Honore Champion

  • À la mort de sa mère, Jeanne, jeune bergère désormais orpheline, se trouve exposée à la convoitise de trois hommes temporairement établis dans les environs de Boussac : un bourgeois libertin, Marsillat, un noble en quête d'aventures romantiques, Guillaume de Boussac, et un honnête et généreux gentilhomme anglais, sir Arthur Harley. Les trois hommes ignorent que l'héroïne est liée par un voeu qui l'empêche, à ses yeux, d'engager son coeur. Inspiré par un voyage de George Sand à Boussac, ce roman de 1844 est la première tentative de l'écrivain en matière de roman pastoral. L'exigence de représentation campagnarde y est étroitement liée à un questionnement des rapports entre classes sociales et de l'instruction dans les campagnes. Au roman pastoral se mêle ainsi le roman social voire le drame symboliste et - trace de son mode de publication - le roman feuilleton.

  • Voici « la dame aux camélias » (voir p. 70) de George Sand. Cette nouvelle édition d'Isidora fournira la preuve que le roman de 1846 mérite une place dans la lignée des grandes études de courtisanes du XIXe siècle, à côté de celles de Balzac, Dumas fils, Verdi, Zola et d'autres encore. Sand donne le point de vue d'une femme sur la misère qui a précipité tant de femmes de son époque dans la prostitution. Elle explore les obstacles que rencontre la femme dans le contexte urbain en plaçant symboliquement sa courtisane dans une serre à l'intérieur d'un jardin muré. Finalement, en tant que veuve d'un homme fortuné - un homme tout-puissant dans le roman bien qu'on ne le voie jamais - l'Isidora de Sand devient autonome et pourra aider autrui, comme elle le raconte dans l'autobiographie épistolaire qui clôt cette oeuvre « hardie », l'une des plus féministes de l'auteure.

  • C'est en passionnée des pierres que George Sand a écrit ce petit « conte-roman-nouvelle » qui relate l'extraordinaire voyage au centre de la Terre, puis dans l'Arctique, du jeune Alexis, alors aide-conservateur au muséum d'histoire naturelle de la bonne ville de Fischhausen. Utilisant sa connaissance poussée des gemmes pour peindre des paysages minéraux éblouissants, l'écrivain entraîne le lecteur dans un monde merveilleux et fantastique où la découverte d'un ailleurs radicalement autre se fait parcours initiatique et donne l'occasion au héros de devenir l'homme qu'il doit être.

  • Ce roman se résume comme une série de récits enchâssés qui présente les itinéraires spirituel et philosophique de quatre générations de moines au cours d'un siècle. Spiridion est le fondateur d'un monastère vers 1690 ; il transmet un manuscrit à son disciple Fulgence, parchemin qui restera caché dans sa tombe. Celui-ci passe la main à Alexis qui trouve dans le novice Angel « un fils de son intelligence ». Le roman finit avec l'arrivée des troupes napoléoniennes en Italie vers 1792. La quête de ces personnages est la même : rechercher la vérité religieuse et sociale, en faisant des lectures philosophiques et théologiques immenses à partir de la pensée grecque, et en étudiant particulièrement les auteurs jugés hérétiques par l'Église catholique. Pour eux cette dernière lecture représente le creuset de la vraie religion persécutée par le culte officiel. Selon Sand « les hérésies sont la grande vitalité de l'idéal chrétien ».

    Roman troublant, insolite, « austère » aux dires de son auteur, Spiridion n'a pas obtenu de succès auprès du grand public, à la déception de Buloz de la Revue des deux mondes. Mais il a trouvé des lecteurs admiratifs hors pair, tels Renan, Taine, le sculpteur Théophile Bra, le dessinateur Gustave Doré et le romancier russe Dostoïevski. Aujourd'hui on le lit comme une profession de foi de toute une génération de romantiques de gauche.

  • Une histoire d'amour entre Faubourg Saint-Germain et Cévennes, avant 1848. Des aristocrates : un marquis savant et malade d'avoir eu un enfant lors d'amours clandestines, un frère duc d'Aléria, débauché vaincu par l'amour d'une duchesse de Xaintrailles qui redore le blason familial, une douairière très vieille France. Une orpheline de petite noblesse sera la nouvelle marquise malgré les traîtrises d'une fausse amie de couvent.

    La cause des femmes et de l'amour triomphera sur fond de dykes et de volcans, avec tempête de neige sur un Mont Mézenc peuplé de bouseux aux farouches ancêtres celtes. Bouviers aux lourds chariots, dentellières exploitées, paysans chanteurs et parents nourriciers à la rigide morale protestante peuplent ce récit-souvenir d'un voyage de Nohant au Vigan dont R.L.Stevenson suivra les traces lors de son voyage dans les Cévennes.

  • L'Uscoque, roman à la fois historique et oriental, est le dernier conte d'inspiration vénitienne de George Sand avant Consuelo. Le jeune Flaubert, qui a lu L'Uscoque dès septembre 1838 écrit à son ami Ernest Chevalier : « J'ai lu dernièrement l'Uscoque de G. Sand ; tâche de te procurer ce roman et tu verras que cet Uscoque est un homme qui mérite ton estime. » La réaction de Dostoïevski est plus frappante encore : « J'avais, je crois, seize ans quand je lus pour la première fois sa nouvelle L'Uscoque, une des plus ravissantes oeuvres de ses débuts. Je me souviens que j'en fus enfiévré toute la nuit. »

  • Melchior, émouvant, tragique, cocasse et fantaisiste, incarne assez bien l'une des facettes de la littérature 1830, grave et railleuse.
    La Marquise, icône générique de la Nouvelle, promeut chez une femme déçue par la réalité positive l'illusion théâtrale comme vie véritable à travers un dialogue entre XVIIIe et XIXe siècles portant sur les moeurs et le jeu du comédien.
    La ballade La Reine Mab révèle une figure féminine archétypale de l'imaginaire sandien.
    Le Toast, nouvelle historique et satirique, brode sur le motif de la précaution inutile après Scarron, Molière et Beaumarchais.

  • « Les Contes d'une Grand-Mère font un tout, un volume pour une classe de lecteurs qui n'abordent pas les autres ouvrages ». Selon George, ces Contes, écrits pour ses petites-filles, étaient donc voués à bercer un auditoire particulier, épris de merveilleux, auquel elle souhaitait aussi transmettre son goût du savoir. Une Première Série parut en novembre 1873, la Seconde Série, en novembre 1876.

    Nombre de manuscrits ont disparu, ou ne sont pas localisables, (hormis ceux déposés au fonds Sand de la BHVP). Le sort nous a souri : nous avons découvert les autographes de quatre d'entre eux : Le Nuage rose, Les Ailes de Courage, Le Géant Yéous, L'Orgue du Titan. 744 pages, qui nous font pénétrer au coeur de la création sandienne, pour mesurer le travail d'amplification d'un conte comme Les Ailes de Courage, la richesse de l'inspiration de l'auteur, qui passe sans transition du promontoire de Pictordu à l'Olympe pyrénéen de Yéous, le soin minutieux qu'elle apporte à « lessiver » le premier jet, ou encore l'allégresse de l'écriture d'un conte composé en quatre jours : Le Nuage rose. Nous sommes heureux de faire partager au lecteur la primeur de ces découvertes.

    Édition critique par Suzel Esquier.

  • André :
    Sixième de la production sandienne, André (1835) est né en marge du Secrétaire Intime. Conçu à Paris, « rêvé » à Venise, écrit à Venise et à Nohant, le roman raconte l'histoire tragique d'un aristocrate et d'une grisette « pas comme les autres ». Roman des fleurs, premier roman « intimiste » de G. Sand, il propose déjà nombre de thèmes chers à la romancière. Dostoïevski le comptait parmi les meilleures oeuvres de G. Sand.

    Leone Leoni :
    Juliette Ruyter rapporte à don Aleo, qui l'aime et qui veut l'épouser, l'histoire de sa passion pour un aristocrate libertin, joueur et escroc qui l'a conduite à accepter des situations et des actes de plus en plus blâmables. Alors qu'au matin, son récit paraît l'avoir délivrée, il suffit d'un appel de Leoni pour soumettre à nouveau Juliette à son pouvoir.

    Écrit à Venise «en quatorze jours», ce roman de la passion inapaisable occupe une place particulière entre André et Jacques. Outre la présence de Venise, on y trouve la trace de la crise profonde vécue par George Sand en janvier et février 1834. En 1853, dans la notice pour les OEuvres illustrées, George Sand écrira qu'elle a conçu l'oeuvre comme un parallèle inversé de Manon Lescaut, la présentera comme une étude morale, dont le mérite tient à la vérité des caractères. Mais le dénouement qui laisse Juliette poursuivre lucidement un destin malheureux appelle le lecteur à s'interroger sur le sens de l'oeuvre.

  • Garnier.
    Garnier, jeune provincial de Lons-le-Saunier monte à Paris pour faire ses études. D'un caractère calme, dénué de fantaisie, il rêve de s'introduire dans la société parisienne. Sa maladresse, plus ostensible que réelle, devient le moyen de parvenir à ses fins.

    Le Poème de Myrza.
    Dans cette fresque magistrale et fantastique, George Sand réinvente l'histoire de la Genèse et, a contrario du dogme, donne à la femme un rôle égal à celui de l'homme dans la création de l'humanité. Au IVe siècle à Césarée, Myrza, prophétesse et poétesse inspirée, non seulement bouscule l'orthodoxie et la doctrine du péché originel, fondamental de la condition humaine, mais expérimente un nouveau discours poétique qui échappe aux conventions métriques, édictées jusque-là, au profit d'une prosodie singulière.

    Mattea.
    Avec Mattea, George Sand semble faire du Byron à la française, en proposant une fantaisie vénitienne dans la veine ouverte par Le Secrétaire intime où s'entremêlent ses propres voix dans la parodie romanesque du conte oriental autant que dans les confidences biaisées de l'autobiographie transposée.

    Oeuvres complètes. Fictions brèves : nouvelles, contes et fragments. 1834-1835.

  • En 1814, alors que les troupes alliées entrent triomphalement dans Paris, Francia, une jeune grisette parisienne, reconnaît un prince russe, Mourzakine, qui lui a sauvé la vie lors de la retraite de Russie. À la recherche de sa mère disparue, elle prend contact avec l'ennemi de la France.

    Écrit en 1871, alors que George Sand perçoit depuis Nohant le siège de Paris et les prémices de la Commune, Francia se déroule entièrement dans la ville de Paris. Roman historique et roman patriotique, il oppose les deux côtés de Paris, des riches hôtels du Faubourg Saint-Germain au populaire Faubourg Saint- Martin. Il met en scène une galerie de personnages aux prises avec les étrangers installés dans la ville : les nobles qui intriguent pour rétablir une Monarchie après l'Empire, et les gens du peuple, comme la grisette et le gamin de Paris, fiers mais impuissants et vulnérables. Le roman se présente surtout comme une transposition de l'Histoire contemporaine, et George Sand y exprime, à travers le filtre romanesque, ses craintes pour l'avenir incertain de la République issue de la chute du Second Empire.

  • George Sand - le sait-on encore aujourd'hui ? - écrivit plus d'une vingtaine de pièces de théâtre qui furent portées à la scène. C'est donc en auteur averti qu'elle aborda le monde des « cabotins » dans son roman Pierre qui roule, et sa suite Le Beau Laurence. Au travers des aventures aussi romanesques que chatoyantes de son héros, ce diptyque rend hommage à la « prestigieuse phalange des toqués », et s'intéresse, plus gravement, aux rapports entre théâtre de la vie et vérité des illusions.

  • La première représentation de La Petite Fadette eut lieu à l'Opéra-Comique de Paris en 1869 en présence de Théophile Semet qui en composa la musique. Au cours des mois précédents George Sand eut plusieurs échanges avec Adolphe de Leuven, co-directeur de l'Opéra-Comique, à propos de la production ; elle lut le livret de l'opéra-comique et assista au moins à une répétition ainsi qu'à plusieurs représentations. L'opéra-comique s'inspire librement du roman que Sand écrivit en 1848 mais également de la comédie-vaudeville qu'Anicet Bourgeois et Charles Lafont tirèrent du roman de Sand en 1850. Michel Carré écrivit les vers de l'opéra-comique de 1869 ; mais George Sand, elle-même, ne réussit jamais à savoir qui fut responsable du scénario et des dialogues parlés. Les spectateurs parisiens pensaient, comme on le leur disait, que cette version dramatique de La Petite Fadette était de la main de George Sand, qui ne désavoua jamais cette opinion en public. Cette édition présente le livret de l'opéra-comique, une analyse de ses rapports avec le roman de Sand et la comédie-vaudeville du même nom, ainsi qu'une discussion sur la structure musicale et dramatique de l'opéra-comique et la réception de l'oeuvre. En annexe se trouve également le texte de la comédie-vaudeville.

  • Le Dieu inconnu.
    Léa, romaine abandonnée, désespérée, retrouve paix et consolation par sa conversion au Dieu des chrétiens malgré la persécution régnante. Cette courte fiction permet néanmoins à son auteure de dénoncer la société de son temps qui, en privant la femme d'instruction, l'écarte de toute évolution sociale.

    Le Contrebandier.
    Le Contrebandier, à la fois ballade et poème dramatique, est un texte écrit dans la marge d'un autre texte. C'est l'oeuvre d'une écriture au deuxième voire au troisième degré, puisque le texte est la paraphrase littéraire d'une paraphrase musicale de Liszt sur l'air célèbre de Manuel Garcia (« Yo que soy contrabandista »). Sa poétique complexe est le reflet des échanges de l'écrivain et du musicien sur les rapports entre l'art et l'artiste comme si George Sand avait aussi voulu mettre en scène, non seulement l'oeuvre mais aussi et surtout l'auteur du Contrebandier.

    L'Orco.
    À la manière d'E.T.A. Hoffmann, cette étrange nouvelle fantastique et féérique, racontée le soir sous la treille par la belle Beppa, met en scène un masque mystérieux, l'Orco, symbole de la résistance de Venise soumise à l'oppression autrichienne et un jeune autrichien, Franz, admirateur de Venise et bientôt amoureux, pour son malheur, de cette mystérieuse figure interdite.

    Pauline.
    « Mais Pauline ! » s'exclame Laurence... Une nouvelle fois, George Sand esquisse les destinées de deux jeunes filles que tout oppose - talents, caractères, vocations -, jusqu'au douloureux dénouement.

  • Rédigés au cours de ces années 1846-1847 qui ont marqué un tournant dans la vie et la carrière de George Sand - fin de sa liaison tumultueuse avec Chopin, difficultés avec sa fille, premières expériences de théâtre privé à Nohant, orée de sa carrière de dramaturge -, Lucrezia Floriani et Le Château des Désertes constituent un diptyque d'autant plus singulier que leur auteure est peu familière des séries. De la demeure d'Iseo à celle des Désertes, la continuité en clair-obscur des deux oeuvres dessine le trajet d'une résurrection. À la sombre et désespérante descente de Lucrezia dans les abysses de la Passion au sein du grand roman de la jalousie qu'est le premier volet, le second opus apporte le nécessaire contrepoint d'une remontée vers la lumière par la grâce du jeu dramatique. L'héroïne tragique laisse place à ses enfants, dont l'éclat de la jeunesse sonne comme la promesse d'une vibrante régénération. Sous l'égide du vieux et bienveillant Boccaferri, ces derniers accomplissent leur éducation artistique et morale à l'écart du monde.

    Récits intimes, certes puisant abondamment dans la vie de la romancière, Lucrezia Floriani et Le Château des Désertes se présentent comme une oeuvre aux enjeux multiples, que l'on ne saurait réduire à l'anecdote privée. En ces palimpsestes nourris de réminiscences littéraires se joue l'engagement de George Sand dans la mêlée romanesque et dramatique de son temps. Ainsi s'opère la transfiguration poétique de la vie sentimentale et familiale d'une femme, d'une auteure, d'une artiste et d'une citoyenne, dont le credo existentiel était de mêler art et vie afin de ne jamais, en nul domaine, se résigner.

  • Mouny-Robin.
    Assistant à l'Opéra de Paris à une représentation du Freischütz, opéra fantastique de Carl Maria von Weber, le narrateur de Mouny-Robin prend ses distances avec le rationalisme de son voisin français, désireux de tout expliquer « par amour du vrai », comme avec l'« amour du fabuleux » de son autre voisin, un Allemand livré aux fantaisies de son imagination. Ce narrateur invite à aller retrouver en pleine nature, loin du plafond et des quinquets de l'Opéra, les sources vives de l'imaginaire fantastique.
    Carl.
    Dans cette courte nouvelle fantastique qui mêle musique et littérature, Carl, compositeur et chef d'orchestre viennois, semble revivre lorsqu'un jeune garçon, fils d'aubergiste maltraité par son père, révèle des dons insoupçonnés de musicien pendant ses crises de somnambulisme.
    Histoire du véritable Gribouille.
    Le petit Gribouille, jugé sot et mal aimé par sa famille, s'enfuit dans la forêt, où sa rencontre avec diverses créatures surnaturelles affiliées au conte, comme Monsieur Bourdon, l'entraînent dans une quête de la sagesse. Réfugié sur l'île des fleurs, un espace à valeur d'utopie, il choisira grâce à sa marraine, la reine des prés, de se sacrifier pour pacifier un monde belliqueux mu par l'amour du gain.

  • Simon.
    En 1825, dans la province de la Marche, les paysans assistent passivement au retour d'exil du seigneur de Fougères et de sa fille Fiamma. Seules quelques résistances se font sentir de la part de Simon Féline et de sa mère, républicains convaincus. Simon met en scène une histoire d'amour entre une aristocrate et un homme du peuple, devenu avocat par la volonté et le travail : ce roman, où politique et sentiment font bon ménage, est la première représentation romanesque du mariage heureux chez Sand.

    Lettres d'un voyageur.
    Ces « chères Lettres d'un voyageur », qui faisaient les délices de Marie d'Agoult, ont été trop longtemps négligées des lecteurs comme de la critique. Cette oeuvre inclassable, au titre déroutant dans sa banalité, mérite une attention toute particulière. En effet, il est beaucoup donné au lecteur bénévole, qui force les portes d'ivoire de ce recueil composé de douze lettres: sur les pas du Voyageur, il explore Venise, sa lagune et ses horizons montagneux, emprunte l'itinéraire qui mène de la Vallée Noire à la vallée de Chamonix et, plus subtilement, épouse le cheminement d'une âme en crise.

  • Kourroglou - Répandue en Anatolie et du Caucase à l'Asie centrale, la geste de Kourroglou appartient au patrimoine épique des pays turcophones. George Sand en prit connaissance dans la version anglaise que venait de publier l'orientaliste AlexandreChodzko. Enthousiasmée par sa découverte et soucieuse de promouvoir toutes les formes de poésie populaire, l'écrivain révisa, pr éfaça et signa une traduction française qui parut d'abord dans la Revue indépendante en 1843. Ce texte singulier et captivant n'a plus été réédité depuis fort longtemps.
    Teverino - Malgré ses dimensions, Teverino tient plus de la nouvelle que d'un roman et vise surtout, d'après l'auteur, à peindre " un caractère original ", la " destinée bizarre " d'un bohémien, c'est-à-d ire d'un artiste vagabond. Ce marginal conteste les préjugés et refuse de pactiser avec les conventions qui ligotent les esprits et les coeurs. George Sand nous entraîne dans une partie de campagne sur la frontière entre la France et l'Italie, décor alpestre où le héros déploie ses talents de chanteur et de comédien, tout en développant pour Léonce et Sabina ses idées sur l'amour, l es arts, la société. Libre comme l'air, mobile comme le vent, Teverino est bien résolu à ne pas s'établir, afin de rester " voyageur sur la terre ". L'auteur célèbre à travers lui l'amour de la musique, les charmes de l'improvisation et sa chère Italie.
    La Mare au Diable - Roman le plus célèbre de George Sand, La Mare au Diable est peut-être aussi le plus mal jugé : consi déré au mieux comme une charmante pastorale au pire comme un ouvrage à seule destination de la jeunesse, ce roman souffre d'un certain discrédit. Et pourtant, c'est avec La Mare au Diable que Sand ouvre la collection de ses oeuvres complètes chez Hetzel en 1852. Plus .qu'une simple idylle, plus qu'un conte champêtre, La Mare au Diable est une totalité : non réductible à un seul genre, elle mêle réalisme et idéalisation, peinture et musique, récit et discours sur la mission de l'écrivain.

  • Le Secrétaire intime.
    Écrit à Paris (1833) et à Venise (1834), ce quatrième roman de George Sand inaugure une nouvelle manière sandienne et laisse parler la fantaisie. Conte hoffmannien, conte merveilleux, il raconte l'histoire d'une princesse atypique que sa personnalité, que ses humeurs capricieuses apparentent à la prima donna d'un livret d'opéra. Autour d'elle gravite un peuple de sujets qui tentent d'élucider le mystère qui entoure la vie de la princesse.
    Qualifiée d'anti-Lélia, Quintilia fixe dans l'oeuvre sandienne la figure androgyne du contralto. Jacques. Une réflexion sur la portée du mariage et de l'éducation des filles, doublée de deux histoires d'amour, l'une romanesque, celle d'Octave et Fernande, l'autre fondée sur l'admiration et le respect, celle de Jacques et Sylvia : voilà les ingrédients du roman. George Sand écrit ce récit à Venise, après le départ d'Alfred de Musset dont le souvenir teinte la figure du protagoniste masculin, héros déchu qui cherche à atteindre le sublime par sa vision du monde, généreuse et admirable, par son respect de la liberté de la femme et de ses choix.
    Centré sur l'individu, le roman débouche sur un problème de société, en posant la question de l'indissolubilité du mariage, du divorce et de ses conséquences.

  • La Dernière Aldini (1838) commence et s'achève à Venise, ville si chère au coeur de George Sand Dans ce roman " romanesque " où ne manquent ni surprises ni coïncidences, Lélio, en quête de l'amour perdu nous confie ses bonheurs, ses désillusions. Musicien et patriote, il rêve de la jeune Italie, il dit surtout sa foi absolue en l'Art.

  • André Sixième de la production sandienne, André (1835) est né en marge du Secrétaire Intime. Conçu à Paris, " rêvé " à Venise, écrit à Venise et à Nohant, le roman raconte l'histoire tragique d'un aristocrate et d'une grisette " pas comme les autres ". Roman des fleurs, premier roman " intimiste " de G. Sand, il propose déjà nombre de thèmes chers à la romancière. Dostoïevski le comptait parmi les meilleures oeuvres de G. Sand.

    Leone Leoni Juliette Ruyter rapporte à don Aleo, qui l'aime et qui veut l'épouser, l'histoire de sa passion pour un aristocrate libertin, joueur et escroc qui l'a conduite à accepter des situations et des actes de plus en plus blâmables. Alors qu'au matin, son récit paraît l'avoir délivrée, il suffit d'un appel de Leoni pour soumettre à nouveau Juliette à son pouvoir.
    Écrit à Venise "en quatorze jours ", ce roman de la passion inapaisable occupe une place particulière entre André et Jacques. Outre la présence de Venise, on y trouve la trace de la crise profonde vécue par George Sand en janvier et février 1834. En 1853, dans la notice pour les oeuvres illustrées, George Sand écrira qu'elle a conçu l'oeuvre comme un parallèle inversé de Manon Lescaut, la présentera comme une étude morale, dont le mérite tient à la vérité des caractères. Mais le dénouement qui laisse Juliette poursuivre lucidement un destin malheureux appelle le lecteur à s'interroger sur le sens de l'oeuvre.

    Liliane Lascoux, agrégée de Lettres Classiques, Docteur en Littérature Comparée (Rossini et La Vie Littéraire à Paris), a établi l'édition critique (Champion) du Secrétaire Intime (1834) et des Sept cordes de la lyre (1840) dans les oeuvres Complètes de George Sand.

    Mariette Delamaire est l'auteur d'une thèse de doctorat sur George Sand et la vie littéraire dans les premières années du Second Empire, en cours de publication chez le même éditeur, et participe à l'édition du Théâtre de George Sand.

  • Rédigé en 1853, au plus fort de la création dramatique sandienne, Adriani appartient à ces oeuvres que l'auteure consacre à la cause de l'artiste. Un ténor mondain s'éprend de Laure, jeune veuve de la noblesse provençale atteinte de langueur morale depuis la mort de son mari. Alors que celle que tout le monde considère comme « folle » renaît au contact de l'amour et de la musique, la situation financière d'Adriani s'écroule. Leur union est compromise par l'avilissement auquel le destine le nécessaire monnayage de son talent. Mais c'est sans compter sur l'amour, la force de caractère et la détermination d'une Laure prête à braver les préjugés à l'encontre les comédiens. Ensemble, ils parcourront un chemin christique, affectivement, matériellement, socialement et artistiquement. Et en réhabilitant le chanteur, ils concilieront finalement idéal familial et réalité positive : ils incarneront cette « plénitude » non « invraisemblable » que George Sand souhaitait représenter.

  • À la suite de Goethe, de Byron, de Mickiewicz. George Sand se mesure à un mythe en devenir, celui de Faust. Le drame fantastique des Sept Cordes de la Lyre (1839) ainsi nommé par son auteur, déploie l'allégorie de la Lyre à travers l'histoire de l'héroïne Hélène. Figure idéale et rédemptrice, cette Fausta effectue le parcours expiatoire et salvateur qui opère la conversion du philosophe Albertus parvenu, grâce à elle, à l'harmonie réconciliatrice du corps et de l'esprit. Un hapax sur le plan formel dans l'oeuvre de George Sand, un drame à redécouvrir.
    Gabriel, jeune aristocrate de sexe féminin, a bénéficié de tous les avantages d'une éducation masculine et passe pour un homme aux yeux du monde, jusqu'au jour où elle rencontre l'amour. L'oeuvre décrit son impossible recherche d'une identité sexuelle et d'une place dans la société. Prenant pour thème central les rapports de l'inné et de l'acquis, Sand n'a nulle part ailleurs aussi loin poussé sa réflexion. Ce drame, qu'elle désigne comme un roman dialogué, dut heurter bien des idées reçues et ne fut représenté sur aucune scène parisienne, mais Balzac en reconnut l'ascendance shakespearienne et notre époque le considère comme l'une des oeuvres les plus remarquables de son auteur.

  • Après cette terrible année 1855, où mourut sa petite fille Nini, G. Sand parvient à écrire avec La Daniella un Hymne à la vie. Le jeune peintre Jean Valreg, profondément atteint par l'échec de 1848, va étudier la peinture à Rome. Il adresse son journal à son Mentor parisien. Comme la romancière il n'aime absolument pas cette ville malpropre et incohérente, et le dit hautement, au scandale de quelques contemporains. Mais tous deux s'enchantent de l'admirable campagne et des villas des Monts Albains. À Frascati s'épanouit le sentiment de Jean Valreg pour Daniella, pauvre repasseuse, belle, toute surprise et tout mystère, fascinante. L'amour leur découvre leurs dons : il deviendra un honorable artiste ; elle pourrait être une grande cantatrice, mais surtout il les fait naître à eux-mêmes. G. Sand offre à son héros le Bonheur : La Daniella est un acte de foi et d'espérance adressé aux enfants du siècle. Cet entraînant roman d'aventures où l'on croise voyageurs anglais, conspirateurs napolitains, brigands, paysans et bergers de la campagne romaine, est en même temps un long dialogue de Valreg avec lui-même scandé d'examens de soi et de bilans psychologiques et moraux, de quelques effusions lyriques, et, par le foisonnement de variations sur tant de motifs chers à G. Sand, semble prolonger Histoire de ma vie et les Lettres d'un voyageur.

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