Folio

  • Quand il commence Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche a déjà une importante oeuvre critique derrière lui. Ce travail d'examen des valeurs culturelles ne constitue cependant qu'un aspect de sa mission de philosophe. Il sait aussi qu'une oeuvre affirmative doit suivre. Ainsi naît la figure de Zarathoustra, double grandiose de son auteur, porte-parole des vertus qu'il entend exalter.
    Livre « à part », comme son auteur le nomma lui-même. Livre où apparaissent pour la première fois des thèmes comme la volonté de puissance ou le surhomme. Ces idées, diversement comprises, et quelquefois à contresens, comptent au nombre de celles qui ont le plus fortement marqué la pensée de notre siècle.

  • " Toute philosophie qui assigne à la paix une place plus élevée qu'à la guerre, toute éthique qui développe une notion négative du bonheur, toute métaphysique et toute physique qui prétendent connaître un état définitif quelconque, toute aspiration, de prédominance esthétique ou religieuse, à un à-côté, à un au-delà, à un en-dehors, à un au-dessus-de, autorisent à se demander si la maladie n'était pas ce qui inspirait le philosophe (...) J'en suis encore à attendre la venue d'un philosophe médecin qui un jour aura le courage d'oser avancer la thèse : en toute activité plilosophique il ne s'agissait jusqu'alors absolument pas de trouver la " vérité ", mais de quelque chose de tout à fait autre, disons de santé, d'avenir, de croissance, de puissance, de vie... "

  • Quatrième de couverture C'est d'abord à une radicale remise en question de la vérité que procède Nietzsche (1844-1900) dans Par-delà le bien et le mal (1886). Ce texte dune écriture étincelante, férocement critique, met en effet au jour, comme un problème majeur jusque-là occulté, inaperçu, celui de la valeur. Il y destitue les positions philosophiques passées et présentes (autant de croyances), et stigmatise, en les analysant un à un, l'ensemble des préjugés moraux qui sous-entendent notre civilisation. L'entreprise, pourtant, n'est pas uniquement négative : elle débouche sur l'annonce dans le prolongement d'Ainsi parlait Zarathoustra, de " nouveaux philosophes " - " philosophes d'un dangereux peut-être " qui devront désormais assumer l'inflexible hypothèse de la vie comme " volonté de puissance ".

  • Ce titre aux accents wagnériens est emblématique de la pensée nietzschéenne. Pratiquant la philosophie à coups de marteau, Nietzsche cherche avant tout à précipiter la fin d'un monde et le déclin de ses croyances.

    Depuis Socrate, l'homme théorique, soucieux d'édifier des systèmes conformes aux exigences de la raison, semble avoir triomphé de l'homme tragique, assumant, à l'instar de Dionysos, les contradictions de la vie. Ainsi, la philosophie, la morale puis la science, au fil des siècles, sont parvenues à bâtir de remarquables constructions théoriques visant à occulter le caractère incertain et protéiforme du devenir et à satisfaire le goût commun des hommes pour l'ordre et la cohérence. La religion du progrès, notre foi en la Providence, les inventions de la philosophie de l'Histoire, le credo scientiste sont autant d'expressions d'un seul et même besoin de fictions consolatrices.

    Dans un style étincelant et apocalyptique, Nietzsche nous fait ici clairement pressentir l'effondrement d'un monde. Un ouvrage très "fin de siècle" pour les amoureux du soleil couchant.

  • « À première vue, ce problème de la valeur de la pitié et de la morale de la pitié semble n'être qu'une question isolée, un point d'interrogation à part ; mais à celui qui s'arrêtera ici, qui apprendra à interroger ici, il arrivera ce qui m'est arrivé : une perspective nouvelle et immense s'ouvrira devant lui, la foi en la morale, en toute morale s'en trouvera ébranlée - enfin une nouvelle exigence se fera entendre. Nous avons besoin d'une critique des valeurs morales, il faut commencer par mettre en question la valeur même de ces valeurs, et cela suppose une connaissance telle qu'il n'en a pas existé jusqu'à présent et telle qu'on ne l'a même pas souhaitée. » Friedrich Nietzsche.

  • Il est peu question du Christ dans cet ouvrage tardif (écrit en 1888, quelques mois avant que Nietzsche ne sombre dans la folie, il ne sera publié qu'en 1895), mais beaucoup du christianisme. Illusion, fiction, Idéal négatif parce que nourri de la faiblesse et du ressentiment, le christianisme désigne, pour Nietzsche, le pouvoir du mensonge. Il escamote la réalité et c'est pourquoi il ne faut pas seulement le réfuter ; il faut aussi le combattre. D'où une nécessaire violence à l'encontre des " malades " : Ce qui est chrétien, c'est la haine contre l'esprit ; contre la fierté, le courage, la liberté, le libertinage de l'esprit ; ce qui est chrétien, c'est la haine contre les sens, contre les joies des sens, contre la joie tout court. " Livre injuste et méchant donc, qui veut être un hymne à la belle humeur, à l'innocence et à la grâce, au bonheur et à la plénitude ; livre d'équivoques aussi, écrit par celui qui signera plus tard " le Crucifié "...

  • " je ne croix pas que personne ait jamais regardé le monde avec une suspicion aussi profonde, non seulement en avocat du diable, mais tout autant en ennemi et accusateur de dieu ; et qui devinera ne serait-ce qu'une part des conséquences entraînées par toute suspicion profonde, quelque chose des glaces et des angoisses de l'isolement auxquelles toute différence de vue condamne quiconque en est affecté, celui-là comprendra aussi que j'aie si souvent cherché refuge n'importe où pour me délasser de moi-même (...) pourquoi aussi il m'a fallu, quand je ne trouvais pas ce dont j'avais besoin, l'obtenir par force et artifice.
    Et c'est ainsi que j'ai inventé, un jour que j'en avais besoin, les " esprits libres " auxquels est dédié ce livre et de courage et de découragement : de ces " esprits libres ", il n'y en a, il n'y en eut jamais, - mais c'est leur société qu'il me fallait alors pour garder ma bonne humeur au beau milieu d'humeurs mauvaises.
    "

  • Quatrième de couverture Textes et variantes établis par G. Colli et M. Montinari Traduit de l'allemand par Robert Rovini.
    « Il ne faut parler que si l'on ne peut se taire; et ne parler que de ce que l'on a surmonté, - tout le reste est bavardage, "littérature", manque de discipline. Mes ouvrages parlent uniquement de mes victoires : c'est "moi" qu'ils contiennent, avec tout ce qui me fut ennemi, ego ipsissimus, et même, si l'on me permet une expression plus fière, ego ipsissimum. On le devine : j'ai déjà beaucoup de choses - sous moi... La sérénité nécessaire pour pouvoir parler de longues années de transition, toutes de solitude et de privations intérieures, ne m'est venue qu'avec le livre Humain, trop humain. Livre "pour esprits libres", il tient quelque chose de cette froideur, non sans gaieté ni curiosité, du psychologue qui note encore après coup pour elle-même et fixe pour ainsi dire à la pointe de quelque épingle une foule de choses douloureuses qu'il a surmontées, qu'il a dépassées: -quoi d'étonnant si, au cours d'un travail aussi piquant et mordant, il coule aussi un peu de sang, si le psychologue s'y trouve du sang au bout des doigts et pas toujours au bout des doigts seulement?... » F . N.

  • « Nous aurons fait en esthétique un grand pas lorsque nous serons parvenus non seulement à la compréhension logique mais à l'immédiate certitude intuitive que l'entier développement de l'art est lié à la dualité de l'apollinien et du dionysiaque. Ces noms, nous les empruntons aux Grecs, lesquels ont donné à entendre le sens profond et la doctrine secrète de leur intuition esthétique dans les figures incisives et nettes de leur panthéon. C'est à leurs deux divinités de l'art, Apollon et Dionysos, que se rattache la connaissance que nous pouvons avoir, dans le monde grec, d'une formidable opposition, quant à l'origine et quant au but, entre l'art plastique - l'art apollinien - et l'art non plastique qui est celui de Dionysos. Ces deux impulsions si différentes marchent de front, mais la plupart du temps en conflit ouvert [...] jusqu'à ce qu'enfin, par un geste métaphysique miraculeux de la "volonté" hellénique, elles apparaissent accouplées l'une à l'autre et, dans cet accouplement, en viennent à engendrer l'?

  • Ecce homo

    Friedrich Nietzsche

    «Qui sait respirer l'air de mes écrits sait que c'est un air des hauteurs, un air vigoureux. Il faut être fait pour y vivre, sans quoi le danger n'est pas peu grand d'y prendre froid. La glace est proche, la solitude est énorme - mais comme toutes choses y baignent calmement dans la lumière! Comme on respire librement!» Friedrich Nietzsche.

    Pour parcourir le chemin escarpé mais incontournable de la pensée nietzschéenne, ce testament philosophique de Nietzsche, achevé au seuil de la folie, constitue un précieux sésame.

  • " inactuelle, cette considération l'est encore parce que je cherche à comprendre comme un mal, un dommage, une carence, quelque chose dont l'époque se glorifie à juste titre, à savoir sa culture historique ; nous sommes tous rongés de fièvre historienne, et nous devrions tout au moins nous en rendre compte.
    Certes, nous avons besoin de l'histoire, mais pour vivre et pour agir, non pas pour nous détourner commodément de la vie et de l'action, encore moins pour embellir une vie égoïste et des actions lâches et mauvaises. nous ne voulons servir l'histoire que dans la mesure où elle sert la vie. toute action exige l'oubli, de même que toute vie organique exige non seulement de la lumière, mais aussi l'obscurité.
    Un homme qui voudrait sentir les choses de façon absolument et exclusivement historique ressemblerait à quelqu'un qu'on aurait contraint à se priver de sommeil ou à un animal que ne devrait vivre que de ruminer continuellement les mêmes aliments. il est donc possible de vivre, et même de vivre heureux, presque sans aucune mémoire, comme le montre l'animal ; mais il est absolument impossible de vivre sans oubli...
    : il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique, au-delà duquel l'être vivant se trouve ébranlé et finalement détruit, qu'il s'agisse d'un individu, d'un peuple ou d'une civilisation ".

  • Avec un dossier et des notes réalisés par Dorian Astor, agrégé d'allemand, et une « lecture d'image » par Morad Montazami, enseignant à l'École nationale supérieure d'art de Bourges. À partir de la terminale.

  • " les hommes sont encore plus paresseux que timorés et ils craignent avant tout les ennuis dont les accableraient une honnêteté et une nudité absolues.
    Seuls les artistes haïssent cette démarche nonchalante, à pas comptés, dans des manières empruntées et des opinions postiches, et dévoilent le secret, la mauvaise conscience de chacun, le principe que tout homme est le miracle d'une fois ; ils osent nous montrer l'homme tel qu'il est lui-même et tel qu'il est seul dans chaque mouvement de ses muscles, bien plus, qu'il est beau et digne de considération selon la stricte conséquence de son unicité, qu'il est neuf et incroyable comme toutes les oeuvres de la nature et nullement ennuyeux.
    Si le grand penseur méprise les hommes, c'est leur paresse qu'il méprise, car c'est elle qui leur donne l'allure indifférente des marchandises fabriquées en série, indignes de commerce et d'enseignement. l'homme qui ne veut pas appartenir à la masse n'a qu'à cesser d'être indulgent à son propre égard ; qu'il suive sa conscience qui lui crie : "sois toi-même ! tu n'es pas tout ce que maintenant tu fais, penses et désires ".

  • Aurore

    Friedrich Nietzsche

    " je me lançai alors dans une entreprise qui ne peut être celle de tout le monde : je descendis en profondeur, je taraudai la base, je commençai à examiner et à saper une vieille confiance sur laquelle nous autres philosophes nous avions coutume de construire depuis quelques millénaires comme sur le plus ferme terrain- et nous reconstruisions sans relâche bien que jusqu'à présent tous les édifices s'écroulassent : je commençai à saper notre confiance en la morale.
    Mais vous ne me comprenez pas ? "

  • "les grecs, parce qu'ils sont véritablement sains, ont une fois pour toutes légitimé la philosophie elle-même du simple fait qu'ils ont philosophé, et bien plus en effet que tous les autres peuples.
    Ils ont su commencer à temps ; et cet enseignement qui détermine à quel moment il faut commencer à philosopher, ils l'ont prodigué plus clairement qu'aucun autre peuple. ce n'est pas à vrai dire une fois qu'on est dans le bonheur, en pleine force de l'âge, fort de la bouillonnante allégresse d'une vigoureuse et victorieuse maturité virile. le fait que ce moment-là ait été celui où les grecs ont philosophé nous en apprend autant sur ce qu'est la philosophie et ce qu'elle doit être que sur les grecs eux-mêmes.
    "

  • Qu'exige un philosophe, en premier et dernier lieu, de lui-même ? de triompher en lui-même de son temps, de se faire " intemporel ".
    Sa plus rude joute, contre quoi lui faut-il la livrer ? contre tout ce qui fait de lui un enfant de son siècle. fort bien ! je suis, tout autant que wagner, un enfant de ce siècle, je veux dire un décadent, avec cette seule différence que, moi, je l'ai compris, j'y ai résisté de toutes mes forces. le philosophe, en moi, y résistait.
    Ma préoccupation la plus intime a toujours été, en fait, le problème de la décadence, -et j'ai eu, à cela, mes raisons.
    " bien et mal " : ce n'est qu'un cas particulier de ce problème. si l'on s'est exercé la vue à déceler les signes du déclin, on comprend aussi la morale, -on comprend ce qui se dissimule sous les plus sacrés de ses noms et de ses formules de valeur : la vie appauvrie, le vouloir mourir, la grande lassitude. la morale dit non à la vie. pour entreprendre une telle tâche, il me fallait de toute nécessité m'imposer une dure discipline : prendre parti contre tout ce qu'il y avait en moi de malade, y compris wagner, y compris schopenhauer, y compris tous les modernes sentiments d' " humanité "...
    Mon expérience la plus marquante fut une guérison. wagner n'est qu'une de mes maladies.

  • Lettres choisies

    Friedrich Nietzsche

    • Folio
    • 25 Septembre 2008

    Ce choix de lettres montre comment Nietzsche a peu à peu conçu son oeuvre, rompant successivement avec la tradition de son milieu d'origine, avec les perspectives que lui ouvraient ses études de philologie, comme avec celles, enfin, que lui offrait sa fréquentation de l'univers wagnérien. Ces ruptures allaient de pair avec d'autres, moins visibles : le rejet pratiqué de manière très ironique des courants dominants de la culture allemande ; l'innovation stylistique, surtout, qui lui a permis de mettre en question des certitudes d'autant mieux établies qu'elles sont déposées dans le langage. Ce recueil fait aussi apparaître toute la profondeur d'une solitude qui est autant celle d'une vie qu'une nécessité dictée par la position philosophique adoptée par Nietzsche.

  • Dans Folioplus philosophie, le texte philosophique, associé à une oeuvre d'art qui l'éclaire et le questionne, est suivi d'un dossier organisé en six points :
    - les mots du texte : Douleur, conscience, châtiment
    - l'oeuvre dans l'histoire des idées
    - la figure du philosophe : Les masques de Friedrich Nietzsche
    - Trois questions posées au texte : Qu'est-ce que la méthode généalogique ? Quel est le statut de la temporalité historique dans la Généalogie ? La Généalogie peut-elle être une étape pour une « grande politique » ?
    - groupement de textes : Crimes et châtiments
    Prolongements.

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