• Loin d'avoir une origine purement littéraire, comme on l'a trop souvent prétendu, le mannequin "métaphysique" est issu d'une recherche autonome et purement formelle du peintre Giorgio De Chirico (1888-1978). Né en opposition au "mannequin réaliste" des vitrines parisiennes et à l'homme-machine théorisé par l'avant-garde futuriste, le mannequin métaphysique résulte également d'une approche répétée des simulacres de la figure humaine, à savoir la statue, l'ombre, le double et la marionnette, qui incarnent les différentes possibilités de représenter l'être humain en le saisissant dans sa forme matérielle, entre le vivant et l'inanimé.
    Une étude minutieuse et très argumentée de la question du mannequin dans l'oeuvre de De Chirico, à l'occasion de l'exposition consacrée à l'artiste par l'Orangerie des Tuileries à Paris du 1er avril au 13 juillet 2020.

  • Premier mouvement d'avant-garde du XXe siècle, le futurisme est fondé en janvier 1909, Milan, par l'écrivain Filippo Tommaso Marinetti. Ce mouvement révolutionnaire veut instaurer une nouvelle approche du monde en général et de l'art en particulier en repensant l'homme dans sa confrontation avec la machine, la vitesse et la technologie. Etre futuriste signifie poursuivre la régénération continue de toute chose, c'est-à-dire rechercher la plus totale adéquation de la vie humaine à la logique du devenir. Aussi les futuristes inventent-ils mots en liberté, musique des bruits, sculptures cinétiques, assemblages plastiques mobiles, sonores et abstraits, architecture du verre, du fer et du béton, art du mouvement, danses plastiques, théâtre abstrait, tactilisme, jeux simultans, pour réinventer, par l'art, la vie au quotidien : mode, design, jouets, communication postale, création graphique, typographie, meubles, sport, cuisine, comportement, sexualité, etc... Le futurisme, avant de se compromettre en grande partie avec le régime fasciste, deviendra un modèle de référence pour les avant-gardes des années dix et vingt : le cubo-futurisme français et le constructivisme russe, le modernisme brésilien, l'ultrasme espagnol, le vorticisme anglais, l'électricisme suédois, l'ardentisme mexicain, l'activisme hongrois, le formisme polonais, etc., sans parler du dadaïsme et du surréalisme. On retrouvera dans la plupart de ces mouvements, la manière futuriste, la stratégie du manifeste et des "soirées", l'organisation de spectacles, la projection de l'action culturelle au sein même du corps social. Le rôle historique du futurisme fut immense, car son exemplarité en fit le paradigme de ce qu'on a appelé "le siècle des avant-gardes".

  • En publiant à la une du Figaro, le 20 février 1909, le Manifeste du futurisme, le poète italien Marinetti lance le premier mouvement d'avant-garde artistique du XXe siècle. Son propos est radical : assez des chefs-d'oeuvre du passé et des musées, vive la modernité des villes et la beauté de la vitesse ! Des peintres s'y rallient bientôt - Boccioni, Carrà, Russolo, Balla et Severini -, prônant à leur tour le « dynamisme pictural ». Soirées futuristes et conférences se multiplient un peu partout en Europe, de même que les manifestes, tant politiques qu'artistiques. Gagnant rapidement tous les domaines - sculpture, architecture, musique, mais aussi cinéma, théâtre, danse, mode et cuisine -, le futurisme opère jusque dans les années 1930 une véritable révolution des idées, et une mise en cause de l'art lui-même.
    C'est à l'analyse de cette « philosophie du devenir » que nous convie Giovanni Lista, manifestes à l'appui.

  • En de Chirico, un critique a dénombré jusqu'à douze peintres différents : le copiste, le portraitiste, le peintre de gladiateurs, le peintre de chevaux, l'orientaliste, le peintre de mythologie, de natures mortes.... Pour beaucoup, c'est avant tout le génial inventeur de la peinture métaphysique, mais le livre de Giovanni Lista donne à voir et à comprendre tous les aspects de cette oeuvre énigmatique, dominé par la passion du bien peint.Car « la singularité de l'oeuvre de Chirico, au sein de l'art moderne, réside dans son opposition à tout ce qui nourrissait, à l'aube du siècle, l'esprit même de l'avant-garde ». Et pourtant, dès qu'elle est connue, sa peinture fascine Apollinaire et Picasso aussi bien que Malevitch ou Van Doesburg, intrigue dadaïstes et futuristes avant de compter au nombre des référents des peintres surréalistes. Cette monographie, publiée en 1991, réapparaît ici mise à jour et accompagnée, en annexe par la reproduction des textes théoriques de Chirico sous le titre L'Art métaphysique.

  • Le volume offre une synthèse critique et chronologique de l'histoire du cinéma futuriste, des années 1910 aux années 1930.
    Le cinéma populaire, par son attitude irrévérente et démystificatrice, apparaît d'abord aux yeux de marinetti comme une révolution futuriste qui avance sans idéologies, ni théories. ensuite, grâce à l'assimilation dialectique des idées futuristes, les frères ginanni-corradini entreprennent une recherche cinématographique fondée sur la dramatisation et la musicalisation des lignes et des couleurs. l'expérience futuriste du cinéma se fait alors radicale.
    L'auteur nous en donne un important témoignage par la reconstruction des évènements du tournage du premier film, vita futurista, conçu et réalisé en 1916 à l'initiative du groupe futuriste florentin. pendant les années 1920, le caractère protéiforme du futurisme se reconnaît dans une série de thèmes et de solutions formelles participant de l'avant-garde internationale : esthétique de la machine, célébration vitaliste des bruits, vision extatique de l'espace urbain, cinétisme abstrait, compénétrations visuelles et accélérations cinétiques, ainsi qu'une approche formelle du film documentaire en tant qu'instrument de lecture du monde moderne.
    Le futurisme est à présent beaucoup plus une culture de dimension européenne qu'un seul mouvement activiste animé par marinetti en italie. c'est précisément en 1930, quand le cinéma d'avant-garde amorce son déclin à cause de l'avènement du sonore, que le futurisme italien réalise le film velocita (vitesse) de cordero, martina et oriani, qui apparaît aujourd'hui comme l'une des oeuvres cinématographiques les plus significatives du mouevment.
    La période suivante enregistre les recherches d'avant-garde accomplies de façon indépendante par goffredo alessandrini, corrado d'errico et francesco di cocco. les idées futuristes ne cessent alors de fasciner les metteurs en scène du cinéma professionnel, ou encore de marquer les procédés formels du film documentaire. le futurisme du cinéma s'identifie désormais à un style et à une approche des grands thèmes de la modernité.

  • Fruit de plusieurs années de recherche passionnée, ce dada libertin & libertaire renouvelle radicalement les théories sur un courant artistique protéiforme et cosmopolite qui - revendiquant d'emblée une totale et inaliénable indépendance d'esprit - a profondément métamorphosé la vie culturelle et artistique du xxe siècle.
    Exploitant les recherches des avant-gardes qui l'ont précédé pour les mettre au service d'une créativité foisonnante et s'emparant de tous les moyens d'expression (collage, peinture, sculpture, photographie, danse, théâtre, musique, littérature, poésie), dada a exploré - par sa détermination à désacraliser tant la forme que le sens - les domaines du non-sens et de l'absurde. après une traque inlassable des textes fondateurs et des documents originaux assortie d'un colossal travail d'analyse des informations recueillies, l'historien d'art giovanni lista, directeur de recherche au c.
    N. r. s. , remet à zéro l'ensemble de la problématique. convoquant les artistes les plus marquants du mouvement (kurt schwitters, hans arp, francis picabia, raoul hausmann, tristan tzara, man ray, marcel duchamp, george grosz. ) mais aussi les précurseurs et les suiveurs, l'auteur étudie leurs oeuvres comme ce qu'il convient d'appeler la " philosophie dada ". fort d'une démarche unique de synthèse, il propose - à travers la seule mise en perspective historique de dada qui s'appuie sur une recontextualisation de l'époque - des angles d'approche inédits.
    Ainsi, ce livre s'interroge sur la conception, consensuellement admise depuis les années 50, d'un dada " utopiste " : alléguant du libertinage comme source idéologique de dada, l'auteur active le thème du nihilisme pour réévaluer l'humour et la provocation dada (et si dada - ici envisagé sous le prisme du cynisme, déculpabilisé de toute norme et de toute morale utilitaire - n'était pas une " avant-garde " ?).
    Ainsi, restitue-t-il le rôle méconnu mais crucial joué par les femmes comme la place de la danse au sein du mouvement. ainsi, offre-t-il un outil à ce jour inexistant : un dictionnaire des dadaïstes présente, à travers une biographie détaillée des protagonistes, des informations jusque-là ignorées. résultat : un livre d'historien extrêmement documenté, rigoureux et sans concession. une somme.

  • Lorsque Loïe Fuller arriva à Paris, en 1892, elle était encore inconnue. Qui alors aurait pu deviner qu'elle allait révolutionner la danse, connaître le succès et la gloire, inspirer les plus grands sculpteurs de son temps, les plus grands peintres, de Rodin à Toulouse-Lautrec ? Si une vie peut être qualifiée d'extraordinaire, c'est bien la sienne. On ne saurait trop s'étonner, en effet, que cette américaine replète en vînt à personnaliser la " Parisienne ", son charme et sa légèreté ; que du fond de l'Illinois elle sût trouver le chemin des bras de la reine de Roumanie. Il suffit de lire les réactions qu'elle suscitait pour comprendre à quel point ses danses étaient fascinantes. Un journaliste écrivait par exemple : " Voilà la grande attraction du moment. C'est miss Fuller, cette Américaine qui Tourbillonne sous la lumière électrique et fait flotter autour d'elle comme des ailes de papillon, des calices de fleurs ou des nuages irisés, les longs plis de sa robe traînante. Est-elle jolie cette Américaine ? Je n'en sais rien et elle n'a pas besoin d'être jolie. Elle est supérieure à la vie même ". Il fallait la finesse de Giovanni Lista et sa profonde connaissance des arts du début du vingtième siècle pour restituer la figure de Loïe Fuller dans toute sa complexité. Salué par les spécialistes lors de sa première édition, cet ouvrage de référence est aujourd'hui publié dons une version corrigée et augmentée. Il saura à n'en pas douter séduire le lecteur tant par la clarté de son propos que par la richesse de l'iconographie et des documents exploités.

  • Arte povera

    Giovanni Lista

    En émergeant dans le difficile contexte politique de l'Italie de la fin des années soixante-dix, l'Arte Povera a reflété le climat contestataire de cette époque dans son rejet de la société de la consommation et du profit. Ses artistes - Pistoletto, Fabro, Penone, Merz, Boetti, Paolini, Anselmo, Kounellis, Zorio - ont pourtant su ancrer leur travail dans une pensée plastique capable de faire exister l'oeuvre en dehors de tout discours théorique ou révolutionnaire. L'Arte Povera oblige l'artiste à une stratégie de balancement entre la matière de l'objet et ses signes d'ordre conceptuel. Le statut éminent de l'oeuvre se traduit dans une prise en compte du rapport au spectateur. L'oeuvre résulte de matériaux primaires réunis dans des montages simples et directs, proposant des matières encastrées plutôt que des assemblages sophistiqués, donnant à percevoir les résistances tensionnelles, la circulation de l'énergie, la transition des forces en présence dans l'objet. Ayant reçu la plus grande reconnaissance internationale, il apparaît aujourd'hui comme le dernier grand mouvement d'avant-garde du XXe siècle.

  • Premier mouvement global, préconisant le dépassement révolutionnaire du musée et du système bourgeois de l'art séparé de la vie, le Futurisme a été le modèle de toutes les avant-gardes qui ont scandé la vie artistique et culturelle du XXe siècle, qu'il s'agisse du Dadaïsme, du Constructivisme ou du Surréalisme.
    Annexant au domaine de la création artistique les méthodes les plus modernes de la propagande publicitaire, exaltant la culture de l'éphémère et du changement permanent, il a anticipé maintes expériences de l'art moderne et contemporain.
    Fondé par l'écrivain F.T. Marinetti, à Milan, en 1909, le Futurisme a investi jusqu'en 1944, sans aucune distinction hiérarchique, tous les domaines de la création humaine (poésie, littérature, musique, peinture, sculpture, architecture, photographie, cinéma, théâtre, danse, scénographie, récitation poétique, typographie, radiophonie, urbanisme, mode, sports, cuisine, science, arts décoratifs, érotisme, etc.), mais aussi les modèles du comportement social et, d'une manière plus hasardeuse, l'engagement politique.
    Un siècle après la naissance du Futurisme, ce livre fait le bilan de ce mouvement de renouvellement artistique, intellectuel, social et politique en se penchant aussi sur la question maintes fois posée des origines et des déviations dans la trajectoire des choix idéologiques ou utopiques qui ont façonné et lourdement marqué l'histoire du XXe siècle.

    Pour la première fois sont réunis ici les 732 textes et manifestes du Futurisme, rédigés et publiés directement en français par Marinetti ou traduits de l'italien. Une reconstitution minutieuse et chronologique, présentée et annotée par Giovanni Lista.

  • Ce volume analyse.
    à travers la vision personnelle de l'auteur. l'histoire du cinéma et de la photographie futuristes, en prenant en considération les recherches du mouvement marinettien et des groupes satellites. comme le libérisme. le cérébrisme. l'imaginisme et le musicalisme. la rencontre entre le futurisme et les nouveaux médias de l'oeil mécanique a tout d'abord été empêchée par les positions bergsoniennes de boccioni, qui rejetait le cinéma et la photographie comme médium esthétique: ni l'un ni l'autre n'étaient à même de traduire une conception de l'art entendu comme transmission d'énergie vitale.
    Les premières expériences apparurent donc en dehors du mouvement officiel. mais ce fut en termes de performance. c'est-à-dire en passant de la représentation à la présence vitale. que les futuristes marinettiens intégrèrent finalement le cinéma et la photographie dans l'art futuriste. les futuristes cherchèrent alors à libérer l'image mécanique de sa pauvreté naturaliste. en refusant sa vérité instrumentale qui était à leurs yeux uniquement apte à reproduire de la matière.
    Pour marinetti le cinéma pouvait permettre de "déshumaniser" le geste et le comportement. mais également d'accéder à une saisie directe de l'expérience vitale. les futuristes trouvèrent ainsi, par une nouvelle lecture de bergson. l'hypothèse d'une image qui soit capable de transcrire le contenu pluridimensionnel des données qui prennent vie sur l'écran de la conscience. la transgression du réalisme inhérent à l'image mécanique conduisait à l'expression du déroulement fluide et incessant de l'élan vital.
    C'est-à-dire à la traduction de la réalité comme immanence du devenir. le caractère protéiforme du futurisme se retrouvait également dans une série de thèmes et de solutions formelles pouvant être rattachés également à l'avant-garde internationale: l'esthétique des machines. la célébration vitaliste des bruits. l'exaltation extatique de l'espace urbain. l'énergie comme champ et comme force vectorielle.
    Les compénétrations visuelles. les accélérations cinétiques. les rythmes mécaniques. l'avenirisme fantastique comme glorification du futur.

  • Alberto Magnelli né à Florence en 1888, s'est formé à l'École de Masaccio, Uccello, Giotto, ou Piero della Francesca. Après la rencontre en 1913 avec les futuristes italiens, celle de Picasso à Paris en 1914, par l'intermédiaire d'Apollinaire, va être déterminante pour lui. Ses natures mortes et ses compositions aux personnages simplifiées évoluent vers des formes non figuratives, aux couleurs vives, posées en aplats lisses, animées d'un réseau de lignes tendues. A propos des oeuvres qu'il réalise alors, Magnelli récusait le terme d'« abstrait ». Il préférait parler de « peinture inventée ».

    L'exposition du musée Picasso s'attache à faire redécouvrir la production du peintre florentin dans ces années d'intense création jusqu'en 1918 et la célèbre série des « explosions lyriques ». Avec des prêts exceptionnels de collections publiques et privées, françaises et internationales, la centaine de peintures, sculptures, dessins réunis permettra de montrer précisément comment Magnelli conjugue dans son oeuvre la leçon du cubisme au contact de Picasso.

    Le catalogue, reproduisant l'ensemble des oeuvres exposées, rassemble deux essais qui prolongent cette étude à l'aide de documents inédits : un texte de Giovanni Lista retraçant les relations de Magnelli avec l'avant-garde de Florence, et une contribution de Daniel Abadie mettant en lumière les rapports de l'artiste avec son aîné Picasso, dans le musée duquel Antibes le reçoit cet été.

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