Gallimard

  • Il existe un mythe de Molière édifié sur un monceau de légendes, approximatives, artificieuses, extravagantes : mari jaloux et malheureux ; d'humeur rêveuse et mélancolique ; versificateur maladroit ; acteur doué pour le seul jeu comique ; malade consumé par ses mauvais poumons...
    Des générations de biographes ont colporté ces fables qui composent encore aujourd'hui son portrait.
    Comment retrouver le vrai Molière, celui que ses contemporains ont connu et qui nous est largement dérobé ? Il ne subsiste de lui ni manuscrits ni lettres ni écrits intimes. Pour connaître au plus près la figure de l'homme, l'itinéraire de l'acteur, l'audace du directeur de théâtre, l'ingéniosité créatrice de l'auteur, il faut revenir aux témoignages méconnus, aux documents oubliés, aux traces matérielles - tout ce qui restitue, souvent par effraction, les travaux et les jours de l'homme, la vie d'une famille hors norme, les tribulations d'une troupe d'exception, la séduction de l'artiste-courtisan devenu le favori de Louis XIV, et qui éclairent les fulgurances du plus grand auteur comique occidental.
    Georges Forestier tente de se glisser dans l'intimité du créateur. Il en reconstitue la formation intellectuelle, révèle les secrets de fabrication de ses oeuvres et fait découvrir la logique qui préside à l'enchaînement des pièces en perpétuel renouvellement. Au fil des spectacles, à la Cour comme à la Ville, et d'un triomphe à l'autre, c'est le genre même de la comédie que Molière ne cesse de révolutionner. Voilà pourquoi cet alchimiste reste indéfiniment le contemporain de ses spectateurs et de ses lecteurs.

  • Jean Racine

    Georges Forestier

    Est-il une vie plus difficile à interpréter que celle de Racine ? Orphelin issu d'une famille de petits notables implantée dans un bourg endormi de Picardie, La Ferté-Milon, il a fini, pourvu de la noblesse héréditaire, comme l'un des plus proches courtisans du Roi-Soleil. Admirateur passionné de celui-ci, dont il fut chargé d'écrire l'histoire, il n'en rédigea pas moins, secrètement, un Abrégé de l'histoire de Port-Royal, monastère si haï du monarque qu'il le fit raser dix ans après avoir accepté que Racine s'y fît inhumer. Éduqué par les jansénistes qui avaient le théâtre en horreur, il s'empressa de courir après la gloire procurée par la poésie dramatique. Puis, l'ayant obtenue, et avec elle la richesse, il chercha à faire oublier qu'il avait été un poète de profession, allant jusqu'à condamner la pratique même du théâtre comme les plus austères dévots de son temps, sans renier pour autant ses tragédies, qui lui avaient conféré de son vivant l'immortalité.
    Pour expliquer cet étonnant parcours, fait apparemment de ruptures, de paradoxes et quelquefois de trahisons, on a invoqué jadis la cruauté et la violence de ses tragédies, qui, sous des dehors policés, révéleraient une personnalité tourmentée et même sauvage. On a ensuite vu dans leur auteur un ambitieux sans scrupule, parce qu'il aurait été un orphelin pauvre, redevable de son exceptionnelle éducation à la charité des « Messieurs » de Port-Royal ; et il aurait fait une « carrière » exemplaire en ne considérant le théâtre que comme un moyen de parvenir.
    Loin d'échafauder une interprétation nouvelle, la présente biographie réexamine l'ensemble des documents originaux concernant Racine, en faisant la part entre ce qu'ils nous apprennent et les légendes qui se sont formées dès le lendemain de sa mort. En même temps, elle lie étroitement le parcours de l'homme à son activité d'écrivain. Non pour chercher ce qui dans l'homme éclaire l'écrivain ou ce qui dans ses écrits éclaire l'homme, mais pour montrer l'écrivain à l'oeuvre, à partir de ce que l'on peut reconstituer de la genèse de ses pièces. Et le lecteur découvrira des continuités là où l'on ne voit souvent que ruptures, des fidélités là où l'on ne voit qu'opportunisme, des cohérences sous les paradoxes apparents.

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