion et d'altitude, que Dante, auprès de Zarathoustra, ne soit qu'un croyant, et non quelqu'un qui commence par créer la vérité, un esprit qui gouverne le monde, un destin -, que les poètes du Véda soient des prêtres et pas même dignes de dénouer les chaussures de Zarathoustra, voilà qui n'est encore qu'une litote et ne donne aucune idée de la distance, de la solitude azuréenne où vit cette oeuvre » (Nietzsche, Ecce Homo, « Pourquoi j'écris de si bons livres »).

  • Le gai savoir, publié en 1882 puis augmenté d'un cinquième livre en 1887, et par-delà le bien et le mal, paru en 1886, constituent les deux faces du même projet philosophique de nietzsche.
    Le gai savoir, que l'auteur a sous-titré la gaya scienza pour lui donner la tournure méditerranéenne du grande midi, est un livre affirmatif, clair et joyeux, inspiré de l'esprit provençal qui réussit la fusion du ménestrel, du chevalier et de l'esprit libre au moyen age.

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